Que penser de l’Islam modéré?

Dans le cadre de mon travail, je côtoie régulièrement des musulmans dit modérés, parfois très pratiquants mais toujours vertueux et dignes de confiance, le genre de personnes que l'on n'a pas à craindre, en dépit des derniers attentats. Comment dois-je considérer mon prochain musulman modéré? Entre ceux qui prétendent que l'islam radical est un faux islam et ceux qui affirment que c'est l'islam modéré qui n'est pas le vrai... Disons que j'ai du mal à fixer une ligne de conduite.

Le livre Répondre au Djihad: une nouvelle approche de Nabeel Qureshi m’a considérablement aidé à débroussailler la question, aussi je vous le recommande. Cet article a pour but d’explorer la conduite à tenir et l’attitude spécifique à adopter face aux musulmans modérés, à l’aide des explications de Nabeel Qureshi

Comprendre l’islam modéré

À l’ombre de mon arrière-plan protestant très attaché à « l’Écriture seule », la démarche radicale des djihadistes -très « Muhammad seul »- fait forcément écho en moi. Pour être honnête, je suis même allé jusqu’à avancer que l’islam modéré n’est pas le véritable islam. Nabeel Qureshi m’a convaincu de mon erreur.

Il faut savoir d’abord que le Coran n’est pas facile à lire, et encore moins à étudier. On a besoin des hadiths (paroles et gestes du prophète) pour construire une doctrine et une pratique religieuse cohérentes. Et encore, ces traditions sont tellement nombreuses et contradictoires que le recours à un spécialiste pour résoudre les nombreuses difficultés et pratiquer une religion conforme est souvent nécessaire. L’islam modéré est issu de 1300 ans de réflexion de ces spécialistes; il est donc une forme légitime d’islam. Cependant, en 1300 ans de tradition, les propos les plus rugueux et belliqueux de Muhammad ont été soit arrondis, soit oubliés.

Puis interviennent deux facteurs qui concernent toute la communauté musulmane:
-D’une part, les défaites politiques et militaires qui se sont succédé au XXe siècle. On peut citer l’abrogation du califat en 1924 (lorsque Atatürk a mis fin à l’Empire ottoman et ses sultans-califes), les défaites contre Israël et l’invasion américaine en Irak. Pour une part importante de la communauté des musulmans, ces désastres sont arrivés parce que, visiblement, Allah les livrait entre les mains des occidentaux. Que faire alors si Allah nous abandonne? Eh bien, revenir à l’islam originel, celui qui a conquis un empire plus grand que celui d’Alexandre le Grand.

-D’autre part, l’accès au Coran et aux hadiths facilité par la disponibilité de traductions sur internet. Vous voulez savoir quel islam pratiquait Muhammad et ses compagnons? Google vous répond! Or, il s’avère que le Muhammad historique tient plus du chef de guerre exalté que du prédicateur de paix universelle que présente la tradition de l’islam modéré. Combinez les deux facteurs et vous aboutissez à la situation actuelle.

Le carrefour à trois voies

Nabeel Qureshi raconte qu’il s’est trouvé, en tant que musulman modéré, confronté aux hadiths et aux commandements complets du Coran, qui l’ont conduit à un carrefour à trois voies: ou il devenait apostat en quittant l’islam, ou il devenait inactif, ou il se radicalisait et partait pour la Syrie. Dans le cas de Qureshi, il s’est converti à Christ. Faisons une pause pour nous mettre à la place de ces musulmans modérés, plongés en plein dilemme:

1.L’apostasie est probablement le choix le plus difficile: elle signifie la honte pour leurs parents, la coupure avec la plupart de leurs relations, voire la mort s’ils évoluent dans une communauté rigide. Et n’imaginons pas que ces choses n’existent que dans les pays musulmans.

2.L’inactivité est un non-choix, qui ne satisfera pas la faim spirituelle bien longtemps. Même s’ils n’aiment pas l’idée de suivre un prophète aux mains couvertes de sang, il arrive un moment où les musulmans modérés doivent choisir entre suivre Muhammad ou quitter sa religion.

3.La radicalisation revient à basculer dans les ténèbres.

