Mort de Loana: tous responsables?

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      Photo de Loana, jeune femme blonde, maquillée, autrefois participante de téléréalité en 2001

      Loana, première starlette de l’histoire de la télé-réalité française, est morte. Elle avait 48 ans. Mais, en réalité, je crois qu’elle est morte le jour où elle est entrée dans le Loft.

      Loana a été façonnée par ce qui a fini par la dévorer

      Belle jeune femme, totalement perdue, brisée par son histoire, elle s’est laissée séduire par les promesses mensongères du monde et de son système médiatique. Elle cherchait ce que la télévision lui a appris à désirer: la reconnaissance, les paillettes, la célébrité et la gloire. Elle voulait être désirée, célèbre, adulée, comme les bimbos de son époque.

      Elle pensait que ses charmes suffiraient. Qu’il fallait tenter sa chance. Loana n’a pas été simplement "révélée" par les médias. Elle a été disciplinée par eux. Ils ont formé ses désirs par leurs liturgies et catéchismes. Ils lui ont appris quoi aimer, à quoi ressembler et ce qui est digne de louanges selon le monde. Et dans le monde, la beauté de la femme, c’est la poule aux œufs d’or. Fragile, déjà fracassée par la vie, hypnotisée par les mensonges des idoles du monde, elle a offert son corps pour devenir elle-même une idole. La fameuse piscine était l’autel de son offrande.

      Alors le monde lui a offert ce qu’elle désirait plus que tout. Le système l’a hissée au sommet. Et c’est ce qui l’a tuée.

      Il en a fait l’égérie de la révolution d'un divertissement fondé sur le voyeurisme des masses, l’argent et la pornification de la culture. Il l’a manipulée, exploitée, pressée jusqu’à la moelle. Puis, ce fut une autre réalité qu’on a vue à la télé. Le système a fait ce qu’il fait toujours. Quand il s’est lassé, quand elle a perdu de ses charmes à cause de l’alcool, des stupéfiants et de la prise de poids, quand ses fragilités et son malheur sont devenus visibles, le monde médiatique et la foule se sont transformés en meutes sanguinaires.

      Moquée. Humiliée.

      On a livré les détails sordides de sa déchéance sur la place publique. On a livré les détails sordides de sa vie, publié les photos les plus dégradantes. On a relayé, commenté, jugé. Les mêmes regards qui l’avaient élevée l’ont rabaissée. Magazines, sites people, plateaux télé, réseaux sociaux: toute l’industrie du spectacle s’est nourrie de la détresse de Loana. La meute ne pardonne rien, parce qu’elle n’aime personne. Elle consomme. Combien de millions ont été gagnés sur son dos? Faire de la télé aux dépens de la réalité.

      Et maintenant qu’elle est morte, la même machine rejoue le même scénario. La meute se transforme en cirque. Tous miment la compassion. Les crocodiles en larmes vont encore faire de l’argent et de l’audimat sur les détails sordides de sa mort. Son corps nu dans la piscine et ses interviews, le visage déformé par le mal-être, vont tourner en boucle. Et on passera à un nouveau spectacle. On est dans Black Mirror et rien de nouveau sous le soleil.

      Nous sommes tous coupables

      Le présentateur de Loft Story, Benjamin Castaldi, a déclaré:

      On est tous un peu responsables parce qu'on a tous regardé. Parce qu'on a tous commenté.

      Castaldi dit vrai. Nous sommes complices. Comme pour le malheureux Jean Pormanove. Les médias nous donnent ce que nous demandons. Nous voulons du voyeurisme, de la vulgarité, de l’humiliation, du sexe. Participer n’est pas neutre. Les médias le savent. C’est pour cela qu’ils remercient les spectateurs de leur fidélité. Le système n’est que le reflet de notre cœur. Nous nous sommes rincé l’œil devant la piscine. Puis, par cynisme et fascination malsaine, nous l’avons regardée couler. Regarder, c’est participer. Télé-Réalité.

      Le Loft est partout maintenant

      Malgré elle, Loana a ouvert un chemin. Elle est devenue une icône, un mythe. Un modèle. Une prêtresse de ce que le monde allait devenir. Aujourd’hui, plus besoin de casting. Plus besoin de M6 pour publier nos stories.

      Instagram, TikTok, Snapchat, OnlyFans… tout le monde peut être dans le Loft. En quête d’amour et d’estime, des millions de jeunes filles veulent, elles aussi, être actrices du système, pas juste spectatrices. Les réseaux sociaux leur promettent qu’en offrant leurs plus beaux selfies en offrande aux réseaux sociaux, elles récolteront enfin la reconnaissance qu’elles recherchent. Elles peuvent toutes être une Loana, une Kim ou une Nabilla. Esclaves des mêmes mensonges.

