Maxime Georgel tentera de prouver dans cette émission que le baptême des bébés était une pratique de l’Église ancienne qui remontait aux apôtres.
En guise d’introduction, je vous propose la réponse à cette question d’un éminent spécialiste, Everett Ferguson:
Il existe un large consensus pour reconnaître qu’il n’y a aucune preuve solide du baptême des enfants avant la fin du IIᵉ siècle. Ce constat ne signifie pas que cette pratique n’ait pas existé auparavant, mais il implique que les partisans de cette pratique doivent rendre compte d’un écart chronologique important. Beaucoup comblent ce silence historique par un recours à des considérations théologiques ou sociologiques.
Les arguments contre le caractère originel du baptême des nourrissons, en plus de l’absence d’attestation ancienne, comprennent: l’importance essentielle attribuée à la confession verbale et à la repentance; une liturgie conçue pour des personnes en âge de responsabilité; la taille des baptistères; ainsi que l’absence d’une théologie unanimement reconnue pour le soutenir (Chrysostome et les Églises orientales d’un côté, Augustin de l’autre).
L’explication la plus plausible de l’origine du baptême des enfants se trouve dans la pratique du baptême d’urgence d’enfants malades dont on craignait la mort prochaine, afin de leur assurer l’entrée dans le royaume des cieux. Il y eut ensuite une extension progressive de la pratique du baptême des nourrissons comme mesure de précaution. Cette pratique fut largement acceptée, mais des questions quant à sa légitimité continuèrent d’être soulevées jusqu’au Vᵉ siècle. Elle devint la pratique habituelle aux Vᵉ et VIᵉ siècles.
Dans la controverse entre Augustin et Pélage, le baptême des enfants constitua un soutien majeur à la doctrine du péché originel, plutôt que l’inverse, puisque le baptême était universellement reconnu comme étant destiné à la rémission des péchés. Avec la victoire des arguments d’Augustin, le péché originel devint la raison principale du baptême des enfants dans l’Église occidentale.
Le développement de la conception du baptême comme efficace objectivement alla de pair avec le développement du baptême des nourrissons. Si le baptême est défini comme consistant essentiellement en l’eau et la formule trinitaire, alors la foi consciente et l’obéissance deviennent moins importantes. En l’absence d’une confession personnelle de foi et d’une renonciation au diable, d’autres justifications furent avancées: la foi de l’Église; la garantie donnée par les parrains que l’enfant serait élevé dans l’Église; ou encore l’idée que l’enfant est considéré comme croyant du fait même de recevoir le sacrement de la foi (le baptême)1.