Quelle est la place de la tradition dans l’Église?

Vous avez très certainement déjà entendu l’un ou l’autre de ces slogans: « on n’est pas religieux » et « on n’est pas dans la tradition ». Laissons de côté le fait que nous sommes malgré tout une religion et concentrons-nous sur le deuxième. Est-t-il possible d’être vraiment sans tradition? Que faire des traditions qui ne sont pas strictement bibliques?

La phrase « nous ne sommes pas dans la tradition » n’est pas tout à fait fausse, loin de là: par cette expression, nous exprimons simplement le fait que nous nions à la Tradition toute autorité comparable ou supérieure aux Écritures, contrairement à la position catholique par exemple. Mais nous allons aussi bien au-delà, en rejetant tout ce qui ne nous plaît pas sous prétexte que c’est de la tradition. Par exemple, pour moi qui suis d’un milieu charismatique, j’ai remarqué que «tradition» est souvent confondue avec « cessationisme » tandis que par magie nous n’avons aucune tradition dans notre milieu, rien que la Bible. Bien entendu, l’erreur inverse existe aussi. Il serait donc primordial de définir dès maintenant le mot « tradition ».

Tout est tradition

Tradition vient du latin traditio ce qui signifie « acte de transmettre », qui lui-même vient du verbe tradere « livrer, transmettre ». La Tradition dans l’Eglise n’est donc pas ce qui est légaliste ou anti-biblique, mais tout simplement l’enseignement reçu. Tout l’enseignement reçu. C’est exactement selon ce sens que Paul dit:

« Nous vous recommandons, frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de vous éloigner de tout frère qui vit dans le désordre et non selon la tradition que vous avez reçue de nous » 2 Thessaloniciens 3.6

On voit bien dans ce passage que le sens biblique du mot tradition est quasi synonyme de «enseignement». C’est exactement ce sens là qui est utilisé dans:

«Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie selon la tradition des hommes » Colossiens 2.8

ou bien Marc 7:

«Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous tenez à la tradition des hommes»

Notez que dans ces passages, Paul et Jésus sont obligés de préciser « traditions des hommes », car le problème qu’ils combattent n’est pas que les pharisiens ou les faux docteurs à Colosses enseignaient, mais qu’ils enseignaient des choses qui n’étaient pas bibliques. Il y aurait donc tradition biblique et tradition non biblique, mais j’y reviens dans un instant.

Le jour où j’ai compris la définition biblique du mot « tradition » (en interagissant avec des catholiques), je me suis rendu compte que beaucoup, beaucoup de choses étaient issues de la tradition. Même dans nos Églises évangéliques. À dire vrai, je me suis rendu compte que tout était tradition.

On vous enseigne que Jésus est le Fils de Dieu? Cela est vrai, mais c’est un enseignement qui vous a été délivré par quelqu’un et il rentre donc la définition de tradition. On vous a dit «Maintenant tu es vraiment sauvé!»? Si les conditions sont remplies cela est vrai, mais c’est de quelqu’un que vous l’avez reçu, et cela compte donc comme une tradition. Considérons l’exemple suivant: «Il est écrit «Dieu a tant aimé le monde…» donc Dieu nous a aimé!». Dans cet extrait de discours la citation de Jean 3.16 est de l’Écriture, mais la conclusion (donc Dieu nous a aimé) est le commentaire de l’orateur, et donc de la tradition, même si ce n’est qu’une répétition!

Si donc nous adoptons la définition biblique de «tradition» affirmer quelque chose comme «Je ne cherche pas la tradition» revient à dire: «je ne cherche pas à être enseigné». Gros problème, vous vous en doutez.

Tradition biblique et tradition non-biblique.

La suite est donc simple à comprendre: si tradition = enseignement et de manière générale toutes choses reçues par d’autres frères, alors il y a une distinction entre la tradition biblique et la tradition «purement humaine» et tout l’enjeu est de faire correctement cette distinction.

Il y a deux erreurs très courantes dans cette démarche. Première erreur: « On n’est pas dans la tradition, notre enseignement est purement biblique ». Sauf que, comme j’ai dit, même si vous avez des raisons de le croire vrai, votre nouvel enseignement n’est pas «sans tradition» il est une tradition en lui-même. Vous venez donc de créer une nouvelle tradition tout en proclamant ne pas avoir de tradition. Le mouvement « The Last Reformation » de Torben Sondergaard, dont Franck Godin a récemment parlé en est un exemple.

La deuxième erreur consiste à reconnaître que notre enseignement n’est que tradition, mais une tradition tellement bien vérifiée que c’est tout comme la Bible. Cela n’est pas forcément sur toute notre doctrine, mais peut tout à fait arriver sur un sujet particulier. Par exemple, certains calvinistes enthousiastes n’hésitent pas à dire «le calvinisme c’est l’Évangile». Même si je considère le calvinisme comme vrai, l’Évangile est l’Évangile, et ma tradition calviniste est ma tradition calviniste. À titre personnel, je pense que le calvinisme est la meilleure expression de l’Évangile, mais je ne suis certainement pas autorisé à confondre la Bible avec ma théologie. Le meilleur représentant de ce type d’erreur reste l’Église catholique.

