Pourquoi Dieu a-t-il choisi Jacob plutôt qu’Ésaü ?

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Pourquoi Dieu a-t-il choisi Jacob plutôt qu’Ésaü ?
Joël Favre
Joël Favre

Si Dieu choisit ceux qu’il sauve, nos choix comptent-ils encore ? Jacob, Ésaü et la doctrine de l’élection.

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C’est une question que la doctrine de l’élection soulève naturellement. L’histoire de Jacob et Ésaü montre que la souveraineté de Dieu dans le salut n’annule pas la responsabilité de l’homme.

La souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme vont de pair dans la Bible. Et c’est ce que nous voyons en Genèse 25, à travers l’histoire célèbre de deux frères, Jacob et Ésaü. Avec Jacob, nous voyons le choix souverain de Dieu. Avec Ésaü, le choix stupide d’un homme.

Le choix souverain de Dieu

L’histoire de ces deux frères commence par une grossesse difficile. Rébecca est enceinte, mais les enfants se heurtent dans son ventre. Elle va donc consulter le Seigneur, et celui-ci lui dit  : 

 Deux nations sont dans ton ventre, et deux peuples se sépareront au sortir de ton sein ; un de ces peuples sera plus fort que l’autre, et le plus grand sera asservi au plus petit.

Dieu révèle ainsi à Rébecca qu’il a choisi le plus jeune, Jacob, pour être l’héritier du salut, plutôt que son frère aîné, Ésaü.

Et c’est une chose qui devient plus claire au fur et à mesure qu’on avance dans la Bible. Puisque Dieu dit explicitement qu’il a porté sur Jacob un amour particulier, de préférence à Ésaü. En Malachie 1, par exemple, Dieu dit : 

J’ai aimé Jacob et j’ai eu de la haine pour Ésaü.1

Mais pourquoi Jacob ? Qu’y avait-il en lui qui puisse expliquer ce choix ?

La réponse est : rien.

D’un point de vue de leur statut social et culturel, déjà, rien ne semble justifier le choix de Jacob plutôt que d’Ésaü. Pourquoi ?  

Parce que c’est Ésaü qui est sorti du ventre de sa mère en premier. Selon les lois et les coutumes de l’époque, Ésaü aurait donc dû être préféré à son frère cadet pour hériter des promesses. Aux yeux de tous, Jacob était celui qu’on méprise : c’était le cadet, celui qui n’est rien.2

Et qu’en est-il sur le plan moral ou spirituel ? Dieu a-t-il choisi Jacob parce qu’il était meilleur que son frère ?

Avait-il un meilleur caractère ou était-il juste plus « ouvert » aux choses spirituelles ? Non ! Au contraire, la suite de l’histoire nous montre que Jacob était tout autant pécheur que son frère. Il était maniganceur, opportuniste, prêt à profiter de la faim de son propre frère pour le dépouiller de son droit d’aînesse.

Si Dieu l’a donc choisi, c’est par sa seule pure grâce envers lui. Il n’y avait rien en Jacob qui le justifie.

Et savez-vous que c’est exactement ce que Paul affirme en Romains 9  ? En revenant sur les circonstances particulières de leur naissance, il écrit  : 

Car les enfants n’étaient pas encore nés et ils n’avaient fait ni bien ni mal, pourtant… il fut dit à Rébecca : « L’aîné sera asservi au plus jeune ; selon qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü. »

Paul demande alors  : pourquoi en a-t-il été ainsi  ? Pourquoi Dieu a-t-il aimé Jacob et haï Ésaü  ? Est-ce parce que Jacob était meilleur  ? Est-ce parce que Jacob avait quelque chose qu’Ésaü n’avait pas  ?

Pas du tout  ! Dieu a choisi Jacob avant que les frères ne soient nés  : « Ils n’avaient encore fait ni bien ni mal »  ! Pourquoi donc ce choix  ? Paul répond  : 

[Cela s’est passé ainsi] afin que le dessein de Dieu demeure selon l’élection, qui dépend non des œuvres mais de celui qui appelle.

Ainsi, Dieu a choisi l’un et pas l’autre. Et il n’y avait rien en Jacob pour justifier ce choix  :

Car [Dieu] dit : Je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde, et j’aurai compassion de qui j’aurai compassion. Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde.

C’est par pure grâce, autrement dit, que Dieu sauve les pécheurs qu’il choisit.

