Dieu, le Poète qu’on ne lit plus

Dans le cadre de notre grand concours de poésie 2021 organisé sur Plumes Chrétiennes en partenariat avec ToutPourSaGloire.com, je vous propose deux articles sur la question suivante: pourquoi s’intéresser à la poésie? Celui que vous lisez est le premier de la série.

La première raison pour laquelle nous devrions nous intéresser à la poésie est que Dieu lui-même utilise ce genre dans Sa Parole. La Bible se compose à plus de 30% de poésie1, soit une page sur trois environ. Plusieurs livres sont même exclusivement poétiques, comme celui des Psaumes ou la plupart des livres prophétiques.

Si Dieu utilise autant la poésie, c’est pour des raisons bien précises. La poésie sollicite simultanément notre raison et notre imagination. Le récit raconte des faits, tandis que la poésie parle à notre cœur en utilisant divers procédés. Il arrive même parfois que la Bible raconte deux fois le même événement, une première fois sous la forme d’un récit et ensuite sous la forme d’un poème (par exemple la traversée de la mer rouge des Israélites conduits par Moïse, Exode 14 et 15).

La poésie se trouve majoritairement dans l’Ancien Testament, mais on peut tout de même lire aussi dans le Nouveau Testament de magnifiques hymnes composés ou repris par Paul (Ph 2 ou Col 1)2. Jésus lui-même, « le vrai cep », « la lumière du monde », « le bon berger », « le rocher », utilise bien souvent des métaphores (notamment dans les Paraboles) qui n’ont pas pris une ride.

La poésie hébraïque et le parallélisme des membres

Arrêtons-nous un instant sur la poésie hébraïque. Elle n’utilise pas la rime comme la poésie française, mais présente des caractères qui lui sont propres. Il y a bien sûr des jeux sur les sonorités qui profiteront à ceux qui maîtrisent la langue originelle.

Si cependant vous ne maîtrisez pas l’hébreu (comme moi), rassurez-vous: la poésie hébraïque résiste comme nulle autre à la traduction. En effet, les poètes antiques ont utilisé de nombreux autres procédés qui sont accessibles dans toutes les langues: amplifications, contrastes, répétitions (on trouve des refrains des strophes dans certains psaumes), … C’est merveilleux de constater cela!

L’un de ces procédés, appelé parallélisme des membres, est particulièrement utile et important pour comprendre les Psaumes. Certaines versions (comme la Louis Segond) n’indiquent malheureusement pas ce découpage fondamental du vers. Il faudra privilégier une version Semeur ou, mieux encore, la traduction d’Armand de Mestral dans son commentaire sur les Psaumes, où nous pouvons lire en introduction: « Le parallélisme des membres peut être d’un grand secours pour l’intelligence des Psaumes; ainsi il arrive souvent qu’une expression obscure qui se trouve dans l’un des membres, peut être expliquée au moyen d’une expression mieux connue qui se trouve dans le membre correspondant. »3

Lorsque nous étudions ces structures, nous arrivons en effet à une compréhension très proche de ce que les auteurs – et Dieu – ont voulu dire. La poésie est un genre condensé, éminemment artistique et multiforme, qui s’inscrit dans le temps et dans une culture. Comme pour n’importe quelle œuvre d’art, il est nécessaire de prendre le temps de l’analyse pour l’apprécier à sa juste valeur. Il faut étudier précisément la forme, le contexte et les motivations de l’auteur humain. Ce constat qui vaut pour la poésie en général est d’autant plus vrai pour la poésie biblique, parole de Dieu.

L’exemple du Psaume 69 (versets 1 à 5)

Lorsque nous nous penchons sur la forme d’un poème biblique, nous comprenons vite que celle-ci est un peu plus qu’un beau paquet cadeau qui emballe joliment la vérité. Elle a quelque chose à nous dire. Prenons par exemple les premiers versets du Psaume 69 (traduction d’Armand de Mestral4).

Sauve-moi, ô Dieu!
Car les eaux me viennent jusqu’à l’âme.

Verset 2

Le second membre de ce verset (Car les eaux me viennent jusqu’à l’âme) exprime la cause du cri de détresse lancé en ouverture. La métaphore des eaux qui submergent jusqu’à l’âme nous parle sans qu’il soit nécessaire de donner de longues explications. Précisons quand même que le Psaume 69 évoque de manière prophétique les souffrances de Jésus (et fait écho à d’autres passages: Ps 40.3; 66.12; Es 43.2). Continuons un peu à cheminer dans ce Psaume.

