L’ascension de Jésus: qu’est-ce que ça change pour moi?

C'est une doctrine essentielle et pourtant vous n’y pensez probablement jamais.

Elle se trouve dans la Bible. Elle est dans le Credo des apôtres. Et elle est célébrée cette année le 13 mai. Il s’agit de l’ascension de Jésus (Lc 24.50-51, Act 1.9-11).

Je ne sais pas pourquoi nous négligeons l’Ascension. Peut-être est-elle éclipsée par la croix et la résurrection. Peut-être que nous sommes légèrement gênés par une histoire qui ressemble à Superman s’envolant dans l’espace. Qu’importe, je crains que nous ne saisissions pas pleinement ce qu’accomplit l’Ascension, dans l’histoire du salut, mais aussi dans notre vie chrétienne.

Voici quatre raisons pour lesquelles l’Ascension est importante.

1. L’Ascension explique l’absence de Jésus

Si Jésus était mort, son absence ne nécessiterait aucune explication. (Après tout, aucun de nous ne se demande pourquoi nous n’avons jamais vu Pierre, Paul ou Jules César.) Mais il est vivant, donc son absence exige une explication.

Nous adorons et aimons quelqu’un que nous n’avons jamais vu. Et cela ne concerne pas seulement les chrétiens du 21ème siècle. C’était également vrai pour de nombreux chrétiens du premier siècle. Comme Pierre l’a écrit aux Églises d’Asie Mineure, « Jésus, vous ne l’avez pas vu, et pourtant vous l’aimez » (1 Pi 1.8).

Cette réalité douce-amère est si évidente que nous la tenons pour acquise. Et pourtant, sans l’Ascension, ce ne serait pas évident du tout. Jésus est plus vivant aujourd’hui que lorsqu’il a ressuscité Lazare il y a 2000 ans. Et pourtant, les chrétiens n’ont jamais fait de pèlerinages pour rencontrer Jésus en personne ni organisé des tours du monde où Jésus visite son Église. Il n’y a qu’une seule raison à cela: parce que 40 jours après sa résurrection, il est monté au ciel.

L’Ascension a créé le paradoxe doux-amer que les chrétiens sur terre connaissent depuis près de deux millénaires: « tant que nous séjournons dans ce corps, nous demeurons loin du Seigneur » (2 Co 5.6-9). Bien sûr, il est vital que Jésus soit toujours avec nous (Mt 18.20; 28.20), mais il ne l’est pas au sens plein et final. Tout comme les anges pouvaient montrer le tombeau vide et dire: « Il n’est plus ici car il est ressuscité » (Mt 28.6), ils pourraient maintenant dire au monde entier: « Il n’est plus ici car il est monté au ciel. »

2. L’Ascension intronise Jésus à la droite du Père

L’objet principal de l’Ascension n’est pas ce que Jésus quittait, mais plutôt où il allait et pourquoi. J’ai dit que l’Ascension était « douce-amère » et je me suis concentré sur la partie amère. Mais l’Ascension devrait également être douce pour tous ceux qui aiment Jésus. L’Ascension a été le retour de Jésus chez lui. Retour auprès de son Père. Retour là où il avait demeuré dans un amour glorieux de toute éternité (Jn 1.1, 18; 13.1; 17.5, 11, 13, 23) — mais cette fois avec les clés de la mort dans ses mains percées portant les cicatrices des clous (Ap 1.18). Imaginez la fête de bienvenue.

Mais l’Ascension ne consistait pas simplement dans le fait que Jésus rentrait chez lui; l’Ascension, c’est Jésus intronisé. Les Écritures parlent à plusieurs reprises de l’Ascension se terminant avec Jésus « assis à la droite du Père » (Ps 110.1; Act 2.33-34; Éph 1.20; 1 Pi 3.22). Et ce n’est pas un siège ordinaire. Comme Jésus l’a dit à l’Église de Laodicée: « Je suis allé siéger avec mon Père sur son trône après avoir remporté la victoire » (Ap. 3.21).

