Quand la persécution nous met à nu… (Marc 14.51-72)

Je fais un cauchemar récurrent depuis mon enfance: je rêve que je suis nue devant une foule, incapable de me cacher des regards. Est-ce que vous avez déjà fait un rêve semblable? Je ne me suis pas encore fait psychanalyser, mais c’est fort probable qu’à la racine de ce rêve soit la crainte d’être exposée émotionnellement devant les gens. Je ne veux pas que les autres sachent ce qui est dans le secret de mon cœur. Suis-je la seule à craindre cela, ou bien avons-nous tous une partie de nous-mêmes que nous voulons garder cachée? Et je ne parle pas de gros péchés secrets, mais plutôt de notre lutte quotidienne contre le monde, la chair et le malin, et de nos échecs dans cette bataille.

Dans Marc 14.51-72, nous lisons le récit de deux hommes qui sont exposés, puis nous voyons le déroulement de deux procès. Pour nous situer dans le contexte du passage, Jésus fête la Pâque juive avec ses disciples, pendant laquelle il institue la Sainte Cène et prévient ses disciples qu’ils vont tous trébucher. Pierre le nie, en confessant que même s’il lui faut mourir, il ne reniera jamais Jésus. Ensuite, Jésus se rend au Jardin de Gethsémané avec ses disciples. Il prie et demande au Père d’éloigner cette coupe de lui. Puis il réveille ses disciples, juste au moment où Judas arrive accompagné d’une foule armée. Jésus est arrêté et tous l’abandonnent et prennent la fuite.

Un jeune exposé à l’arrestation de Jésus

Mais en Marc 14.51-52, nous lisons quelque chose d’étrange: 

« Un jeune homme le suivait, n’ayant sur le corps qu’un drap. On se saisit de lui mais il lâcha son vêtement, et se sauva tout nu. »

Dans ce verset, nous voyons un jeune homme qui prend la fuite et qui est exposé physiquement. La plupart des commentaires supposent qu’il s’agit de Marc qui est justement l’auteur de cet Évangile, le plus court des quatre. Si c’est le cas, ce verset est comme sa signature, pour que nous sachions qu’il était témoin oculaire de ces évènements. C’est peut-être aussi sa façon de confesser son péché d’avoir abandonné Jésus.

Dans la plupart de nos Bibles, les éditeurs mettent les versets 51-52 à la fin du récit de l’arrestation de Jésus. Mais en fait, par ces deux versets, Marc introduit le passage suivant qui nous montre d’abord un homme exposé physiquement, et qui nous dévoile dans sa conclusion un homme exposé émotionnellement.

Le procès de Jésus devant le Sanhédrin

Dans les versets 52-72, nous lisons le récit de deux procès: celui de Jésus et celui de Pierre. Le premier est celui de Jésus devant le Sanhédrin, dans lequel les Juifs cherchent de faux témoignages contre lui. Selon eux, Jésus blasphème en se faisant l’égal de Dieu (Mc 2.7, 3.11-12, Mt 11.27, Jn 8.58-59). Notre Seigneur commence en gardant le silence face à ses accusateurs. Puis, finalement, il admet son identité en tant que Fils de l’homme et Messie divin, en faisant allusion à trois passages messianiques de l’Ancien Testament (Ex 3.14, Ps 110.1, Da 7.13-14). La réaction du Sanhédrin est intense et violente. Dès ce moment, Jésus assure sa condamnation.  

Le procès de Pierre devant une servante

Au même moment que se déroule le procès formel de Jésus devant le Sanhédrin, Pierre fait face à son propre procès informel devant une servante. Pierre n’est pas assez courageux pour affirmer ouvertement son allégeance à Jésus, mais au moins il l’a suivi de loin – les autres disciples n’en ont pas fait autant. Et ce que nous remarquons de son accusateur est qu’elle est quelqu’un d’insignifiant, sans importance dans sa culture. Le mot grec est littéralement « esclave ». Pourtant Pierre se sent menacé par elle, et nie connaître Jésus en disant qu’il ne comprend même pas de quoi elle parle. La fille persiste, et Pierre persiste également dans son reniement – dans le grec, le verbe est à l’imparfait, impliquant qu’il ne nie pas une seule fois, mais qu’il continue à nier (Mc 14.69). Finalement, d’autres personnes présentes reconnaissent Pierre et se joignent à la servante. La crainte de Pierre arrive à son point culminant. C’est alors qu’il jure et lance des malédictions. Puis le coq chante, et en se rappelant les paroles de Jésus, Pierre pleure.

Le contraste entre Jésus et Pierre

Dans ces deux récits, Jésus et Pierre subissent un procès. Les deux sont entourés par des serviteurs: l’un est frappé et humilié; l’autre sauve sa peau et personne ne met la main sur lui. L’un est courageux, l’autre est lâche et se cache. L’un dit la vérité dans son témoignage, mais il est condamné par des hommes impies; l’autre ment et pourtant est trouvé coupable par ceux présents, et ensuite par sa propre conscience. L’un fait face à des accusateurs puissants; l’autre à une esclave et d’autres gens de peu d’importance. L’un déclare son identité ouvertement; l’autre la renie. L’un confirme son identité par les Écritures; l’autre la renie avec des jurons et des malédictions. L’un est injustement condamné à mort; l’autre, coupable devant ses accusateurs, est épargné.

Deux hommes pardonnés après avoir abandonné leur Maître

En Marc 14, nous lisons l’histoire de deux hommes exposés. Deux hommes qui abandonnent leur Maître. Deux hommes, pécheurs comme nous, qui méritaient la mort. Parallèlement, nous voyons un homme innocent condamné à mort – le Juste pour les injustes. Et parce que Christ est le Fils de l’homme promis, il peut prendre la condamnation des pécheurs exposés, comme vous et moi. Ce concept biblique a un nom: expiation substitutionnelle ou expiation substitutive.  

Préparation à la persécution

Marc raconte ce récit pour préparer les chrétiens à la persécution à venir. Par le souvenir de Pierre, il veut que les fidèles reconnaissent qu’eux aussi sont capables de tomber, comme l’apôtre. Donc ils doivent prier et rester vigilants. Ce passage nous sert aussi d’encouragement, car si Jésus a pardonné Pierre même après une faute si grave, il y a assez de grâce aux pieds de la croix pour nous et nos péchés. Nous pouvons y trouver le pardon et même la restauration, au service de Jésus.


Pour approfondir ce passage davantage, vous trouverez mon étude biblique ici.

Angie Thornton

En équipe avec son mari Daniel, Angie a servi le Seigneur au Sénégal pendant 10 ans, dans la formation des leaders. Installés à Montréal avec leurs 2 filles depuis août 2017, ils servent à l'Église Baptiste Évangélique Emmanuel et dans l'AEBEQ. Angie est titulaire d'un MDiv de Moody Theological Seminary.
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