Virilité: comment être un homme?

Qu’est-ce qu’un homme viril? Tatouages, muscles, moustache et regard ténébreux? Bien que Raph et Matt aient des muscles à revendre et un charisme supérieur à celui de James Bond, ils vous parlent des clichés qu’ils souhaitent combattre et de l'homme le plus viril du monde.

Thématique

Dans cet épisode, Raph et Matt répondent aux questions suivantes:

  • Avant que tu ne sois chrétien, quelle était ta vision de la virilité?
  • Quels étaient tes archétypes?
  • Quelle est la virilité/masculinité décrite dans la Bible?
  • Qu’est-ce que c’est pour toi aujourd’hui être un homme viril?

Synthèse MM #11

Ce travail de synthèse est fait par un auditeur attentionné. Il ne retranscrit pas les propos exacts de l’épisode, mais vise à présenter le contenu.

Introduction

Le but de cet épisode est de parler de la virilité car c’est un sujet important qui fait partie de l’identité de l’homme, qui est malmené dans notre société, interrogé, contaminé par des stéréotypes, des préjugés et des mauvaises compréhensions.

En tant que chrétien, on souhaite réaffirmer l’importance de la virilité mais avec un référentiel biblique, centré sur Christ. On souhaite être des hommes en exprimant cela à la gloire de Dieu et non selon notre propre gloriole.

On peut faire une distinction avec la masculinité bien que ces 2 sujets soient très liés. La virilité est la manifestation des attributs extérieurs visibles qui mettent en avant la masculinité. On doit prendre en compte le fait que la virilité est liée à la culture. Un film viril peut être par exemple Braveheart avec Mel Gibson qui est en kilt, ce qui est très masculin dans le contexte. Mais aujourd’hui si l’on se promène en robe dans les rues, on se fait moquer ouvertement.

La virilité est donc l’expression de la masculinité dans une culture donnée. C’est un sujet qui évolue beaucoup et très vite avec les codes culturels.

Avant que tu ne sois chrétien, quelle était ta vision de la virilité?

Matt: Je pense que cela dépend pas mal de la culture familiale dans laquelle on a grandi. Mon modèle de virilité était mon père. Ce n’était pas un modèle caricatural avec les muscles, etc. Ce que j’ai toujours associé à la virilité, c’était le fait de faire ce que tu as à faire: travailler, prendre soin de ta famille, chauffer la maison et donc couper le bois, entretenir la voiture, etc. Ce n’était pas lié à l’image de l’homme en lui-même mais plutôt à la fonction de l’homme. Ce n’était pas lié au fait d’être bourrin avec des gros muscles mais plutôt quelque chose lié à l’honneur. Un homme c’est quelqu’un qui a de l’honneur, qui tient sa parole et qui fait ce qu’il a à faire.

Raph: Mon père m’a aussi transmis ces valeurs. Il y avait le côté physique mais aussi le côté travail, faire les choses difficiles, ne pas renoncer, etc. J’ai été très marqué par la culture car je regardais énormément la télé. Pour moi être un homme, c’était être Végéta ou Son Goku ou les Chevaliers du Zodiaque. Il y a toujours eu pour moi un côté très martial, militaire. Ce n’est pas pour rien qu’à 17 ans j’étais parti à l’armée. Il y avait ce côté de se dire qu’un homme doit faire ce qu’il y a de plus dur pour un homme: savoir se battre. Je n’étais pas trop sur l’idée d’avoir un corps hyper musclé.

Quels étaient tes archétypes?

Raph: Pour moi c’était cette vision guerrière de l’homme. L’idole de toute ma jeunesse, qui m’a le plus influencé, était Bruce Lee. Pas pour le côté sec et musclé mais dans le fait de vivre pour le combat. Plus tard, il y a eu Miyamato Musashi, un grand samouraï qui a écrit le Traité des cinq roues sur le sabre Kenjutsu. C’était un personnage historique voire mythologique. Il parlait du Bushido cette loi martiale où l’on vit, on s’entraîne pour être un combattant. Il y avait dans cette mentalité le mépris pour les femmes, que l’on ne pouvait pas leur faire confiance et qu’elles n’existaient que pour satisfaire nos besoins sexuels, mais que l’homme était fait pour la guerre.

