Sommes-nous dans les balbutiements d'une 3ᵉ guerre mondiale? Peut-être. Il semble que les annonces choc de différents dirigeants politiques nous amènent à craindre que le pire puisse arriver, et probablement plus vite que nous le pensons. Quel rôle peut jouer le chrétien dans un tel contexte? Quels sont les pièges à éviter? Je vous partage ici mes réflexions à ce sujet.
Jésus leur répondit: Faites bien attention que personne ne vous égare. 5 En effet, beaucoup viendront sous mon nom et diront: “C'est moi qui suis le Messie”, et ils tromperont beaucoup de gens. 6 Vous entendrez parler de guerres et de menaces de guerres: ne vous laissez pas effrayer, car il faut que toutes ces choses arrivent. Cependant, ce ne sera pas encore la fin. 7 Une nation se dressera contre une nation et un royaume contre un royaume, et il y aura en divers endroits des famines, [des pestes] et des tremblements de terre. 8 Tout cela sera le commencement des douleurs. 9 Alors on vous livrera à la persécution et l'on vous fera mourir; vous serez détestés de toutes les nations à cause de mon nom. 10 Beaucoup trébucheront alors, et ils se trahiront, se détesteront les uns les autres. 11 Beaucoup de prétendus prophètes surgiront et ils tromperont beaucoup de gens. 12 À cause de la progression du mal, l'amour du plus grand nombre se refroidira, 13 mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. 14 Cette bonne nouvelle du royaume sera proclamée dans le monde entier pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin.
Matthieu 24.4-14
Je suppose que beaucoup d'entre vous ont lu ce passage durant la pandémie mondiale. D'autres avant nous l'ont certainement lu pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Marie Durand, dans une de ses lettres, le mentionne également. Les chrétiens ayant vécu le siège de Jérusalem en 70 pensaient que ces paroles de Jésus étaient en train de s'accomplir. Nous ne sommes donc pas les premiers à nous demander si ce temps sera le dernier, et la réponse à cette question ne nous appartient pas (Mt 24.36). Dans cette discussion que Jésus a avec ses disciples, plusieurs vérités nous sont données pour vivre ces périodes difficiles.
Au verset 6, Jésus dit: “Gardez-vous de vous alarmer, car cela doit arriver.” D'autres versions disent de ne pas se laisser troubler ou effrayer. C'est vrai que les sujets d'inquiétude ne manquent pas. Entre la guerre qui sévit aux portes de l'Europe, le conflit israélo-palestinien, la persécution des chrétiens qui ne cesse de croître, les crises économiques généralisées et les catastrophes climatiques, les occasions de céder à la panique sont légion. Jésus nous dit: ne vous laissez pas effrayer par ces événements.
Plus facile à dire qu'à faire, direz-vous, à juste titre. Ce n'est pas la première fois que Jésus dit à ses disciples de ne pas capituler face à l'anxiété. Dans l'Évangile selon Matthieu, nous voyons Joseph, avoir peur de procéder au mariage avec Marie (Mt 1.20), les disciples paniquer à l’idée que leur barque ne résiste pas à la tempête (Mt 8.26), terrorisés en voyant Jésus marcher sur l'eau (Mt 14.26). Pierre, Jacques et Jean ont été saisis d'une grande frayeur à la transfiguration (Mt 17.6). Marie de Magdala et Marie ont eu peur devant le sépulcre et l'ange du Seigneur, qui, dans un grand tremblement de terre, roula la pierre et s'assit dessus (Mt 28.5).
À chaque situation, la foi est présentée comme la seule alternative efficace à la peur. Non seulement Jésus ne condamne pas l'angoisse ressentie, mais il offre à son disciple un moyen redoutablement efficace pour la vaincre: la confiance en Dieu. Il y a ici un risque de faire un mauvais parallèle: croire que la foi apaise nos craintes ne signifie pas croire que la peur découle d'un manque de foi. Si nous sommes bouleversés par ce qui se passe dans notre monde, ce n'est pas à cause de notre manque de foi. Ce raisonnement ajoute de l'accablement à l'accablement et ne nous amène pas à comprendre le sens des propos de Jésus.
