Laisse ta colère… et la politique?

Le vendredi 11 décembre 2015, la commission éthique de la Fédération Baptiste et des Églises Libres, publiait une « Lettre ouverte à nos frères et sœurs évangéliques qui votent FN » intitulée « Laisse ta colère! » Le courrier contenait les points saillants suivants:

  • Description de la motivation du courrier: c’est « par l’urgence » de la montée du FN, par la crainte « que vous vous soyez laissé emporter par la colère et que vous pensiez même le faire peut-être au nom de principes qui sont les nôtres, ceux de la foi chrétienne. »
  • Description des valeurs du FN: les ressorts du FN « restent les mêmes: la peur et la colère. » Ces valeurs sont « toujours aussi éloignées de l’Évangile. » Plus loin: « Ce parti n’est certainement pas celui d’une laïcité ferme et respectueuse », puisqu’il y a en son sein des adeptes d’un « paganisme anti-chrétien et ceux de l’aile la plus intégriste du catholicisme romain ».
  • Description d’une consigne de vote: « un vote semblable est profondément contradictoire avec l’enseignement de Jésus », puis, « Ne faites pas le choix du pire « pour que quelque chose change. » Ces consignes sont quelque peu tempérées par le rappel de l’entière liberté des votants – mais la culpabilité morale et spirituelle associée au vote FN tempère aussi cette liberté.

Je n’ai aucun doute sur l’intention bienveillante des frères à l’origine de courrier. Toutefois, ce positionnement me semble problématique.

Pour clarifier d’emblée, ma réponse ici ne parle pas du FN. Mais dénoncer ou favoriser un parti politique n’est pas le rôle d’un pasteur ni la mission de l’Église. De ma perspective, c’est une erreur d’inviter l’Église dans ce débat.

Voici quelques raisons:

  1. L’évaluation d’un parti suppose une norme politique biblique (du moins pour nous évangéliques). D’une part, cette norme sera difficile à définir. Ensuite, elle ne sera jamais suivie parfaitement, nécessitant des prises de positions toujours plus fréquentes. L’Église sera de plus en plus connue pour « ses normes » sociétales. C’est d’ailleurs ce qu’on reproche aux évangéliques américains. Est-ce l’image que l’Église évangélique doit donner? Est-ce son message? Et comment dès lors évoquer la séparation de l’Église et de l’État?
  2. La caractérisation d’un mouvement politique selon le degré d’adhésion de ses membres à des idées païennes est troublante. Les cadres des autres partis politiques ne sont-ils pas également tenus par des spiritualités étrangères au christianisme ? Est-ce là un critère de vote du chrétien?
  3. En prenant position contre un parti (et là, je parle ici d’une opposition de principe, idéologique, et non de la désobéissance que nous devons tous opposer à un ordre injuste et contraire à la loi de Dieu), on se prive de l’opportunité d’accueillir les membres de ce parti à nos tables. Nous les privons du banquet de l’Évangile en créant une frontière qui ne se fonde pas sur l’Évangile ni sur la croix. Or pour nous, c’est l’Évangile qui change un cœur, qui apaise et réoriente le disciple. C’est l’Évangile notre matière, notre propos, en tant que pasteur, en tant qu’Église.
  4. Enfin, si les évangéliques se battaient contre un parti, et que ce parti venait au pouvoir, ils seraient vus comme une opposition. Un opposant politique. Un tel positionnement est-il souhaitable?

À l’inverse, voilà comment je perçois le rôle des responsables et des représentants de l’Église:

