Pour beaucoup de chrétiens, la réponse semble évidente. Le prochain désignerait tout être humain sans distinction. Cette compréhension paraît naturelle, particulièrement à la lumière de la parabole du bon Samaritain et de l’appel de Jésus à aimer ses ennemis. Mais cette lecture est-elle aussi évidente qu’elle le paraît ?
D’autres croyants soutiennent qu’en employant le mot « prochain », la Bible désigne principalement les membres du peuple de Dieu. Selon eux, le commandement trouve son origine dans l’Ancien Testament, où les termes « frère », « prochain » et « enfant de ton peuple » sont étroitement liés. Ils affirment également que plusieurs textes du Nouveau Testament semblent réserver certaines formes d’amour et d’obligations aux disciples du Christ.
Si cette interprétation est correcte, quelles en sont les conséquences ? Faut-il distinguer l’amour du prochain de la bienveillance envers tous les hommes ? Existe-t-il différents devoirs envers les croyants et les non-croyants ? Comment comprendre alors la parabole du bon Samaritain ? Et que faire des paroles de Jésus sur l’amour des ennemis ?
À l’inverse, si le prochain désigne effectivement toute personne, comment expliquer les nombreux passages où les auteurs bibliques semblent accorder une attention particulière à la communauté de foi ? Les exhortations à aimer « les uns les autres » peuvent-elles être simplement élargies à l’ensemble de l’humanité ? La notion biblique de peuple de Dieu conserve-t-elle alors une signification particulière ?
Au-delà d’une simple question de vocabulaire, c’est toute une vision de l’Église, de la mission chrétienne et des relations humaines qui est en jeu. Comment concilier l’appel à aimer sans partialité avec la place unique que la Bible accorde au peuple de Dieu ? Quelle est la relation entre l’amour fraternel, l’amour du prochain et l’amour des ennemis ?
Dans cet épisode, je m’entretiens avec Charles Nicolas, qui défend une compréhension moins répandue aujourd’hui de la notion de prochain. Ensemble, nous explorerons les arguments bibliques avancés de part et d’autre, les objections les plus fréquentes et les implications pratiques de cette question aussi ancienne qu’actuelle.
Voici le plan de discussion que nous avons suivi :
- L’importance de la question
- La notion particulariste du prochain
- Les principaux arguments bibliques
- Les enjeux théologiques de cette question
- Les objections
- Comment traiter ceux qui ne sont pas notre prochain ?
- Qu’est-ce que ça devrait changer concrètement pour l’Église ?