      Ce que Loana révèle de nos cœurs

      On nous dit que la téléréalité a créé la quête d’être célèbre en ne faisant rien. Que l’on veut tous être célèbres même sans l’avoir mérité. C’est faux.

      Loana n’a pas seulement cherché la célébrité: elle a appris à l’aimer. Et ce qu’elle aimait était un mensonge: une vie où être regardée équivaut à être aimée. Nous ne cherchons pas la célébrité, mais l’amour. La célébrité n’est qu’un moyen d’en recevoir beaucoup — croit-on. Mais c’est une vanité.

      Être connu et aimé de Dieu est notre besoin le plus profond. Quelque part, c’est son regard que nous cherchons tous, même sans le reconnaître. Quand nous réalisons que nous avons l’audience du Père, le regard du monde perd de sa valeur. Mais quand cette vérité est ignorée, nous devenons dépendants du regard des autres.

      Et ce regard est impitoyable. Déjà, au temps de Jésus, les foules se pressaient pour voir une femme exposée à la honte publique (Jn 8). Même voyeurisme. Même délectation pour la chute des autres. Je suis triste pour Loana, parce que je me dis que si seulement elle avait croisé le regard de Jésus, elle aurait été délivrée de celui des foules. Un regard qui voit au plus profond d’elle, mais qui ne la condamne pas. Un regard rempli de compassion et d’amour. Un amour qui libère de l’esclavage. Un regard qui restaure et donne la paix. Le regard qu’a posé Jésus sur la femme adultère, et qui a changé sa vie (Jn 8. 1-11). Et c’est précisément ce regard qui manque à notre monde et que nous sommes appelés à rendre visible.

      Résistons aux spectacles du monde

      La résistance chrétienne ne consiste pas seulement à faire le procès du monde. Il n’a pas besoin de nous pour ça. Elle consiste à refuser de participer à son jeu. Pourquoi? Parce que tout ce que nous regardons entraîne nos cœurs à aimer:

      Ne vous associez pas à ces gens-là. Autrefois, certes, vous apparteniez aux ténèbres, mais à présent, par votre union avec le Seigneur, vous appartenez à la lumière. Comportez-vous donc comme des enfants de la lumière – car le fruit produit par la lumière, c’est tout ce qui est bon, juste et vrai. Efforcez-vous de discerner ce qui plaît au Seigneur. Ne participez pas aux pratiques stériles que favorisent les ténèbres, mais démasquez-les plutôt.

      Éphésiens 5.7-11

      Quel est le coût spirituel de tout ce temps passé sur les réseaux sociaux, devant des émissions qui avilissent? Comment croire que se divertir du mal n’affecte pas notre cœur?

      Et surtout, comment aider les autres à voir Jésus en nous, si nous sommes façonnés par les mêmes spectacles?

      En tant qu’enfants de lumière, laissons l’Évangile et l’Église former nos affections — pas la télévision, pas Internet, pas les réseaux sociaux. Nous appartenons à un autre royaume. Et nous contemplons un autre spectacle:

      Jésus couronné de gloire et d’honneur, à cause de la mort qu’il a soufferte.

      Hébreux 2.9

      Refusons de laisser quoi que ce soit du monde nous empêcher d’être émerveillés par Jésus. Apprenons à honorer ce que Dieu honore. Refusons de nous associer aux ténèbres. Refusons de nourrir notre âme de ce qui est sombre. Que les chrétiens soient connus pour être des hommes et des femmes qui refusent de participer au spectacle.

      Des vies qui témoignent d’une seule exigence: vivre pour "ce qui plaît au Seigneur". Contre ces liturgies culturelles, l’Église exerce une liturgie, un catéchisme. Elle écoute la Parole de Dieu qui réforme les désirs. Elle réapprend à aimer ce qui est bon, juste et vrai. Alors, non anesthésiés par le système, nous pouvons voir clair.

      Nous devenons plus cohérents dans notre témoignage. Plus utiles pour aider nos contemporains à démasquer la perversion du monde. Capables de leur montrer une vision infiniment plus désirable de la vie: la vie sous le regard de Jésus.

      Pour aller plus loin:

      Raphaël Charrier

      À l’âge de 23 ans, Raphaël découvre la personne de Jésus-Christ et son œuvre. Il place sa foi en lui et devient son disciple. Après des études d’éducateur spécialisé, et animé par le désir de servir l’Évangile, Raphaël se forme en théologie à l’Institut Biblique de Genève, puis à la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine.

      Après un premier poste pastoral à plein temps à l’ECE Grenoble, il partage aujourd’hui son ministère entre une charge pastorale à Sola Gratia Grenoble, l’enseignement dans des instituts et facultés de théologie, l’écriture, ainsi que le développement de la TPSG Académie.

      Il est marié à Marion et ils ont deux enfants. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Vivre pour Jésus, qui a pour objectif d’aider les chrétiens à poser les bons fondements de la vie chrétienne.

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      D. Angers