Même avec mes amis (on était dans la culture de rue, hip-hop, rap…), lorsque l’on faisait un compliment ou qu’on évoquait des sentiments, on se faisait traiter d’homosexuel. J’étais donc parti de loin. J’étais assez proche des modèles antiques de la virilité. Ceux qui avaient des barbes travaillées ou qui se faisaient plein de tatouages n’étaient pas des hommes pour moi. Ce n’étaient pas des guerriers. Un vrai homme dépense son argent dans les armes, dans des entraînements au combat, etc.

Quelle est la virilité/masculinité décrite dans la Bible?

Si on parle de cela c’est qu’il y a un regain de « mouvement » viriliste. Certains sur internet en font des tonnes pour définir une virilité en réaction. C’est très caricatural mais c’est aussi le résultat du temps en réaction aux mouvements féministes et aux derniers scandales comme #metoo.

Il faut se poser la question de la virilité et de la masculinité définies selon la Bible. Parce que l’on est tellement influencés par la culture que même dans nos Églises, on peut craindre de tomber dans des schémas qui sont plus des fruits de la culture que de la Bible.

En réfléchissant à la virilité et la masculinité, on peut penser rapidement à des choses très culturelles. Il y a quelques années, le pasteur américain Mark Driscol, qui était fondateur d’Actes 29, avait une espèce de « surmasculinité » et faisait l’apologie des sports de combats.

Ce qui est étonnant dans la Bible, c’est qu’il y a assez peu de descriptions de ce que devrait être un homme tel qu’on l’entend quand on parle de virilité. C’est pour cela qu’il faut se détacher des constructions culturelles ou des idées qui nous viennent en premier à l’esprit. Si l’on regarde la Bible et que l’on se demande ce qu’est un homme en reprenant les catégories culturelles de la virilité, notamment ce qui concerne l’apparence, on ne trouvera pas grand-chose. C’est plus profond que cela. Le plus souvent, la masculinité est déjà définie en rapport avec la féminité (ou plutôt l’homme est défini en rapport avec la femme), et un déséquilibre va creuser l’écart entre l’homme et la femme. Et un défaut dans la vision biblique de la masculinité va toujours porter atteinte à la vision biblique de la féminité et nuire à la femme. Si l’on ne sait pas ce qu’est un homme, cela va faire du mal aux femmes et vice-versa.

C’est ce que l’on voit dans la société: en voulant lisser les questions et les isoler, par exemple en voulant définir d’un côté une femme juste par rapport à elle-même et non par rapport à la société ou aux hommes, et en même temps en ne voulant plus de différences entre les hommes et les femmes, lisser tout ce qui fait que l’on est un homme ou une femme, tout cela amène soit la confusion, soit la division qui entraîne des abus.

Il faut donc définir la masculinité en rapport avec la féminité. Il faut revenir à la création et réaffirmer avec force l’égalité de valeur entre l’homme et la femme. Cela doit être le point de départ et le cadre qui guide la conversation. L’homme et la femme ont été créés différents et égaux.

Là où il y a un schisme, c’est que le monde nous dit que l’on devient homme ou femme. Dans les débats du genre, on naît neutre et ce n’est pas parce que l’on a un physique mâle ou femelle que l’on est dans notre identité psychologique mâle ou femelle, c’est quelque chose que l’on doit construire au travers de la relation avec les autres ou le rapport avec soi-même. Mais la Bible décrit la masculinité et la féminité avant toute chose comme un don. On est créé homme, créé femme. On n’a pas à devenir ce que l’on est déjà. La masculinité est vue comme ayant été donnée par Dieu à l’homme pour remplir les missions que Dieu lui a données dans le cadre du mandat culturel, à savoir d’avoir ce rôle de leader, de travailleur, de transmission, de pédagogue pour les générations. Il y a ce côté conquérant que Dieu a donné à Adam, qu’il devait ensuite transmettre à Ève, de remplir le monde de la gloire de Dieu et en même temps de protéger, de veiller sur le jardin, sur Ève, etc.

