LIVRE : La méditation biblique à l’ère numérique

J’ai l’impression qu’on ne peut échapper au phénomène Christophe André, La méditation jour après jour, 25 leçons pour vivre en pleine conscience. Je le vois partout ce bouquin, dans les librairies ou même simplement là où on vend des livres, comme les Relay dans les gares (non, je ne case pas ça dans la catégorie librairie, un peu de militantisme pro-libraire au passage, ça ne fait pas de mal…). Avec Christophe André donc, preuve s’il en manquait que la méditation attire le commun des mortels. Comment se situer en tant que chrétien? De plus, si tout un chacun a soif de méditer, tout un chacun peine aussi à y parvenir. Nous sommes de moins en moins habitués à nous concentrer sur une seule activité, il y a toujours au moins un écran par-ci, par-là, pour nous happer…

La méditation biblique à l’ère numérique de Dominique Angers est très utile pour répondre à toutes ces questions. L’esprit du monde, pourtant radicalement fermé et hostile à Dieu, semble valoriser la méditation. La Bible aussi. Est-ce à dire que nous parlons de la même chose? La première qualité de ce livre est de montrer la différence irréductible entre d’une part, ce que nous pouvons appeler pour faire vite, la méditation bouddhiste/zen et d’autre part, la méditation biblique. La première nous propose de faire le vide, la seconde de faire le plein, reconnaissant notre insuffisance. L’auteur rappelle aussi que la tradition chrétienne elle-même est dans l’erreur quand elle voit en la méditation un moyen de s’élever vers Dieu.

Si le mot méditation/méditer apparaît en fin de compte peu de fois dans la Bible, on relit les nombreux passages où, sous une autre formulation, il en est question. De plus, le livre aborde deux points auxquels tous ceux qui lisent la Parole sont confrontés: quelle est la différence entre étude et méditation, ou du moins est-elle stricte? Et, quel lien entre prière et méditation? Sans jamais tomber dans le «mode d’emploi», on apprend (grâce à l’expérience de l’auteur sans doute mais aussi  à celle de ceux qui nous ont précédés ou de nos contemporains dans la foi car les citations abondent) comment la prière, en s’ancrant dans la méditation, risque moins d’être distraite.

Comme l’annonce le titre, la méditation chrétienne est traitée «sur la toile de fond de l’ère numérique». Nous baignons dans une culture de l’écran et des images et Angers en brosse bien le portrait! Or, quand Dieu manifeste sa présence, lui, Il fait plutôt entendre sa voix. Bref, pour être en communion avec Dieu, on ne peut pas faire l’économie de la lecture des mots de sa révélation. De plus, ayant accès à tout moment à des informations en tout genre, pourquoi se donner la peine de s’imprégner de la Parole? J’aime beaucoup la citation de Daniel Bourguet à cet égard :

«D’une manière générale, nous mémorisons de plus en plus sur ordinateur et non dans notre cœur. Profitons des ordinateurs pour remplir leur mémoire d’autre chose que de la Bible et gardons notre cœur pour y graver la Parole de Dieu.»

Mais, il ne faudrait pas mal interpréter ce qui précède et faire de la révolution numérique un ennemi de la vie centrée sur Dieu. L’inverse est aussi vrai. Ecoutons John Piper :

«Combattez le feu par le feu. Pourquoi l’appli Facebook devrait-elle représenter une menace pour l’appli biblique? Et pourquoi l’appli biblique ne dominerait-elle pas sur les applis de réseaux sociaux, de courriel ? Prenez la ferme résolution qu’aujourd’hui même, vous appuierez à trois reprises sur l’appli biblique. Non, cinq fois. Dix fois! Vous risquez même de perdre le contrôle et de développer une dépendance à la Bible!».

Enfin, et c’est sans conteste ce pour quoi le livre a été une bénédiction : connaître des choses sur Dieu n’est pas connaître Dieu. Il y a un danger qui guette tous ceux qui aiment lire, comme moi. Les livres n’ont jamais été aussi accessibles matériellement (grâce à mon Kindle, fini les choix draconiens imposés par mon petit sac) et les non spécialistes n’ont jamais eu une telle somme de réflexions théologiques à portée de main. Si nous lisons cette littérature au moins autant que nous lisons la Parole, c’est un plus, je pense ; sinon, c’est un moins. Or, a-t-on toujours envie de méditer sur «ce que nous avons entendu dès le commencement» (1 Jn 2.24)? Encore trop souvent avec les livres, ou les sites, je suis cet enfant qui s’amuse comme un fou à faire des châteaux dans la boue, tout simplement parce qu’il ne se souvient plus de ce que c’est d’en faire avec du sable*. La boue en question peut être de consistance très sérieuse. Après tout, ce n’est pas comme si je gaspillais mon temps en parcourant assidûment dailyelle.fr (quoique, si ce truc me vient à l’esprit si vite, c’est bizarre)! D’ailleurs, même le blog d’un génial prédicateur devient de la boue si je néglige la méditation biblique (non pas dans l’absolu, bien sûr, mais parce que je le substitue à la Parole de Dieu).

La méditation biblique à l’ère numérique nous interpelle sur l’expérience incomparable (titre du chapitre 3) qui est en jeu. Même sauvé, nous avons toujours besoin de la grâce de Dieu et «la méditation biblique est le «moyen de grâce» fondamental.»

Bref, c’est rare que je puisse recommander un ouvrage à tout le monde. Prenons le récit de la vie spirituelle de la reine Himiltrude, par exemple, il n’y que moi que ça passionne, je sais… Ici, la méditation biblique, on est tous concernés.

* Image inspirée de Au risque d’être heureux, John Piper, BLF, p. 28

MÀJ: Stéphane a aussi écrit une recension de La méditation biblique à l’ère numérique.

Myriam J.

A fait une licence d'histoire à la Sorbonne. Elle était une contributrice régulière au blog durant plusieurs années.

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