Le cerveau: en quête de survie, ou de vérité?

Selon le baron d’Holbach, le croyant déraisonne quand il affirme l’existence de Dieu: sa (petite) cervelle ne fonctionne pas correctement! Très bien, parlons-en, justement, de la fonction du cerveau.

Selon le croyant, le cerveau a été conçu par Dieu le Créateur, dans le but que les hommes raisonnent proprement pour accéder à la vérité, ce qui nous permet de lui faire confiance.

Selon l’athée partisan de la théorie darwinienne, c’est par un long processus naturel que le cerveau a été conçu et que l’homme a appris à raisonner; ceci dans l’unique but de survivre… et non pour connaître la vérité. Croyez ce que vous voulez, la sélection naturelle se moque de la vérité: ce qui compte, c’est qu’une croyance vous permette de survivre. Ce problème a provoqué, chez Darwin, son célèbre « doute affreux » : nous n’avons aucune raison de penser que si nous raisonnons bien pour survivre, nous raisonnerons tout aussi bien pour produire des croyances vraies.

Un athée naturaliste et darwiniste devrait donc douter de sa fiabilité à connaître la vérité et, par extension, de la fiabilité de toutes les croyances produites par son raisonnement… y compris ses propres convictions ! Son raisonnement s’autoréfute. Du point de vue de la raison, cette position est intenable.

La raison déraisonne?

Évaluons la réponse intéressante d’un penseur athée français. Dans son livre L’esprit de l’athéisme, le philosophe André Comte-Sponville tente de réfuter certains arguments classiques en faveur de l’existence de Dieu. Certains de ces arguments reposent sur des prémisses fortement appuyées par la raison humaine, et pour éviter leur conclusion selon laquelle Dieu existe, Comte-Sponville s’en prend à la raison elle-même. Il demande : « Qu’est-ce qui nous prouve, même, que notre raison ne déraisonne pas ? Seul un Dieu pourrait le garantir et c’est ce qui interdit à notre raison d’en prouver l’existence (il y aurait un cercle, comme chez Descartes: la raison prouve l’existence de Dieu, qui garantit la véracité de notre raison) ». Intéressant ! Comte-Sponville reconnait donc que seule l’existence de Dieu assure que nos facultés cognitives sont fiables, de telle sorte que présupposer la fiabilité de notre raison, c’est présupposer l’existence de Dieu. Mais comme les arguments en faveur de l’existence de Dieu présupposent la fiabilité de notre raison, Comte-Sponville les accuse de présupposer l’existence de Dieu qu’ils cherchent à prouver !

Cette critique est contestable. Évidemment, les arguments rationnels pour l’existence de Dieu présupposent la fiabilité de la raison, mais cette fiabilité ne devrait pas être controversée ; elle est admise par quiconque offre un argument rationnel, le croyant comme l’athée. La fiabilité de notre raison est une présupposition d’André Comte-Sponville lui-même, lorsqu’il engage les arguments théistes en écrivant un livre de philosophie! Si la raison humaine n’est pas fiable, pourquoi raisonner avec le lecteur de L’esprit de l’athéisme ? Clairement, le philosophe présuppose que la raison humaine est fiable, et s’il ajoute que seul Dieu peut le garantir, il ne nous offre pas une raison de douter des arguments pour Dieu ou de la fiabilité de notre raison; ce qu’il nous offre, c’est une raison supplémentaire de croire que Dieu existe. À la bonne heure!

Cet article est un extrait de La foi a ses raisons de Guillaume Bignon.

Guillaume est raisonnablement athée. Profondément athée. Son travail de consultant en informatique financière le comble. Sa pratique du volley-ball en National et le succès croissant de son groupe de musique l’aident considérablement dans ses conquêtes féminines. Mais sa rencontre en auto-stop avec un ex-mannequin aura un impact inattendu sur ses croyances.
Au fil de son témoignage, atypique et émouvant, Guillaume aborde les grandes questions philosophiques qui l’ont amené à croire en Dieu. Il n’esquive aucun sujet : la moralité, la relation entre foi et science, le surnaturel, le problème du mal, la fiabilité de la Bible.
Avec une rigueur intellectuelle exceptionnelle, une authenticité remarquable et un humour pétillant, il emmène le lecteur dans ses propres questionnements et ses surprenantes découvertes.

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Guillaume Bignon

Guillaume Bignon est ingénieur en informatique financière. Diplômé de l’Institut supérieur d’électronique de Paris, il est aussi titulaire d’un doctorat de théologie philosophique de l’Université du Middlesex à Londres.

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