Il a cru, c’est pourquoi il a parlé

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      En ce moment, l’Occident a le regard fixé sur l’Iran où la guerre fait rage. C’est dans ce pays que je vous amène pour vous parler d’Ebrahim, un chrétien iranien dont le témoignage de vie m’a beaucoup interpellée.

      Ebrahim est né deux ans après moi, en 1987, à Hamedan en Iran. Nous étions de la même génération et vivions des vies très différentes. Lorsqu’il était en prison en Iran, j’étais en liberté en France. Je n’ai jamais rencontré Ebrahim, mais, en raison de son âge, il m’était facile de m’imaginer son quotidien. Nous avions des points en commun: notre amour pour Jésus, l’envie irrésistible de partager l’Évangile, et nous étions tous deux célibataires.

      Ebrahim est décédé à l’âge de 38 ans, il y a un peu plus de deux ans. Son témoignage m’a montré comment l’espérance chrétienne nous donne le courage de vivre une vie consacrée à Jésus. Elle renverse nos craintes, et notamment celle de témoigner de notre foi.

      Réfléchissez-y! Qu’est-ce qui pourrait nous empêcher de parler de Jésus? La crainte d’importuner celui qui nous écoute? La crainte d’être rejeté? Peut-être même que nous ne souhaitons pas entacher la réputation que nous avons auprès de nos amis? Les raisons peuvent être multiples. En étant honnête avec nous-mêmes, aucune de ces raisons n’est pourtant comparable à la profondeur de l’amour que nous portons à Jésus. Alors, pourquoi laissons-nous la crainte prendre le dessus sur notre désir de témoigner de la beauté de l’Évangile de notre Seigneur?

      Les yeux rivés sur l’éternité avec Jésus

      La vie d’Ebrahim Firouzi m’a amenée à réfléchir en profondeur à cette question. Pour Ebrahim, absolument rien n’était plus important que de témoigner de Jésus-Christ auprès des autres Iraniens. Lors d’une interview réalisée par la chaîne Hovsepian Ministries, Ebrahim déclare:

      Un juge m’a demandé de renoncer à ma foi afin d’obtenir une peine plus légère, mais c’était hors de question […] Grâce à Dieu, j’ai enduré quelques années de prison en échange d’une éternité avec lui1.

      La réflexion d’Ebrahim me fait penser à l’expression latine Memento mori [souviens-toi que tu vas mourir]. Ebrahim avait les yeux fixés sur la réalité à venir; il savait qu’après la mort, il retrouverait son Seigneur pour l’éternité. Il avait une telle foi dans la résurrection du Christ et dans sa propre résurrection, qu’il était prêt à endurer ces quelques années en prison et même à mépriser la honte qui pouvait y être attachée. C’est ce que nous rappellent ces héros de la foi, qui ont refusé d’être délivrés afin d’obtenir ce qui est meilleur: la résurrection (Hé 11.35b).

      Qu’est-ce qui m’empêche de parler de Jésus aujourd’hui?

      Lorsqu’Ebrahim parlait de sa foi en Iran, il savait qu’il prenait le risque d’être emprisonné et de devoir mettre ses rêves entre parenthèses. Pourtant, c’est ce qu’il a fait. Ses choix de vie m’ont beaucoup bouleversée, à tel point qu’en 2020, j’ai écrit dans mon journal:

      Seigneur, sauve-moi de moi-même, que je ne vive pas dans l’espérance de me marier et de fonder une famille, mais que je vive dans l’espérance de ton retour, de l’éternité, alors ma joie sera parfaite.

