L’un des plus grands mystères de l’histoire reste l’essor fulgurant du message chrétien au cours des premiers siècles. Comment expliquer un tel phénomène… si ce n’est par la résurrection de Jésus? Le récit de Matthieu 27-28 nous donne un aperçu saisissant du pouvoir que Dieu a déployé en ressuscitant Jésus d’entre les morts. C’est donc un récit qu’il est bon de méditer à nouveau en cette période de Pâques.
Au départ, ils n’étaient qu’une petite poignée de disciples. Mais en l’an 312, lorsque Constantin met fin aux persécutions, ils sont déjà près de six millions. Comment ces hommes, terrifiés au point de fuir et de se cacher lorsque Jésus était mis à mort sur la croix, ont-ils pu ensuite parcourir le monde antique avec une assurance et une détermination inébranlables?
Quand on sait que, pendant trois cents ans, la bonne nouvelle de Jésus ne valut aux hommes qui l’annonçaient rien d’autre que les insultes, les dangers, la torture et la mort, on ne peut s’empêcher de se demander: qu’a-t-il bien pu se passer pour que "le feu" prenne et que l’Évangile embrase tout le pourtour de la Méditerranée?
L’historien K. Scott Latourette, professeur à l’université de Yale au siècle dernier, s’est penché sur cette question. Il écrit:
Plus on examine les différents facteurs qui semblent expliquer l’extraordinaire victoire du christianisme, plus on est conduit à chercher une cause qui les sous-tend tous. Il est clair qu’au tout début du christianisme, il a dû se produire un immense déferlement d’énergie, sans égal dans l’Histoire… Rien d’autre ne permet de comprendre l’élan irrésistible du mouvement chrétien naissant.
Ce que dit Latourette, c’est qu’il y a "différents facteurs" historiques qui semblent expliquer, en partie, l’essor du christianisme: la Pax Romana qui facilitait les déplacements et la diffusion des idées, le message universel de l’Évangile offrant le salut à tous, indépendamment de la classe sociale, de l’origine ou du genre, ou encore les communautés chrétiennes marquées par l’entraide et l’amour, qui attiraient de nouveaux adeptes.
Mais le professeur Latourette explique que "plus on examine ces différents facteurs, plus on est conduit à chercher une cause qui les sous-tend tous". Il parle d’un "déferlement d’énergie". Et il ajoute:
La cause de cette déferlante d’énergie se situe en dehors du champ dans lequel les historiens sont censés évoluer. Mais avant d’être historien, je suis un être humain […] Et comment pourrais-je fermer les yeux sur l’explication la plus évidente qu’il s’est passé quelque chose de surnaturel?
Or, c’est précisément ce que les Évangiles affirment. Cette "déferlante d’énergie", cette puissance extraordinaire, c’est celle “que Dieu a déployée avec tant de force lorsqu’il a ressuscité Jésus d’entre les morts” (Ép 1.19-20). Dans l’Évangile selon Matthieu, aux chapitres 27 et 28, nous découvrons trois manières concrètes dont Dieu a mis cette puissance de résurrection en action.
Le vendredi soir, après la crucifixion, Joseph d’Arimathée obtient de Pilate le corps de Jésus. Il le dépose dans un tombeau neuf, taillé dans le roc, puis roule une grande pierre devant l’entrée. Marie-Madeleine et l’autre Marie sont témoins de la scène.
Le lendemain, jour de sabbat, un événement surprenant se produit. Les chefs des prêtres et les pharisiens se rendent ensemble chez Pilate. Ils lui disent:
Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit de son vivant: “Après trois jours, je ressusciterai.” Ordonne donc que le tombeau soit sécurisé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple: “Il est ressuscité d’entre les morts.” Cette dernière imposture serait pire que la première!
Matthieu 27.62-64
À première vue, leur démarche n’a rien d’étonnant. Après tout, ces hommes s’étaient opposés à Jésus tout au long de son ministère. Pourquoi cesseraient-ils après sa mort?
Pourtant, en y regardant de plus près, leur comportement est profondément ironique:
L’ironie est saisissante: les opposants de Jésus ont pris ses paroles sur la résurrection bien plus au sérieux que ses propres disciples. Alors que les apôtres semblaient les avoir oubliées, les chefs religieux se souvenaient parfaitement que Jésus avait annoncé: “Après trois jours, je ressusciterai” (v. 63; voir Mt 16.21; 17.22-23; 20.17-19). C’est pourquoi ils demandent que le tombeau soit gardé et la pierre scellée. Et Pilate accède à leur demande (vv. 65-66).