Dieu a donné cela afin qu’il soit retransmis de génération en génération. Lorsque l’on devient père, on doit transmettre à nos enfants: pour un garçon, le fait que la masculinité n’est pas faite pour être auto-suffisante mais pour être complétée notamment par la féminité et dépendante du regard de Dieu et l’éducation pour être un homme tel qu’il doit être; et pour une fille, ce qu’elle doit attendre et rechercher chez un homme en termes de valeurs.

Notre société se demande souvent si l’on est des hommes à la hauteur alors que si l’on est un homme on est à la hauteur, c’est un don de Dieu. L’image de la masculinité est complètement altérée et pervertie dans la façon de la voir, notamment dans son rapport aux femmes.

C’est peut-être ce qui fait l’impasse du mouvement égalitarien, qui ne fait aucune différence dans le rôle de l’homme et de la femme, et qui rejoint un peu la conception culturelle contemporaine. Alors que ce qui fait pleinement une femme et ce qui fait pleinement un homme dans la Bible, c’est le rôle qu’ils jouent devant Dieu.

On a tendance à vouloir surexposer la virilité au détriment des valeurs. Plus un homme montre qu’il est un homme et moins il remplit son rôle d’homme. C’est une masculinité de surface et dépourvue de ce qui en fait la source.

Tant que l’on ne sait pas que l’on est réellement homme à cause du don de Dieu, on va vouloir surcompenser. L’autre pendant, c’est que certains tombent dans la démission de leur rôle d’homme dans l’église, dans la famille et ils sont dans une contrefaçon de ce qu’est un homme. Ils multiplient les facettes visuelles de ce qu’est un homme alors qu’en réalité, ils refusent le combat, d’assumer les responsabilités intérieures de la mission que Dieu nous a confiée. Il n’y a rien de plus destructeur pour un homme que de lui dire ‘tu n’es pas un homme’. Or nous sommes des hommes. Et il s’agit plutôt d’apprendre à se conformer à ce que Dieu nous a dit, et de se dépouiller de la vision de la virilité qui est celle de notre culture pour retrouver celle qui est de Dieu.

Lors de la Première Guerre mondiale, les hommes qui n’étaient pas allés au combat se faisaient épingler une fleur par les femmes qui manifestaient leur mépris pour ces hommes qui avaient échappé à leur devoir.

Une phrase qui va nous faire bouger est ‘sois un homme’. Et notre modèle biblique de masculinité est bien entendu Jésus. On peut cependant se poser la question: aurait-on noyé la masculinité de Jésus dans une sorte d’universalité? On a peut-être oublié que c’était un homme parce qu’il a représenté l’humanité.

Il faut se rappeler d’une part que c’était bien un homme, et aussi le second Adam, ce qui replace sa mission dans le mandat donné à Adam. Le premier homme était véritablement homme mais le deuxième homme était encore plus homme. Jésus est non seulement l’humain par excellence mais aussi l’homme par excellence. C’est la théologie de l’alliance. La tête fédérale de l’humanité déchue est Adam, celui qui a failli dans son rôle masculin, et Jésus en tant que second Adam est venu révéler ce qu’est la masculinité, l’autorité conférée à l’homme. En s’incarnant, Jésus montre un modèle d’homme et l’autorité qu’il devrait exercer sur la création dans tous les rapports.

Jésus est l’homme le plus bonhomme qu’il n’y ait jamais eu. Dans sa masculinité, il défendait les faibles, il honorait les femmes et les enfants, il défendait les intérêts de Dieu et non les siens, il était prêt à sacrifier sa vie pour sauver les autres, ce n’était pas un lâche, il était courageux, doux quand il le fallait. Si un homme veut savoir ce qu’est un homme viril, le repère ultime c’est Jésus.

L’image de Jésus a souffert de l’image d’un Jésus mou. On a oublié la force de caractère, l’abnégation, le courage, la consécration, l’engagement. C’est ce qui définit l’homme, celui qui s’engage à remplir sa mission. En Jésus on a un exemple parfait qui transcende non seulement les cultures mais qui désarme les conceptions qui sont liées au péché. Les 2 excès de la virilité étaient soit un excès en trop, les hommes étaient alors trop violents, vulgaires, abusifs, etc, ou l’excès inverse avec des hommes qui se soustrayaient à leurs devoirs ou s’efféminaient.