      Cette prière peut sembler étonnante, mais je crois que nous avons chacun une idole toujours prête à faire obstacle à la consécration de notre foi. Par sa vie, Ebrahim nous montre à quel point il est important de vivre les yeux fixés sur notre Espérance. Son témoignage nous interpelle: à quoi regardons-nous premièrement? À nos circonstances? Peut-être qu’en ce moment, nous sommes tristes, découragés. Peut-être est-ce légitime. Pourtant, le témoignage d’Ebrahim nous invite à prendre de la hauteur: sachons voir que Dieu est souverain sur nos circonstances et qu’il nous invite à lever les yeux pour contempler Christ. Prenons courage en regardant à Jésus: annoncer le salut en Jésus, même à travers les larmes, peut se révéler être une source de joie pour nous et nos contemporains. De mon côté, la douleur de la solitude aurait pu me consumer de l’intérieur et me faire oublier l’urgence de parler de Dieu. Qu’est-ce qui nous empêche de parler de Jésus aujourd’hui?

      Témoin de l’Évangile dans la tourmente

      Ebrahim Firouzi a d’abord été arrêté en 2011 et condamné à dix mois de prison. Remis en liberté, il a continué à proclamer l’Évangile avec courage. Il a de nouveau été arrêté en 2013 et a purgé une peine totale de sept ans de prison, suivie de deux ans d’exil à la frontière irano-pakistanaise.

      Ebrahim témoigne:

      Dès le début de mon cheminement spirituel, j’étais très conscient de mon environnement social et politique. Je savais que tôt ou tard, cela arriverait, mais ma seule priorité était que les gens puissent entendre et recevoir la Parole de Dieu. J’ai donc mené une vie normale: j’ai travaillé et j’ai partagé ma foi avec tous ceux qui étaient ouverts à la discussion. Sur tous les forums officiels, j’ai toujours affirmé être chrétien. Je ne sais pas si j’étais surveillé ou non […] J’ai partagé ouvertement ma foi et donné des Bibles à beaucoup de gens. Je ne sais pas vraiment si certains m’ont dénoncé ou m’observaient.

      L’environnement social et politique d’Ebrahim était très oppressant, et il l’est encore aujourd’hui. L’Iran est devenu une République islamique en 1979. Depuis le changement de régime, la liberté de religion s’est gravement détériorée. En 2026, l’Iran se classe au 10ᵉ rang de l’Index mondial de persécution des chrétiens2. Dans ce pays, parler de Jésus, c’est encourir entre 5 et 10 ans de prison. Poster un verset de la Bible sur les réseaux sociaux, distribuer des Bibles en farsi, c’est passible de 10 ans de prison. Déclarer, sur son lieu de travail, être converti à Jésus peut entraîner la perte de son emploi.

      Ebrahim confie:

      Oh, je me souviens du matin où ils sont arrivés chez moi, ont fouillé partout, m’ont arrêté et emmené pour interrogatoire. Ils avaient de nombreuses preuves contre moi: des tracts manuscrits, des versets bibliques et bien d’autres informations. Je n’ai jamais rien nié, car je n’avais commis aucun crime; je partageais simplement ma foi.

      L’exemple des anciens dans la foi

      Ebrahim a été largement inspiré par les témoignages de chrétiens dans les années 90. Eux aussi avaient payé le prix fort pour avoir choisi de suivre Jésus.

      À cette époque, plusieurs pasteurs en Iran ont perdu la vie à cause de leur foi en Jésus-Christ. Eux aussi avaient les yeux rivés sur l’espérance chrétienne. L’un d’entre eux, Haïk Hovsepian, a d’ailleurs particulièrement inspiré Ebrahim. Au cours de l’exécution d’un pasteur iranien, il s’est élevé contre cet acte cruel. Lors d’un moment solennel où il encourageait la famille de l’exécuté, Haïk a déclaré:

      Quand j’ai été confronté au meurtre de Soodman, j’ai été encouragé. J’ai compris combien la mort n’est qu’un court voyage d’un monde vers l’autre. Les versets de la Bible sont devenus vivants pour moi. L’image du ciel est devenue plus tangible. J’ai alors compris pourquoi l’apôtre Paul disait: “Je suis partagé entre deux choses. D’un côté, je veux monter au ciel et voir son Royaume, mais, en même temps, ma présence ici est vitale pour l’Église de Dieu3.”