  1. Prêchez l’Évangile. À tous les hommes. Les paumés et les intellectuels, les politiques et les citoyens, les médecins et les prostituées, les musulmans et les Juifs. Aux païens et aux francs-maçons de tous les partis! Nos Églises devraient être connues pour accueillir tous les hommes et les confronter tous à l’Évangile. Il serait préférable que nos Églises soient (éventuellement) haïes à cause de leur amour de Jésus, à cause de la prédication de la croix, plutôt que par une position politique.
  2. Priez pour la liberté de conscience. C’est l’une des rares exhortations, d’ailleurs mentionnée dans le document libro-baptiste. Il n’est pourtant pas fréquent d’entendre cette intercession que les députés, les maires, les membres du gouvernement préservent la liberté de croire. Prier dans ce sens, c’est laisser au Seigneur le soin de le réaliser. C’est aussi le laisser œuvrer dans nos cœurs pour envisager le meilleur moyen d’y parvenir.
  3. Vivez les valeurs de l’Évangile dans l’Église pour faire envie. Jamais l’Église primitive n’a milité contre les pratiques terribles et dégradantes de l’Empire Romain. Mais la manière dont elle a traité les veuves et les orphelins en son sein, le respect de tous les hommes, des Juifs comme des Grecs, des esclaves comme des riches, quel que soit leur statut, a changé progressivement la vision de la société. Ce n’est qu’après le 4e siècle que l’Église a endossé un rôle politique qui a changé l’essence même de l’Évangile et de l’Église. La manière de vivre de l’Église devrait interpeller le monde à une autre manière de vivre.
  4. Ayez confiance que Dieu nomme les rois. Le programme de Dieu est étrange. Dieu a nommé Neboukadnetsar à son poste de dictateur pour accomplir une triste volonté: le jugement de son peuple par la captivité. Qui peut connaître les méandres de la providence de Dieu? Qui peut savoir ce que Dieu veut faire pour secouer notre monde immoral et insensible à sa propre mort humaine et spirituelle? Qui dira à Dieu quoi faire pour maximiser sa gloire et le nombre des âmes sauvées?
  5. Encouragez les membres engagés. Certes, il y a des hommes et des femmes, évangéliques, dont la vocation est de « combattre » en politique, ou dans l’armée, la police, le monde juridique ou syndicaliste. J’imagine d’ailleurs que tous n’ont pas les mêmes opinions politiques. Mais ils méritent d’être soutenus, aimés, valorisés. Ils agissent selon leur conscience chrétienne, même s’ils ne peuvent se réclamer de l’Église.

Voilà en tous cas une petite partie de la réflexion que nous avons développée plus longuement, Philippe Viguier et moi-même, dans le livre, L’Évangile et le citoyen. Nous ne pensions pas qu’il serait si rapidement d’une telle actualité.

Mais peut-être avons-nous mal vu les choses? Les commentaires, lees réponses et les réflexions nous aideront à mieux cerner cette question importante. Il me semble qu’il en va de la réputation de l’Évangile et de l’Église.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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  • Jérôme

    Bonsoir,
    Je souhaiterai avoir un éclaircissement sur le cinquième point.
    Un soldat ou un policier ne peut faire partie de l’Eglise?

    • Bonsoir Jérôme. Dans son point 5, Florent Varak encourage les anciens et pasteurs d’Églises à justement encourager les chrétiens qui sont soldats, policiers, politiciens, etc.

      Je suppose que c’est sa conclusion qui vous interroge. Varak conclut par « ils ne peuvent se réclamer de l’Église ». Je pense qu’il veut dire par là (puisque c’est le thème de l’article) que chaque chrétien servant dans le civile le fait en tant qu’individu et non en tant que porte parole pour l’Église.

      • Jérôme

        Oui effectivement c’est bien sa conclusion que je ne comprends pas trop.
        Cette un chrétien servant dans l’armée le fait en tant qu’individu mais en étant chrétien il doit refléter la gloire de Dieu ne devient il pas ainsi un porte parole de l’Église? Et que faire des aumôniers militaires?

  • Nathan

    Question complexe. Pour le coup je n’étais pas très à l’aise avec le document « laisse ta colère », mais pour des raisons différentes. Je ne l’ai pas devant moi mais j’ai le souvenir de l’avoir lu et de m’être dit qu’il n’attaquait pas le problème de fond ou que les arguments n’étaient pas bien solides.

    Mais ayant dit cela, je ne suis pas contre le fait que des églises ou unions d’églises prennent explicitement position contre un parti qui a un historique de racisme assez effrayant, et qui se positionne dans une approche nationaliste et souverainiste. On peut débattre du bien fondé biblique de la démocratie, des valeurs de la république et même de la séparation de l’église et de l’état (invoquée dans cet article – et qui m’est personnellement chère aussi). Ce sont des points bibliquement défendables sans que ce soit nettement tranché ; des « moins pires » dans un monde déchu. Mais le superiorisme national invoqué par le FN ne trouve aucun écho possible et est donc indéfendable. Sachant, historiquement, le mal commis par les partis nationalistes en Europe au siècle dernier, je pense qu’il est judicieux pour les personnes qui ont un rôle de père au sein de leurs églises ou unions d’église de prévenir contre de telles lignes politiques (quitte à ce que cela nous coûte si ces partis venaient à être élus).

