Comment accompagner un être cher lors d’une fausse couche?

Selon votre contexte culturel, les raisons de garder votre grossesse secrète abondent. En Occident, des amis peuvent vous dire: "Ça porte malheur de partager la nouvelle avant la fin du premier trimestre". Au Sénégal, cette notion est plus explicite: "Vous ne voulez pas alerter les mauvais esprits de la présence d'une petite vie vulnérable." Il y a quelques années, quand j'ai appris que j'étais à nouveau enceinte, la raison de mon silence était assez simple: "J'ai déjà subi à deux reprises des fausses couches. Pourquoi diffuser cette merveilleuse nouvelle au monde entier pour finalement déprimer tout le monde lorsque les choses tournent mal et que nous devons nous rétracter?"

Alors, même si nous étions impatients de le crier sur les toits, nous avons gardé le secret. Cette grossesse a été une grande surprise pour nous, car on ne planifiait plus avoir d’autres enfants. Mes deux filles m’apportaient tellement de joie que je voulais me concentrer sur mon rôle de mère pour elles. Je me réjouissais également d’être plus libre pour m’engager davantage dans le ministère. Ce test de grossesse positif a donc été pour moi un choc, mais j’ai rapidement accepté et je me suis réjouie de la nouvelle vie qui se développait en moi.

Le premier trimestre avait été assez difficile pour moi. À quarante ans, je me sentais plus malade, plus faible et plus fatiguée que lors de mes quatre grossesses précédentes, et cela me dépassait parfois. Des nausées, des maux d’estomac, de la fatigue, une salivation excessive et une faim insatiable contrôlaient ma vie. Mon malaise était tel que j’ai pris dix kilos, et je suis passée d’une maman en bonne santé et en forme à une maman sédentaire et vorace. Je comptais les jours jusqu’à la fin de mon premier trimestre, en espérant que le soulagement soit proche.

J’étais presque hors de danger. J’étais à dix semaines et deux jours la nuit de la crise. J’avais eu des crampes et des pertes de sang pendant des heures, alors j’ai appelé mon amie Sheri pour qu’elle m’emmène à la Clinique Sagesse pour une échographie. Mais mon corps présentait les signes révélateurs d’une fausse couche, et je savais qu’il n’en fallait pas. Les paroles du médecin n’ont fait que confirmer ce que je savais déjà dans mon cœur: notre petit trésor était parti. Ce précieux bébé avait rejoint ses deux frères et sœurs qui l’avaient précédé au ciel.

C’était arrivé un dimanche soir, le jour du Seigneur. Dans le passé, j’avais donné naissance à nos deux chéries un dimanche soir, et maintenant j’avais perdu mon dernier ce même jour. Alors que la réalité de ce qui se passait commençait à prendre forme, les mots d’un ami ont si bien exprimé ce que beaucoup d’entre nous peuvent se demander: « Pourquoi le Seigneur choisit-il que nous ne voyions pas les visages de certains de nos enfants avant qu’ils ne voient le visage de Dieu, je ne sais pas. »

Lorsque j’ai partagé cette histoire pour la première fois en 2015, la réaction a été énorme. Elle a trouvé un écho non seulement auprès des mères et des pères qui avaient perdu leur bébé, mais aussi auprès des grands-parents, des frères et sœurs et des amis qui avaient marché aux côtés d’êtres chers qui en avaient perdu un.

Alors, pourquoi partager à nouveau mon histoire maintenant? Parce qu’au fil des ans, en voyant d’autres personnes vivre une perte similaire, j’ai réalisé à quel point la plupart d’entre nous étaient mal préparés. Lorsqu’un couple apprend qu’il attend un enfant, il se rend généralement en toute hâte à la librairie la plus proche pour y chercher des livres qui l’aideront à préparer l’arrivée de leur enfant tant désiré. La référence en matière de livres de préparation à la naissance dans le monde anglophone s’intitule « What to Expect When You’re Expecting » (« A quoi s’attendre quand vous attendez? »). Un film a même été réalisé en s’inspirant de ce livre à succès! Certes, comme une grande partie de la lecture porte sur les symptômes et les phases de la grossesse et de l’accouchement, la future maman a tendance à dévorer ce genre de livres.

La plupart des femmes veulent avoir des pensées positives pendant leur premier trimestre. On leur dit que le fait de s’inquiéter d’une fausse couche peut augmenter le niveau de stress et conduire à ce qu’elles craignent le plus. Et bien que je ne suggère pas d’être obsédée par la peur, je recommande d’y être préparée. L’ignorance ne rend pas service au couple et peut entraîner une peur et une douleur plus grandes lorsque le pire leur arrive. Et étant donné qu’une grossesse sur quatre se termine par une fausse couche, il est regrettable que si peu de matériel soit conçu pour préparer un couple au scénario probable de la perte de leur bébé à venir. Il me reste à voir un livre intitulé « À quoi s’attendre lors d’une fausse couche ». 