J’enfonce dans un bourbier épais,
où l’on ne peut se tenir;
je suis entré dans des eaux profondes,
et le courant m’entraîne.

Verset 3

Le plus souvent, le vers n’a que deux membres, mais il peut en avoir plus, comme ici dans ce verset 3 qui en possède quatre. Cela le rend particulièrement musical, d’autant plus que les membres parallèles se croisent: le troisième correspond au premier et le quatrième au second. Les images du bourbier et du courant qui entraîne viennent appuyer la sensation d’une souffrance inexorable, sans espoir.

Je m’épuise à crier, mon gosier est desséché,
mes yeux se consument à force d’attendre mon Dieu.

Verset 4

Ce verset 4 nous offre un autre type de parallélisme (dit synonymique), assez courant celui-ci, qui consiste à une répétition en d’autres termes de l’idée énoncée dans le premier. De nouvelles nuances sont ainsi apportées pour une meilleure compréhension. Les deux hémistiches nous rappellent la terrible agonie de Jésus au Mont des Oliviers, criant au Père pour ne pas baisser la garde devant les assauts de Satan…

Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tête
ceux qui me haïssent sans cause;
ils sont puissants ceux qui veulent me détruire,
et qui sont mes ennemis sans sujet.

Verset 5

Dans ce verset 5, le deuxième et le quatrième membre nous donnent deux explications identiques sur la cause du désespoir évoqué précédemment : la haine sans cause des ennemis. Les Évangiles nous montrent comment notre Seigneur fut haï « sans sujet » par ceux auxquels il n’avait fait aucun mal. Jésus lui-même s’applique ces paroles en Jean 15.25.

Je m’arrête là pour cette étude, pour ne pas être trop long. Je voulais simplement vous montrer que Dieu est le Poète par excellence. Mais le lit-on vraiment ? Terminons en poésie, avec ce sonnet d’Étienne Eggis (1830-1867)5, qui a inspiré le titre de l’article:

Un poète qu’on ne lit plus

Il existe un poète aux odes insondées
Plus vaste que les cieux, plus grand que l’infini;
Son cœur est l’océan où naissent les idées,
L’univers à genoux chante son nom béni.

Son regard rajeunit les croyances ridées;
Il sculpte au cœur humain l’espoir dans le granit,
Il calme de la mer les vagues débordées;
Aigle impossible, il a l’immensité pour nid.

Sa plume est le soleil, son poème le monde;
Les monts et les forêts que la tempête émonde
Les océans profonds que tord le vent du flux,

Sont les notes sans fin de sa vaste harmonie;
L’homme est l’écho complet de son œuvre infinie.
— Ce poète, c’est Dieu: mais on ne le lit plus.

Étienne Eggis (1830-1867)

Notre concours de poésie 2021, avec Meak

Cet article vous a donné envie de prendre la plume? Venez participer au concours de poésie organisé par Plumes Chrétiennes en partenariat avec TPSG. Il vous faudra réécrire une Parabole de Jésus (voir la liste complète des Paraboles ici) sous forme poétique (vers ou prose poétique) en adoptant un point de vue original. Il est possible, par exemple, de changer le point de vue de la narration, le lieu de l’histoire, l’époque ou le comportement des personnages. Il s’agit de ne pas répéter exactement le texte, tout en gardant des références claires et le sens de la Parabole.

Toutes les informations ici

A suivre: « Nous sommes des créatures poétiques »


1 Voir la vidéo du Bible Project en français « L’art de la Poésie Biblique »
2 Voir aussi La poésie dans la Bible, par Henri Blocher
3 Commentaire sur le livre des Psaumes, Armand de Mestral, ed. ThéoTeX
4 Traduction du Psaume 69, Commentaire sur le livre des Psaumes, Armand de Mestral, ed. ThéoTeX
5 Vers de Ciel, anthologie de poèmes évangéliques, Ed. ThéoTeX

David Mas

David est le fondateur et coordinateur du site Plumes Chrétiennes, un blog collectif dédié à la littérature chrétienne, où de nombreux auteurs viennent proposer des textes poétiques ou de fiction. C’est également un professeur des écoles passionné. Il est marié avec Amandine et ont deux jeunes enfants. Il est membre et responsable de l’Église Protestante Évangélique de Montceau-les-Mines.

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