Comment a-t-il remporté la victoire? En mourant et en ressuscitant. Nous le voyons dans Apocalypse 5.5-6, où le lion qui a remporté la victoire est vu comme un agneau qui avait été tué, mais qui se tient maintenant debout. Cette description de l’Agneau debout n’est pas censée entrer en conflit avec les nombreuses références à Jésus assis; c’est plutôt pour montrer que Jésus est vivant, car les agneaux tués ne se tiennent généralement pas debout. Mais c’est l’Ascension qui a placé Jésus là où Jean l’a vu se tenir debout — dans la salle du trône céleste, entouré d’une multitude d’anciens, de créatures vivantes et de saints, tous adorant Jésus et son Père (Ap 5.6-14).

C’est le message du passage de l’Ancien Testament le plus souvent cité dans le Nouveau Testament, Psaume 110 verset 1: « L’Éternel dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied ». L’Ascension est le moyen par lequel il y est arrivé (Act 2.33–34). C’est ce qui l’intronise en tant que roi, « régnant au milieu de ses ennemis » (Ps 110.1).

3. L’Ascension lui permet de continuer son œuvre sacerdotale pour nous

Mais comme le montre clairement le Psaume 110, l’Ascension concerne également le sacerdoce de Jésus (verset 4). Quand nous pensons au sacerdoce de Jésus, nous pensons naturellement à son propre sacrifice sur la croix. Et à juste titre. La croix est de première importance (1 Co 15.3-4). C’est là que Jésus a dit: « Tout est accompli » (Jn 19.30) [NDT: « finished » en anglais, terminé, achevé].

Mais nous ne devons pas prendre « Tout est accompli » pour signifier que rien d’autre ne devait se produire pour que nous soyons sauvés. Par exemple, si Christ n’était pas ressuscité, la seule chose « terminée » aurait été nous-mêmes (1 Co 15.14-19). Non. Bien que l’intégralité de la sanction pour nos péchés ait été payée à la croix, l’œuvre sacerdotale du Christ ne s’est pas arrêtée là.

Elle continue jusqu’à ce jour dans le ciel, où le Christ « se présente devant Dieu pour nous » (Hé 9.24). Et son entrée au ciel a tout à voir avec son sacrifice. « Il a pénétré une fois pour toutes dans le sanctuaire… au moyen de son propre sang, il nous a ainsi acquis un salut éternel » (Hé 9.12). Notez ceci: notre salut éternel a été garanti: non pas simplement par la mort de Jésus sur la croix, mais par l’entrée de Jésus au ciel au moyen de son propre sang. En bref: pas d’Ascension, pas de salut.

C’est pourquoi Robert Peterson qualifie l’Ascension de « grande cheville ouvrière du travail de salut du Christ », car elle constitue la transition du ministère terrestre de Jésus à son ministère céleste. Sans cette cheville ouvrière, notre salut ne serait plus soutenu.

L’Ascension ne diminue pas la croix et la résurrection dans l’accomplissement de notre salut. Il s’agit plutôt d’une extension nécessaire pour l’application de notre salut. La raison pour laquelle Christ peut « nous sauver parfaitement » n’est pas seulement parce qu’il est mort sur terre, mais parce « qu’il est toujours vivant pour intercéder pour nous » dans le ciel (Hé 7.23-24). En effet, le fait que Jésus soit monté au ciel et se soit assis est considéré comme la preuve que son œuvre à la croix a été couronnée de succès.

Tout prêtre se présente chaque jour pour accomplir son service et offrir souvent les mêmes sacrifices qui, cependant, ne peuvent jamais ôter les péchés. Christ, lui, a offert un sacrifice unique pour les péchés, valable pour toujours, et il s’est assis à la droite de Dieu, où il attend désormais que ses ennemis soient mis à terre sous ses pieds. Par une offrande unique, en effet, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il purifie du péché.

Hébreux 10.11-14; cf. 1.4

C’est pourquoi nous pouvons « demeurer fermement attachés à la foi », parce que nous n’avons pas seulement un grand roi qui est mort sur la croix, mais aussi « un grand prêtre éminent qui a traversé les cieux » (Hé 4.14).

