La discussion préadolescente avec maman
Nous sommes nombreuses à nous souvenir d’avoir eu une discussion importante avec notre maman. Elle nous a expliqué que notre corps allait bientôt subir des changements tels que des saignements, des crampes, de l’acné, des sautes d’humeur, des baisses d’énergie et bien d’autres symptômes. Ces connaissances nous ont donné les moyens d’affronter la transition de l’enfance à l’âge adulte. Les générations précédentes n’ont pas eu cette chance, car il était tabou d’aborder le sujet aussi ouvertement. Par exemple, ma tante octogénaire a eu ses premières règles juste après un cours d’éducation physique et a pensé que ses saignements étaient dus au fait qu’une de ses camarades de classe l’avait bousculée en jouant au basket. Nous avons fait beaucoup de chemin depuis lors.
La discussion qui fait défaut pour les femmes d’âge mûr
Malheureusement, il n’en va pas de même pour la transition à l’autre extrémité de la vie d’une femme. La question se pose : si l’adolescence marque notre entrée dans la vie de femme, la ménopause marque-t-elle notre départ ? Même si nous ne définissons pas la vie de femme uniquement par la fertilité, on peut parfois avoir cette impression.
Lorsque j’ai commencé à ressentir les premiers symptômes de la périménopause, j’ai été complètement prise au dépourvu. Personne ne m’avait prévenue qu’à l’approche de la cinquantaine, mon corps commencerait à manifester une myriade de symptômes indésirables. La prise de poids soudaine et inexpliquée, les douleurs articulaires, l’insomnie, la peau sèche, le brouillard cérébral, les troubles de l’humeur et l’épuisement m’ont prise à revers. Le seul symptôme dont j’avais entendu parler était les bouffées de chaleur, et je n’en souffre pas. Tout comme la discussion importante a permis à beaucoup d’adolescentes d’affronter ce changement, une conversation franche sur la ménopause m’aurait mieux préparée aux symptômes désagréables qui sont devenus ma nouvelle normalité.
Définition des termes
Commençons par quelques définitions. Tout d’abord, la préménopause désigne la période de fertilité d’une femme, qui débute à l’adolescence avec l’apparition de ses premières règles. La ménopause marque la fin de cette période de fertilité. Elle survient généralement entre 45 et 55 ans, lorsqu’une femme n’a pas eu de règles depuis 12 mois. Avant qu’une femme n’entre dans cette phase, son corps traverse une période imprévisible appelée périménopause. Celle-ci peut débuter dès la mi-trentaine et durer de quatre à dix ans. Le large éventail de symptômes courants à cette étape de la vie varie d’une femme à l’autre et peut mettre à rude épreuve sa santé physique et mentale.
Un mystère pour les professionnels de santé
Mon médecin de famille est exceptionnel. Je suis allée le consulter à plusieurs reprises ces dernières années pour traiter mon cocktail de symptômes. Le pire d’entre eux se manifestait par une douleur intense à la hanche qui perturbait mon sommeil. Il m’a prescrit des anti-inflammatoires et du repos, a demandé toute une série d’examens et m’a orientée vers deux spécialistes. Tous ces tests ont révélé que je n’avais aucune fracture et que je n’avais pas besoin d’être opérée. Les professionnels de santé ne pouvaient pas faire grand-chose d’autre pour moi. Pourtant, mes symptômes étaient bien réels et nécessitaient une prise en charge. Découragée, je me suis tournée vers les réseaux sociaux pour interroger des femmes plus âgées sur leurs expériences.
C’est là que j’ai rencontré Suzie Benoît, une gynécologue-obstétricienne chrétienne spécialiste de la ménopause. Elle a accepté de me rencontrer (puis de participer à mon podcast) pour discuter de ce que je vivais. Alors qu’elle commençait à énumérer les changements que les femmes subissent à ce stade de la vie, je me suis penchée en arrière, émerveillée et reconnaissante. « Tu veux dire que tout ça est aussi dû à des changements hormonaux ? Je n’en avais aucune idée !» Quel soulagement de trouver enfin une explication à cette impression que mon corps semblait se rebeller contre moi.
Bien plus qu’une simple question de santé féminine
Certains se demanderont peut-être pourquoi j’aborde une question de santé féminine sur un blog chrétien. Bien que la Bible ne parle pas de la ménopause en tant que telle, elle a beaucoup à dire sur le vieillissement, la sagesse et le rôle des femmes âgées dans la foi. C’est pourquoi cela va bien au-delà d’une simple question de santé féminine. C’est une question pastorale. Plus de 50% des fidèles qui vivront assez longtemps seront confrontés à une étape de la vie potentiellement semée de perturbations.
Honorer et mobiliser les femmes âgées
Comment le corps de Christ peut-il prendre soin des femmes à mesure qu’elles vieillissent ? Tout d’abord, en reconnaissant leur réalité. Cela peut être aussi simple que d’organiser, au sein d’un ministère féminin, un événement consacré au vieillissement et à la foi. Ou encore qu’un pasteur évoque brièvement les défis liés à la ménopause dans un sermon sur la persévérance. Aborder publiquement ce sujet tabou pourrait grandement contribuer à aider les femmes âgées à se sentir vues et entendues.
Deuxièmement, en affirmant, à la lumière des Écritures, que « les cheveux blancs sont une couronne d’honneur ; c’est dans le chemin de la justice qu’on la trouve » (Pr 16.31). Les Écritures témoignent de femmes post-ménopausées qui ont apporté une contribution profonde au peuple de l’alliance de Dieu, de Loïs et Eunice à Sarah et Naomi, en passant par Élisabeth et Marie (voir 2Tm 1.5 ; Gn 18.11-14 ; Rt 1.11-13 ; Lc 1.7, 36 ; Ac 1.14).
De plus, le Nouveau Testament accorde un honneur particulier aux femmes âgées de leur communauté. Le fait que Paul inclue les femmes âgées dans le ministère de l’Église confirme leur valeur durable, même après l’âge de procréer. Les conditions requises pour les veuves dans 1 Timothée 5 présentent une grande similitude avec celles des anciens dans 1 Timothée 3. En effet, bien que ces veuves aient été confrontées à des difficultés économiques si elles avaient dû se débrouiller seules, elles ne représentaient pas un simple fardeau pour l’Église. Certains spécialistes suggèrent qu’elles constituaient l’équipe du ministère des femmes. Aux côtés des diaconesses, elles aidaient les anciens et les diacres à assumer la responsabilité de prendre soin des femmes de leur troupeau. Ce faisant, elles suivaient les traces de la prophétesse Anne, une veuve qui « ne quittait pas le temple, et elle servait Dieu nuit et jour dans le jeûne et dans la prière » (Lc 2.37).
Conclusion
Au cours de ma vie d’adulte, j’ai vu l’Église aborder beaucoup plus ouvertement des sujets autrefois considérés comme tabous. De la santé mentale aux abus, en passant par la pornographie et les traumatismes, le fait de mettre en lumière ces questions a fortifié le corps de Christ. Dans le même esprit, un dialogue plus ouvert sur la ménopause au sein de l’Église pourrait bien nous donner les moyens de mieux former des disciples, pour la gloire de Dieu et notre joie.








