Pourquoi Dieu a-t-il « détesté Esaü »?

Voici le passage en question, lisez-le:

1 Oracle, parole de l’Eternel à Israël par Malachie. 2Je vous ai aimés, dit l’Eternel. Et vous dites: En quoi nous as-tu aimés? Esaü n’est-il pas frère de Jacob? dit l’Eternel. Cependant j’ai aimé Jacob, 3 et j’ai eu de la haine pour Esaü, j’ai fait de ses montagnes une solitude, j’ai livré son héritage aux chacals du désert.

4 Si Edom dit: Nous sommes détruits, Nous relèverons les ruines! Ainsi parle l’Eternel des armées: Qu’ils bâtissent, je renverserai, Et on les appellera pays de la méchanceté, Peuple contre lequel l’Eternel est irrité pour toujours. 5 Vos yeux le verront, Et vous direz: Grand est l’Eternel Par delà les frontières d’Israël!

Malachie 1:1-5

L’auteur divin

Le premier verset du livre fait bien plus que donner simplement des informations sur son auteur humain. Chaque mot appuie l’origine et l’autorité divine du message. Le mot « oracle » est souvent utilisé comme titre pour des passages prophétiques (par exemple, Ésaïe 13.1, 15.1, 17.1) et signifie littéralement « fardeau » (Nombres 4.47, 11.11). Il évoque un sentiment d’urgence. Ce fardeau sera plus tard défini comme la parole du Seigneur (2 Pierre 1.21) qui est donnée par un messager humain.

Cette parole, c’est le décret du Roi et elle agit avec puissance dans l’histoire pour façonner tous les événements selon Sa volonté (Ésaïe 55.11, Jérémie 1.9-10, 23.29). Cette parole est adressée à Israël, même si à l’époque de Malachie, il ne restait que la communauté de Juda. La communauté post-exilique est donc l’héritière de toutes les promesses de Dieu faites à Israël.

Le premier mot que Dieu prononce par le biais de Malachie ne dénonce pas le péché d’Israël (contrairement à Ésaïe 1.2–3, Jér. 2.1–3; Ez. 2.3–4), mais au contraire, il déclare son amour pour eux. Ce mot exprime autant une profonde affection qu’une grande loyauté dans tous les types de relations humaines (mariage: Gen. 24.67, parents et enfants: Gen. 25.28, amis proches: 1 Sam. 20.17). Il rappelle également les anciennes promesses d’amour faites par le Seigneur à Israël dans le Pentateuque: Dieu a aimé les premières générations d’Israélites. Il les a choisis (Deut. 4.37, 10.15), il a montré son amour envers eux en les bénissant et en les multipliant (Deut. 7.13). Cet amour est souverain et inconditionnel, n’existant que pour démontrer le caractère aimant et fidèle de Dieu. La forme du verbe en hébreux exprime l’amour de Dieu comme un acte total et complet. Dieu commence ce livre d’exhortation en déclarant son amour immuable et durable pour son peuple.

Le mot traduit par “en quoi” fait parfois référence à la preuve inconditionnel qu’une action a eu lieu ou aura eu lieu (Genèse 15.8, Ex. 33.16). L’audience de Malachie ne voit aucune preuve tangible de l’amour du Seigneur pour eux. Ils se sentent complètement abandonnés – et, comme nous le verrons, ce sentiment n’est pas totalement injustifié. Mais Malachie dénonce leurs craintes les plus sombres à propos de Dieu afin de renverser ces doutes.

L’amour immérité et immuable 

Malachie réfute la déclaration du peuple qui dit être mal aimé en leur rappelant les origines de leur histoire. Bien que l’histoire de Jacob et d’Ésaü soit complexe (Genèse 25–36) et qu’Ésaü semble spirituellement insensible à plusieurs reprises (Genèse 25: 29–34; 26: 34–35; 28: 6–9), la Genèse montre que Jacob avait la faveur de Dieu avant même la naissance de l’un ou l’autre garçon (Genèse 25:23; cf. Romains 9: 10-13).

Leur condition initiale était la même, les parties en question étaient égales (des frères), mais le Seigneur donna son amour à Jacob et non à Ésaü, sans raison intrinsèque. C’est parce que cet amour était immérité qu’il en est devenu immuable. Avant la naissance de leurs ancêtres, Dieu a aimé Israël. La forme du verbe qui termine Malachie 1.2 implique l’amour continuel de Dieu pour Jacob, tandis que le verbe commençant au verset 3 montre son opposition constante et immuable à l’encontre d’Esaü.

L’amour de Dieu implique l’affection et la loyauté, de même que la haine dans l’Ancien Testament implique l’aversion et le dégoût (Ps. 119.163, Eccles. 2.8), ainsi que le rejet et l’opposition (Ps. 26.5, Ésaïe 66.5, une femme moins aimée est « haïe » Deut. 21.15). Israël ne voit peut-être aucune preuve de l’amour du Seigneur pour lui, mais il y avait déjà de nombreuses de preuves de sa haine pour Edom, puisque Dieu avait laissé désert son pays montagneux.

