Pourquoi certains prédicateurs progressent et d’autres pas

NDLR: L’auteur de cet article est Hershael York, un pasteur et professeur d’homilétique au Southern Baptist Theological Seminary (et blogueur!). Traduit de l’anglais par Clément Tsyboula avec l’autorisation aimable de l’auteur.

On me pose souvent la question la plus étrange qu’on puisse poser à un professeur de prédication: « pensez-vous que la prédication puisse être enseignée? » J’ai souvent envie de répondre « non, je fais ce boulot juste pour l’argent. » Bien sûr, je ne réponds jamais ainsi, non seulement parce qu’il est préférable de ne pas dire tout haut les bêtises qui me passent par l’esprit mais aussi parce que je comprends ce que veulent dire mes interlocuteurs quand ils posent cette question. Ce n’est pas vraiment une question dénuée de sens.

Personne ne nie que les cours de prédication et du coaching peuvent aider quiconque à s’améliorer. La vraie question est plutôt: est-ce qu’une personne peut, sans don naturel pour la prédication, être suffisamment bien formée pour qu’elle devienne ensuite vraiment douée?

Durant les 16 dernières années pendant lesquelles j’ai enseigné quotidiennement la prédication dans une faculté de théologie, j’ai entendu pleins de sermons présentés par mes étudiants et rencontré tous les niveaux de prédicateurs.

J’ai vu des gars tellement nerveux qu’ils ont du s’interrompre pour vomir durant leur message. Dans d’autres cas, j’ai été tellement bouleversé par le sermon d’un étudiant que j’ai eu l’impression d’être introduit dans la présence du Christ ressuscité. J’ai vu des gars qui n’étaient pas meilleurs la cinquième fois qu’ils prêchaient devant moi que la première fois; mais j’en ai vu d’autres dont le premier message était désespérément mauvais et qui se sont radicalement améliorés à tel point qu’à la fin du semestre je n’étais pas sûr d’avoir eu affaire au même prédicateur.

Le premier jour du semestre ou la première fois que j’entends un étudiant prêcher, je n’ai aucune façon de savoir s’il pense avoir déjà toutes les clés en main ou s’il est désireux de faire ce qui est nécessaire pour devenir le prédicateur qu’il doit être. Cependant, à partir du deuxième sermon, je peux deviner dans quelle catégorie il se trouve parce que c’est à ce moment là que je vois s’il a appliqué ce que je lui ai dit après son premier sermon.

Qu’est-ce qui fait la différence?

1. L’appel

Le prédicateur le plus frustré est celui qui a un sens du devoir mais qui ne possède pas un appel brûlant.

Prêcher n’est pas une simple profession d’utilité publique; ce n’est pas une version chrétienne de la politique ou des casques bleus. L’appel à prêcher est une demande pressante du Saint-Esprit qui allume un feu dans le cœur de la personne appelée qui ne peut pas être éteint, même par des auditeurs qui ont un cœur dur, qui renâclent ou qui sont durs d’oreille.

Un prédicateur qui a été appelé doit prêcher ce que Dieu a dit, simplement parce que Dieu l’a dit. Le succès de son ministère dépendra de la force de son appel. Sa volonté de travailler sur sa prédication sera proportionnelle à sa conviction que Dieu l’a appelé à prêcher et d’être un canal utile à Dieu aussi disponible que possible.

Le Saint Esprit doit conduire toute chose, de la préparation à l’annonce du message et cela n’aura pas lieu s’il n’y a pas cet appel.

2. « L’enseignabilité »

Être un professeur de prédication, c’est comme être payé pour dire à une mère que son bébé est moche. Il se peut que ce soit vrai mais ce n’est pas une vérité que les gens aiment entendre.

[Tweet « Enseigner la prédication, c’est comme être payé pour dire à une mère: « votre bébé est moche. » »]

La plupart des gars que j’ai formé redoutent mes commentaires et grincent des dents quand je leur dis qu’ils ont loupé le sens du texte ou semblaient manquer de préparation. Ils sont fatigués de m’entendre dire qu’ils manquent d’énergie ou qu’ils n’ont pas réussi à établir un contact avec leur auditoire.

De temps en temps cependant, quelqu’un m’adresse un sourire reconnaissant lorsque je lui fais part de mes corrections et suggestions.

Il arrive même que quelqu’un me dise, « Je ne veux pas que vous preniez des pincettes avec moi. Dites moi tout ce qui ne va pas parce que je veux vraiment progresser. » je ne me fais aucun souci pour ce gars.

Cette personne est sur la bonne voie parce que son esprit est « enseignable ». Elle est prête à payer le prix d’un inconfort personnel afin d’être efficace. Elle comprend qu’elle est un canal au service du texte et que ses sentiments personnels n’ont aucune importance.