"Gardez-vous de vous alarmer" est comme un remède spirituel à une émotion dévorante qui survient dans un contexte déroutant. Alors que le monde vacille et que la peur nous amène à croire que nous sommes seuls, démunis, impuissants, promis à la souffrance, la foi nous assure de la présence de Dieu. En nous tournant vers Christ, l’objet de notre foi (1Tm 3.16), nous dépouillons nos peurs de leur force. Nous pouvons alors nous approcher d’un Dieu qui peut nous secourir par sa bonté (Ps 109.26), un Dieu qui règne malgré les apparences et qui a dressé un trône pour juger le monde et les peuples (Ps 9.8).
Quelles que soient nos peurs les plus terribles face aux menaces qui planent au-dessus de notre tête, aucune n'est assez forte pour rivaliser avec le Dieu de l'univers. Ne nous alarmons pas, celui qui tient le monde et chacun de ses enfants dans sa main (Ps 95.4, Jb 12.10) accomplira toutes ses promesses.
À deux reprises, Jésus invite ses disciples à redoubler de prudence vis-à-vis des faux prophètes, de ceux qui viendront sous son nom et qui séduiront beaucoup de gens (v. 5 et v. 11). Les guerres, les famines, les tremblements de terre et les persécutions sont des terreaux propices à l'élévation des faux prophètes. La survenue des signes annonciateurs du retour imminent de Jésus n'est donc pas une garantie que nous sommes dans la fin des temps, mais une alerte à la vigilance.
Bien comprendre les marqueurs de la fin des temps peut conduire le disciple à vivre selon deux états d'esprit: la passivité spirituelle ou le discernement spirituel. Soit, nous nous plaçons en spectateur, attendant de voir comment les choses vont tourner, au risque d'être trompés et conduits loin du droit chemin. Soit, nous veillons prudemment pour rester fondés dans la vérité, persévérant par la grâce dans notre lutte contre le péché, et augmentant notre amour pour Dieu.
Dans les deux occurrences aux faux prophètes, Jésus précise que beaucoup de gens vont se laisser séduire, ce qui montre qu'il y a un risque réel à confondre la majorité avec la vérité. L'enjeu est de taille, car concrètement, cela signifie que chaque chrétien doit user de discernement. En lisant ce passage, j'ai pensé aux Béréens (Ac 17.10-14) qui examinaient les Écritures pour vérifier les fondements des propos de Paul et Silas. Scène qui peut paraître normale pour beaucoup de chrétiens, mais qui devient de plus en plus rare aujourd'hui. Il y a quelque temps, lors d'une visite dans une Église, j'ai ressenti un certain malaise en sortant ma Bible papier pour écouter la prédication. Suite à un rapide coup d'œil autour de moi, j'ai constaté que personne n'avait ouvert sa Bible (ni allumé son téléphone) pour suivre la prédication. Personne n'a remarqué que les vérités centrales du texte avaient été passées sous silence, ni que le reste du texte avait été déformé à tel point qu'au final, rien de ce qui a été dit n'était biblique. C’est ainsi chaque dimanche là-bas, et l’Église compte régulièrement une centaine de personnes durant le culte. Affligeant.
Si nous ne voulons pas être comptés parmi celles et ceux qui se sont laissés séduire par des faux prophètes, il est de notre responsabilité d'examiner ce que nous entendons, ce que nous lisons, et ce que nous voyons à la lumière des Écritures. Toujours. La lire, la méditer et l'étudier personnellement et en Église est une méthode imparable pour tenir ferme face aux progrès de l'iniquité et parer les coups bas des conteurs de fables. Ce n’est pas parce que vous lisez un livre d’un auteur célèbre, que vous écoutez un podcast de personnes apparemment fondées, ou ce n’est pas parce que vous fréquentez une Église dont le pasteur maîtrise l’homilétique, que vous devez boire leurs propos de manière indiscutable. Tous les personnages bibliques ont eu des moments d’égarement, certains ont abandonné la foi, et même aujourd’hui, de nombreux pasteurs entraînent des brebis fragiles dans leur chute.
Que nous puissions nous attacher chaque jour un peu plus à la personne de Christ, aux richesses infinies de Dieu et à la vérité nourrissante de sa Parole. Qu'il nous aide à vivre en témoin fidèle de l'Évangile et à persévérer par la foi, jusqu'au bout, selon la dernière strophe du chant "En Jésus seul":
Les plans des hommes ou du malin
ne peuvent m'arracher de sa main
et, qu'il revienne ou me rappelle
par la force du Christ, je tiendrai.