Où sont passés les cris de joie dans l’Église?

Avez-vous déjà crié à l’église, comme signe d’une louange exaltée ou passionnée? Si non, pourquoi? Est-ce là une question légitime? Ou bien s’agit-il d’une énième provocation dans les débats sur la forme du culte? Je pense qu’il s’agit d’une vraie question, quel que soit notre style de culte, car nous trouvons de vrais exemples et des exhortations claires dans le domaine du "cri de louange", notamment dans les Psaumes. Nous devons donc nous interroger: est-il important pour Dieu que nous pratiquions ce que ces psaumes demandent de faire?

Voici quelques exemples:

  • Ps 27.6: Alors, je regarderai de haut les ennemis qui m’entourent. Dans sa maison, je l’acclamerai en lui offrant des sacrifices (NFC)
  • Ps 32.11: Justes, réjouissez-vous en l’Éternel et soyez dans l’allégresse! Poussez des cris de joie, vous tous qui êtes droits de cœur! (Segond)
  • Ps 33.3: Chantez pour lui un chant nouveau, jouez de votre mieux pendant l’ovation. (TOB)
  • Ps 47.2: Vous, tous les peuples, battez des mains, poussez vers Dieu des cris de joie. (S21)
  • Ps 66.1: Criez de joie pour Dieu, tous les habitants de la terre! (PDV)
  • Ps 71.23: Je pousserai des cris de joie, je chanterai en ton honneur de tout mon être car tu m’as délivré. (Sem)

Que faisons-nous avec ces versets? Nous le croyons, Dieu n’a rien écrit d’inutile dans sa Parole (cf. 2 Tm 3.16), tout y tient une place précieuse. Sa volonté est donc que nous tenions compte de ces références concernant les cris de joie. En fait, j’ai l’impression que l’acclamation biblique est non seulement une expression de joie dans la louange, mais aussi une manière d’expérimenter certaines dimensions de la joie que nous n’expérimentons pas ailleurs.

Crier de joie: pourquoi, et quand?

Nous crions tous. Si nous avons une voix, alors nous avons tous crié à de nombreuses reprises, et pour bien des raisons différentes. Nous avons crié pour signifier une grande joie. Nous avons crié pour célébrer une victoire. Nous avons crié lors d’une compétition difficile, quand la tension était à son comble. Nous avons crié au cours d’un combat. Nous avons crié lors d’échanges verbaux tendus. Nous avons crié lorsque nous étions en danger. Nous avons crié sous l’explosion de la colère. Certaines émotions fortes nous poussent à crier, et ceci est valable pour tous les êtres humains.

Mais nous crions rarement tous seuls, un peu comme le rire ou le chant. De façon naturelle, nous crions pour exprimer une émotion de façon communautaire. Qu’il s’agisse d’un plaisir, d’une ressource, d’un besoin, nous crions avec d’autres personnes.

Par exemple, je crie quand j’encourage mon équipe de football américain préférée, les Vikings de Minnesota. Je crie quand je suis dans le stade, ou quand je suis dans un salon avec des amis (je crie peut-être même encore plus fort!). Mais si je regarde un des matchs de mon équipe préférée tout seul, la dynamique est totalement différente.

En voici un parfait exemple: le 14 janvier 2018, un quarterback des Vikings, Case Keenum, a fait une passe extraordinaire en direction du receveur Stefon Diggs dans les dernières secondes d’un match de série éliminatoire. Cette passe a été surnommée le « Miracle de Minneapolis » et a donné la victoire in extremis aux Vikings contre les New Orleans Saints. Ce jour-là, notre salon rempli de supporters des Vikings s’est enflammé avec des cris assourdissants pendant plusieurs minutes. Si j’avais regardé le match tout seul, j’aurais peut-être crié, mais je me serais vite arrêté, car la célébration aurait manqué de profondeur.

Pourquoi donc? L’excitation d’un groupe qui partage une grande joie reste profondément un mystère. Souvent, la joie est décuplée quand nous l’expérimentons avec les autres. Et certains types de joies ne s’expriment qu’en criant. Ne pas crier ensemble alors que Stefon Diggs courait dans la zone de but aurait ruiné toute l’expérience.