3. La passion

Pratiquement tous mes étudiants sont passionnés pour Christ, pour les perdus et la Parole de Dieu. Le problème n’est pas qu’ils ne se sentent pas passionnés mais plutôt qu’ils ne montrent pas de passion. Ce ne sont pas mes sentiments qui comptent, mais comment j’agis.

Si ma prédication de la Parole ne communique pas cette passion, alors mes auditeurs ne seront pas non plus amenés à la considérer avec passion. Les prophètes étaient tous passionnés. Les apôtres étaient passionnés. Jésus était passionné. Quoi d’autre pourrait amener des paysans, des pêcheurs et des femmes au foyer à rester des heures sous le soleil de Galilée pour l’écouter?

Un jour, j’ai entendu un missionnaire prêcher à une conférence des pasteurs baptistes du Sud. Il était une véritable dynamite, prêchant un excellent sermon textuel avec une incroyable énergie et ému toute l’assemblée par sa prédication de la Parole et son témoignage sur le baptême de dizaine de milliers d’Africains. Encore sous le choc de son excellent message, je l’ai approché et tendu ma main pour le saluer et me présenter.

« Hershael! » dit-il. Je fût surpris de ce qu’il connaissait mon nom. « Nous étions au séminaire ensemble. » Gêné, je dus admettre que je ne me souvenais pas de lui. « Tu n’as aucune raison de te souvenir de moi. » Il expliqua: « j’étais très silencieux, ne parlais jamais en classe et ne faisais pas d’efforts pour aller à la rencontre des autres. » Je lui demandais de m’expliquer ce qui s’était passé.

« Quand je suis allé sur le champ missionnaire, personne n’écoutait mes prédications sur l’Évangile. J’étais soporifique. Quand je suis revenu aux États-Unis et prêchais dans les églises, les gens s’ennuyaient à mourir. Finalement, j’ai réalisé que la seule manière d’être efficace était de prêcher la Parole d’une manière qui lui rendait honneur. J’ai donc commencé à aspirer à aller au delà de mon tempérament et de ma zone de confort et à laisser Dieu me rendre efficace. J’ai prié pour que la Parole me passionne tellement quand je montais en chaire que je ne sois plus jamais ennuyeux. »

Sa soif de progresser le conduisit à montrer une passion qui allait à contre-courant de sa personnalité introverti. C’était surnaturel.

4. Un abandon courageux

Les générations d’étudiant que j’ai enseigné, ont grandi avec les mots écrits – sur les écrans, smartphones, blogs, Kindles et maintenant iPads. Par l’intermédiaire des jeux vidéos, ils ont pilotés des bolides dans des courses automobiles, ils ont bâtis des civilisations, gagné des guerres, détruits des zombies et tués des centaines de personnes.

Ils communiquent oralement bien moins que les générations précédentes et quand ils le font, c’est généralement avec un manque de passion. Pourtant, Dieu utilise encore la prédication de sa Parole d’une manière orale pour édifier l’église, encourager les saints et interpeller les perdus.

Afin de prêcher la Parole, un jeune homme doit donc désirer sortir complètement du confortable cocon qu’il s’est construit dans sa personnalité et ses habitudes afin de s’abandonner lui-même, courageusement, quitte à passer pour un fou pour la cause Christ.

Je dis à mes étudiants, « cette petite voix à l’intérieur de vos têtes qui vous dit ‘ce n’est pas ainsi que je suis’, n’est pas votre amie. La sanctification est le processus par lequel le Saint-Esprit dépasse ‘ce que je suis’ et me forme selon le modèle qu’il veut que je sois. Ainsi, si j’ai besoin de prêcher en m’abandonnant courageusement mais que cela est étranger à mon tempérament naturel, alors je supplierai le Saint-Esprit de m’aider à le faire pour Christ. »

Payez le prix

Honnêtement, très peu d’étudiants que je forme ne parviennent pas à saisir le sens du texte. Ils témoignent souvent d’une sophistication exégétique et herméneutique qui me sidère. Ils prennent la Parole de Dieu très au sérieux.

Mais ils commettent l’erreur de penser que le secret est dans la simple communication de paroles. Et s’ils continuent à penser de cette manière, s’ils persévèrent dans des sermons du type « transfert de données » qui se concentre uniquement sur le contenu et non sur la manière de les transmettre, alors je ne peux rien faire de plus pour eux. Ils seront le genre de prédicateur qu’ils veulent être.

Mais si quelqu’un a un appel brûlant, un esprit « enseignable », un cœur passionné et un abandon courageux pour payer le prix nécessaire pour devenir un bon prédicateur, alors rien ne pourra le ralentir. Rien, ni même son arrière-plan, sa personnalité ou ses talents naturels, ne l’empêchera de prêcher la Parole de Dieu avec puissance.

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