5 questions à poser à un missionnaire avant de le soutenir

J’ai roulé ma bosse avec beaucoup de missionnaires anciens et actuels, vécu 2 ans et demi de formation interculturelle avec la New Tribe Mission et ai entendu quelques-uns des plus beaux exemples du corps de Christ dans un contexte indigène, parmi des peuples qui, encore une génération auparavant, avaient peur des esprits.

Malheureusement, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et au sein même du groupe de personnes dans lequel je travaille, j’ai été témoin du désastre que peuvent entraîner des efforts missionnaires non préparés et indisciplinés dans les cultures et les vies des populations locales.

En voilà un petit exemple:

Il y a quelques années de cela, autour de notre village, se trouvaient 6 à 8 « Églises » de plusieurs dénominations qui avaient été implantées à différentes périodes, dans l’espoir de sauver les indigènes de leurs péchés. Sans prendre la peine d’approfondir leur connaissance du langage et de la culture locale, et préférant travailler rapidement, elles n’ont pas posé de solides fondations. Elles ont officialisé à la va-vite des pasteurs locaux, leur ont donné des Bibles traduites dans un langage commercial et ont ensuite annoncé avoir en leur sein des personnes « converties ». Je suis sûr qu’elles ont eu l’occasion de prendre de magnifiques photos et de claironner ensuite à leur Église mère: « mission accomplie! »

Minute papillon!

Elles n’ont pas fait un travail d’évangéliste, parce que le message que les autochtones ont entendu était complètement différent de ce que les missionnaires avaient l’intention de communiquer. Interrogez n’importe lequel de ces responsables d’Église et 100% vous diront que le salut s’obtient par la participation aux activités de l’Église et en suivant le dada préféré de leur dénomination respective.

Dans une de ces Églises, dès lors que vous évitez de fumer et que vous venez au service du dimanche, vous êtes sauvé. Dans une autre, on croit fermement que ce sont les blancs qui ont tué Jésus sur la croix, absorbant ainsi tout son pouvoir et la clé pour obtenir les possessions matérielles. Vous trouverez des responsables d’ « Église » appelés pour enlever les esprits mauvais d’un terrain destiné à accueillir dans un futur proche une nouvelle maison. Quelques-uns de ces hommes seront impliqués dans des crimes de sorcellerie.

Ces efforts missionnaires partaient d’une bonne intention, mais les dommages qu’ils ont causés ont perduré bien plus longtemps que les bons fruits. « Nous sommes des gens bien » me dit un homme. « Nous suivons la Loi de Dieu et avons tous entendu sa voix ». Parole venant d’un homme qui, le mois précédent notre conversation, avait battu sa femme jusqu’au sang.

Si un missionnaire n’est pas désireux de prendre le temps nécessaire, simplement parce qu’il veut des résultats rapides et afficher de super photos sur Facebook, alors ce gars doit réévaluer la raison pour laquelle il a même pris la peine de traverser les mers. Sincèrement, entre vous et moi, il aurait même été préférable qu’il ne vienne jamais.

Si j’étais désireux de soutenir un missionnaire, voici 5 questions que je lui poserais avant tout.

1. A-t-il reçu une formation pour le ministère interculturel?

Société individualiste contre société communautaire. Société du chronomètre contre société de la rencontre. Société moderne contre société animiste… Si le missionnaire n’a pas réalisé un travail de déconstruction par rapport à la manière dont il voit le monde et qu’il se confronte à un homme du tiers-monde vivant dans une hutte, il fera toutes sortes de fausses suppositions. Comment vous renseignez-vous sur une culture afin de paraître plus naturel? Comment apprenez-vous une nouvelle langue pour sembler moins étranger? Comment présentez-vous et enseignez-vous une vision du monde biblique totalement nouvelle afin de remplacer celle qui est erronée? Savez-vous comment traduire la Bible d’une manière propre à communiquer la vérité?

Tous les missionnaires vont faire des erreurs, mais pour éviter celles qui auront un impact destructeur et durable, il est nécessaire d’être bien formé et de rencontrer tout le long de notre parcours des personnes qui les ont commises. J’explique davantage l’ « énoooorme » importance de la formation dans cet article[ENG].

2. A-t-il suivi une formation théologique?

Cette condition est évidente. Votre missionnaire doit être à l’aise avec l’enseignement biblique, capable de défendre une base théologique et avoir été enseigné dans tout le conseil de Dieu. En plus de cela, une compréhension précise de la souffrance, du mariage, de l’ecclésiologie et de la démonologie est absolument nécessaire pour une perspective à long terme de votre prétendant missionnaire.

3. Apprendra-t-il en premier la culture et la langue?

Imaginez si nous n’avions pas appris que nos contacts locaux croient que les blancs ont tué Jésus sur la croix. Les conséquences et les malentendus terribles qui en auraient résulté plus tard auraient été considérables.

La langue et la culture sont inextricablement liées. Si donc votre missionnaire persiste à vouloir enseigner en anglais, des malentendus ne manqueront pas de surgir fréquemment, et là où il s’y attendra le moins. La langue maternelle devrait toujours être préférée aux langues secondaires dans l’enseignement et l’accompagnement pastoral, et cela pour l’amour de la communication!

