Le titre un peu provocateur de notre étude du psaume 5 pourrait laisser croire que nous professons une doctrine du salut par les œuvres. Il n’en est rien.
De la même manière, les intitulés des sections qui suivent — "Dieu écoute celui qui l’écoute", "Dieu hait celui qui le hait", "Dieu aime celui qui l’aime" — pourraient également suggérer que nous croyons que l’homme prend l’initiative de sa relation avec l’Éternel. Or, il ne s’agit pas ici d’un lien causal où l’action humaine produirait une réaction divine. Ces formulations décrivent plutôt la manifestation du résultat de la souveraineté de Dieu: c’est parce que Dieu a d’abord aimé certains pécheurs qu’ils l’aiment en retour, le Seigneur alimentant l’amour qu’il a déjà suscité en eux, comme dans une spirale vers le haut, un cercle vertueux. Les Écritures ne sont pas exemptes de ce genre de manière de s’exprimer, qui peut paraître équivoque à ceux qui s’affairent à les harmoniser en respectant le fondement doctrinal de la grâce. Ces formulations ont peut-être pour fonction d’éprouver le cœur humain, en séparant les humbles des orgueilleux, ceux qui se confient en Dieu de ceux qui se confient en eux-mêmes.
Le contexte historique du psaume 5 demeure, comme lors des trois précédents, celui de la révolte d’Absalom et du salut de David. Son application s’étend à la révolte de l’humanité entière et au salut de tous les élus. Jean Chrysostome, un théologien du quatrième siècle, affirme que l’Église a été rassemblée du milieu des païens, des devins, des meurtriers et des menteurs. Ce n’est pas leur justice qui les a sauvés, mais la bonté de Dieu1.
¹ Au chef des chantres. Avec les flûtes. Psaume de David. ² Prête l’oreille à mes paroles, ô Éternel! Écoute mes gémissements! ³ Sois attentif à mes cris, mon roi et mon Dieu! C’est à toi que j’adresse ma prière. ⁴ Éternel! le matin tu entends ma voix; le matin je me tourne vers toi, et je regarde.
⁵ Car tu n’es point un Dieu qui prenne plaisir au mal; le méchant n’a pas sa demeure auprès de toi. ⁶ Les insensés ne subsistent pas devant tes yeux; tu hais tous ceux qui commettent l’iniquité. ⁷ Tu fais périr les menteurs; l’Éternel abhorre les hommes de sang et de fraude.
⁸ Mais moi, par ta grande miséricorde, je vais à ta maison, je me prosterne dans ton saint temple avec crainte. ⁹ Éternel! conduis-moi dans ta justice, à cause de mes ennemis, aplanis ta voie sous mes pas.
¹⁰ Car il n’y a point de sincérité dans leur bouche; leur cœur est rempli de malice, leur gosier est un sépulcre ouvert, et ils ont sur la langue des paroles flatteuses. ¹¹ Frappe-les comme des coupables, ô Dieu! Que leurs desseins amènent leur chute! Précipite-les à cause de leurs péchés sans nombre! Car ils se révoltent contre toi.
¹² Alors tous ceux qui se confient en toi se réjouiront, ils auront de l’allégresse à toujours, et tu les protégeras; tu seras un sujet de joie pour ceux qui aiment ton nom. ¹³ Car tu bénis le juste, ô Éternel! Tu l’entoures de ta grâce comme d’un bouclier.
Psaumes 5
La séquence du psaume 5 suit un mouvement alterné entre les thèmes du juste et du méchant. David introduit son poème avec l’évocation de sa relation à Dieu, il décrit les méchants, il revient à lui-même parmi les justes, il prononce un jugement contre les méchants, et il conclut sur le sort bienheureux des justes. Notre exposé suivra cette séquence en cinq parties: la prière du juste entendue par Dieu (vv. 2-4), la haine de celui-ci envers le méchant (vv. 5-7), son amour pour le juste (vv. 8-9), son jugement contre le méchant (vv. 10-11), et sa bénédiction finale pour le juste (vv. 12-13).
