Nous apportons dans ta maison… Qu’entendez vous par là?

Complimentée sur sa jolie robe ce dimanche matin au culte, cette petite demoiselle m’avait répondu, tout sourire: « maman me dit qu’il faut être belle dans la maison de notre Père ». Craquant n’est-ce pas? et un peu dérangeant aussi! Comment peut-on penser que la salle de culte est le temple de Dieu? Je suspecte que certains chants chrétiens n’aident pas à dissiper cette idée fausse. Regardons-en un. On va voir ce que dit le chant, ce qu’en dit la Bible et nous terminerons avec quelques pistes sur ce que nous pourrions faire de ce chant dans nos rassemblements.

Beaucoup de chants reprennent un thème de l’Ancien Testament sans qu’on sache vraiment le transposer dans le Nouveau. Ça ne vous dit rien? Regardons le chant « Nous apportons dans ta maison » (recueil Jem1.348), qui introduit le thème de la présence de Dieu dans la maison de Dieu.

Que dit le chant?

Voici les paroles du chant:

Nous apportons dans ta maison, Un sacrifice de louange,
Nous apportons dans ta maison, Un sacrifice d’adoration.
Et nous élevons vers toi, Un sacrifice de reconnaissance,
Et nous élevons vers toi, Un sacrifice de joie.

Dans ce chant, « ta maison » sous-entend clairement « la maison de Dieu » (c’est explicite dans le texte original: « the house of the Lord »), mais qu’entend-on par là? Dieu a-t-il une « maison »?

Qu’en dit la Bible?

Dieu a une maison céleste.

Dieu est « au ciel » (Ps 115.3), sous-entendu: il n’est pas de ce monde, le Créateur ne fait pas partie de sa Création.

Dans la perspective de son retour au ciel, Jésus promet à ses disciples: « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. Sinon, je vous l’aurais dit ; car je vais vous préparer une place. (…) je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi » (Jn 14.2-3). Effectivement, Apocalypse révèle qu’à la fin des temps, les chrétiens apporteront leurs louanges et leur adoration « devant le trône et devant l’Agneau » (Ap 7.9-15; Ap 19.1-8). Notre chant étant rédigé au présent, ce n’est probablement pas à la maison céleste qu’il fait allusion.

Dieu est omniprésent.

Dieu n’est pourtant pas cantonné à un lieu (Es 66.1), Dieu est omniprésent (Ps 139.7-12).
Dieu est partout, au ciel notamment, mais la Bible révèle très tôt un Dieu qui veut habiter au milieu de son peuple (Ex 19.5; Ex 29.45; Nb 35.34 ; …), alors que l’homme l’a repoussé en lui désobéissant (Ge 3.9-11).

La « maison » dans l’Ancien Testament.

Pour communier avec un Dieu Saint, l’homme pécheur devait donc apporter des sacrifices sanglants d’animaux, représentant le salaire de son péché. Et puis aussi des « sacrifices de reconnaissance » pour remercier l’Éternel (Lev 7.12-13, 15; Lev 22.29; Ps 116.17).

Le lieu de la rencontre et des sacrifices était d’abord une tente, le Tabernacle (Ex 25.8-9), alors que les israélites erraient dans le désert. Lorsqu’ils se sont établis dans le Pays Promis, ils ont construit, à Jérusalem, le Temple (lire en 1 Rois 8 sa dédicace par Salomon, le verset 27 rappelant l’omniprésence de Dieu).

La « maison » dans le Nouveau Testament?

En 70 ap. J-C, le Temple de Jérusalem est détruit pour la deuxième (et dernière) fois, par les Romains cette fois. Mais Christ, envoyant le Saint-Esprit, a inauguré une nouvelle alliance : c’est l’Église qui est le temple de Dieu. L’Église? c’est le peuple de Dieu, et non un bâtiment spécial. Dieu, par son Esprit, réside à la fois en chaque chrétien (1 Co 6.19) et dans la communauté réunie (1 Co 3.16-17 ; 2 Co 6.16).
Dans la Nouvelle Alliance donc, Dieu n’a pas de maison construite de main d’homme, il demeure réellement au milieu de son peuple, en chaque chrétien.

Que faire de ce chant?

Discerner l’ambiguïté.

Il me semble que ce chant entretient l’idée que l’église (le bâtiment) est la maison de Dieu, tout comme l’était jadis le Tabernacle puis le Temple de Jérusalem. Le risque est donc de sacraliser le lieu comme il l’était sous l’ancienne alliance. Pourtant, Dieu n’est pas plus présent au-dedans qu’il ne l’est au-dehors. En outre, il désire que son peuple le loue de toute sa force plutôt que de lui offrir des sacrifices en tout genre (Os 14.2). Tout autre chant faisant allusion au « Temple », s’inspirant souvent des Psaumes, court le même risque.

C’est le cas, par exemple, de:

Bénissez Dieu (Jem1.172)
Bénissez le Seigneur (Jem2.558)
Crier à toi (Jem2.610)
Dans la maison du Père (Jem2.565)
Dans ta maison (Jem3.738)
Dans ton temple (Jem2.567)
Dieu merveilleux (Jem3.853)
Je compte sur toi (Jem3.861)
Je viens dans ta maison (Jem3.917)
Nous t’adorons (Jem2.463)
Nous venons dans ta maison (Jem1.205)
Près de toi (Jem2.645)
Rassemblement (Jem1.98)
Seigneur, nous voici (Jem2.493)

Lever l’ambiguïté.

Je crains que « Nous apportons dans ta maison » représente assez bien tous les chants qui véhiculent une mauvaise compréhension de ce qu’est, aujourd’hui, la maison de Dieu. À force de les chanter, nombre de chrétiens s’imaginent que la salle de culte est un lieu sacré car elle abrite Dieu.

On peut toujours introduire ce chant avec quelques mots du genre : « La maison de Dieu, qu’il habite par son Esprit, c’est notre propre corps, et donc nos corps rassemblés aujourd’hui. » mais c’est sans doute déformer l’intention première de l’auteur du chant! Et que restera-t-il de ce « correctif » qui ne dit pas son nom lorsque l’assemblée aura chanté 2 ou 3 fois ce chant?

Je préfère choisir un autre chant qui, lui, est cohérent avec la théologie du Nouveau Testament, sans ambiguïté:

Christ est ressuscité (Duvernoy/Monod, Ailes de la Foi 49)
L’Éternel est mon berger (Desaedeleer, Jem1.147)
Mon Dieu possède toutes choses (Omer/Peterson)
Nous sommes une maison (Freymond, Jem3.879)
Oui, le bonheur et la grâce (Peterson, Jem1.77)
Yahwé (Olivier, Jem3.970)

Lire la Parole.

Je suggère enfin la lecture de la Bible, que nos chants sont censés illustrer:

« Nous n’avons pas ici de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir. Par [Jésus], offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom » (Hé 13.14-15).

Et vous, êtes-vous sensible aux paroles des chants? de celui-ci en particulier?
Que proposez-vous si vous discernez de l’ambiguïté?

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