En tant que chrétiens, nous savons que partager l’Évangile fait partie de notre appel. Alors pourquoi est-ce si compliqué, dans la vie réelle?
Tout chrétien sait qu’il est appelé à partager l’Évangile et à témoigner de sa foi en Jésus-Christ. Ce n’est pas seulement un devoir dont nous pensons devoir nous acquitter, c’est surtout un désir sincère que nous espérons voir se réaliser: que nos connaissances rencontrent le Seigneur Jésus et mettent leur foi en lui. Ce désir est si fort que nous le portons chaque jour dans la prière.
Pourtant, entre la prière passionnée et la conversation du quotidien, quelque chose change. Quand le sujet de la foi arrive autour d’un repas ou à la pause-café, les mots manquent, l’assurance s’efface et l’envie de se taire prend le dessus. Si cette tension te parle, rassure-toi: tu n’es pas seul. Beaucoup de chrétiens vivent ce décalage et se sentent démunis lorsqu’il est question d’évangélisation.
Alors, d’où vient cette difficulté? Pourquoi notre rapport à l’évangélisation est-il si compliqué?
Lorsqu’on parle des difficultés des chrétiens à évangéliser, on a vite tendance à chercher des causes extérieures.
De façon plus triviale, on pourrait penser que c’est notre manque d’assurance qui nous empêche d’évangéliser: par peur de ne pas savoir quoi répondre aux questions de nos amis non croyants, nous préférons nous taire. Peut-être est-ce aussi la peur de l’échec: inquiets de ce que les autres pourraient penser de nous ou de subir leur rejet, nous hésitons à parler de Jésus.
Toutefois, si ces éléments représentent de vrais obstacles à l’évangélisation, ils ne touchent pas le problème de fond. Comme l’expliquent Daniel Hames et Michael Reeves dans leur livre, Dieu resplendit:
Pression culturelle, appréhension ou crainte de l’échec semblent supposer qu’une passion brûlante nous anime pour partager l’évangile et qu’elle est seulement inhibée par des barrières externes dont il faut se débarrasser… Or voici le grand aveu de nombre de chrétiens: quand il s’agit d’obéir au Grand Mandat, nous n’avons pas vraiment le cœur à l’ouvrage1.
Daniel Hames et Michael Reeves constatent que nos difficultés à évangéliser ne viennent pas d’obstacles extérieurs, mais d’un problème de cœur: nous n’avons pas vraiment le cœur à l’ouvrage…
Bien souvent, quand nous pensons à l’évangélisation, un sentiment étrange s’installe, presque du ressentiment. Nous avons découvert Jésus avec joie, nous avons reçu en lui le don gratuit du salut. Puis, soudain, cette exigence inattendue apparaît, comme si elle était écrite en petits caractères au bas du contrat: nous devons être ses témoins dans le monde. On nous a donné la grâce et le pardon… et maintenant on nous demande ça? L’évangélisation nous apparaît alors comme un supplément imposé, un ajout au salut que Dieu aurait inséré dans le contrat à notre insu.
Nous en venons alors à imaginer qu’en ce qui concerne le salut des hommes, Dieu a déjà fait sa part du travail. Cela étant réglé, il serait tranquillement assis dans son paradis, se reposant, pendant que nous restons ici-bas à nous occuper de ce qui ressemble à la dure besogne de l’évangélisation. Tout cela donne une très mauvaise image de Dieu, qui commence à ne plus paraître aussi bon et attirant que nous l’avions d’abord imaginé.
Et c’est là tout le problème!
Car si Dieu nous apparaît comme un contremaître exigeant, nous ne serons jamais ses ambassadeurs enthousiastes dans le monde. Si nous percevons Dieu comme distant et centré sur lui-même, nous ne l’aimerons jamais et ne voudrons jamais le faire connaître. Comme le disent Daniel Hames et Michael Reeves:
Si nous nous sentons obligés d’évangéliser, nous ne répondrons jamais à l’appel qu’il nous a lancé. À moins de reconnaître honnêtement que Dieu est bon et merveilleux, nous n’aurons rien à dire à notre entourage. Tant que nous n’aurons pas une vision correcte de sa personne, nous n’aurons pas le moindre désir de remplir le monde de la connaissance de notre Dieu2.