      Deux ans après, Haïk a pris position lors d’une campagne internationale pour un autre pasteur, Mehdi Dibaj, qui a pu être libéré. Mais, cet acte lui a coûté la vie. Lors des obsèques de Haïk, Mehdi a déclaré:

      Seigneur, comme tu es mort pour moi, je veux vivre chaque instant pour toi. Je suis prêt à mourir pour toi.

      Mehdi Dibaj sera lui aussi assassiné quelques mois plus tard.

      Une vie vécue pour Dieu

      Ebrahim n’a pas été assassiné en raison de sa foi. Il a été retrouvé sans vie à son domicile, le 20 février 2024. D’après ses proches, il serait décédé suite à une crise cardiaque, alors qu’il était en exil. Durant son exil, il a créé une entreprise, aidé les écoles locales en finançant des toilettes et des projets d’assainissement. Il venait en aide aux enfants de la région4.

      Ebrahim n’avait qu’un seul désir durant sa vie: honorer Dieu. Lors d’une interview pour l’association Article185, il déclare:

      Fondamentalement, j’ai prié une seule fois, durant toutes ces années, pour être libéré, c’était lors de ma première affaire judiciaire, et j’ai été libéré deux jours plus tard. Depuis lors, je sais que beaucoup ont prié pour que je sorte de prison, mais, personnellement, je n’ai jamais prié pour ma liberté. J’ai toujours prié: “Dieu, que ta volonté soit faite. C’est par ta volonté que je suis allé en prison; j’ai confiance en ton plan pour ma vie. Donne-moi la force de vivre de la bonne façon jusqu’à la fin.”

      Ebrahim Firouzi est parti soudainement, un peu comme Énoch, qui marchait avec Dieu et qui ne fut plus, parce que Dieu le prit. Énoch a quitté la terre beaucoup plus tôt que les autres patriarches6. Bien sûr, à la différence d’Ebrahim, il n’est très certainement pas passé par la mort et a été enlevé. Mais tout comme ce jeune Iranien, il a été enlevé plus tôt que les autres, et il a marché, c’est-à-dire qu’il a obéi et honoré Dieu jusqu’au bout.

      La vie d’Ebrahim nous met au défi de considérer la priorité de partager l’Évangile autour de nous en ayant conscience de notre espérance. La fin de la vie sur terre n’est pas la fin: nous retrouverons un jour éternellement notre Seigneur et il n’y aura plus aucune douleur.

      Durant notre passage sur terre, le Dieu de toute grâce, qui nous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, nous perfectionnera lui-même, après que nous aurons souffert un peu de temps, dit la Bible (1P 5.10). Sommes-nous prêts à accepter le rejet, peut-être même l’humiliation? Soyons certains qu’aucune épreuve vécue sur terre ne sera comparable à la gloire à venir qui sera révélée pour nous (Rm 8.18).

      Ebrahim n’aurait sans doute jamais imaginé qu’après son départ, un tel article serait écrit en France à son sujet. C’était quelqu’un qui semblait être très humble et qui donnait l’impression de simplement vouloir suivre son Seigneur. Et pourtant, j’avais à cœur de partager avec vous son histoire, car je pense sincèrement que la vie qu’il a menée nous lance un défi. Ebrahim a parlé parce qu’il a cru. Serons-nous également prêts, nous aussi, à parler alors que nous croyons? Que Dieu nous vienne en aide.

      Clémentine Bernard Gaye

      Clémentine Bernard Gaye

      Clémentine est aujourd’hui évangéliste chez France Évangélisation. Après avoir travaillé pendant 14 ans au service des chrétiens persécutés au sein de la mission Portes Ouvertes, elle est désormais engagée auprès d’un ministère jeunesse à Strasbourg. Mariée à Paul, ils ont à cœur leur Église locale et s’intéressent à l’implantation d’Églises.

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