Le moralisme n’est pas l’Évangile (malgré ce que croient beaucoup de chrétiens)

L’une des affirmations les plus incroyables de l’apôtre Paul est celle par laquelle il accuse les chrétiens galates d’avoir abandonné l’Évangile. « Je m’étonne que vous vous détourniez si vite de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre évangile » déclare Paul. Comme il l’a affirmé avec tant d’insistance, les Galates avaient échoué au test crucial consistant à discerner l’Évangile authentique de ses contrefaçons.

Paul ne pouvait être plus clair: « Mais si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème! Nous l’avons dit précédemment, et je le répète maintenant: si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème! » (Gal 1.6-7)

Un des faux évangile les plus séduisants aujourd’hui

Cet avertissement de l’apôtre Paul, exprimé avec des termes trahissant son choc et son chagrin, s’adresse non seulement à l’église de la Galatie, mais également à toutes les assemblées dans toutes les époques. À notre époque – et dans nos propres églises – nous avons désespérément besoin d’entendre et de prêter attention à cet avertissement. Dans notre siècle, nous affrontons de faux évangiles, pas moins subversifs et attrayants que ceux rencontrés et adoptés par les Galates.

Dans notre propre contexte, l’un des faux évangiles les plus séduisants est le moralisme. Ce faux évangile peut prendre plusieurs formes et apparaître dans de nombreuses impulsions politiques et culturelles. Néanmoins, la structure de base du moralisme peut se résumer à cela: le fait de croire que l’Évangile peut être réduit à de simples améliorations comportementales.

Malheureusement, ce faux évangile est particulièrement attrayant pour ceux qui se croient être évangéliques et bibliques. Bien trop de croyants et leurs églises succombent à la logique du moralisme et réduisent l’Évangile à un message d’amélioration des mœurs. En d’autres termes, nous communiquons à des personnes perdues le message que ce que Dieu désire pour eux et exige d’eux est de remettre en ordre leur vie.

Nés pour être moralistes

Dans un sens, nous sommes nés pour être moralistes. Crées à l’image de Dieu, nous avons reçu la capacité morale de conscience. Depuis notre tendre enfance, notre conscience nous crie et nous révèle notre culpabilité, nos défauts et nos mauvais comportements. En d’autres termes, notre conscience nous informe de notre statut de pécheur, de notre immoralité.

Ajoutez à cela le fait que les parents élèvent leurs enfants et cherchent à leur inculquer des valeurs morales depuis leur plus jeune âge. Très rapidement, nous découvrons l’importance qu’accordent nos parents à notre comportement. Des enfants sages sont récompensés par l’approbation parentale, tandis que les mauvais comportements entraînent des sanctions. Ce message est renforcé par d’autres autorités dans la vie des enfants et se répand dans la culture en général.

Se remémorant sa propre enfance dans la Georgie rurale, le romancier Ferrol Sams décrit la tradition profondément enracinée d’être «bien élevé». Comme il l’explique, l’enfant «bien élevé» fait plaisir à ses parents et aux autres adultes en adhérant aux conventions morales et aux convenances de la société. Une jeune personne «bien élevée» apparaît comme un adulte qui obéit à la loi, respecte ses voisins, fait au moins semblant d’être d’accord avec les attentes en matière de religion, et évite les scandales. C’est clair: c’est ce qu’attendent les parents, ce que la culture affirme, et ce que de nombreuses églises célèbrent. Mais nos communautés sont remplies de gens «bien élevés» mais qui se dirigent droit en enfer.

«Nos communautés sont remplies de gens « bien élevés » mais qui se dirigent droit en enfer.» —Al Mohler

Pourquoi le moralisme nous séduit

L’attrait du moralisme est l’essence de son pouvoir. Nous sommes si facilement séduits par l’idée qu’on puisse mériter toute l’approbation nécessaire par notre comportement. Bien entendu, pour pouvoir prendre part à cette séduction, nous devons négocier un code moral définissant un comportement acceptable tout en étant assez souple pour nous laisser des échappatoires. La plupart des moralistes ne vont pas prétendre être sans péché, mais simplement loin des scandales. C’est suffisant, pensent-ils.

«L’essence du moralisme est de croire que l’on peut être justifié par une bonne conduite.» —Al Mohler

On trouve des moralistes aussi bien à gauche qu’à droite, chez les libéraux et les conservateurs. Dans les deux cas, un ensemble spécifique de préoccupations morales forme un cadre aux attentes morales. Pour généraliser, il est vrai que les libéraux ont souvent tendance à se concentrer sur un ensemble d’attentes morales en rapport avec une éthique sociale, alors que les conservateurs ont tendance à se concentrer sur une éthique personnelle. L’essence du moralisme est apparente dans les deux cas – le fait de croire que l’on peut être justifié par une bonne conduite.

Quel évangile communique l’Église?

