4 conseils pour enseigner la théologie systématique à son Église

Dans les Églises où la prédication est essentiellement « textuelle suivie », c’est-à-dire où la prédication parcourt progressivement un livre de la Bible en son entier (une très bonne chose en soi!), il peut arriver que ces Églises soient fortes dans leur théologie biblique, mais souffrent d’un déficit dans leur théologie systématique. Comment pallier cela? Voici 4 moyens que j’ai utilisés pour enseigner la théologie systématique dans mon assemblée.

Mais avant d’aborder ces pistes, rappelons-nous ce qu’est la théologie systématique. Cette dernière rassemble ce que la Bible enseigne par thèmes théologiques et tente de les définir avec précision. Elle traite par exemple du statut de la Bible (et pose des descriptions comme “inspiration” , “inerrance” , “clarté”, etc.) ou de la personne de Dieu (avec la liste des noms et des attributs de Dieu, sa nature et ses décrets, etc.).

Venons-en donc maintenant aux 4 façons d’enseigner la théologique systématique en Église locale.

1. Développe la systématique des textes

Parcourir un livre de la Bible implique d’être sensible à la richesse théologique de son contenu. Un bon prédicateur textuel ne passera pas à côté d’un texte riche en théologie. Il laissera tout son poids au texte, mais approfondira ce thème, et le clarifiera par des passages parallèles qui permettront de mieux appréhender la doctrine qu’il contient.

C’est ainsi qu’on ne peut passer par Philippiens 2 sans développer la doctrine de l’incarnation, ou de la double nature de Christ, divine et humaine. On ne peut prêcher sur 2 Pierre 1 sans développer l’autorité de la Parole de Dieu, parce que c’est “poussé par le Saint Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu.” On ne peut prêcher sur Éphésiens 1 sans aborder les questions liées à l’élection, l’adoption, au rôle de la trinité dans le salut, etc.

L’avantage, c’est que la théologie systématique est beaucoup plus vivante quand on la traite “au fil du texte” parce que très souvent, les auteurs de la Bible nous montrent pourquoi et comment ces doctrines ont un impact vital sur la vie quotidienne.

2. Prêche une série de théologie systématique avec des textes pertinents

Si tu es comme moi convaincu de l’importance de développer un texte principal dans une prédication (c’est l’essence même d’une prédication textuelle), tu pourras réaliser une série sur un thème théologique, en choisissant les textes les plus denses en information sur cette doctrine.

Imagine par exemple que tu veuilles enseigner l’Église sur la doctrine de la Bible (appelée souvent “Bibliologie”), tu pourrais la traiter en 4 messages:
1. Les qualités de l’Écriture, Psaume 19 ;
2. L’inspiration de l’Écriture, 2 Timothée 3.14–4.2 ;
3. L’inerrance de l’Écriture, Luc 1.1–4 ;
4. L’impact de l’Écriture, Néhémie 8.1–12.

L’idée, c’est de repérer les textes qui contiennent beaucoup d’informations sur le thème que tu veux aborder. Ensuite tu en choisis un par message pour servir de passage principal. Enfin, tu l’étudies comme tu le ferais de tout passage sur lequel tu dois prêcher. Mais tu formuleras ton axe principal et tes points principaux en fonction de ce thème. Tu veilleras à utiliser des passages parallèles, des illustrations ou des applications en lien avec ce thème.

En faisant une ou deux séries par an, tu couvriras en quelques années (et en plus du développement naturel qui viendra de tes prédications textuelles suivies) l’ensemble des thèmes théologiques importants.

3. Parcours un livre de théologie systématique avec 2 ou 3 leaders

La théologie systématique s’étudie très bien dans un contexte de petits groupes.

Lorsque j’étais pasteur, j’ai vraiment apprécié de parcourir un livre de théologie systématique avec 3 ou 4 jeunes leaders chaque année. Ils devaient lire et synthétiser un chapitre (ou une partie d’un chapitre) et nous nous rencontrions pour en parler. J’essayais de les coincer avec des questions pièges pour voir s’ils avaient saisi le contenu et s’ils étaient capables de défendre les doctrines essentielles. On discutait aussi des opinions théologiques différentes en tentant de comprendre l’origine herméneutique de ces différences. Pourquoi les réformés évangéliques baptisent les enfants? Pourquoi certains chrétiens ne croient pas en l’élection? Pourquoi croire ou ne pas croire en un règne terrestre de Christ pour mille ans?

Tout au long de ces années, j’ai utilisé les livres suivants:

• Jules Marcel Nicole, Précis de doctrine chrétienne (352 pages).
C’est écrit dans un français impeccable. Il est plein de rondeur dans les discussions des positions différentes. Par contre, il est plus difficile de parvenir à une synthèse de son contenu.