Un point commun entre ces deux extrêmes: à chaque fois, on vole l’autorité de l’Écriture pour la donner à quelqu’un ou quelque chose d’autre. C’est pour cela que nous devons développer une juste idée de ce qu’est la Tradition: c’est ce qui sauve l’autorité des Écritures en fin de compte, parce que nous ne nous aveuglons pas nous-même sur la véracité de nos propres discours.

Lorsque vient le temps de passer notre enseignement au crible des Écritures, nous devons donc être prêt à remettre tout en cause, pas seulement notre position sur des sujets accessoires –La Sainte Cène dans une coupe ou dans des godets individuels?– ou contre des positions que nous sommes déjà prêts à réfuter. Avez-vous remarqué à quel point nous sommes rapides à traiter de «tradition humaine» ce qui n’est qu’un point de vue divergent du nôtre? Et au contraire, à quel point nous sommes lents à considérer nos propres enseignements comme potentiellement faux?

Si nous voulons sincèrement distinguer la tradition biblique, il faut aussi s’attaquer à notre propre tradition, et ne pas lui accorder de présomption d’autorité. Votre pasteur dit que Dieu vous aime? Vérifiez-le! Deux fois! (et remerciez le Seigneur trois fois)

Les traditions non-bibliques ont le droit d’exister mais dans une position subalterne

Je préparais une fois la Sainte Cène, et je réfléchissais à ce que j’allais bien pouvoir dire en introduction. Dans notre Église, nous célébrons la Cène chaque dimanche au milieu du culte entre la musique (ou les chants) et la prédication. Je commençais donc à échafauder une construction fragile où si à la Ste Cène nous nous souvenons de la mort de Jésus, alors les chants sont l’image de sa vie terrestre et la prédication l’image de sa résurrection… À ce moment-là, alors que j’étais en train d’imaginer les supers parallèles qu’on pouvait faire, la réflexion qui tue: «et si dans ton Église on prenais la Cène à la fin du culte, tu inventerais quoi? »

Il y a des pratiques qui ne sont pas directement réglées par la Bible. À dire vrai, quasiment tout dans la façon de gérer une Église échappe à une définition strictement biblique. En ce qui concerne le gouvernement de l’Église, passe encore, mais s’il faut chercher la tradition biblique qui règle la liturgie de notre culte, bonjour… Les traditions non-bibliques non seulement existent, mais ont le droit d’exister dans notre église. Nous n’avons pas à faire la chasse à toutes les «traditions humaines» et faire semblant que les traditions qui nous arrangent sont en fait bibliques.

Le problème d’une tradition non-biblique n’est pas son fondement peu scripturaire, mais l’autorité qu’on lui accorde. Dans l’exemple que j’ai donné en introduction, j’étais en train de bâtir une réflexion qui supposait que l’ordre chants-Ste Cène-Prédication était l’ordre divin de tout culte chrétien. Or, cette liturgie n’a pas été adoptée parce qu’elle était biblique, mais parce qu’elle était pratique. J’étais en train de traiter une tradition non-biblique comme un commandement divin.

Nous avons donc deux tests à faire sur tout ce que nous disons et faisons dans l’église: 1.Est-ce une tradition biblique ou non-biblique? 2.Si elle est non-biblique, va-t-elle contre une tradition biblique? Si c’est le cas, nous devons la stopper. Une tradition non-biblique et fausse est une mauvaise herbe à éliminer de nos assemblées.

Conclusion : Non l’Écriture sans la Tradition, mais la Tradition réglée par l’Écriture.

Vous l’avez donc compris, pour qu’une Église ait une saine relation avec la notion de Tradition, elle doit faire deux choses: 1.Reconnaître qu’elle a une tradition (ce n’est pas sale) 2.Surveiller et critiquer sa tradition pour bien la garder en infériorité par rapport à l’Écriture.

On pourrait dire encore beaucoup de choses sur ce que signifie la Tradition pour un individu chrétien, mais ce n’est pas le sujet de cet article. Pascal Denault a fait un podcast sur ce sujet avec un angle plus individuel sur son émission « Parole d’Evangile » Pour l’heure, remercions le Seigneur pour la Tradition de nos Églises, car sans la tradition, il n’y aurait que des lectures bibliques sans aucune explication et nous n’aurions aucune vie d’Église.

Que l’Écriture seule fasse autorité, et que Tout soit pour Sa Gloire.

Etienne Omnès

Mari, père et prêtre de l'éternel (1 Pierre 2.9) depuis 2012. Je suis actuellement éditeur dans l'équipe de TPSG.

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2 thoughts on “Quelle est la place de la tradition dans l’Église?

  1. bonjour Pasteur, je suis vraiment béni par votre enseignement, demeurez vivant toujours en esprit.

  2. bonjour Pasteur, je suis béni ce matin par votre enseignement

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