Il arrive que les épreuves se multiplient et que les découragements se succèdent comme les messagers de Job¹. Non seulement ces mauvaises nouvelles préoccupent l’âme, mais le découragement prive aussi le cœur de toute paix. L’eau qui goutte érode la pierre et les afflictions récurrentes rongent l’esprit le plus vigoureux.
Si le souci occasionné par un garde-manger dégarni est augmenté de celui de la maladie d’une épouse ou de la perte d’un enfant, et si les critiques ingrates des auditeurs sont suivies de l’opposition des diacres et de l’indifférence de l’assemblée, alors, comme Jacob, nous nous lamentons: “C’est sur moi que tout cela retombe” (Gn 42.36). Quand David rentre à Tsiqlag, il retrouve la ville incendiée et découvre que les biens ont été pillés et les femmes enlevées. En plus de cela, ses troupes veulent le lapider, mais nous lisons qu’alors il “se fortifia en l’Éternel son Dieu” (1S 30.6). Heureusement pour lui, car il se serait effondré s’il n’avait pas été sûr de “contempler la bonté de l’Éternel sur la terre des vivants” (Ps 27.13).
L’accumulation des épreuves aggrave les répercussions de chacune; elles font le jeu les unes des autres et, telle une bande de cambrioleurs, nous privent sans pitié de notre confort. Le plus habile des nageurs lutte difficilement contre une succession de vagues, et là où deux mers se rencontrent, la meilleure des quilles de navire est éprouvée. Si les coups durs de l’adversité nous offraient régulièrement des temps de répit, notre esprit pourrait s’y préparer. Mais lorsqu’ils s’abattent subitement et avec violence comme une tempête d’énormes grêlons, le pèlerin a toutes les raisons de s’en étonner. Les derniers grammes de trop brisent le dos du chameau. Et lorsque ces quelques grammes s’ajoutent à notre fardeau, pourquoi s’étonner que nous soyons, pour un instant, sur le point de rendre l’âme?
Parfois, ce mal nous accable sans que nous sachions pourquoi et il devient d’autant plus difficile de s’en débarrasser. Il est impossible de raisonner une dépression d’origine inconnue et la harpe de David2 ne peut l’apprivoiser par d’agréables discours.
Qui pourrait lutter contre ce désespoir nébuleux et incompréhensible qui obscurcit tout? Autant lutter contre le brouillard! Or, nous n’avons aucune pitié pour nous-mêmes, car il semble insensé, voire pécheur, d’être tourmenté sans cause manifeste. Pourtant, tourmentés, nous le sommes au plus profond de nos pensées. Si ceux qui rient d’une telle condition en faisaient l’expérience pendant une heure, leurs rires se changeraient en cris de compassion. Il serait sans doute possible d’échapper à ce mal par un effort de volonté, mais où trouver la volonté quand tout notre être est bouleversé? Le médecin et l’homme d’Église, dans ce cas, peuvent unir leurs forces. Tous deux auront plus de travail qu’il n’en faut. Mais le verrou de fer, qui mystérieusement ferme la porte de l’espoir et tient notre esprit cloîtré dans un cachot lugubre, doit être tiré par la main divine. À la vue de cette main, nous nous écrions de concert avec l’apôtre:
Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père compatissant et le Dieu de toute consolation, lui qui nous console dans toutes nos afflictions, afin que, par la consolation que nous recevons nous-mêmes de la part de Dieu, nous puissions consoler ceux qui se trouvent dans toute sorte d’afflictions!
2 Corinthiens 1.3-4
C’est le Dieu de toute consolation qui pourra, grâce à quelque doux antidote d’oubli, débarrasser le sein gonflé des dangereuses matières qui pèsent sur le cœur3.
Simon s’enfonce dans les eaux jusqu’à ce que Jésus lui saisisse la main4. Le diable tourmente et déchire le malheureux enfant jusqu’à ce qu’une parole d’autorité lui ordonne de le laisser en paix5. Quand nous sommes rongés par une peur atroce et terrassés par un monstrueux démon, tout ce dont nous avons besoin, c’est que se lève le soleil de justice6. Alors les maux, nés de nos ténèbres, se dissipent, mais rien de moins que cela ne pourra chasser le cauchemar de notre âme. Timothy Rogers, auteur d’un essai sur la mélancolie7, et Simon Browne8, qui a écrit de merveilleux cantiques, ont montré par leur expérience que toute aide humaine est vaine quand le Seigneur retire la lumière de notre âme.
Pourquoi les serviteurs du Roi doivent-ils si souvent traverser la vallée de l’ombre de la mort9? Il n’est pas nécessaire de chercher bien loin la réponse. C’est l’une des façons dont le Seigneur œuvre et qui pourrait se résumer ainsi:
Ce n’est ni par la puissance, ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit l’Éternel.
Zacharie 4.6
Dieu nous utilise, mais il faut que la faiblesse de son outil soit mise en évidence; nul ne doit partager sa gloire ni diminuer les honneurs dus au Grand artisan. L’être humain doit être vidé de lui-même et rempli du Saint-Esprit. Il doit se voir comme une feuille desséchée, emportée par la tempête, puis être fortifié jusqu’à devenir un mur de bronze face aux ennemis de la vérité.
