Chrétien et intelligent c’est possible?

Mes parents avaient quand même un bon nombre de livres sur la religion, et pas uniquement des ouvrages superficiels; certains contenaient apparemment de la théologie assez théorique. Je ne les ai évidemment jamais lus, mais un jour, peu de temps après avoir laissé la religion derrière moi, je suis passé devant la bibliothèque du salon, et j'ai vu un de ces tomes: "Théo, l'encyclopédie catholique pour tous". Je l'ai saisi, j'ai lu son sous-titre, et je me suis dit: "encyclopédie? Quel drôle de nom!

On dirait un manuel qui contient du savoir réel. Comment est-ce qu’ils peuvent prétendre savoir quoi que ce soit au sujet d’un Dieu qui n’existe pas, et nous l’expliquer dans un livre aussi gros? Il n’y a certainement pas d’information dans un livre pareil; tout doit être inventé.» Cette pensée un peu naïve mais sincère n’était pas exactement originale, et voilà comment je l’aurais formulée si j’avais eu l’éloquence d’un philosophe athée des Lumières tel que le baron d’Holbach: «La théologie n’est qu’une science de mots qu’à force de les répéter on s’accoutume à prendre pour des choses; dès qu’on veut les analyser on trouve qu’ils ne présentent aucun sens véritable». J’ai reposé le livre dans la bibliothèque, je n’en ai pas dit un mot à maman, et je suis revenu rapidement dans le monde réel, poursuivant ma course à l’intelligence par le biais de mes études des vraies sciences, les maths et la physique, tout en supposant que les croyants l’étaient juste par tradition ou par défaut d’y avoir bien réfléchi.

Cette fausse supposition me mènerait quelques années plus tard à être bien confus, lorsqu’à Paris, je rencontrerais enfin Robert. Robert était un homme qui, non seulement croyait réellement, mais menait aussi une vie éduquée et changée en tout point par sa foi en Dieu; une anomalie! Il semblait vraiment croire en Dieu et son fils Jésus, dans le monde réel, au point que l’existence même de Dieu a une influence sur ce monde. Cette rencontre sera déroutante pour moi, mais n’allons pas trop vite! Pour l’heure, j’étais ignorant de l’existence des croyants intelligents, ceux du présent tout comme ceux du passé. Or, notons-le, dans l’histoire aussi, et ce bien avant que mon histoire ne commence, il y avait bien des chrétiens de génie qui n’ont pas rangé leur foi dans un compartiment étanche à la raison. Augustin et Thomas d’Aquin, pour n’en prendre que deux, sont des pointures souvent citées comme de grands noms de l’histoire. Plus près de chez nous, le panthéon des penseurs chrétiens inclut un bon nombre de Français: Jean Calvin, René Descartes, Nicolas Malebranche, Blaise Pascal ; on peut être en désaccord avec ce que ces illustres messieurs ont à dire (et j’ai moi-même mes désaccords avec certains d’entre eux), mais il est clair qu’il s’agit de penseurs théistes de gros calibre, et qu’ils ont profondément réfléchi à la question de la religion. Leurs écrits sont reconnus dans les milieux athées aussi bien que dans les milieux croyants, et ils ont influencé les plus grands philosophes contemporains après eux. Aujourd’hui, leurs héritiers intellectuels chrétiens se trouvent plutôt majoritairement dans le monde anglosaxon, qui nous offre des philosophes analytiques chrétiens époustouflants tels qu’Alvin Plantinga, Richard Swinburne, Peter van Inwagen, Paul Helm, William Lane Craig, et des dizaines, voire des centaines d’autres, qui étudient et publient de la littérature de premier rang sur toutes les questions importantes touchant de près ou de loin à Dieu. Se trompent-ils sur la question de Dieu? Peut-être. Sont-ils idiots et incapables de réfléchir? Certainement pas. Leurs têtes ont-elles juste déraillé sur ce point? Leurs cerveaux leur ont-ils fait défaut?… ça dépend!

De quoi cela dépend-il? Cela dépend de ce que l’on pense être la fonction du cerveau. C’est là une question fascinante qu’a posée Alvin Plantinga: à quoi sert le cerveau? Dans quel but le cerveau humain a-t-il été conçu?

J’aurais pu découvrir ce genre d’argument logique fascinant si j’avais connu l’existence d’Alvin Plantinga, ou des nombreux penseurs chrétiens qui sont aujourd’hui mes collègues dans des sociétés professionnelles de philosophie et de théologie, mais à l’époque du collège et du lycée, j’ignorais évidemment leur existence, et surtout j’avais d’autres préoccupations beaucoup moins intellectuelles et bien plus pressantes: la musique, le sport, et les femmes.


Cet article est un extrait de La foi a ses raisons de Guillaume Bignon.

Guillaume est raisonnablement athée. Profondément athée. Son travail de consultant en informatique financière le comble. Sa pratique du volley-ball en national et le succès croissant de son groupe de musique l’aident considérablement dans ses conquêtes féminines. Mais sa rencontre en auto-stop avec un ex-mannequin aura un impact inattendu sur ses croyances.
Au fil de son témoignage, atypique et émouvant, Guillaume aborde les grandes questions philosophiques qui l’ont amené à croire en Dieu. Il n’esquive aucun sujet : la moralité, la relation entre foi et science, le surnaturel, le problème du mal, la fiabilité de la Bible.
Avec une rigueur intellectuelle exceptionnelle, une authenticité remarquable et un humour pétillant, il emmène le lecteur dans ses propres questionnements et ses surprenantes découvertes.

En savoir plus sur le livre.

Guillaume Bignon

Guillaume Bignon est ingénieur en informatique financière. Diplômé de l’Institut supérieur d’électronique de Paris, il est aussi titulaire d’un doctorat de théologie philosophique de l’Université du Middlesex à Londres.

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