4. L’Ascension sert de rampe de lancement pour sa conquête et son retour

Jésus n’est pas monté au ciel pour rien. Il s’est peut-être assis, mais il n’est pas resté inactif pour autant. Au contraire: après avoir écrasé la tête de la résistance de Satan au jour J, celui du Calvaire, c’est du trône céleste que Jésus a lancé son offensive des derniers jours.

Cela a débuté à la Pentecôte, quand il a déversé le Saint-Esprit et a commencé à libérer les nations. Selon Jésus, ce fut l’un des principaux objectifs de l’Ascension: « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille. En effet, si je ne m’en vais pas, le Défenseur en justice ne viendra pas à vous. Mais si je m’en vais, alors je vous l’enverrai » (Jn 16.7). Des gens de chaque nation ont été rachetés; ils doivent maintenant être rassemblés — et nous ne pouvons pas le faire seuls. Ceci est l’œuvre du Saint-Esprit. Jusqu’à ce qu’il ait été donné, le grand commandement de faire de toutes les nations des disciples (Mt 28.18-20) ne pouvait pas avancer. Avant que Jésus soit monté, il ne pouvait pas être donné (Lc 24.49; Jn 7.39). Ce n’est qu’à ce moment-là, « étant élevé pour siéger à la droite de Dieu », que Jésus a pu répandre le Saint-Esprit (Actes 2:33).

En tant que personne de la trinité, le Saint-Esprit assure la médiation de la puissance et de la présence à la fois du Père et du Fils, de telle sorte que, dans un sens bien réel, Jésus est avec nous, même maintenant (Rm 8.9-10; 2 Co 3.17; Ga 4.6). C’est ainsi que, bien qu’étant au ciel, Jésus peut promettre d’être avec nous jusqu’à la fin des temps, jusqu’à ce que la moisson soit récoltée et la mission accomplie (Mt 28.20).

Mais ce temps ne durera pas éternellement et la mission ne sera pas terminée alors que Jésus est assis. Un jour, il va se lever, et quand il le fera, le monde entier le saura. Ses ennemis deviendront son marchepied, ses amis deviendront ses vice-régents et sa création deviendra un paradis (Ps 110.1,5-6; Ap 3.21; Rm 8.21).

L’Ascension n’est pas une étape finale; c’est une rampe de lancement. « Du ciel, nous attendons un Sauveur, qui transformera notre corps misérable » et « rétablira toutes choses » (Ph 3.0; Ac 3.21). Un jour, il va descendre à nouveau (1 Th 4.16). Et quand ce jour viendra, nous n’aurons plus à choisir entre être présents dans notre corps et absents de notre Seigneur.

Jusque-là, nous attendons.

Ne passez pas à côté de l’Ascension

Ne nous asseyons pas pour l’instant, car notre travail n’est pas terminé. Au lieu de passer à côté de l’Ascension, laissons-la faire son travail parfait.

Jésus est absent; alors, cultivons un désir de « partir et être avec Christ », ce qui est « bien mieux », même si nous cherchons à être fidèles ici sur terre (Ph 1.21-26). Jésus est roi; alors, adorons, mettons-nous à genoux et reconnaissons que l’univers n’est pas une démocratie. Jésus est le grand prêtre; alors, venons avec zèle devant le trône de la grâce, sachant que nous avons là un avocat qui a marché sur notre chemin et a ressenti notre douleur (Hé 4.14-16; 1 Jn 2.1). Jésus revient; alors, rejoignons la mission de l’Esprit pour faire connaître le nom de Jésus à chaque tribu et à chaque nation.

Et si tout cela vous semble un peu trop divin, c’est normal. C’est ce que fait l’Ascension (Col 3.1-4).


Merci à Nathanael Delarge pour la traduction de cet article.

[NDLR: Cet article a été publié pour la première fois en mai 2020. Nous le republions aujourd’hui pour une nouvelle génération de lecteurs.]


Pour aller plus loin:

Justin Dillehay

Justin Dillehay (MDiv, The Southern Baptist Theological Seminary) est l’un des pasteurs de Grace Baptist Church à Hartsville dans le Tennessee, où il réside avec sa femme, Tilly, et ses enfants, Norah, Agnes et Henry. Il fait partie des auteurs de The Gospel Coalition.

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