Et c’est pourquoi, si vous êtes à lui, vous n’avez aucune raison de vous vanter. Parce que vous ne l’avez en aucune façon mérité. Si Dieu vous a aimé de cet amour particulier, personnel, qu’il a pour son peuple, c’est simplement parce qu’il vous a aimés. Il n’y a pas d’autre raison à cela.

Et ça devrait nous émerveiller.

Le choix stupide d’un homme

Mais il ne faudrait pas déduire de ce que je viens de dire que les choix humains sont sans importance.

C’est malheureusement la déduction que certains font quand ils entendent parler de l’élection. Ils disent  : « Si Dieu a déjà choisi ceux qui seront sauvés, alors quoique je fasse, ça ne changera rien  ! Pourquoi me repentir et croire en lui si, au final, mon sort est déjà scellé  ?»

Mais un tel fatalisme n’a pas sa place dans la pensée biblique. Car dans la Bible, la souveraineté divine dans le salut n’atténue en rien la responsabilité humaine. Nos choix ne sont pas sans importance. Ce sont de véritables choix que nous faisons, et pour lesquels nous devrons rendre compte.

C’est ce qu’on voit particulièrement bien en Genèse 25.27-34.

Ésaü revient des champs épuisé et affamé. Il aperçoit le plat de lentilles que Jacob prépare et lui dit, littéralement  : « Donne-moi donc à manger de ce truc rouge. Je n’en peux plus  !»

Jacob comprend que c’est « le moment ou jamais » et lui propose alors  : « Vends-moi aujourd’hui ton droit d’aînesse. » Ésaü réagit de manière impulsive  : « À quoi me sert ce droit d’aînesse  ?» Jacob insiste et lui demande de le lui jurer. Ésaü prête serment et vend ainsi son droit d’aînesse à son frère.

Et l’auteur conclut :

C’est ainsi qu’Ésaü méprisa le droit d’aînesse.

Qu’est-ce qu’on voit ici  ?

On voit en Ésaü un homme gouverné par ses désirs et ses passions. Ésaü savait que Dieu avait fait à Abraham et à Isaac des promesses de salut et d’un héritage céleste. Et ces promesses lui étaient destinées par le « droit d’aînesse ». C’était lui qui devait hériter de ces grandes et belles promesses de salut.

Mais Ésaü s’en moquait.

Tout ce qu’il voulait, c’était satisfaire ses envies, là, tout de suite. Il vivait pour l’« ici et maintenant ». Comme le dit un auteur : « Aveuglé par ses désirs charnels, il a jeté aux oubliettes la vie éternelle que son droit d’aînesse représentait. »3

Et ce qui rend les choses encore plus graves, c’est que, malgré ce qu’Ésaü dit, il ne s’agissait pas d’une question de vie ou de mort  : il n’allait pas mourir s’il ne mangeait pas cette soupe  !

Il s’agissait plutôt d’un homme tellement dominé par ses appétits qu’il était prêt à échanger quelque chose d’une valeur éternelle contre un bref moment de plaisir — et sans le moindre état d’âme.

Regardez ce qui est dit au verset 34  : « Alors Jacob donna à Ésaü du pain et un plat de lentilles. Il mangea et but, puis se leva et s’en alla.» Il a mangé, il a bu, il s’est levé et il est parti, sans même penser à ce qu’il abandonnait.

Parce qu’en réalité, il s’en moquait.

Et c’est un avertissement pour chacun de nous. C’est en tout cas comme cela que l’auteur aux Hébreux comprend l’exemple d’Ésaü. Il dit  :

Veillez à ce que personne ne se prive de la grâce de Dieu… que personne ne méprise ce qui vient de Dieu, comme Ésaü qui, pour un simple repas, vendit son droit d’aînesse.

Quel avertissement  !

Nos choix comptent. Nos choix comptent vraiment.

L’élection de Dieu n’annule donc pas la responsabilité de l’homme. Ésaü ne peut pas dire  : « Je n’y suis pour rien. Dieu ne m’a pas choisi. » Le texte ne présente jamais les choses ainsi. Ésaü a fait un choix. Il a méprisé ce que Dieu lui avait donné. Il a préféré un plaisir immédiat à une réalité éternelle.

Comment concilier ces deux vérités  ?

J’en viens donc à ce qui semble être une contradiction.

Le choix de Jacob nous enseigne que l’élection procède de la grâce souveraine de Dieu  ; le choix d’Ésaü nous enseigne que l’élection n’annule pas la grande responsabilité de l’homme.