4. Enseigne-t-il la Bible de manière chronologique?

Dieu s’est révélé progressivement à l’humanité, faisant déjà connaître dans la Genèse son caractère, le péché, Satan et l’expiation substitutive. Au fur et à mesure, il a dévoilé des révélations plus précises, permettant d’obtenir une image plus claire de la réalité du monde.

Cette méthode prend du temps, mais nous voulons que nos missionnaires construisent des édifices solides plutôt que de disposer quelques cloisons en placoplatre et en papier mâché, n’est-ce pas? C’est là la clé!

L’immense majorité de la planète est animiste, ce qui signifie qu’il croit en un monde contrôlé par les esprits et qui doivent être manipulés afin de parvenir à l’aisance matérielle et au bien-être. Plonger directement au milieu de l’histoire de Jésus, c’est présumer que les gens connaissent déjà ce qu’est le péché, la mort et l’existence d’un Dieu tout-puissant. Plutôt que de déraciner l’ancienne vision du monde, votre missionnaire devrait épingler le vocabulaire chrétien sur le vocabulaire animiste, inoculant ainsi la vérité.

Les gens qui cherchent à manipuler « Dieu » pour obtenir une richesse matérielle et le bien-être par l’emploi d’incantations ou de sorcellerie ne sauraient être considérés comme faisant partie d’une Église. Et bien sûr, nous voulons éviter cela.

Votre missionnaire enseigne-t-il grâce à une Bible traduite dans le langage autochtone afin que l’autorité vienne de la Parole de Dieu et non de lui-même? C’est un point très important.

5. Fait-il des disciples de Dieu ou de lui-même?

Les gens aiment-ils le missionnaire plus que la Parole de Dieu? L’Église s’écroulerait-elle complètement si le missionnaire passait le relais à un croyant local compétent? Le missionnaire dirige-t-il son ministère d’une manière que l’on peut reproduire, ou utilise-t-il des formes qui, s’il venait à partir, seraient définitivement perdues?

Comment les personnes de l’Église s’identifient-elles? Se voient-elles comme le corps du Christ ou comme membres de la riche Église venue de l’Occident?

Enfin, est-ce que votre missionnaire travaillera dur pour voir ses ouailles évangéliser leur propre peuple avec la vérité de la Parole de Dieu?

Ainsi, ces cinq questions sont un bon début. Tout missionnaire qui a bien appris sa leçon ne s’en trouvera pas embarrassé. Au contraire, il sera encouragé et enthousiaste de vous tenir informé.

Justin Bullington est marié à Deb et a deux enfants. Ils vivent depuis plusieurs années en Papouasie-Nouvelle-Guinée, afin d’apprendre le langage et la culture du peuple kumon, un peuple du centre du pays. Il aspire à voir chaque Kumon faire la rencontre de Dieu… en attendant de voir un jour, Dieu voulant, toute la nation se tourner vers le Seigneur!
Article traduit avec autorisation. Merci à Clément Tsyboula pour la traduction.

Auteur invité

Nous publions régulièrement des nouveaux auteurs sur ToutPourSaGloire.com.

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5 thoughts on “5 questions à poser à un missionnaire avant de le soutenir

  1. Gilles GEORGEL dit :

    Heureusement que l’on ne m’a scanné au travers de ces critères ! Sinon, je ne serais pas dans le ministère !

    1. Salut Gilles, merci de ta visite sur le blog.

      Je pense qu’il y a peut-être aussi confusion entre les missionnaires FPC qui sont en réalité des pasteurs non-soutenus par leurs implantations/églises et les missionnaires inter-culturels. Non?

      PS. J’espère que tu as au moins passé l’épreuve du critère n°5!

    2. Ben Mougel dit :

      Peut être faut il alors rajouter « inter-culturels » dans le titre, car pour moi Gilles et bien un vrai missionnaire 😉 Je lui doit beaucoup!!!!!!!

    3. Gilles GEORGEL dit :

      Il y a d’autres questions que j’aurais mis qui me semblent plus prioritaires. Brûle-t-il pour le Seigneur ? A-t-il eu un appel claire de Dieu ? peut-il le formuler ? Ceux qui l’entourent, les anciens de son Eglise peuvent-ils témoigner de sa passion pour Christ de son fardeau pour les perdus ? Je trouve que l’on met trop d’accent aujourd’hui sur le bagage académique par rapport au coeur de la vocation qui est pour moi l’appel de Dieu et le fardeau missionnaire. Quelqu’un peut très bien avoir une formation interculturelle (dont je ne nie pas l’utilité), être un théologien diplômé (ce qui ne peut être qu’un plus), etc… sans qu’on ait ici des évidences d’un véritable appel. la plupart de ceux qui sont entrés à FPC n’avaient pas cela. Il n’y a parmi nous que deux frères qui ont suivi un cursus théologique. Par contre, nous avons des frères capables de persévérer sur des terrains arides. Maintenant, comme le dit Benoît, peut-être qu’on ne parle pas de la même chose ici. Il faudrait davantage redéfinir ce que vous entendez dans l’article par missionnaire !

    4. Bonjour Gilles, merci pour ton retour. Je viens de relire l’article. L’intro fait près de la moitié de l’article et pose un contexte qui explique assez bien pourquoi il propose ces 5 questions (et pas d’autres).

      Après, cela ne veut pas dire que tes questions ne sont pas valides. Mais l’auteur est en train de regarder les erreurs qu’il constate sur le terrain. Et en Papouasie, il semble déceler des problèmes plus « méthodologiques ».

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