Prête l’oreille à mes paroles, ô Éternel! Écoute mes gémissements! Sois attentif à mes cris, mon roi et mon Dieu! C’est à toi que j’adresse ma prière. Éternel! le matin tu entends ma voix; le matin je me tourne vers toi, et je regarde. (vv. 2-4)
Dans ces versets initiaux, le psalmiste nous enseigne quatre vérités fondamentales sur la prière. D’abord, le souverain d’Israël tutoie Dieu avec une familiarité qui pourrait surprendre. Les Hébreux n’osaient même pas prononcer le nom YHWH par respect pour la sainteté divine. David, quant à lui, s’approprie la présence du Seigneur: “mon Roi, mon Dieu.” Tel qu’observé dans notre étude du Psaume 4, cette intimité ne relève pas d’un manque de révérence. Elle témoigne plutôt d’une foi vivante, sachant que Dieu n’est ni lointain ni impersonnel.
David se tourne ensuite vers Dieu dès le matin. La question se pose à chacun: vers qui ou vers quoi est-ce que je me tourne au réveil? Le téléphone? Les soucis? Les nouvelles politiques? La première activité du matin et la dernière du soir devraient être consacrées à la prière. Pour le croyant, il s’agit d’une nécessité aussi impérieuse que celle de manger et de boire. Charles Spurgeon résume cet état de fait:
La prière doit être la clé du jour et la serrure de la nuit2.
De plus, la prière se fait avec ou sans mots articulés. Le ton de la prière de David indique qu’elle contient à la fois des paroles, des gémissements et des cris. La vraie prière n’est pas une formule du bout des lèvres, mais un élan fervent de l’esprit et du cœur. En commentant ce psaume, Spurgeon observe qu’il existe deux sortes de prières qui ne s’excluent pas l’une et l’autre: celles qui s’expriment par des mots et celles qui se manifestent par des soupirs qui demeurent comme des méditations silencieuses. L’apôtre Paul l’atteste:
L’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables.
Romains 8.26
Il peut y avoir une intercession puissante sans mots, mais aussi des mots sans vraie supplication. L’esprit de la prière véridique vaut mieux que la routine marmonnée des moulins à patenôtres. Pour trouver des gémissements à offrir à Dieu, il faut parler la même langue que la sienne, en méditant sa Parole "jour et nuit", comme l’indique le psaume 1.
Enfin, et c’est le plus important, la prière ne se pratique pas dans le vide. Dieu est omniscient. Il prête l’oreille et se montre attentif à nos mouvements intérieurs. Il entend la prière du juste, même quand elle est silencieuse. Dès le matin, David se tourne vers Dieu et "regarde", utilisant le verbe hébreu tsaphah, qui signifie veiller comme une sentinelle. Le prophète Habakuk emploie le même terme:
J’étais à mon poste, et je me tenais sur la tour; je veillais, pour voir ce que l’Éternel me dirait.
Habakuk 2.1
Prier, c’est veiller à chercher Dieu de tout son cœur, parce que Dieu a trouvé celui de ses enfants. Asterius l’homéliaste, un prédicateur du cinquième siècle, illustre cette vérité par une image pastorale:
Si dans les troupeaux les plus vastes, chaque animal reconnaît le cri de sa propre progéniture, si même mille veaux crient et que la mère connaît le cri de son petit, combien plus Dieu, parmi mille pécheurs qui crient, connaît-il le cri du juste et le reconnaît-il comme la vraie voix de son propre enfant3?
Si Dieu écoute attentivement ses enfants, cette réalité ne s’applique pas aux méchants. La sagesse biblique l’affirme:
Le sacrifice des méchants est en horreur à l’Éternel, mais la prière des hommes droits lui plaît.
Proverbes 15.8
Car tu n’es point un Dieu qui prenne plaisir au mal; le méchant n’a pas sa demeure auprès de toi. Les insensés ne subsistent pas devant tes yeux; tu hais tous ceux qui commettent l’iniquité. Tu fais périr les menteurs; l’Éternel abhorre les hommes de sang et de fraude. (vv. 5-7)
Au psaume 4, David admonestait les méchants. Au psaume 5, il parle d’eux, et surtout de leur rapport à Dieu. Il va sans dire que le psalmiste n’apprend rien à Dieu lorsqu’il prononce des vérités le concernant. C’est plutôt la responsabilité des croyants de connaître graduellement et de mieux en mieux le Seigneur à qui ils s’adressent. Le Dieu d’amour est un Dieu saint, juste et redoutable, qui refuse toute complicité avec le péché. Le prophète déclare: “Tes yeux sont trop purs pour voir le mal” (Ha 1.13). L’apôtre que Jésus affectionnait particulièrement renchérit: “Dieu est lumière, et il n’y a point en lui de ténèbres” (1Jn 1.5).