    Je ne pense pas que le parallèle entre le FN et les nazis soit tiré par les cheveux, et personnellement, je considère Bonhoeffer comme un défenseur de l’evangile dans sa génération, en particulier à cause de son attaque ouverte de son gouvernement, et je considère ceux qui ne l’ont pas fait comme des aveugles ou des lâches (sans prétendre que, à leur place, j’aurais fait bien mieux).

    • Jacques Nussbaumer

      Merci Nathan pour cet avis concis et pertinent sur une question en effet complexe et discutée!

  • Bonjour Florent ! Après avoir lu ton condensé de l’appel en question, je me demandais ce qu’il pouvait bien y avoir à y redire. J’ai lu ton article, et, somme toute, j’ai été entièrement d’accord avec toi. Puis j’ai lu l’appel baptiste complet, et j’aimerais dire qu’il faut quand même saluer le ton mesuré de ces recommandations, et leur objectif d’encourager les chrétiens à ne pas se laisser guider par la colère ou la peur pour finalement choisir… un parti de haine.

    Cette remarque faite, ta prise de position, Florent, englobe tout l’engagement citoyen du chrétien, et tu as parfaitement raison : il y a deux manières différentes de voir la mission civique du chrétien :
    – on peut voir notre devoir comme étant fait avant tout de résistance – passive, voire active – à des partis – voire au gouvernement – quand on estime que ses décisions et options sont mauvaises.
    – mais l’on peut aussi être convaincu que l’Évangile nous encourage en priorité à être « sel et lumière » en ce monde par notre manière de vivre (et de parler) reflétant que le Christ a changé nos cœurs et nos mentalités, et qu’il a remplacé notre colère et notre peur par sa paix et son amour. Cet amour qui permet de compatir avec les victimes, mais aussi d’aimer les coupables !

    Petite illustration perso : En janvier 2014, j’avais choisi la 1e option, majoritaire parmi les chrétiens, et suis allé défiler à Paris contre le projet sociétal gouvernemental en cours. Sur place, j’ai vite réalisé que ce que nous avions en commun avec la majorité des manifestants était très ténu. Le vice-président de la manif pour tous était lui-même homosexuel, et bien des valeurs précieuses à nos yeux n’avaient pas de droit de cité ici. Rentré chez moi, je me suis livré à un questionnement biblique… que je n’avais pas fait avant. Je me suis demandé si la Parole nous incitait à vouloir contraindre les autres à vivre selon les normes bibliques, ou si l’Évangile n’avait qu’une seule source pour un comportement qui plaise à Dieu : une rencontre réelle avec Jésus-Christ qui devient le Sauveur et Seigneur des individus ? Donc, si Dieu voulait changer la société en agissant politiquement sur elle, ou au contraire, en changeant les cœurs des pécheurs qui constituent cette société. J’en suis donc venu à la 2e option, celle que tu défends, Florent. Et pratiquement avec les mêmes arguments (que j’ai rédigés pour mes amis à l’époque)

    Cette 2e option est tellement plus riche, me semble-t-il, par le point de vue auquel on se situe : le chrétien renonce à se poser comme pointeur de doigt (supposé lui-même être « pur »), il se présente comme pécheur gracié au milieu d’autres pécheurs avec qui il aimerait partager le secret du changement qu’il a vécu. Bien sûr, cela suppose que nous soyons nous-mêmes réellement et continuellement dans l’atelier de transformation du Maître !

    Evidemment, nous sommes sans illusion sur la transformation de la société dans son ensemble, ennemie de Dieu, mais le ferment du Saint-Esprit dans le cœur de chaque chrétien non seulement agit efficacement dans ce monde, mais prépare la seule nouvelle société que nous visons (et que nous oublions si souvent) : celle de l’Épouse de Christ, éternellement unie avec son Sauveur !