Or — et c’est là toute l’ironie! — en demandant que le tombeau soit gardé et scellé, ils ont involontairement renforcé la crédibilité de ce qui allait suivre.
Car imaginez: si le tombeau était resté sans surveillance, il aurait été facile, après la découverte du tombeau vide, d’accuser les disciples d’avoir volé le corps. Mais avec une grande pierre scellée et une garde romaine postée devant, cette explication devient hautement improbable. C’est précisément ce mensonge que les chefs religieux demandent aux gardes de propager en les soudoyant (voir Mt 28.11-15).
Ainsi, dans leur tentative désespérée d’empêcher la résurrection, ils n’ont fait que la rendre plus convaincante. En cherchant à étouffer la vérité, ils ont contribué à la propager. Et nous voyons ainsi comment Dieu s’est servi du mal qu’ils voulaient faire. Et avec puissance, il a changé ce mal en bien.
Le prédicateur anglais du XIXᵉ siècle, J. C. Ryle, l’exprime avec force:
Apprenons à travers ces versets que Dieu sait utiliser les projets des hommes mauvais pour faire avancer sa propre gloire. Les chefs religieux ont fait tout leur possible pour sécuriser le tombeau. Mais ils étaient loin de se rendre compte de ce qu’ils faisaient: sans le savoir, ils mettaient en place la preuve la plus claire et la plus convaincante de la résurrection de Jésus. Leur sceau, la garde qu’ils avaient postée, toutes leurs précautions allaient devenir, quelques heures plus tard, les témoins mêmes de sa victoire sur la mort. Ils sont tombés dans leur propre piège (1Co 3.19): leurs manœuvres ont servi à mettre en lumière la gloire de Dieu.
L’histoire de l’Église est remplie d’exemples similaires. Ce qui semblait au premier abord menacer le peuple de Dieu s’est souvent retourné en bénédiction: la persécution qui a suivi la mort d’Étienne a dispersé les croyants, qui ont alors annoncé l’Évangile partout où ils allaient (Ac 8.4). L’emprisonnement de Paul ne l’a pas réduit au silence; il lui a permis d’écrire des lettres qui nourrissent encore l’Église aujourd’hui.
Et comme l’explique J. C. Ryle, cela reste vrai encore aujourd’hui:
Que tous les vrais chrétiens prennent ces vérités à cœur et trouvent en elles de la force. Nous vivons dans un monde dirigé par une sagesse parfaite, où toutes choses contribuent, d’une manière ou d’une autre, au bien du corps de Christ. Les puissances de ce monde ne sont que des instruments dans la main de Dieu: il les utilise sans cesse pour accomplir ses desseins, même si elles n’en ont pas conscience. Et tout ce qu’elles entreprennent ne fait que contribuer à sa gloire1.
Dieu change le mal en bien, donc. Mais plus encore, il change la mort en vie! C’est ce que nous découvrons dans les premiers versets du chapitre 28 de l’Évangile selon Matthieu.
En relisant ces versets cette semaine, une question m’est venue à l’esprit, au sujet des chefs religieux: puisque c’est étrange d’imaginer qu’ils s’inquiètent vraiment des disciples — qui, à ce moment-là, sont tous partis se cacher — ne peut-on pas imaginer plutôt que leur inquiétude porte sur Jésus lui-même?
D’une certaine manière, ce serait logique. Ils avaient vu ou entendu parler de ses miracles: Jésus avait guéri des lépreux, rendu la vue à des aveugles, et même ressuscité Lazare. Ils savaient aussi que Jésus avait clairement annoncé qu’il ressusciterait le troisième jour. Au fond d’eux-mêmes, n’avaient-ils pas une crainte secrète que cela se produise vraiment?
Mais si c’est le cas, n’est-ce pas ironique qu’ils aient pensé qu’une pierre scellée et une garde armée suffiraient à l’arrêter? Comme l’écrit un commentateur:
Ils auraient tout aussi bien pu essayer d’arrêter le flux et le reflux de la mer ou d’empêcher le soleil de se lever, que d’empêcher Jésus de sortir du tombeau.
