Ce que coûte une bonne prédication

Le sacrifice heureux de la prédication chrétienne

Divers contrecoups physiques, émotionnels et même spirituels suivent souvent un prédicateur qui s’est donné tout entier derrière la chaire. Des ombres qui viennent inévitablement après les sommets de l’adoration communautaire. Des regrets à propos de ce que je n’ai pas dit, de ce que je n’ai pas bien dit, ou de ce que j’ai dit et que je n’aurais pas dû dire. Même quand « ça s’est bien passé », de ce que le prédicateur peut en dire, nous ressentons un déficit émotionnel à cause de tout ce que cela prend de préparer et de délivrer une prédication.

L’aspect peut-être le plus sous-estimé du lundi n’est pas ce qui est désormais derrière, mais ce qui est encore devant: le dimanche suivant. Une autre semaine de préparation. Sept nouveaux jours à porter le fardeau. Une autre semaine pour réfléchir sur ce que l’on va dire, et souvent, le travail le plus dur, sur ce que l’on ne va pas dire. Une autre semaine à attendre de Dieu qu’il pourvoie un mot de sa Parole afin de nourrir et de préserver une nouvelle fois son peuple.

Une bonne prédication et un bon enseignement chrétien requièrent une abnégation régulière – et qui sera énorme par moments. Dans la préparation. Sur le moment. Et en dehors de la chaire. C’est souvent une charge silencieuse, privée, en coulisse, que la femme et les enfants du prédicateur voient, mais pas la congrégation. Si ce n’est pas lourd physiquement à porter, cela peut être anormalement pénible spirituellement, et émotionnellement.

C’est un fardeau que les bons prédicateurs portent avec plaisir, mais c’est malgré tout un fardeau.

Le mirage au cœur de la prédication

Tout chrétien sait ce que c’est que d’écouter une prédication, mais très peu connaissent le coût personnel qu’implique le fait d’en donner une fidèlement. Écouter un sermon prend une demi-heure. En donner un prend des jours, sinon des semaines, et dans un certain sens, une vie entière. Combien il est facile pour un auditeur d’être assis confortablement dans l’assemblée en pensant : « Je pourrais aussi le faire, et même mieux. » C’est simple de voir ce qu’un prédicateur fait mal. Ça aurait bien mieux fonctionné s’il avait juste demandé notre aide, pas vrai?

Un des nombreux paradoxes de la prédication est la disparité entre la difficulté de se lever et de faire un bon sermon, et l’aisance pour rester assis et prendre celui-ci à la légère.

« Ne serait-ce pas formidable d’être debout là-bas et de pouvoir dire aux gens ce que je pense? Ne serait-il pas sympathique que tous ces gens écoutent mes réflexions? » Tout cela avec peu ou pas du tout de considération envers la pression réelle, les demandes et les dates limites, la mise à mort de son propre perfectionnisme et le fait d’être mis devant pour être ensuite mal compris et critiqué. L’orgueil chez certains d’entre nous nous fait rêver d’être debout devant en étant le centre de l’attention. L’orgueil chez d’autres nous terrifie à l’idée de dire quelque chose de ferme à tellement de personnes, surtout en public, face à une foule de critiques potentiels.

L’orgueil ne va pas seulement se précipiter pour parler quand il sera attisé, il va aussi fermer la bouche quand il ne sera pas en sécurité. La prédication demande à un homme d’être prêt à mourir à ces deux aspects.

Le coût de la préparation

Les prédicateurs, ceux qui aspirent à l’être et ceux qui ne prêchent pas, font bien de considérer ce que coûte un ministère fidèle de la Parole dans l’Église. Le coût commence dans la préparation de la prédication, bien avant le moment où on pourra la délivrer. Les prédicateurs portent souvent le fardeau plusieurs semaines avant un sermon particulier, un poids qui devient plus grand la semaine avant la prédication, et qui est particulièrement lourd la nuit précédente et le matin même.