Voilà pourquoi il est si important de nous abreuver régulièrement à la source vivifiante qu’est Jésus. Par sa venue dans le monde, il nous révèle un Dieu fondamentalement tourné vers l’extérieur, à la recherche des pécheurs, pour les bénir. Toujours dans les mots de Daniel Hames et Michael Reeves:
Jésus est Dieu qui rayonne, émanant du Père dans une révélation radieuse qui s’offre à nous. Il est le visage de Dieu penché sur nous, le nom de Dieu demeurant avec nous et la gloire de Dieu qui nous éblouit. Jésus nous montre un Dieu fondamentalement ouvert vers l’extérieur, rayonnant et généreux. Il veut être connu de nous, être avec nous, voire être possédé par nous, afin que nous l’appelions notre Dieu (Jr 31.33). Pour ce faire, il prend lui-même l’initiative. C’est précisément ce que nous voyons dans l’incarnation du Fils3.
Mais au-delà de son incarnation, c’est la révélation de Dieu à la croix qui bouscule toutes nos attentes. Là où nous l’imaginions distant et centré sur lui-même, la croix affirme: "Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique" (Jn 3.16). Là où nous le pensions exigeant et sévère, la croix dit: "Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous" (Rm 5.8). La croix renverse ainsi nos schémas de pensée et révèle un Dieu infiniment plus bon et généreux que tout ce que nous pouvons imaginer.
Or, c’est en grandissant dans la connaissance et l’amour de Dieu que nous verrons s’épanouir en nous son propre désir de voir le monde rempli de sa connaissance.
Comme le disent Daniel Hames et Michael Reeves:
Le Dieu que nous connaissons (ou que nous croyons connaître) est celui que nous présenterons au monde.
Il est essentiel pour notre cœur et notre témoignage que nous ayons une connaissance juste de Dieu: que nous approfondissions sans cesse notre appréciation de sa bonté et que nous soyons constamment rafraîchis par sa bienveillance.
Une mission authentique, fructueuse et saine doit commencer par le fait de se réjouir en Dieu. Elle dépend absolument de l’orthodoxie (croire correctement), mais le simple fait d’affirmer des vérités ne peut le garantir. Nos cœurs doivent être remplis de la gloire de Dieu en Christ.
Le fondement de toute notre mission est la connaissance de Dieu et la joie que nous trouvons en lui.
Les personnes connaissant Dieu le plus profondément et de la manière la plus satisfaisante [sont] les plus aptes à gagner les cœurs des gens pour le royaume de Dieu.
Ceux qui trouvent leur plaisir et leur satisfaction en Christ seront les meilleurs missionnaires; et les meilleurs missionnaires seront ceux qui se réjouissent le plus profondément de son amour pour eux4.
Au fond, l’idée essentielle est simple: nous ne pouvons pas donner ce que nous n’avons pas nous-mêmes reçu. Si nous ne sommes pas émerveillés par la bonté de Dieu, nous n’aurons pas le cœur à parler de lui autour de nous.
Comment pouvons-nous donc surmonter nos résistances et accomplir avec zèle le Grand Mandat? De quoi avons-nous surtout besoin pour partager avec joie la bonne nouvelle de Jésus autour de nous?
Ce dont nous avons avant tout besoin, c’est d’une connaissance renouvelée du Seigneur Jésus et d’une expérience renouvelée de la satisfaction qu’il procure. Plus nous serons émerveillés par sa bonté infinie, son extrême générosité et l’éclat de sa gloire, plus nous aurons naturellement envie de parler de lui.
Comme le rappellent une fois de plus Daniel Hames et Michael Reeves:
Le plaisir que je trouve en Dieu est le carburant principal de ma mission. Lorsque nous avons du mal à nous motiver, que nous sommes en proie à la culpabilité ou découragés par le fruit que porte notre témoignage personnel, il nous faut retourner à la croix, où la source même de la bonté de Dieu s’ouvre à nous. Quand notre évangélisation devient aride et forcée, nous devons venir rafraîchir notre cœur auprès de Jésus, qui nous montre la réalité de son Père céleste. Pour devenir un missionnaire heureux, il faut s’approcher de Dieu pour mieux le connaître et faire de lui nos délices. D’où la nécessité pour les missionnaires de devenir encore et encore des théologiens. Tous ceux qui désirent proclamer Jésus-Christ et son Évangile doivent venir, avec régularité, passion et joie, s’abreuver à la glorieuse révélation de Dieu en la personne de Jésus-Christ. C’est ainsi qu’ils deviendront de bons missionnaires5.
webinaire
Comment améliorer son culte personnel?
Ce replay du webinaire de Raphaël Charrier a été enregistré le 10 janvier 2019.

Orateurs
R. Charrier