Dans l’AT, les montagnes sont souvent un symbole de fertilité (Deut. 33:15; Pss. 50:10; 72: 3), de force et de stabilité (Ps. 46: 2; Ésaïe 54:10). Or ce qui faisait la force d’Edom a été réduit à néant, de sorte que rien ne pouvait plus pousser. De plus, Edom est déshérité et son héritage (Deut. 32.8–9) est confié à des charognards. L’image d’animaux impurs vivant dans une ville ou un territoire autrefois habité est retrouvée ailleurs comme résultant du jugement de Dieu (Ps. 44.19, Ésaïe 13.22, 34.13, Jér. 9.11, 10.22, 49.33). Cette image avait des connotations sinistres pour les anciens Israélites, comme si Edom avait été livrés à un pouvoir spirituel des ténèbres.

Cela peut sembler étrange (ou même offensant) que Dieu prouve son amour pour une nation en détruisant entièrement une autre… Mais la captivité babylonienne était violente et terrible pour le peuple de Dieu. Elle était si horrible que la joie d’Edom face à la destruction d’Israël (Ps. 137: 7) et l’exploitation de se vulnérabilité (Ez. 35:15; Abdias 10) résonnent comme profondément perverses selon les écrits des prophètes de l’AT. Cela équivaut à peu près à célébrer le viol d’un membre de la famille! Le jugement de Dieu sur Edom n’a donc pas été perçu comme excessif.

En cherchant à convaincre son peuple de son amour constant pour eux, le Seigneur désamorce une objection potentielle. L’économie en Juda était au plus bas à l’époque de Malachie, alors que la fortune d’Édom semblait en train de s’élever («nous reconstruirons») – Edom s’attendait à se rétablir en tant que nation. Le Seigneur ne considère pas leur capacité à reconstruire comme un vœu pieux, mais il met au contraire en action sa haine pour Edom en détruisant tout progrès accompli. Qu’Edom soit appelé « le pays de la méchanceté » signifie que Dieu les scellera dans leur péché d’une manière publique si évidente que personne ne se demandera pourquoi Dieu a jugé ce peuple.

L’effet du péché

Le destin spirituel d’Edom est décrit en deux phrases: «pays de la méchanceté» (littéralement «frontière de la méchanceté») et «le peuple contre lequel le Seigneur est irrité pour toujours». Ces deux phrases décrivent autant le territoire que le peuple, cause et effet dans le jugement éternel de Dieu. Le mot “irrité” est aussi synonyme de «malédiction» dans Nombres 23.7 et de la «colère brûlante» de Dieu dans Psaume 69.24 et Zacharie 1.12. Edom est à jamais sous la colère juste et passionnée de Dieu à cause de son péché.

Le dernier verset du passage conclut sur la description de Dieu qui met en action sa haine d’Edom démontrant ainsi, par contraste, son amour pour Israël. On aurait pu s’attendre à ce que Dieu rassure  Israël en lui disant qu’il sera reconstruit et prospérera (contrairement à Edom) ou qu’il ne sera plus jamais exploité. Au lieu de cela, le peuple de Dieu est amené à glorifier Dieu au-delà de ses propres frontières.

Ce court verset n’est pas si simple à comprendre et pourtant il est très significatif. Qu’Israël « voit » contre balance le scepticisme exprimé plus tôt au sujet de l’amour de Dieu lorsqu’ils affirmaient n’avoir vu aucune preuve de cet amour (v. 2b). Maintenant, ils parleront différemment car ils sont convaincus. Leur discours est désormais orienté vers Dieu et sa gloire et non plus sur eux-mêmes. La grandeur de Dieu se manifeste souvent dans son intervention en faveur d’Israël (Pss. 92.5, 126. 2–3) ou d’individus en Israël (Pss. 35.17, 40.17, 86.11). Parler de la grandeur de Dieu c’est impliquer Sa gloire (cf. Ésaïe 42.21) et Son exaltation (Ps. 99.2). Dans cette courte phrase Malachie prédit le brillant futur d’Israël devant la gloire visible du Seigneur qui accomplira la justice sur la terre.

Les implications à l’échelle mondiale de cette louange ne doivent pas être mises de côté- la grandeur de Dieu sera connue «au-delà» (littéralement «au-dessus») des frontières d’Israël. La grandeur du Seigneur est manifestée au sein des frontières du peuple de l’alliance, mais n’y est pas limitée. C’est ainsi que Dieu démontre son amour pour son peuple profondément découragé et lésé – il établit la justice sur la terre, pour sa plus grande gloire!


Cet article est adapté du commentaire ESV Expository commentary : Daniel Malachi Volume 7, édité par Iain M.Duguid, James M. Hamilton Jr, et Jay Sklar.

Merci à Nathanaël Delarge pour la traduction de cet article.


Pour aller plus loin:

Eric Ortlund

Eric Ortlund a étudié l'Ancien Testament au Trinity Evangelical Divinity School et au New College à Édimbourg. Il est actuellement professeur associé d'Ancien Testament au Briercrest College et au Seminary à Caronport, Saskatchewan, au Canada. Il est marié à Erin et père de deux enfants, Kate et Will.

http://scatterings1976.blogspot.com/

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