Toutes les forces de la terre et de l’enfer réunies n’auraient pas pu retenir le Christ prisonnier, car rien ne résiste à la puissance de résurrection de Dieu.
C’est pourquoi nous lisons au chapitre 28:
Le premier jour de la semaine, à l’aube, Marie de Magdala et l’autre Marie allèrent voir le sépulcre. Et voici qu’il y eut un grand tremblement de terre; car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. […] L’ange prit la parole et dit aux femmes: “N’ayez pas peur, car je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. Il n’est pas ici; il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez, voyez l’endroit où il reposait. Et allez vite dire à ses disciples qu’il est ressuscité d’entre les morts”.
Matthieu 28.1-7
Que nous enseigne ce récit? La résurrection de Jésus est à la fois historique, physique et eschatologique.
La Bible compare souvent Jésus ressuscité au premier bourgeon qui perce à la fin de l’hiver. Même si le monde autour de nous reste gris et froid, ce bourgeon annonce que le printemps éternel est en route. Un jour, la mort elle-même sera “engloutie dans la victoire” (1Co 15.54), et tous ceux qui se confient en Christ ressusciteront avec lui pour vivre éternellement dans sa gloire.
Y a-t-il plus grand réconfort que celui-là? Dieu change la mort en vie. Comme il l’a fait pour Jésus, il le fera un jour pour nous.
Cette espérance n’est pas abstraite. Récemment, alors que j’enseignais dans une église sur le thème de la fin de vie, une infirmière a partagé une observation frappante: seulement 20 % des personnes âgées ont rédigé des directives anticipées. “Même en fin de vie, disait-elle, les gens refusent souvent de parler de la mort. Ils en ont tout simplement trop peur.”
Son témoignage contrastait fortement avec celui d’un homme présent dans l’assemblée. Il venait de perdre sa femme quelques jours plus tôt. Pourtant, il racontait avec sérénité que, jusqu’au bout, ils avaient pu aborder ouvertement la question de sa mort. Ensemble, ils avaient préparé les obsèques, choisi les cantiques et le passage biblique qui serait lu. Sa femme avait demandé qu’on lise Jean 11, où Jésus déclare à Marthe:
Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.
C’est exactement ce que nous croyons. La résurrection de Jésus n’est pas une belle fable. C’est un fait historique qui nous assure que Dieu a le pouvoir de changer la mort en vie. Et cette promesse tient encore aujourd’hui.
Cette double vérité — que Dieu change le mal en bien et la mort en vie — ne pouvait pas laisser les disciples inchangés. Quel impact une telle conviction produit-elle sur une vie?
Si vous savez que même les puissances du mal ne sont que des instruments dans la main de Dieu, et que le dernier ennemi, la mort, a été vaincu par Christ, alors il n’y a plus rien à craindre. Cette certitude produit des hommes et des femmes profondément calmes, courageux et confiants, même dans les situations les plus difficiles.
C’est exactement ce qui s’est passé avec les premiers disciples.
Regardons à nouveau les premiers versets du chapitre 28. Les premières personnes à arriver au tombeau sont les femmes: Marie de Magdala et l’autre Marie. Comment réagissent-elles? Elles sont mortes de peur! En tout cas, les gardes sont "morts de peur" (v. 4). Et on peut supposer que les femmes, elles aussi, sont bouleversées, puisque l’ange doit leur dire: “N’ayez pas peur!” (v. 5).
Mais qu’éprouvent-elles après avoir entendu la nouvelle de la résurrection? Au verset 8, il est dit qu’elles sont remplies d’une "grande joie", et qu’elles courent annoncer la bonne nouvelle aux autres!
La même transformation radicale s’opère chez les Douze (à l’exception de Judas).
Comment expliquer un tel changement? Ils ont compris que la résurrection de Jésus ne se limite pas à sa victoire personnelle sur la mort. Elle signifie bien davantage. Lorsque Jésus retrouve ses disciples en Galilée, il leur déclare:
Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre.
Matthieu 28.18
La résurrection proclame que Christ règne aujourd’hui. Celui qui est mort pour nous siège maintenant sur le trône de l’univers. Dieu a non seulement renversé les plans du mal et vaincu la mort, mais il a aussi établi le règne de son Fils.