Mais comment réconcilier ces deux vérités  ? Comment réconcilier le fait que Dieu est 100 % souverain sur notre salut et que nous sommes 100 % responsables de venir à Jésus  ?

Si vous me posiez la question, je vous répondrais simplement  : je ne sais pas  ! Je ne sais pas comment ces deux choses peuvent être vraies simultanément, mais le fait est qu’elles le sont.

Et savez-vous ce que Charles Spurgeon répondait quand on lui demandait comment il faisait pour réconcilier la souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme ? Il disait : « Je n’essaie même pas, je n’essaie jamais de réconcilier des amis. »4

Et savez-vous pourquoi je pense qu’il a parfaitement raison  ?

C’est parce que la Bible elle-même ne tente jamais de les réconcilier. Elle nous présente côte à côte ces deux vérités.

  • D’un côté, Dieu choisit souverainement ceux qu’il sauve. Jacob n’avait encore rien fait de bien ou de mal, et pourtant, Dieu l’avait choisi.
  • De l’autre, l’homme est réellement responsable de ses choix. Ésaü a méprisé le droit d’aînesse, et il en porte la responsabilité.

Nous aimerions peut-être comprendre exactement comment ces deux vérités s’articulent. La Bible, elle, nous demande simplement de les croire toutes les deux.5

Dieu est souverain. L’homme est responsable.

Nous n’avons pas besoin de choisir entre ces deux vérités pour être fidèles à la Bible. Nous devons les tenir ensemble, même si nous ne pouvons pas entièrement expliquer comment elles tiennent ensemble.

Et peut-être que cela devrait surtout nous conduire à l’humilité  : si nous sommes sauvés, nous n’avons rien à nous attribuer. Tout vient de la grâce souveraine de Dieu. Et si nous rejetons Dieu, nous ne pouvons pas lui reprocher nos propres choix.

Au ciel, l’homme n’a personne d’autre à remercier que Dieu  ; en enfer, il n’a personne d’autre à blâmer que lui-même.

  1. Quand Dieu dit en Malachie 1 : « J’ai aimé Jacob et j’ai eu de la haine pour Ésaü », cela ne veut pas dire qu’il détestait Ésaü au sens d’une haine viscérale. Dieu est bon envers tous les hommes, même ceux qu’il n’a pas choisi de sauver. Il faut comprendre cette « haine » dans un sens comparatif : en comparaison avec l’amour particulier dont Dieu a aimé Jacob en le choisissant pour être l’héritier du salut, Ésaü est déclaré « haï ». On retrouve ce même langage dans les paroles de Jésus lorsqu’il demande à ses disciples de « haïr » leur père, leur mère, leur femme, leurs enfants et même leur propre vie (Luc 14.26). Il ne s’agit évidemment pas de détester nos parents, par exemple, puisque Dieu nous dit ailleurs de les honorer. Mais il s’agit d’aimer Jésus tellement plus que tout autre amour que, par comparaison, les autres peuvent presque être qualifiés de « haine ». C’est un peu la même idée ici : Dieu aime tous les hommes, mais son amour particulier et personnel se porte sur ceux qu’il choisit pour faire partie de son peuple. ↩︎
  2. C’est le même argument que Paul fait en 1 Corinthiens 1, quand il dit : « Considérez, frères, comment vous avez été appelés : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes ; Dieu a choisi les choses viles du monde, celles qu’on méprise, celles qui ne sont pas, pour réduire à rien celles qui sont, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1.26-29). ↩︎
  3. Richard D. Philips, Genesis, Vol. 2, P&R Publishing, 2023, p. 157. ↩︎
  4. Charles H. Spurgeon, « Following Christ », sermon donné à The Metropolitan Tabernacle le 11 mai 1873, disponible sur : spurgeon.com [consulté le 23 juillet 2026]. ↩︎
  5. La croix est sans doute l’exemple par excellence du compatibilisme biblique : Dieu avait souverainement déterminé d’avance la mort de Jésus, et pourtant ceux qui l’ont livré et crucifié sont pleinement responsables de leur acte. Comme le dit Actes 4.27-28, Hérode, Ponce Pilate et les chefs d’Israël se sont ligués « pour faire tout ce que ta main et ton conseil avaient déterminé d’avance ». La souveraineté de Dieu n’annule donc pas la responsabilité de l’homme : à la croix, les deux sont affirmées en même temps. ↩︎