Et dans l’Église?

La Bible n’explique pas vraiment pourquoi on crie, mais elle reconnait bien que l’on puisse crier. La plupart des exhortations à crier sont adressées au peuple de Dieu lorsqu’il se rassemble –les psaumes étaient faits principalement pour être chantés (et parfois criés) ensemble. Quelque chose d’unique prend place quand nous « louons l’Éternel de tout [notre] cœur, parmi les fidèles assemblés » (Ps 111.1).

Ainsi, nous crions tous. Mais lorsque nous sommes au fait des codes de notre culture, il y a des endroits où nous savons que nous ne devons pas crier. Les endroits et les moments pour crier ou ne pas crier sont renforcés par notre culture ou notre sous-culture. Crier lors d’un match de football, c’est bien. Crier dans une chambre funéraire, ça ne se fait pas.

Quand l’Église se rassemble, que dit notre culture? Lors du culte (qui n’est certainement pas une cérémonie funèbre), à quoi est encouragée notre assemblée? Y a-t-il des moments de chant « exubérants » où tous les fidèles « poussent vers Dieu des cris de joie » (Ps 66.1)? Ou bien, est-ce déplacé de crier pendant le culte, et seules une ou deux personnes courageuses (et un peu bizarres) s’y risquent?

Crier, une discipline spirituelle?

Allons encore plus loin: est-ce que nous ressentons suffisamment les compassions de Dieu, notre salut, le combat auquel nous prenons part, la promesse de résurrection, le triomphe final de Christ… suffisamment pour avoir envie de crier?

Il y a deux raisons pour lesquelles je pose cette question: tout d’abord, cela pourrait révéler un déficit d’amour pour Dieu dans notre vie, que nous devrions avouer devant le Seigneur. Nous ne nous connectons pas assez profondément avec l’Évangile, ce qui s’est passé et ce qui est promis. Bien sûr, ce manque de passion peut être plus ou moins criant chez chacun de nous. Mais nous pourrions avoir besoin de nous repentir (parce que nous donnons trop d’attention à de petites choses) et de passer plus de temps à méditer « l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ » (Ph 3.8) pour raviver la flamme de notre amour pour lui.

Mais la deuxième raison est que ce déficit d’amour est peut-être dû au fait que nous ne crions pas ensemble. J’ai vécu le « Miracle de Minneapolis » de façon extrêmement intense parce que je n’étais pas seul, et que j’ai pu le « crier » avec d’autres. Et souvent, je prends conscience de certaines vérités bibliques, ou au moins certaines dimensions, plus intensément et profondément quand je partage ce moment avec d’autres, et que je crie avec d’autres. Il m’est impossible de reproduire la force d’un Dimanche de Pâques vécu en communauté dans mon culte personnel.

Ce que nous désirons tous

Crier, est commandé dans la Bible, et est aussi recommandé. Tout comme le chant, le cri nous permet d’expérimenter la joie en Dieu, et particulièrement quand on le fait ensemble. Comme tout le reste, le cri de joie peut devenir superficiel; mais cela ne devrait pas nous décourager de crier! Parce que la Bible nous y invite clairement, je vous recommande d’évaluer dans la prière votre pratique, particulièrement pour les pasteurs ou présidents qui planifient des moments de culte pour les fidèles. Ce que nous désirons tous, pour nos frères et sœurs, c’est qu’ils prennent plaisir en Dieu, autant que possible. Comme les Écritures nous l’enseignent:

Il sont heureux, ceux qui savent crier de joie pour toi, Seigneur! Ils avancent à la lumière de ton visage. – Ps 89.16

Article traduit de l’anglais, avec autorisation. © Desiring God Foundation. Source: desiringGod.org. Merci à Cédric Jung pour la traduction.

Pour aller plus loin

Jon Bloom

Jon Bloom est l’auteur, Président du conseil d’administration et cofondateur du site DesiringGod. Il est l’auteur de trois livres, Not by Sight, Things Not Seen et Don’t Follow Your Heart. Lui et sa femme ont cinq enfants et habite aux Twins Cities (USA).

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