Nous sommes tous pécheurs. Pourquoi alors certaines personnes sont-elles considérées comme ennemies de Dieu? Jérôme, un théologien du quatrième siècle, pose la question suivante:
Qui Dieu déteste-t-il? Celui qui fait le mal. Mais si nous sommes tous pécheurs et que tout pécheur est haï par Dieu, il s’ensuit naturellement que nous sommes tous haïs par Dieu. Mais si nous sommes tous haïs par Dieu, comment se fait-il que nous soyons sauvés par la grâce4?
Jérôme répond en précisant que le psalmiste ne parle pas de ceux qui commettent une faute, si grave soit-elle, mais de ceux qui vivent dans le péché comme dans un mode de fonctionnement habituel. Ceux qui persévèrent dans le mal sont tenus en horreur par l’Éternel, mais ceux qui abandonnent leurs voies iniques sont aimés de lui.
Les ennemis de Dieu ne se révèlent pas nécessairement de plus grands criminels que les autres. Ce sont des pécheurs non repentants. Ils commettent le mal avec enthousiasme. Beaucoup d’hommes s’imaginent qu’ils éviteront le jugement en ne commettant pas de graves péchés, mais cette logique méconnaît les critères absolus de la justice divine.
Mais moi, par ta grande miséricorde, je vais à ta maison, Je me prosterne dans ton saint temple avec crainte. Éternel! conduis-moi dans ta justice, à cause de mes ennemis, Aplanis ta voie sous mes pas. (vv. 8-9)
La différence entre David et ses ennemis ne réside ni dans la moralité supérieure du roi ni dans sa justice intrinsèque. Elle se trouve uniquement dans l’immense miséricorde de Dieu envers le psalmiste. Paul en parle ainsi:
Nous sommes ce que nous sommes par la grâce de Dieu.
1 Corinthiens 15.10
La grâce divine ne se manifeste pas seulement lors de la conversion initiale du croyant, mais aussi de manière continuelle dans sa persévérance: “Éternel! Conduis-moi dans ta justice, à cause de mes ennemis, aplanis ta voie sous mes pas.” Ces deux grâces, celle qui convertit et celle qui propulse, n’en font qu’une. Elles s’ouvrent sur la grâce finale de la glorification paradisiaque.
Lorsque David déclare qu’il va à la maison de Dieu et qu’il se prosterne dans son saint temple, il ne parle pas uniquement du sanctuaire terrestre. Le temple de Salomon n’était d’ailleurs pas encore construit à l’époque de l’écriture du psaume 5. Une tente servait de temple à l’Éternel. Les deux termes employés au verset 8, "maison" et "temple", suggèrent une réalité plus profonde l’une que l’autre. John Goldingay note que les deux termes renvoient à la demeure de l’Éternel5. Sa "maison" évoque la demeure terrestre, tandis que le fait de se prosterner vers son "saint palais" donne à penser à la demeure de Dieu dans les cieux. Le psalmiste vient au temple terrestre et s’incline devant le temple céleste simultanément.
Les saints de l’Ancien Testament comprenaient déjà ce rapport entre le tabernacle terrestre et celui, céleste (cf. 1R 8.27; Hé 8.5). Les chrétiens doivent également saisir cette réalité paradoxale. L’apôtre Paul l’enseigne:
Nous savons que si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui est l’ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n’a pas été faite de main d’homme.
2 Corinthiens 5.1-2
Une telle espérance n’attend pas le méchant.
Car il n’y a point de sincérité dans leur bouche; leur cœur est rempli de malice, leur gosier est un sépulcre ouvert, et ils ont sur la langue des paroles flatteuses. Frappe-les comme des coupables, ô Dieu! Que leurs desseins amènent leur chute! Précipite-les à cause de leurs péchés sans nombre! Car ils se révoltent contre toi. (vv. 10-11)
Parce que Dieu est juste, il punit le mal. La méchanceté du cœur se manifeste principalement par la bouche de l’impie. Théodoret de Cyr, un théologien du cinquième siècle, emploie une image saisissante: lorsque les tombes sont refermées, elles gardent leur puanteur à l’intérieur, mais lorsqu’elles s’ouvrent, elles libèrent une horrible odeur6. C’est le cas des gens qui crachent des paroles aux relents d’impiété.
Les paroles ne demeurent pas que des mots en l’air. Elles actualisent le péché du cœur. Jésus avertit:
Au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu’ils auront proférée.