Quand on définit la masculinité simplement par la culture ou par les images que l’on a et qui ont à faire avec notre instinct pécheur, on va tomber dans un excès ou l’autre, un excès ultra-culturel ou ultra-égoïste.

Qu’est-ce que c’est pour toi aujourd’hui être un homme viril?

Raph: Les hommes se préoccupent trop de ce que la société attend d’eux (tout comme les femmes). Au lieu de savoir ce que le monde attend d’un homme, il faut savoir ce que Dieu attend d’un homme, comme ce que Dieu attend d’une femme. On ne doit pas regarder autour de nous mais regarder dans les Écritures, au modèle de Jésus, pour pouvoir recouvrir une masculinité biblique et confronter les clichés. La grâce commune rend témoignage à la masculinité.

Par l’œuvre de la rédemption, le chrétien doit tendre à être le plus masculin des hommes. Et l’une des missions des pasteurs, responsables, grands frères dans la foi, est d’aider les jeunes hommes à définir une masculinité profondément biblique car on arrive souvent trop tard et cela entraîne des dégâts dans la famille. Avec mon fils, je lui pose la question: ‘pourquoi on doit faire des choses difficiles?’ Réponse: ‘pour devenir fort et courageux!’ C’est en se confrontant à nos missions que l’on devient ce qui est vertueux. Par exemple, ranger sa chambre quand l’on n’a pas envie, c’est difficile mais c’est comme ça que l’on devient fort et courageux. C’est en se conformant à ce que la volonté de Dieu que l’on apprend à devenir loyal, engagé, que l’on apprend à faire face au danger, l’intégrité, à porter nos responsabilités. C’est ce qui doit nous rendre viril. Quand on assume ces choses, notre virilité doit porter ces marques. Des hommes qui font confiance à Dieu pour suivre le modèle de Jésus. Pour être un homme viril, on a besoin de la vie de Jésus mais on a aussi besoin de sa mort et de sa résurrection. Il n’est pas juste un modèle que l’on doit imiter, mais il est mort pour nous racheter de notre masculinité vécue selon la chute et par la vie nouvelle qu’il met en nous, il nous rend capable de vivre une nouvelle humanité.

Un homme viril qui sait s’humilier devant la croix, qui se laisse façonner par Dieu, qui se fait briser, qui se met au service de sa femme, qui se met au service des plus faibles, de son église, qui est prêt à se mettre en danger pour défendre la justice, la vérité, pour aimer l’autre et qui fait face à ses responsabilités.

On a aussi besoin de l’Esprit de Christ. Un homme viril est celui qui déploie le fruit de l’Esprit. Sans son Esprit, on ne peut pas accomplir ce que Dieu nous demande en tant qu’homme, notamment concernant la question de la maîtrise de soi.

On pourrait penser être un peu découragé en lisant la Parole et en creusant la question, en voyant des définitions surtout liées aux hommes mariés. En particulier quand on lit Ep 5 où Christ est un modèle pour le mari face à son épouse et qui l’aime allant jusqu’à se sacrifier, l’ultime engagement, par amour pour elle. Mais il ne faut pas oublier que Jésus, le modèle de virilité par excellence, a vécu sur terre une vie de célibataire. Cela doit aussi être un engagement profond pour nos frères célibataires qui ne doivent pas croire qu’il faut attendre d’être marié pour être viril. Il ne faut pas non plus surjouer le rapport aux femmes en étant célibataire pour être viril. Il y a une virilité qui se joue dans l’intégrité d’une vie devant Dieu et on a l’exemple parfait en Jésus-Christ.

En conclusion, on peut citer 1 Co 16.13: « […] soyez des hommes […] »

Commentaire d’Henry Bryant sur ce passage:

C’est la seule fois que cette expression apparaît dans les Écritures. Elle décrit une personne ayant atteint la maturité, et qui possède le courage et la stabilité d’un homme fait. Que Dieu nous aide.

Merci à Victor Hui pour son travail de synthèse.

Pour aller plus loin

Dans cet épisode on a parlé de:

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Memento Mori

Memento Mori, c'est le podcast hebdomadaire de Raphaël Charrier et de Matthieu Giralt, qui parle du présent en prenant la fin comme point de départ.

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