L’apôtre Paul le dit avec force dans Éphésiens 1: Dieu a déployé sa puissance infinie en ressuscitant Christ d’entre les morts et en le faisant asseoir à sa droite, “au-dessus de tout pouvoir, de toute autorité, de toute puissance et de toute domination”.
C’est cette réalité qui a transformé des disciples peureux en témoins intrépides.
Un magnifique exemple nous est donné dans le livre des Actes avec Étienne, l’un des premiers responsables de l’Église. Arrêté, jugé pour hérésie et sur le point d’être lapidé, Étienne fait preuve d’un calme surnaturel. Son visage ressemble “à celui d’un ange” (Ac 6.15). Alors même que la foule le lapide, il prie: “Seigneur, ne leur impute pas ce péché” (Ac 7.59-60).
D’où lui venait cette "force tranquille" faite de calme et de courage? Le texte nous le révèle:
Rempli de l’Esprit saint, il fixa les regards vers le ciel et vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu.
Actes 7.55
Étienne a vu Jésus sur le trône. Il a compris que l’histoire du monde — et la sienne — n’était pas hors de contrôle. Celui qui l’avait aimé jusqu’à mourir pour lui régnait désormais sur toutes choses. Si Jésus-Christ est aux commandes, pourquoi craindre encore?
La vie est faite d’épreuves: maladie, deuil, opposition, moqueries ou rejet lorsque nous voulons témoigner de Jésus. Pourtant, le chrétien peut traverser tout cela avec une force tranquille. Pourquoi? Parce que tout pouvoir appartient à Jésus. Rien ne lui échappe. Et rien ne peut nous arracher à son amour et à sa paix.
La puissance infinie que Dieu a déployée en ressuscitant Jésus, il l’utilise aujourd’hui encore en notre faveur, pour sa gloire et pour notre bien. De quoi aurions-nous peur?
C’est ainsi que je voudrais conclure: en revenant à la question posée au début.
Quelle est la plus grande preuve de la résurrection de Jésus? Ce n’est pas seulement le tombeau vide, même s’il l’était. Ce n’est pas uniquement le témoignage des témoins oculaires, même s’il est fiable. Ce n’est pas non plus la crédibilité historique des évangiles, bien qu’elle soit solide.
La plus grande preuve, c’est cette immense déferlante d’énergie dont parlait l’historien K. Scott Latourette: cette puissance extraordinaire de Dieu, libérée par son Esprit, qui a propulsé un petit groupe de disciples terrifiés pour transformer le monde, bouleverser des empires et continuer, encore aujourd’hui, à changer des vies.
Sans la résurrection, comment expliquer ce qui s’est passé au Iᵉʳ siècle — et ce qui continue de se produire dans l’Église à travers les siècles?
Tom Wright, l’un des plus grands spécialistes contemporains du Nouveau Testament, l’exprime avec clarté:
La plupart des gens pensent que les croyants doivent prouver la résurrection de Jésus. Ce n’est pas tout à fait vrai. Ceux qui n’y croient pas doivent eux aussi apporter des preuves. Il ne suffit pas de dire simplement que Jésus n’est pas ressuscité. Vous devez proposer une autre explication historique plausible pour justifier la naissance surprenante de l’Église, l’essor fulgurant du christianisme et le courage extraordinaire des disciples qui ont été emprisonnés, torturés et tués parce qu’ils annonçaient la résurrection de Jésus. Mais la meilleure explication reste la suivante: les premiers chrétiens n’ont pas inventé le tombeau vide, ni les rencontres avec le Christ ressuscité. Personne ne s’attendait à cela. Suggérer le contraire, c’est cesser de faire de l’histoire pour entrer dans un monde imaginaire2.
Que Dieu nous garde de nous réfugier dans "un monde imaginaire". Restons fermement ancrés dans l’histoire, en nous réjouissant de la résurrection de Jésus et en célébrant sa victoire éclatante.
Aujourd’hui encore, cette même puissance de résurrection est à notre disposition. Venons à lui pour y puiser la force dont nous avons besoin: la force de vivre à sa gloire et de devenir, à notre tour, ses fidèles témoins.
webinaire
1h pour comprendre Matthieu
Laisse-toi surprendre par la cohérence, la profondeur et la richesse de la Parole de Dieu. L’objectif, c’est que tu puisses comprendre l’ensemble pour mieux vivre l’essentiel.

Orateurs
P. Denault