Matthieu 12.36
Il est d’ailleurs beaucoup plus facile de se retenir de poser des gestes criminels que de se garder de prononcer des paroles méchantes ou mensongères. Tôt ou tard, le cœur de l’impie se trahira par des paroles qui s’échapperont de sa bouche et qui l’exposeront au grand jour. Jésus-Christ l’enseigne ainsi: “c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle” (Lc 6.45).
Spurgeon observe avec justesse que nous devons pardonner à nos ennemis, mais qu’il n’est pas en notre pouvoir de pardonner aux ennemis de Dieu7. Cette manière de voir a souvent été qualifiée de dure par les consciences fragiles. Spurgeon rappelle qu’elles pourraient se traduire comme une prophétie plutôt que comme un désir. Il ne s’agit pas d’une vengeance personnelle, mais d’un appel à la justice divine. David occupait une position unique en tant que roi-prophète, ce qui justifie ses imprécations dans un sens que nous ne pouvons pas nous approprier ordinairement. De la même manière, lorsque Jésus prêchait l’enfer, c’était toujours avec une grande tristesse, et jamais avec une disposition intérieure malicieuse.
Alors tous ceux qui se confient en toi se réjouiront, ils auront de l’allégresse à toujours, et tu les protégeras; tu seras un sujet de joie pour ceux qui aiment ton nom. Car tu bénis le juste, ô Éternel! Tu l’entoures de ta grâce comme d’un bouclier. (vv. 12-13)
Après avoir décrit le sort des méchants, David conclut avec celui de ceux qui se confient en l’Éternel. Se confier en l’Éternel équivaut à vivre dans le mouvement de la foi salvatrice que Dieu suscite chez ceux qu’Il aime. À la suite de son détrônement par son fils Absalom, David n’attend pas simplement un revirement favorable de sa situation temporelle. Il attend le grand renversement eschatologique, celui où Dieu interviendra de manière définitive pour établir son règne. La félicité perpétuelle attend les justes, c’est-à-dire ceux qui se confient en l’Éternel et en son Messie.
Aussi inimaginable que cela puisse paraître, Dieu lui-même sera la récompense du juste. Le verbe traduit de l’hébreu atar par "entourer" pourrait également signifier "couronner" dans son sens dérivé. Il s’agit d’un couronnement qui consacre complètement le juste. Cette faveur divine garantit la sécurité éternelle du croyant. Il s’agit du salut et de l’espérance qui réjouissaient déjà David sur la terre, préfigurant la joie promise à tous ceux qui aiment le nom de l’Éternel.
Le cinquième psaume nous confronte à la sainteté redoutable de Dieu et à la grâce surabondante qu’il accorde à ceux qui se confient en lui. Le texte révèle que la différence fondamentale entre le juste et le méchant ne réside pas dans leur mérite moral, mais dans la miséricorde divine. Tous les hommes sont pécheurs. Ceux qui persévèrent dans l’endurcissement de leur cœur demeurent ennemis de Dieu.
David nous enseigne que la vraie prière naît de la méditation de la Parole de Dieu et se nourrit d’une intimité confiante avec le Créateur. Elle ne saurait se réduire à une formule ni à une routine qui tourne à vide. Elle jaillit du cœur vers celui qui prête l’oreille à ses enfants. Le psalmiste nous instruit également sur la nature de Dieu: il est un Dieu saint, juste, qui hait le péché, qui punit le mal, mais qui se révèle miséricordieux envers ceux chez qui il suscite la repentance.
L’espérance exprimée dans ce psaume dépasse les circonstances temporelles de David. Elle anticipe la demeure éternelle que Dieu prépare pour ses élus. Cette attente trouve son accomplissement en Jésus-Christ, le véritable Oint de l’Éternel, qui a parfaitement accompli la justice divine et qui, par son sacrifice, nous a ouvert l’accès à la maison du Père. Par sa mort et par sa résurrection, Christ a assuré la victoire finale des justes sur les méchants, humains et angéliques.
Le psaume 5 nous enseigne à prier avec ferveur, à craindre Dieu avec révérence, à nous confier en sa miséricorde avec assurance, et à attendre avec impatience le jour où tous ceux qui aiment son nom se réjouiront en sa présence pour toujours.
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webinaire
La prière: retrouver le plaisir de parler à notre Père
Découvre le replay du webinaire de Romain T. sur la prière, enregistré le 09 juin 2022.

Orateurs
R. T.
