“Qui donc a méprisé le jour des petits commencements?” (Za 4.10). Reprenons cette même question pour réconforter, dans le temps présent, deux types de personnes. D’abord, les croyants faibles dans la foi; ensuite les ouvriers chancelants. Nous aurons ainsi deux objectifs: relever les bras vacillants et affermir les genoux affaiblis.
Ne méprise pas le jour des petits commencements. Il n’est pas sage de dire en arrivant à la fin d’une biographie: “Oh! Il y a sûrement quelque chose qui ne va pas chez moi, car je n’ai pas vécu tout ce qu’a vécu cet homme admirable.” Imagine qu’un enfant de dix ans lise le journal intime de son grand-père et en conclue: “Comme je ne ressens pas la même faiblesse que mon grand-père, que je n’ai pas besoin de porter des lunettes et que je ne m’appuie pas sur une canne, c’est sûrement que nous ne sommes pas de la même famille.” Ce raisonnement est absurde. Le fruit de ton expérience mûrira, mais, pour l’instant, il est tout naturel qu’il soit vert. Sois patient et bénis Dieu pour ce que tu as déjà.
Cependant, il est probable que cela ne te trouble pas autant que le fait de n’avoir que peu de foi. Et ta foi étant petite, tes sentiments sont très changeants.
J’entends souvent ceci de la part des jeunes chrétiens: “J’étais si heureux le mois dernier! Mais aujourd’hui, c’est terminé.” Peut-être seront-ils à nouveau tout joyeux demain en revenant de la maison du Seigneur. Mais le jour suivant, leur joie les quittera. Prends garde, ami croyant, à ne pas trop écouter ton cœur. John Bunyan a fait de M. Écoute-son-cœur l’un des pires ennemis de la ville de L’Âme1. Il me semble qu’il raconte que celui-ci a été pendu. Mais j’ai bien peur que, d’une manière ou d’une autre, il ait échappé à son bourreau, car je le croise très fréquemment. Il n’existe pas de malfaiteur qui ne haïsse plus l’âme des hommes ni ne cause plus de chagrin au peuple de Dieu que ce M. Écoute-son-cœur.
Celui qui écoute son cœur sera heureux aujourd’hui et malheureux demain. Si notre salut dépendait des sentiments de notre cœur, nous serions perdus un jour et sauvés le lendemain. En effet, ceux-ci sont aussi capricieux que la météo et oscillent comme l’aiguille d’un baromètre. Nous vivons par la foi, et si notre foi est faible, Dieu merci, c’est encore de la foi, et une foi véritable. Si tu crois en Jésus-Christ, même si ta foi n’est pas plus grande qu’un grain de moutarde2, elle te sauvera et ne tardera pas à grandir et à se fortifier.
Enfin, il est tout aussi réconfortant de se rappeler que le Saint-Esprit ne méprise pas le jour des petits commencements. En effet, c’est lui qui, ayant semé le grain de moutarde dans le cœur, veille jusqu’à ce qu’il devienne un arbre. C’est le Saint-Esprit qui, ayant contemplé l’enfant nouveau-né de la grâce, l’allaite et en prend soin jusqu’à ce qu’il acquière la stature parfaite de l’homme en Jésus-Christ3. La bienheureuse Trinité ne méprise pas le croyant faible dans la foi. Que cela te réconforte dans ta faiblesse.
Si tu possèdes une petite foi et n’en désires pas plus, c’est que tu n’accordes aucune valeur à la foi – tu la méprises. D’une part, ne te décourage pas parce que tu n’es encore qu’au jour des petits commencements. De l’autre, ne te satisfais pas de ce que tu as, mais montre que tu accordes de la valeur à cette petite grâce en recherchant de tout ton cœur une grâce plus grande.
Ne méprise pas la grâce que Dieu t’a donnée, mais remercie-le. Remercie-le en présence de son peuple. Si tu gardes le silence et ne parles à personne de la grâce que tu as reçue, c’est sans doute que tu la juges trop insignifiante pour mériter qu’on en parle. Raconte à tes frères, à tes sœurs et à toute la maison du Seigneur comment Dieu a été bon envers toi. Tous verront alors que tu ne méprises pas sa grâce.
Maintenant, voyons encore une ou deux choses au sujet des petits commencements. N’oublie pas que même une petite foi est une foi qui sauve et que le jour des petits commencements est un jour prometteur. N’oublie pas que ce qui est vivant commence petit: c’est naturel. L’homme est d’abord un bébé et la lumière du jour débute par l’aube. C’est petit à petit que nous parvenons à la stature d’hommes en Jésus-Christ. Le jour des petits commencements n’est pas seulement naturel, il est aussi plein de promesses. Ce qui est petit est vivant. Laisse-le croître et il grandira. Le jour des petits commencements possède une beauté et une majesté propres. J’en connais qui, des années plus tard, ont regretté de ne pouvoir revenir à leurs premiers jours.
Quand les moyens nous font défaut, Dieu nous accorde sa bénédiction, et, quand il semble que nous possédions force et puissance, la bénédiction ne vient pas. Ah! que Dieu nous envoie la pauvreté! Qu’il nous prive de moyens et nous enlève l’éloquence, s’il le faut. Qu’il fasse de nous des bègues, si seulement cela nous permet d’obtenir sa bénédiction. Ah! tout ce que je souhaite, c’est servir des âmes; qu’importe le reste. Et chaque Église devrait aspirer à cela.
Ce n’est ni par la puissance, ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit l’Éternel.