    • Florent Varak

      Bonjour Claude, et merci pour les remarques. Je te rejoins aussi sur le côté mesuré de la recommendation libre-baptiste. Il me semble d’ailleurs qu’un appel à voter librement, sans colère, dans la prière, en vue d’une liberté de conscience, est un très bel appel. Toutefois, le courrier allait plus loin avec une consigne de vote explicite. Je reste dubitatif sur le fondement biblique d’une telle prise de parole quand elle se fait au nom de l’Eglise, constituée et reconnue, représentée par ses pasteurs. C’est un peu pour ça que nous avons (Philippe Viguier et moi-même) écrit ce livre. Un certain nombre de pasteurs et d’anciens ont publié sur FB et divers réseaux sociaux leurs propres votes lors des présidentielles. J’ai en tout cas une idée différente du profil à avoir en tant que responsable d’église (ni ma femme ni mes enfants ne savent d’ailleurs comment je vote!). Bref. Merci pour la réflexion !

  • Jacques Nussbaumer

    Voici quelques remarques que m’inspire cette prise de position en contraste avec la « lettre » proposée par la commission d’éthique protestante évangélique:
    – L’invitation à « laisser la colère » m’a paru très utile pour faire réfléchir les chrétiens qui sont appeler à voter. Je crois que les « mouvements de l’âme » qui animent le geste citoyen du croyant méritent d’être sondés. Je regrette simplement que le texte de la commission d’éthique ne mentionnait pas dans sa lettre que ce principe a un réel intérêt au-delà du cas particulier de cette élection, tant je le crois juste et pertinent (particulièrement quand l’exaspération devant une majorité donne envie de voter de l’autre côté par réaction). On aurait pu souligner davantage que, sur le fond, il y a dans le texte de la commission un message important pour nous chrétiens (en rappelant d’ailleurs qu’il leur était destinés!).
    – J’adhère à la réaction proposée ici par F.Varak sur un point: l’Eglise en tant que telle n’est en général pas appelée à se prononcer sur un parti politique ou un autre… Néanmoins, sur ce cas particulier, la réaction proposée ici semble impliquer que le FN serait un parti « comme les autres », ni pire, ni meilleur. Si le système démocratique ne nous donne jamais le choix entre le « bon » et le « mauvais », si le vote implique toujours certains renoncements et se situe dans un « gris » (pas le « noir ou blanc »), on peut plaider légitimement que l’histoire du XXè siècle nous invite à discerner certains « passage de ligne rouge », dangereux pour tous… Autrement dit, le texte proposé par la commission éthique ne relève à mon avis pas du « cas général » de la vie démocratique (l’Eglise ne choisit pas un parti) auquel les arguments de F. Varak s’appliquent probablement en partie, mais bien du discernement d’un cas assez particulier. Cela ouvre le débat, que je perçois comme délicat mais nécessaire au sein des églises évangéliques, sur les valeurs tirées de l’Evangile et leur hiérarchie dans la vie chrétienne individuelle et collective (certains chrétiens pourraient estimer certaines idées défendues par le FN comme biblico-compatibles)… Quitte à admettre peut-être, avec humilité et lucidité, que les chrétiens/les églises ne tirent pas forcément les mêmes valeurs de l’Evangile…
    – Les points proposés à la fin du texte sont difficilement contestables (« prêcher l’Evangile », « vivre », etc), mais je regrette simplement qu’ils soient opposés à l’invitation de la lettre de la commission comme s’ils étaient incompatibles… On peut proposer les deux! La prédication de l’Evangile, au nom de « l’amour de Jésus » doit permettre d’accueillir les personnes de tous horizons, j’en suis en effet convaincu… Mais certaines « grandes lignes » de l’éthique que propose l’Eglise sont bien connues, et doivent l’être, au-delà de nos murs! Un athée doit être bien accueilli dans l’Eglise, mais il saura bien (pour le coup, il le sait normalement d’avance!) que nous ne pouvons cautionner la vision athée du monde, et que nous la croyons fausse! Le message de l’Evangile s’incarne dans la Parole et les actes, en interne (les points auxquels F.Varak nous rend attentif) et en externe par des positions verbales et des actes des chrétiens dans le monde, et de l’Eglise (p;ex. ne devait-elle pas prendre position sur l’esclavage dans la lutte pour l’abolition? Certains chrétiens pouvaient se contenter d’être de « gentils maîtres »…). Et il est juste de rappeler qu’ils peuvent attirer l’attention d’un futur parti au pouvoir qui le verrait d’un mauvais oeil… Ne faut-il pas l’assumer? Il me semble que cette réaction met dans un même « pack », sous l’appellation générale « politique », des questions qu’il conviendrait, d’un point de vue chrétien, de différencier: il y a des choses qui relèvent de lignes de séparation qu’implique l’Evangile (dans un contexte particulier), et d’autre moins ou pas du tout…
    – Ce texte laisse finalement entendre bien plus que le refus de se positionner contre un parti politique en particulier. Il semble impliquer que l’Eglise ne doit pas s’impliquer ou se prononcer sur les grandes questions de sociétés, de peur soit de heurter de potentiels futurs membres, ou de faire sourciller un éventuel futur pouvoir (qui plus est, de tradition « autoritaire »)… Cela nous rappelle qu’il y a à ce niveau de vraies divergences, au sein du protestantisme évangélique, à propos de la position du chrétien et de l’église dans le monde, dans le cadre de la première création… Si Dieu est souverain, ce dont nous ne doutons pas, sa souveraineté n’exclue pas forcément notre engagement dans la vie en tant que chrétien, NI en tant qu’Eglise… Pas en faveur d’un parti , j’en conviens bien avec F. Varak! Mais avec cette précision: s’opposer, comme c’est le cas ici, à un parti (très) particulier, ne peut pas être traité dans la même catégorie que le choix de favoriser un parti (l’exemple américain cité par F. Varak). Le geste n’est pas du tout le même, et n’a pas le même sens!
    – S’aventurer dans la question de l’implication citoyenne implique le risque, c’est vrai, d’erreurs, tant ce qui est en jeu ici est l’affaire de discernement, et d’une sagesse difficile à déployer dans le « gris » du réel… qui est aussi bien souvent, à une autre échelle et dans une autre mesure, la réalité de nos églises. Notre désir légitime de lignes claires, d’un témoignage percutant ne pourrait-il pas provoquer chez nous cette démesure (l’hubris grecque!) de vouloir faire croire que l’église pourrait s’abstraire de l’engagement avec la réalité de la première création, de ses débats, ses contradictions? Ne serait-ce pas dans la MANIERE d’y faire face lucidement que l’Eglise peut communiquer quelque chose de l’Evangile? Pourquoi pas dans la manière dont elle invite à glisser un bulletin dans une urne, en « laissant la colère »?