Ce n’est donc pas une époque facile pour les musulmans modérés, et nous devons en prendre conscience! Ils se font dépasser par la droite (avec la montée de l’islam radical) et par la gauche (avec une société non croyante qui se méfie de plus en plus d’eux).

Comment être chrétien avec l’islam modéré

En tant que chrétien, nous avons une position privilégiée par rapport aux musulmans modérés. Premièrement, Jésus est autrement plus attirant que Muhammad ou n’importe quel autre idéal athée qui ne séduit personne. Deuxièmement, si réellement les musulmans modérés aspirent à la justice, la paix et la bonté alors c’est, sans le savoir, le Père de Jésus-Christ qu’ils recherchent! Troisièmement, si nous appliquons avec intégrité l’idéal de conduite évangélique (amour du prochain, grâce et compassion) tel que Pierre le définit dans sa première épître, alors nous pouvons être les amis qu’ils ne trouveront pas ailleurs.

Contrairement aux musulmans radicaux, nous, chrétiens, pouvons proposer Jésus aux musulmans modérés: il correspond au prophète qu’ils recherchent réellement (dans l’hypothèse où leur quête du Dieu d’amour est sincère bien sûr). Contrairement aux séculiers, nous, chrétiens, pouvons proposer aux musulmans modérés la grâce et l’amour qu’ils ne rencontrent pas forcément dans la vie de tous les jours. Mais un obstacle demeure, et il est de taille: la conversion implique pour eux l’apostasie. Cela signifie pour eux que leur nouvelle naissance est précédée en quelque sorte d’une double mort.

C’est ici que nous pouvons agir et leur être d’une aide précieuse: en priant, en les aidant, en les aimant. En priant pour qu’ils trouvent leur chemin vers Dieu et aient le courage et la persévérance de choisir le Dieu vivant. En les aidant pour qu’ils puissent goûter à l’avance à la bonté et la grâce de Dieu. En les aimant comme Christ les aime, parce que c’est notre devoir et notre plaisir.

Plutôt qu’une stratégie plus ou moins efficace, je suggère ceci: soyons aimants, courageux et persévérants dans la prière pour les musulmans modérés, il n’y a aucune autre voie. J’ai découvert avec le temps qu’il est facile d’aborder des questions spirituelles avec les musulmans: les meilleures conversations que j’ai eues étaient avec eux. C’est indiscutablement un avantage. Que le Saint-Esprit fasse la suite.

Cet article est rediffusé à l’occasion du prochain webinaire « 7 choses que chaque chrétien devrait savoir sur l’Islam » animé par Karim Arezki. Vous voulez en savoir plus sur l’Islam? Inscrivez-vous dès maintenant au lien suivant

Etienne Omnès

Mari, père et prêtre de l'éternel (1 Pierre 2.9) depuis 2012. Je suis actuellement éditeur dans l'équipe de TPSG.

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  • Richard H. dit :

    Merci pour ce bel article, qui ouvre une perspective optimiste sur la conversion future des musulmans à Jésus-Christ.

    Si je puis me permettre, je rajouterai une pensée au sujet de l’extraordinaire ordalie psychologique par laquelle doit passer un musulman qui renie Mahommet. Une difficulté au moins aussi grande attend le juif religieux qui veut reconnaître Jésus-Christ comme Messie. Pourtant, si le Coran n’a en aucune façon été dicté du vrai Dieu, il n’y aucune doute que le Tanakh, l’Ancien Testament, soit le produit de son Esprit, agissant dans les hommes qui l’ont écrit. Autrement dit la vérité ou l’erreur n’ont que peu d’effet sur des esprits aveugles. Les convoitises matérielles au contraire parlent très fort aux hommes pécheurs, indépendamment de leurs croyances. C’est pour quoi l’Islam, religion arriérée et moyenâgeuse, ne pourra jamais conquérir des générations depuis longtemps habituées au bien-être et aux jouissances de toutes sortes. Les musulmans modérés, deviennent pas la force des choses des musulmans nominaux, comme le sont presque tous les catholiques occidentaux. Le judaïsme, de son côté, a su parfaitement combiner sa spiritualité cabalistique avec les exigences de la vie moderne.