Zacharie 4.6
Au lieu de mépriser le jour des petits commencements, nous devrions être encouragés. Il semble que Dieu œuvre par les petites choses, mais n’emploie que rarement les grandes. Il a refusé l’imposante armée de Gédéon4: qu’ils rentrent chez eux, qu’ils s’en aillent par foules. Fais-les descendre vers l’eau et ne choisis que les hommes qui laperont. Puis il n’en est resté que quelques-uns. Ils se comptaient presque sur les doigts d’une main: deux ou trois cents hommes. Ensuite, Gédéon a pu aller attaquer les Madianites. Et comme le pain d’orge qui heurte la tente et la fait tomber, le bruit de l’épée de l’Éternel et de celle de Gédéon, au creux de la nuit, ont fait trembler l’armée madianite, et l’Éternel a remporté la victoire. Qu’importe votre fragilité, mes frères et sœurs, qu’importe votre petit nombre, votre pauvreté ou votre manque de compétences. Investissez-vous corps et âme dans la cause de Dieu, priez avec zèle, ébranlez les portes des cieux, retournez ciel et terre pour gagner des âmes, et le résultat vous étonnera. “Qui donc a méprisé le jour des petits commencements?”
Plaçons-nous maintenant à l’échelle individuelle. Chaque chrétien doit se mettre à l’œuvre pour Christ, pourtant la plupart d’entre nous ne peuvent pas faire de grandes choses. Ne méprise donc pas le jour des petites choses.
Tu ne peux donner qu’un sou? Eh bien, celui qui regardait les gens donner leur offrande n’a pas méprisé les deux petites pièces de la veuve qui faisaient un quart de sou5. Si elle vient du cœur, Dieu acceptera ta petite offrande de reconnaissance comme si elle valait cent fois plus. Ne néglige donc pas les petites actions. Ne méprise pas le jour des petits commencements.
Tu ne peux que distribuer des tracts dans la rue? Ne refuse pas de le faire. Les tracts et les sermons imprimés ont sauvé des âmes. Répands-les, dissémine-les! C’est de la bonne graine et tu ignores où elle tombera6.
Tu peux seulement écrire à un ami pour lui parler de Christ? Ne néglige pas cette occasion: écris-lui demain. Pense à un camarade d’enfance: tu peux te permettre, à cause de l’intimité qui vous lie, de l’entretenir de son âme. Écris-lui pour l’avertir de sa condition devant Dieu et exhorte-le à rechercher son Sauveur. Qui sait? Si les sermons ne l’atteignent pas, peut-être qu’une lettre d’un proche camarade d’école touchera son cœur.
Mère, tu n’as d’influence que sur deux ou trois enfants dans ton foyer, mais ne méprise pas le jour des petits commencements. Dès demain, prends-les auprès de toi, entoure-les de tes bras, mets-toi à genoux et prie: “Seigneur, bénis et sauve mes garçons et mes filles.” Et parle-leur de Christ dès maintenant. Les mères sont si bien placées pour annoncer Christ aux enfants!
Je n’oublierai jamais ce que ma mère nous enseignait. Le dimanche soir, à la maison, elle nous faisait asseoir à table et nous demandait de lire un passage de l’Écriture. Ensuite, elle nous l’expliquait et priait. Un soir, ce qu’elle nous a dit m’a marqué pour toujours:
Mes chers enfants, je vous ai enseigné le chemin du salut, et si vous périssez, ce sera comme il se doit: je n’aurai pas d’autre choix que de dire "Amen" à votre condamnation.
Cela, je ne pus le supporter. N’importe qui pouvait dire "Amen" à ma condamnation, mais pas ma mère!
Ah, vous ignorez, vous qui élevez des enfants, l’influence que vous avez sur eux!
Ne méprise pas les petites occasions. Mentionne Christ dans tes conversations, toi qui prends le train, qui travailles dans un atelier ou dans une usine.
Si tous les chrétiens étaient fidèles à leur bannière, nous verrions, je le crois, un grand changement s’opérer dans nos grandes institutions. Témoigne de Jésus; n’aie pas honte de lui. Et puisque tu es seulement capable de peu, ne néglige pas de le dire: dis-le vingt fois plutôt que de te taire, afin que peu devienne beaucoup. Porte, encore et encore, tes faibles coups, et ils produiront autant de résultats qu’une seule et formidable attaque.
Dieu approuve tes petites œuvres si tu les accomplis dans la foi en son Fils bien-aimé. Il leur fera porter du fruit. Il t’enseignera par elles à en entreprendre de plus grandes; et elles appelleront peut-être à la foi d’autres personnes qui accompliront une œuvre bien plus grande que celles dont tu ne seras jamais capable.
Évangéliste, continue de prêcher dans la rue; toi qui visites les pauvres, ne t’arrête pas. Entre et parle de Jésus-Christ comme tu l’as toujours fait.
Toi qui, le jour du sabbat, te rends dans les villages de campagne pour parler de Jésus, continue. J’aime te voir le dimanche, mais j’aime aussi quand tu es loin de moi et que tu travailles pour notre Maître. Ne laissons pas le sel dans son bocal, mais frottons-en les foules pestilentielles pour endiguer la putréfaction. Ne laissons pas indéfiniment les graines dans le silo: semons-les et elles se multiplieront.
Ah, mes frères et sœurs, réveillez-vous si vous dormez. Ne permettez pas qu’une once de la force de cette Église soit perdue ni une seule graine de talent, qu’il s’agisse d’œuvres, de prière, de dons ou de sainteté de vie. Dépensez ce que vous avez et dépensez-vous vous-mêmes. Car qui a méprisé le jour des petits commencements?
Le Seigneur encourage les faibles dans la foi et approuve les efforts des ouvriers chancelants. Aux deux, il accorde ses plus riches bénédictions pour la gloire de Christ. Amen.
webinaire
Comment améliorer son culte personnel?
Ce replay du webinaire de Raphaël Charrier a été enregistré le 10 janvier 2019.

Orateurs
R. Charrier