    • Florent Varak

      Merci beaucoup Jacques pour cette réaction. Je te rejoins sur l’inutilité de la colère comme fondement d’un vote – à moins que ce soit une « juste colère », ce qui reste plutôt rare chez les humains! En cela, un rappel à explorer nos motivations avant de voter rentre dans le cadre de « tout faire pour la gloire du Christ », y compris l’acte privilégié du vote démocratique. Si la position citée était restée sur ce terrain, je pense que je m’y serais retrouvé.

      Je rebondis sur la question d’un “parti comme les autres”. Finalement c’est toute la difficulté d’un engagement évangélique en politique. Comment qualifier les autres partis, les “normaux”? Comment Dieu qualifierait les 200000 avortements totalement légaux et protégés par ces partis ? Ou du trafic humain mollement réprimandé ? Ou du copinage ésotérique des nominations de responsables ? Devons nous aussi (ou au moins) dénoncer cela chez les partis normaux tout en dénonçant chez cet autre parti des valeurs négatives? Devons nous également exiger la justice et la moralité ? Devons-nous nous inspirer de tout ce que l’AT dit de l’accueil de l’étranger ? Dès lors, n’entrons-nous pas dans une spirale qui ne cessera qu’avec … un royaume chrétien ?! La « biblico-compatibilité » est un sérieux challenge !

      Bien entendu, les atrocités du 20e s. font craindre la montée de certains partis et les débordements meurtriers que l’Europe a connus. Cette peur doit être objectivée. Tous les dictateurs de ce siècle là ont par avance annoncé leur programme destructeur. Est-ce déjà le cas ? Est-ce que ce sera le cas si cet autre parti venait un jour à gouverner ?

      Les Chrétiens devront désobéir à des ordres précis incompatibles avec l’éthique biblique. Quand Hitler a demandé aux églises de signer une charte de loyauté, heureusement qu’il y a eu un nombre de pasteurs qui ont refusé ! S’opposer à un ordre qui viole la conscience est tout de même d’un autre niveau que l’opposition de principe au risque que cet ordre surgisse.

      Vivre dans ce monde déchu est complexe, comme tu le notes. Je ne suis pas sûr de bien voir la question et j’apprécie vraiment cet échange. Nous devons apprendre à voter avec sagesse, en fonction de valeurs qui portent la liberté de conscience le plus longtemps possible.