Après la perte de mon premier bébé à la suite d’une fausse couche, je me suis interrogée sur cette lacune dans la littérature qui concerne les futurs parents. Je me suis demandé comment j’avais pu être si mal équipée, tant sur le plan médical qu’émotionnel, pour faire face à ce que j’ai vécu dans les jours, les semaines et les mois qui ont suivi. Et je m’interrogeais également sur le manque apparent de préparation de ceux qui m’entouraient. Ce sentiment d’ignorance collective s’est manifesté dans les réponses que j’ai reçues. Après ma troisième fausse couche, je les avais toutes entendues. Ce ne sont là que quelques exemples de mots de personnes bien intentionnées:

1.   Vous avez un nouvel ange dans le ciel qui veille sur vous.

(Ni les adultes ni les enfants qui meurent ne deviennent des anges. J’ai été surprise d’entendre cela de la part des croyants).

2.   Il a probablement eu une déformation et il n’était pas censé vivre.

(La valeur d’une vie humaine dépend-elle de sa santé et de sa viabilité?)

3.   C’est beaucoup plus difficile pour les femmes que pour les hommes.

(Doit-on minimiser les sentiments de tristesse et de perte qu’un père peut ressentir? Ce n’est pas parce que son corps n’a pas fait de fausse couche que son cœur n’en est pas affecté).

4.   Vous en aurez un autre bientôt. Ne vous inquiétez pas.

(Devons nous donner de telles paroles d’assurance, étant donné que nous n’avons aucun moyen de savoir si cela se produira?).

5.   Dieu ne nous donne pas plus que ce que nous pouvons supporter.

(Si, il le fait. En fait, 2 Corinthiens 1:8b-9 déclare: « Nous avons été excessivement accablés, au-delà de nos forces, de telle sorte que nous désespérions même de conserver la vie. Et nous regardions comme certain notre arrêt de mort, afin de ne pas placer notre confiance en nous-mêmes, mais de la placer en Dieu qui ressuscite les morts »).

6.   Dieu avait plus besoin de lui que vous.

(Dieu n’a besoin de rien ni de personne. Comment ces mots sont-ils réconfortants?)

7.   Tu es allée courir? Ce n’était pas très sage.

(Blâmer une mère pour sa perte est blessant et infructueux. N’est-ce pas mieux de laisser les conseils médicaux aux professionnels?).

8.   Quel genre de suppléments preniez-vous? Laissez-moi vous parler des vitamines, des huiles essentielles, etc., que je vends.

(Même si une personne est convaincue des bienfaits de ses produits, une amie souffrante a bien plus besoin de réconfort que d’arguments de vente durant un tel moment).

Je ne dis pas ces choses pour condamner, car j’ai peut-être pensé ou même dit certaines d’entre elles moi-même. Mais comme c’est le cas lorsque quelqu’un autour de nous est en train de vivre une perte, la meilleure approche est généralement de s’asseoir en silence. Les amis de Job ont été les plus dévoués lorsqu’ils n’ont rien dit. C’est lorsqu’ils ont ouvert la bouche que la mauvaise théologie et les réponses toutes faites ont commencé à se multiplier. 

Le moment de parler viendra, mais quand celui-ci arrivera, que le Seigneur nous aide à bien réfléchir à nos paroles. Les amis qui ont partagé nos larmes et qui ont prié pour nous, nous ont touchés profondément. Et bien que je vous mette en garde contre le fait de balancer des versets bibliques, des articles et des titres de livres à la minute où le chagrin frappe, le jour est arrivé où mon mari et moi étions prêts à lire et à réfléchir sur les implications théologiques de notre perte. Et quand ce fut le cas, le livre de John MacArthur, « Dans les bras de Dieu: comment garder espoir après la perte de son enfant« , nous a parlé tant au niveau intellectuel, émotionnel et spirituel. Avec précision théologique et tendresse pastorale, le pasteur MacArthur donne aux parents toutes les raisons, non seulement d’espérer, mais de savoir qu’ils seront réunis avec leur petit au ciel.

Je vous écris donc maintenant, plus de cinq ans après les faits, car depuis lors, j’ai vu d’innombrables amis vivre ce même genre de chagrin. Et la promesse sonne toujours vrai que Dieu est bon tout le temps, que vous teniez ce nouveau-né dans vos bras avec des larmes de joie, ou que vous teniez la main du Berger avec des larmes de tristesse. Si vous traversez une période de tristesse à la suite d’une fausse couche, que le Seigneur utilise cette épreuve pour vous rapprocher de son cœur et vous réconforter dans toutes vos difficultés, afin que vous puissiez réconforter ceux qui sont dans le malheur avec la consolation que vous avez vous-mêmes reçu de la part de Dieu (2 Corinthiens 1.4).


Pour aller plus loin


Angie Thornton

En équipe avec son mari Daniel, Angie a servi le Seigneur au Sénégal pendant 10 ans, dans la formation des leaders. Installés à Montréal avec leurs 2 filles depuis août 2017, ils servent à l'Église Baptiste Évangélique Emmanuel et dans l'AEBEQ. Angie est titulaire d'un MDiv de Moody Theological Seminary.
Découvre sa chaîne YouTube par ici.

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