    Le grand conflit religieux final ne verra donc pas s’affronter Jésus-Christ et le faux prophète islamique, mais Jésus-Christ et le faux messie juif, que l’Écriture nomme juste Antéchrist.

    • Etienne Omnès dit :

      Merci beaucoup pour votre commentaire, et merci aussi pour votre réflexion intéressante et originale.

      Je pense cependant qu’un juif qui se radicalise… devient chrétien, car il n’y a rien de plus juif que Jésus, et que l’accomplissement du judaïsme est le christianisme pour les non-juifs et le judaïsme messianique pour les juifs. (Quoiqu’il s’agisse d’un seul et même peuple). Donc si un processus semblable à la radicalisation musulmane devait avoir lieu dans le judaïsme, on n’aurait pas du tout le même résultat, notamment parce que la Tradition juive est mise de côté en passant.

      De plus, pour qu’un faux messie s’élève du judaïsme, il faudrait que la structure d’autorité actuelle -basée elle aussi sur une tradition très forte- autorise la montée puissante d’un messie. Or, aussi bien l’expérience chrétienne que musulmane que juive nous l’enseigne: plus la Tradition a une forte autorité, moins elle tolère en son sein la montée d’un réveil et d’une grande figure. Cela signifie qu’un faux messie juif est possible, mais alors il sera aussi bien en dehors du christianisme que du judaïsme orthodoxe: j’imagine mal ces rabbins chanter ses louanges, quand ils se souviennent encore du fiasco de Shabbataï Ts’vi

      Qu’en pensez vous? Et par ailleurs, comment vous est venue cette idée d’un Antéchrist juif?

    • Richard H. dit :

      L’idée d’un antéchrist juif est très anciennne dans l’histoire de l’Église, au moins autant que l’apostrophe de Jésus-Christ aux chefs religieux qui désiraient sa mort : Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez. (Jean 5:43) Or il est évident qu’un personnage venant en son propre nom vers un Israël incrédule, n’aurait pu être qu’un des leurs. Puis il y a d’autres passages des épîtres de Paul, au reste fort choquants, et qui ne pourraient être cités sans attirer une suspicion d’antisémitisme.

      Paradoxalement c’est l’histoire du vingtième siècle avec sa terrible tentative nazie de « solution finale » qui rend de plus en plus plausible l’apparition d’un faux messie (et non pas d’un faux mahdi). On sait bien sûr qu’une des conséquences majeures a été la création de l’état d’Israël, mais aussi l’apparition du sionisme chrétien, dont les partisans les plus extrêmes, (comme John Hagee), enseignent que les juifs n’ont pas besoin de reconnaître Jésus-Christ pour être sauvés, puisqu’ils font déjà partie du peuple élu.

      Une idée dans l’air du temps, reprise pas plusieurs voix politiques connues, suggère aujourd’hui que Jérusalem devienne capitale du monde méditerranéen, pour garantir la paix… la première puissance mondiale n’y serait pas opposée, ni son nouveau président… Il semble donc que le monde s’achemine, petit à petit vers une interprétation millénariste de l’eschatologie biblique, avec son nécessaire faux messie, usurpant non moins nécessairement le trône de David. Du reste, l’avenir départagera le vrai du faux, dans nos interprétations de la prophétie.

      Bien cordialement.

  • Salut Etienne ! Article et réponse de Richard H. très intéressants ! Il est réjouissant qu’il y ait de plus en plus d’ouvrages d’anciens musulmans de haut rang religieux qui montrent avec pertinence ce qu’est fondamentalement l’islam, et, si on veut élargir, ce qu’est fondamentalement la religion humaine, par opposition au message de la grâce. Donc, pas d’illusions à nourrir sur un islam soi-disant modéré. Par contre, tout un peuple de musulmans modérés – c’est à dire peu ou pas pratiquants du Coran – à atteindre avec amour ! Pour tous ceux qui ont un environnement musulman qu’ils veulent gagner à l’Évangile, pensez à inviter Saïd Oujibou, avec son spectacle – « Liberté, égalité, couscous » Voir https://www.youtube.com/watch?v=RyJxr3gqOMA (ou un autre programme). Un message très clair, sans compromis, et le frère est bien reçu dans le monde musulman, a même pu témoigner dans une mosquée.

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