La tentation théologique du moralisme est une tentation à laquelle de nombreux chrétiens et églises ont du mal à résister. Le danger est que l’Église communique, à la fois par des moyens directs et indirects, l’idée que ce que Dieu attend de l’humanité déchue est l’amélioration morale. De cette façon, l’Église déforme l’Évangile et communique un faux évangile à un monde déchu.

L’Église de Christ n’a d’autre choix que d’enseigner la Parole de Dieu, et la Bible révèle avec fidélité la loi de Dieu et un code moral complet. Les chrétiens comprennent que Dieu s’est révélé au travers de la création de manière a faire don à toute l’humanité du pouvoir restrictif de la loi. De plus, Il nous a parlé dans sa Parole en nous donnant des commandements spécifiques et une instruction morale complète. L’Église fidèle du Seigneur Jésus doit défendre la vertu de ces commandements et la grâce qui nous est offerte de pouvoir distinguer le Bien du Mal. Nous avons également la responsabilité de porter témoignage de cette connaissance du Bien et du Mal à nos voisins. Le pouvoir restrictif de la loi est essentiel à l’humanité et la civilisation.

Tout comme les parents, à juste titre, enseignent leurs enfants à obéir aux instructions morales, l’Église a aussi la responsabilité d’enseigner au siens les commandements moraux de Dieu et d’informer la société de ce que Dieu a déclaré être juste et bon pour ses créatures.

Mais ces impulsions, bien que justes et nécessaires, ne sont pas l’Évangile. En effet, l’un des faux évangiles les plus trompeurs est le moralisme qui promet la faveur de Dieu et la satisfaction de la justice de Dieu accordée aux pécheurs si, tout simplement, ils se comportent correctement et s’engagent à améliorer leur comportement.

L’élan moraliste dans l’Église réduit la Bible à un code de conduite et remplace l’Évangile de Jésus-Christ par l’instruction morale. Bien trop de chaires évangéliques sont abandonnées aux messages moralisateurs plutôt qu’à la prédication de l’Évangile.

La correction du moralisme vient directement de l’apôtre Paul lorsqu’il insiste que « l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Christ-Jésus. » Le salut vient pour ceux qui sont « justifiés par la foi en Christ, et non par les œuvres de la loi, parce que nul ne sera justifié par les œuvres de la loi. » (Gal. 2.16)

Nos voisins croient que le moralisme est notre Évangile: Comment changer cela

Nous péchons contre Christ et nous déformons l’Évangile lorsque nous suggérons aux pécheurs que ce que Dieu exige d’eux est d’améliorer leur comportement moral en accord avec la Loi. Le moralisme a du sens pour les pécheurs, car ce n’est qu’un développement de ce qu’on nous a enseigné depuis notre plus jeune âge. Mais le moralisme n’est pas l’Évangile, et il ne sauvera pas. Le seul évangile qui sauve est l’Évangile de Christ. Comme Paul l’a rappelé aux Galates, «mais lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que nous recevions l’adoption.» (Gal. 4.4-5)

«Le moralisme n’est pas l’Évangile, et il ne sauvera pas.»

Nous sommes justifiés par la foi seule, sauvés par la grâce seule, et rachetés de nos péchés par Christ seul. Le moralisme produit des pécheurs qui sont (potentiellement) mieux élevés. L’Évangile de Christ transforme les pécheurs en fils et filles adoptifs de Dieu.

L’Église ne doit jamais éviter, adapter, réviser ou cacher la loi de Dieu. En effet, c’est la Loi qui nous révèle notre péché et montre clairement notre insuffisance et notre manque total de droiture. La Loi ne peut pas transmettre la vie mais, comme Paul insiste, elle «a été un précepteur pour nous conduire à Christ, afin que nous soyons justifiés par la foi.» (Gal. 3.24)

Le danger mortel du moralisme a été une tentation constante de l’Église et a toujours été un remplaçant pratique de l’Évangile. Clairement, des millions de nos voisins croient que notre message, c’est le moralisme. Rien de moins que la prédication la plus assurée de l’Évangile pourra corriger cette impression et mener les pécheurs au salut en Christ.

«L’enfer sera surpeuplé de gens «bien élevés».»

L’enfer sera surpeuplé de gens «bien élevés». Les citoyens du ciel seront ceux qui, par la seule grâce et miséricorde de Dieu, seront là uniquement par la justice imputée de Jésus-Christ.

Le moralisme n’est pas l’évangile.

Merci à Grâce Pira pour la traduction. Traduit avec l’autorisation de l’auteur. Retrouvez la version anglaise sur le blog du Dr. Albert Mohler.

Dr. R. Albert Mohler

Albert Mohler est président du Southern Baptist Theological Seminary, l'une des plus grandes écoles de théologie au monde. Théologien d'influence, cité dans de nombreux médias, il est auteur de plusieurs ouvrages et publie régulièrement des article sur son blog et sur twitter.

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