L’ascétisme peut-il me rendre saint?

      SanctificationCorpsJeûneCombat contre le péché
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      Cet article est extrait du livre Ask Pastor John, écrit par Tony Reinke en collaboration avec John Piper, lui-même basé sur le podcast du même nom. Dans cette adaptation, les phrases placées entre guillemets reprennent mot à mot les propos de John Piper. – Ndlr.

      Métaphoriquement parlant, l’apôtre Paul se punissait lui-même dans sa lutte pour la sainteté, frappant (ὑπωπιάζω) son propre corps à coups de poing au visage, pour parvenir à maîtriser ses désirs égoïstes (1Co 9.26-27)1. Paul veut-il donc dire que nous pouvons nous rendre plus saints si nous traitons notre corps plus durement? Parce qu’ailleurs, il définit l’ascétisme comme un “mépris du corps” qui est “sans valeur réelle et ne sert qu’à satisfaire la chair” (Col 2.23 – NEG).

      Le faux enseignement de Colosses doit être compris plus largement comme englobant “l’adoration des anges, les visions, une rigueur corporelle manifestée par l’abstention de certains aliments et boissons, l’observance de certaines fêtes religieuses, ainsi que ces principes et règles élémentaires: "Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas.".” Ces trois interdictions ont échoué de deux façons: elles n’ont pas glorifié Christ et n’ont pas vaincu le péché. Elles ont nourri la chair et engendré des hommes arrogants, religieux, autosuffisants et sans Christ.

      Le jeûne et la fête ont leur place dans la vie chrétienne et comportent aussi leurs défis. “L’ascétisme a une place légitime dans la vie chrétienne, tout comme le plaisir reconnaissant de la nourriture et de la boisson que Dieu donne. Manger et boire peuvent conduire à la gourmandise et à une perte de maîtrise de soi; et ne pas manger ni boire peuvent conduire à la vantardise et à la diminution de Christ.”

      Ainsi, “il ne s'agit pas simplement de savoir si vous mangez, buvez, dormez, ou refusez certains plaisirs légitimes. Ce n'est pas la question fondamentale. L'important, c'est de se demander qui est exalté: Christ ou vous-même?” Alors, lorsque vous “crucifiez le péché de gourmandise, nourrissez-vous le péché d’orgueil?” Votre rigueur aide-t-elle à tuer votre péché, ou nourrit-elle votre vanité?

      Néanmoins, l’utilisation abusive de l’ascétisme ne le rend pas inutile pour autant. L’ascétisme est un renoncement à soi. Paul s’en est servi. Il compare son propre régime à celui d’un athlète qui discipline son corps – littéralement, qui maltraite son corps (1Co 9.25-27). Plus tôt, Paul dit: “Je ne me laisserai asservir [ou dominer] par quoi que ce soit” (1Co 6.12). “En d’autres termes, Paul est dur avec son corps lorsqu’il le faut, afin de se protéger du péché et de l’incrédulité.” Le renoncement à soi reste au cœur de la vie de disciple de Christ (Lc 9.23).

      C’est pourquoi, “nous ne nous risquerions pas à considérer tout ascétisme comme mauvais”, et “nous ne devrions pas traiter les bonnes choses que Dieu donne – la nourriture, la boisson, l’amitié, le mariage et les centaines d’autres délices de cette vie – comme mauvaises” (1Tm 4.4). “Nous glorifions Christ si nous recevons ses dons avec reconnaissance, démontrant ainsi qu’il est le Sauveur bon et généreux. Et nous glorifions Christ en nous privant stratégiquement de certaines des bonnes choses qu’il nous donne, afin de montrer que c’est lui notre plus grand trésor, et non ses dons2.”

      Les bienfaits spirituels de l’ascétisme ne se trouvent qu’en Christ. Pour le prouver, Paul emploie le même terme grec (ταπεινοφροσύνην) dans les deux cas: positivement pour parler de l’humilité chrétienne authentique ou de la modestie (Col 3.12), et négativement pour désigner l’ascétisme non chrétien et impuissant (Col 2.18, 23). “L’usage non chrétien d’une vertu chrétienne”, comme l’ascétisme, n’a que l’apparence de la sagesse. En dehors du pardon du Christ et de la puissance de son Esprit, une telle privation physique est à la fois impuissante pour arrêter la chair, mais nourrit également son asservissement à l’autosatisfaction. Peu importe à quel point l’ascétisme sans Christ est sévère, il ne fait que nourrir l’arrogance spirituelle d’un pécheur devant Dieu3.


      Tony Reinke & John Piper

      John Piper est le fondateur du ministère Desiring God et président du Bethlehem College and Seminary. Il a été pasteur de l'Église baptiste de Bethléem à Minneapolis pendant plus de trente ans. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment Au Risque d'être heureux… ou encore Émerveillé par Dieu.

      Tony Reinke est auteur et responsable éditorial pour Desiring God. Il est également l’animateur du podcast Ask Pastor John. Il a publié plusieurs livres, dont La guerre des spectacles et Génération smartphone (BLF Éditions), et vit avec sa famille dans la région de Minneapolis, aux États-Unis.

      Ils collaborent depuis de nombreuses années au sein de Desiring God, un ministère centré sur la gloire de Dieu et l’hédonisme chrétien. Ensemble, ils ont coécrit le livre Ask pastor John: 750 essential questions and answers on the christian life (Crossway, 2023), fruit de milliers d’échanges diffusés à travers le podcast du même nom.

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      R. Charrier