C’est lutter contre l’orgueil de l’ouvrier qui est difficile. Notre esprit faible ne pourrait supporter la réussite constante et la joie perpétuelle qui l’accompagne. Notre vin doit être mêlé d’eau, de crainte qu’il ne nous monte à la tête.
J’ai pu observer que ceux que leur Seigneur honore en public doivent endurer secrètement une correction ou porter une croix particulière, afin de ne pas s’élever eux-mêmes jusqu’à tomber dans les filets du diable. Avec quelle constance le Seigneur appelle-t-il Ézéchiel "fils d’homme10"! Alors qu’il l’élève au milieu des splendeurs les plus extraordinaires, au moment où il rend son œil capable de contempler sans voile sa gloire magnifique, Dieu fait résonner à ses oreilles les mots "fils d’homme" et dégrise ainsi le cœur qui risquait d’être empoisonné par les honneurs. C’est ce genre de paroles à la fois humiliantes et salutaires que la dépression nous murmure à l’oreille. Elles nous avisent de ne pas nous y méprendre: nous ne sommes que des êtres humains, faibles, fragiles et prompts à défaillir.
Par toutes les humiliations de ses serviteurs, Dieu est glorifié. En effet, ils sont conduits à le magnifier lorsqu’il les relève. Et même à terre, ils proclament ses louanges par la foi. Ils parlent d’autant plus passionnément de sa fidélité et sont d’autant plus affermis dans son amour. Ces hommes mûrs, comme le sont certains prédicateurs âgés, ne le seraient sans doute pas autant s’ils n’avaient pas été vidés entièrement jusqu’à pouvoir contempler ce vide en eux et la vanité de tout ce qui les entoure11.
Gloire soit rendue au Seigneur pour la fournaise, le marteau et la lime. Le ciel sera d’autant plus rempli de félicité que notre vie ici-bas aura été remplie d’angoisse; la terre sera d’autant mieux labourée que nous aurons été formés à l’école de l’adversité.
Voici la leçon qu’enseigne la sagesse: ne vous laissez pas désarçonner par les soucis de l’âme. Ils n’ont rien d’exceptionnel; au contraire, ils sont partie intégrante du quotidien du ministère. Et si la dépression est plus virulente que d’habitude, ne croyez pas que vous n’êtes plus bons à rien.
Gardez confiance, car cette dernière sera mise sur votre compte et récompensée. Même si le pied de l’ennemi vous écrase la nuque, attendez-vous à vous relever et à le vaincre.
Jetez votre fardeau présent, votre péché passé et votre crainte de l’avenir au pied du Seigneur, qui n’abandonne pas les justes. Vivez un jour après l’autre… une heure après l’autre, même.
Ne vous fiez ni à votre condition ni à vos sentiments. Aspirez à une graine de foi plutôt qu’à un bon poids d’enthousiasme. Ne vous confiez qu’en Dieu et ne vous appuyez pas sur ce fragile roseau qu’est le secours des hommes.
Ne soyez pas surpris quand vos amis vous font défaut, car nous vivons dans un monde déchu. Ne croyez jamais qu’un être humain ne changera pas; comptez sur son inconstance et vous ne serez pas déçus.
Les disciples de Jésus l’ont abandonné; ne vous étonnez pas si les membres de votre assemblée s’en vont écouter d’autres prédicateurs. De même qu’ils n’étaient pas tout ce que vous possédiez quand ils étaient encore avec vous, ainsi tout ne vous est pas enlevé quand ils s’en vont.
Servez Dieu de toute votre force tant que la bougie brûle. Vous aurez d’autant moins de regrets quand elle s’éteindra pour un temps. Soyez satisfaits de n’être rien, car c’est en effet ce que vous êtes.
Quand vous vous retrouvez désagréablement forcés d’ouvrir les yeux sur le vide en vous, reprochez-vous d’avoir seulement rêvé que vous pouviez être rassasiés, si ce n’est dans le Seigneur.
Ne vous attachez que peu aux récompenses présentes. Soyez reconnaissants pour les gages d’avenir que vous recevez le long du chemin, mais réjouissez-vous de la joie qui, un jour, compensera vos peines.
Continuez à servir avec détermination votre Seigneur même quand vous n’observez pas de fruit.
N’importe quel simple d’esprit peut suivre le chemin étroit quand il fait jour; mais c’est la précieuse sagesse de la foi qui nous permet de persévérer dans l’obscurité avec une infaillible précision, car elle se tient au bras de son guide. Des tempêtes plus violentes éclateront peut-être avant que nous n’atteignions le ciel, mais le chef de notre alliance veille sur nous. Ne nous détournons en aucune façon du chemin que la voix divine nous a appelés à suivre. Même contre vents et marées, la chaire est notre tour de guet et le ministère, notre combat.
Que notre premier élan, quand nous ne pouvons voir le visage de notre Dieu, soit de nous réfugier à l’ombre de ses ailes12.
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Comment survivre à la dépression spirituelle?
Tu es probablement déjà passé(e) par des phases de découragement spirituel, où tu as l’impression de t’éloigner de Dieu, de perdre la foi ou de faire marche arrière… Il s’agit peut-être d’une dépression spirituelle. Comment la comprendre et l’affronter quand on est chrétien?

Orateurs
P. Denault