• Charles Ryrie, ABC de théologie chrétienne (648 pages).
Son point fort, c’est la facilité d’accès au contenu. Le plan est simple à suivre et on se repère vite sur les points importants. Certains seront allergiques à l’approche dispensationaliste de son eschatologie, mais on peut tout à fait simplement discuter de la question et parvenir à d’autres perspectives!

• Alain Nisus (s. dir.), Pour une foi réfléchie (928 pages).
Approche résolument “jeune” des questions avec un gros effort pédagogique pour faciliter l’appréhension des thèmes théologiques. Il contient une belle section d’éthique sur les questions contemporaines. Par contre, il est long, ce qui rend son parcours compliqué.

• Paul Enns, Introduction à la théologie (980 pages).
L’intérêt du livre, c’est sa simplicité d’accès et sa pédagogie. Il couvre 5 dimensions de la théologie: biblique ; systématique ; historique ; dogmatique ; contemporaine. Finalement, j’ai pas mal utilisé ce livre en demandant à ces jeunes de lire la partie systématique, tout en les renvoyant aux autres sections pour leurs questions qui trouvaient une réponse dans les autres parties.

Je n’ai pas cité le livre de Wayne Grudem (Théologie systématique). Il est super, mais peut-être un peu compliqué pour servir de base à une approche initiale de la théologie systématique. Mais pourquoi pas le faire lire aux anciens de ton Église, pour en discuter 20 minutes en début de chaque réunion?!

4. Encourage à surligner la Bible par thème théologique

Dernier point, j’ai beaucoup appris quand j’étais jeune chrétien en surlignant les passages de la Bible en fonction de leur contenu théologique. Cela me forçait à comprendre le sens, et cela créait un outil de référence: je savais que tous les passages parlant du salut étaient en rouge, et c’était plus facile de faire un rapide survol des textes “sotériologiques” dans une lettre de Paul par exemple. Cela marche moins bien avec les livres historiques (1 et 2 Samuel, ou Actes par exemple) mais c’est super efficace pour les autres.

Voilà le code que j’ai utilisé (tu adaptes, bien sûr):

code-couleur-theo-syst

Et voilà à quoi peut ressembler Colossiens 3.1–6. Mais certaines sections / sous-sections pourraient être relevées différemment. L’essentiel c’est que tu te repères.

Varak-exemple-theo-syst

Voilà mes idées pour développer la théologie systématique dans une Église. Bon courage!

As-tu d’autres conseils pour enseigner la systématique dans une Église? Partage-les dans un commentaire!

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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  • Guy

    Bonjour Florent,
    C’est le point 4 que je préfère. Personnellement je m’était limité 4 couleurs, un peu plus simple. 🙂
    Je vous livre une partie de mon témoignage pour encourager chaque personne, que l’on soit pasteur ou pas.
    Je n’ai jamais fait d’études de théologie et je ne suis pas pasteur. Et pourtant, le Seigneur m’a placé dans une situation où j’ai pu avoir au fil des ans des centaines de contacts.
    Au début de ma conversion, j’ai lu ma Bible régulièrement avec bien des commentaires. Puis, un jour, je me suis aperçu que je lisais plus ce que les hommes avaient écrit que la Parole de Dieu. Depuis lors, je me suis mis à lire que la Bible chaque jour et j’utilise différents commentaires lorsque que j’étudie un sujet spécifique.
    Ce que j’ai pu réaliser et expérimenter au fil des années et des nombreux contacts que j’ai eu jusqu’à ce jour:
    – Un verset cité à propos est plus efficace que toutes nos théories.
    – Souvent « on veut faire quelque chose » pour le Seigneur pour différent motifs, alors que c’est tout le contraire:
    a) C’est par la lecture et l’étude de sa Parole que le Seigneur nous transforme ( 2Cor. 3:18)
    b) Eph. 2:10  » nous avons été créés en Jésus-Christ pour des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance afin que nous les pratiquions. »
    – Le plus difficile (en tout cas pour ma part), c’est de donner l’envie aux autres de le lire la Bible avec joie et non pas comme une corvée.
    – Savoir s’effacer quand il le faut (Jean 4:41-42) tout en restant disponible.
    – Malgré tout nos efforts, ce n’est jamais nous qui pouvons « convertir » une personne, c’est l’œuvre du Saint-Esprit qui agit en elle. Nous n’avons aucun mérite.
    Bien fraternellement.

    • Florent Varak

      Merci Guy. Je ne peux que me réjouir de ton chemin! Tu as tout à fait raison. La Parole qualifie pour « toute oeuvre bonne » (2 Tim 3.17). Bonne suite! Bien fraternellement,