Antéchrist ou Antichrist?

La version Segond 21, on l’a dit et répété, vise à actualiser le langage de la Bible tout en s’inscrivant dans la lignée des traductions formelles. Une des étapes du processus a consisté à consulter les dictionnaires français pour déterminer quels étaient les mots devenus obsolètes ou dont le sens avait changé. Pourquoi donc avoir remplacé un mot bien français (Antéchrist), qui figure dans les dictionnaires de référence que sont le Petit Robert et le Larousse, par un terme anglais qui ne s’y trouve même pas (Antichrist)?

Même si l’on peut considérer que le personnage ainsi désigné est décrit dans d’autres passages, le terme grec antichristos n’apparaît que sous la plume de l’apôtre Jean dans la Bible (1Jn 2:18, 22; 4:3; 2 Jn 7). Il est déjà traduit par «Antéchrist» dans la Bible de Genève, datée de 1669.

On trouve parfois, dans les commentaires, l’idée que l’Antéchrist est, littéralement, celui qui vient «avant le Christ». L’explication est certes correcte, d’un point de vue étymologique, pour le français, mais, outre le fait qu’il faut éviter de bâtir des développements théologiques sur des considérations étymologiques, elle ne correspond pas à la formulation grecque. Celle-ci porte bien antichristos, qui peut signifier «contre le Christ» ou «à la place du Christ». Le premier sens n’étonnera pas les francophones, habitués à des mots tels que anticléricalisme, anticonformisme, antidépresseur…

En fait, la préposition ante que rend le terme Antéchrist est latine, tandis que la préposition anti est grecque. On voit mal pourquoi Jean, rédigeant ses épîtres en grec, aurait utilisé une préposition latine et l’aurait associée à un élément typiquement grec (Christos). Du reste, les manuscrits grecs et même la Vulgate, la version latine de la Bible, portent anti.

C’est donc par souci de respecter la formulation et la pensée bibliques que le terme d’Antichrist a été introduit dans la version Segond 21.

Viviane André

Née au Nigéria de parents missionnaires avant d'être élevée en partie en France et en partie en Suisse, Viviane André a grandi « entre deux pages de Bible », selon l'expression usuelle. Assez tôt, elle a voulu pouvoir vérifier par elle-même ce qu'on lui enseignait, et elle a donc fait le choix d'étudier les langues anciennes dès le secondaire et jusqu'au niveau universitaire. Elle a ensuite entamé à Vaux-sur-Seine une formation théologique qu'elle a interrompue pour travailler à la Société Biblique de Genève, puis reprise il y a quelques années. A côté de cela, elle aime transposer les textes bibliques et le message de l'évangile sous forme théâtrale avec la troupe étincelle.

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