Peut-être que le plus grand stress vient de ce pincement entre la prochaine date qui nous est assignée, et l’incertitude sur la direction spécifique à prendre dans le message. Qu’est-ce que Dieu veut que je dise à ces gens et à ce moment-là? Le pincement est spécifiquement aigu parce que le message qu’on est chargé de donner n’est pas le nôtre, mais celui de Dieu. « Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes; c’est Jésus-Christ le Seigneur que nous prêchons, et nous nous disons vos serviteurs à cause de Jésus » (2 Corinthiens 4.5).

Une prédication fidèle résiste à l’attrait de simplement dire aux autres personnes en public qui nous sommes, ce que nous pensons et ce que nous avons fait. Au contraire, c’est une tâche confiée par Dieu (Tite 1.7; 1 Pierre 4.10). Nous sommes des administrateurs et « ce qu’on demande des dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle » (1 Corinthiens 4.2).

Avant d’exposer gracieusement l’Église aux paroles de Dieu, Dieu nous appelle d’abord à nous soumettre nous-mêmes à lui. Bien prêcher ses mots requiert qu’ils impactent plus durement le prédicateur lui-même. Nous portons le message d’un autre, pas le nôtre. Dans notre préparation, nous portons un poids qui implique non seulement le travail mental de l’étude, mais aussi le travail de repentance du cœur et le travail spirituel de guider un peuple particulier.

Le coût sur le moment

Pour les chrétiens, le culte communautaire est, véritablement, l’heure de la semaine la plus précieuse et l’habitude la plus importante. Nous voulons toutefois être prudents avec cette manière de penser et de parler, parce que l’importance de cette heure ne repose pas sur notre performance ou notre rôle individuel, mais sur ce que Dieu aime faire par son Esprit quand son peuple se rassemble dans la louange. Pourtant, il est inévitable que le prédicateur joue un rôle significatif – qui devrait humilier le porte-parole de Dieu, et non l’enorgueillir.

Pour les prédicateurs, la nature publique du sermon est à la fois une nécessité et un coût. C’est nécessaire parce que la nature même de la tâche est d’annoncer la Parole de Dieu à son Église. Et c’est un coût parce que, parmi d’autres types de pressions, la plupart d’entre nous sont d’accord de dire que parler en public est difficile. Les unes après les autres, les enquêtes rapportent que dans l’ensemble, les gens modernes ont peur de parler en public plus que quoi que ce soit d’autre, y compris la mort.

Ajoutez à cela la solennité de la tâche, que Paul rappelle à son protégé en 2 Timothée 4.1-2, passage au sujet duquel John Piper écrit: « Il n’y a rien de semblable à cela ailleurs dans l’Écriture. […] Je n’ai pas connaissance d’un autre commandement biblique qui a une introduction si longue, si exaltante, si intense »(Expository Exultation, p.66). Notez les « cinq intensificateurs » précédant la charge de Paul à Timothée de prêcher la parole:

1) je t’en conjure

2) devant Dieu

3) et devant Jésus-Christ

4) qui va juger les vivants et les morts

5) et dans la perspective de sa venue et de son règne:

Prêche la Parole.

À ceux qui aujourd’hui suspectent que les générations passées ont surestimé la place de la prédication, Piper déclare: « Je doute que qui que ce soit ait jamais exagéré le sérieux dont Paul cherche à faire prendre conscience ici. »

Au-delà de la solennité du moment, se trouve l’appel au courage. Parler en public est un défi. Parler lors de l’heure la plus importante de l’Église en est un autre. Prêcher avec courage, quand la Parole de Dieu s’oppose avec la parole qui prévaut dans la société (et qui prend inévitablement racine dans l’Église sous une forme ou une autre), requiert même plus. Si nous sommes fidèles à la voix de Dieu, il est presque certain que, quelqu’un à portée de voix chaque dimanche, sinon plusieurs, ne va pas aimer ce que nous sommes en train de dire.

Les prédicateurs sont aussi exceptionnellement exposés spirituellement.

La prédication au Nom de Dieu, et qui s’adresse aux âmes des hommes, révèle ce qu’il y a dans le coeur de l’homme : son péché, et sa laideur. Et cela n’est pas très agréable. A cause de cela, chaque homme redoute inconsciemment la prédication parce qu’elle le place devant son péché.

Le coût en dehors de la chaire

Finalement, le sacrifice dans une bonne prédication est intimement lié avec la propre vie du prédicateur. La prédication fidèle n’est pas juste un événement une fois de temps en temps, mais un style de vie. La charge que Paul confère à Timothée de prêcher la Parole inclut d’insister « en toute occasion, qu’elle soit favorable ou non » (2 Timothée 4.2) et d’être « sobre en tout » (2 Timothée 4.5). Quand un homme se tient devant le peuple de Dieu comme le porte-parole de Dieu, les enjeux ne consistent pas seulement en ses mots prononcés le moment même, mais aussi en sa vie en dehors de la chaire.

« Veille sur toi-même et sur ton enseignement; persévère dans ces choses, car, en agissant ainsi, tu te sauveras toi-même, et tu sauveras ceux qui t’écoutent » (1 Timothée 4.16).

« Qu’il n’y ait pas parmi vous un grand nombre de personnes qui se mettent à enseigner, car vous savez que nous serons jugés plus sévèrement » (Jacques 3.1).

L’homme qui s’adresse au peuple de Dieu comme son héraut sera regardé, inévitablement, comme un exemple. « Sois un modèle pour les fidèles, en parole, en conduite, en charité, en foi, en pureté » (1 Timothée 4.12). Les prédicateurs paresseux peuvent se débrouiller un moment, mais leur paresse sera révélée assez tôt. « Occupe-toi de ces choses, donne-toi tout entier à elles, afin que tes progrès soient évidents pour tous » (1 Timothée 4.15). Chaque dimanche qui se succède montre publiquement si le prédicateur a grandi ou stagné, et cela sera évident à travers le temps (1 Timothée 5.24).

Un des plus grands coûts en dehors de la chaire est la subtile (et des fois pas si subtile) manière dont la femme et les enfants du prédicateur endurent les hauts et les bas que papa traverse. Ce n’est pas une simple affaire que d’assumer les responsabilités dans lesquelles on s’est engagé pendant le week-end, lorsque les enfants ne sont pas à l’école, et là où ils sont le plus disponibles. Cela demande du travail, du courage émotionnel, de se donner tout entier à sa famille toute la journée du samedi, sans être distrait par la tâche de prêcher à des dizaines ou des centaines de chrétiens affamés dans moins de 24 heures.

Mon fardeau joyeusement porté

Oui, les coûts sont élevés, et ceux qui aspirent à prêcher devraient les prendre en considération. Mais quand Dieu se saisit d’un homme pour faire de lui son héraut – dans la préparation, sur le moment et en dehors de la chaire –, il va porter joyeusement le fardeau; comme un mari et un père pour le bien de ceux que Dieu l’appelle à diriger, à faire grandir et à protéger. Les prédicateurs fidèles disent à leurs auditeurs, comme Paul l’a dit aux siens, sans prétention: « pour moi, je dépenserai très volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes » (2 Corinthiens 12.15).

La vraie prédication n’est pas un travail facile, mais les bons prédicateurs le font avec joie. La sorte d’investissement semaine après semaine qui est la plus bénéfique pour l’Église est la prédication faite, avec tous les coûts qui s’y rattachent, avec plaisir. « Qu’il en soit ainsi, afin qu’ils le fassent avec joie, et non en gémissant, ce qui ne vous serait d’aucun avantage » (Hébreux 13.17). Les pasteurs qui portent le fardeau à contrecœur ne bénissent pas leur assemblée autant que ceux qui le portent joyeusement – « non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec dévouement; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau » (1 Pierre 4.2-3).

Que va coûter une prédication fidèle à votre pasteur ce dimanche? Bien plus que ce que vous ne pourriez penser.

David Mathis est rédacteur en chef pour le blog DesiringGod.org et pasteur aux États-Unis.

Merci à Pierre-Yves Koenig pour la traduction de l’article.
Article traduit avec autorisation. ©2018 Desiring God Foundation. Site web: desiringGod.org

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