5 erreurs à éviter dans votre prédication de Pâques

Si vous voulez aider les gens à considérer Pâques avec un regard neuf, commencez par éviter ces 5 erreurs fréquentes. L’article est écrit par Andreas Köstenberger, professeur-chercheur du Nouveau Testament et Justin Taylor, éditeur.

1. Ne dites pas que Jésus est mort à 33 ans

Cette affirmation est très répandue et semble logique et acceptable. Si Jésus a « commencé son ministère » à l’âge de 30 ans (Luc 3.23) et si son ministère a duré 3 ans (Jean mentionne trois célébrations de Pâques et il se peut qu’il y en ait eu une quatrième), alors Jésus avait 33 ans le jour de sa mort. Cependant, aucun érudit ne croit que Jésus avait vraiment 33 ans quand il est mort.

Jésus est né avant qu’Hérode le Grand ne publie le décret d’exécuter à Bethléhem et dans toute cette région tous les enfants mâles qui avaient deux ans ou moins (Mt 2.16) et avant qu’Hérode ne meure au printemps de l’an 4 av J.-C.

Si Jésus est né à l’automne, de l’an 5 ou 6 avant J.-C., et si nous nous rappelons que nous ne comptons pas le « 0 » entre l’avant Jésus-Christ et l’après Jésus-Christ, alors Jésus aurait eu 37 ou 38 ans quand il mourut au printemps, en 33 après J.-C. (thèse que nous défendons).

Même si Jésus est mort en 30 après J.-C. (la seule autre possibilité crédible), il aurait eu 34 ou 35 ans et non 33 ans. Aucune doctrine majeure n’est affectée par cette erreur très courante. Mais n’endommagez pas votre crédibilité en proclamant depuis la chaire, des « faits » qui ne sont pas exacts.

2. N’expliquez pas que l’absence apparente d’un agneau pascal lors du Dernier Repas était due au fait que Jésus est l’ultime Agneau pascal.

Même si nous croyons cette vérité glorieuse que Jésus est « l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1.29), cela ne signifie pas qu’il n’y avait pas d’agneau pascal à proprement parler lors du Dernier Repas donné par le Seigneur. En fait, c’est quasi sûr qu’il y en avait un:

Le jour des pains sans levain, où l’on devait immoler la Pâque [pascha], arriva, et Jésus envoya Pierre et Jean, en disant, Allez nous préparer la Pâque [pascha], afin que nous la mangions [implicitement la pascha].

Lc 22.7-8; Mc 14.12

Même si cela n’est pas évoqué explicitement dans les évangiles, manger l’agneau pascal était un élément important dans chaque célébration de la Pâque juive (Ex 12.3). Voilà pourquoi les disciples ont pris le repas ensemble, de nuit, à l’intérieur des portes de la ville, là où elle devait être mangée avec du vin rouge et consommée avant de rompre le pain et de chanter un hymne.

Même s’il existe des désaccords sur la nature du Dernier Souper, nous pensons qu’il est clair que Jésus a célébré la Pâque avec ses 12 disciples la nuit qui précédait sa crucifixion. Lors de ce repas, Jésus se compare clairement à l’agneau pascal sacrifié qui commémore la puissante intervention de Dieu pour délivrer le peuple d’Israël de l’esclavage en Égypte.

3. Ne dites pas que c’est la même foule qui a acclamé Jésus lors du dimanche des Rameaux et qui a crié pour qu’il soit crucifié lors du Vendredi Saint.

Ce type de déclaration sert d’illustration puissante à l’inconstance du cœur humain quand il est question de Jésus le Messie. Mais d’autres éléments doivent intervenir pour enrichir notre réflexion.

Tout d’abord, il n’est pas certain que la foule qui a proclamé « Hosanna! » en acclamant l’entrée triomphale de Jésus soit la même foule qui a crié « Crucifie-le! » devant Ponce Pilate. La première foule semble être principalement composée de pèlerins venue de Galilée et des disciples de Jésus. Tandis que la deuxième foule semble être composée d’habitants de Jérusalem.

Ensuite, les deux foules qui expriment leur enthousiasme se basent sur un malentendu. Alors que Jésus faisait son entrée à Jérusalem assis sur un âne, l’enthousiasme de ceux qui proclamaient « Hosanna » se basait sur une conception nationaliste erronée du Messie. Et quand Jésus se tenait devant Ponce Pilate et les Juifs de Jérusalem, cette foule fut attisée par leurs dirigeants qui accusaient faussement Jésus d’être un blasphémateur. Leur condamnation était également basée sur une mauvaise conception de l’identité du Messie. Le point commun entre les deux foules n’est pas l’inconstance du cœur humain, mais un manque de connaissance véritable et d’adoration du Messie humble et du Serviteur souffrant.

4. Ne passez pas à côté du rôle des femmes comme témoins de la résurrection du Christ

Il est difficile d’être précis sur le nombre et l’identité des femmes qui ont été témoins de la résurrection du Christ. C’est une des raisons pour lesquelles nous mettons à disposition un glossaire dans notre livre The Final Days of Jesus [Les derniers jours de Jésus] pour vous aider.

L’une des choses qui peut nous embrouiller par exemple, c’est que pas moins de 4 femmes partagent le nom de Marie: Marie de Magdala; Marie la mère de Jésus; Marie la mère de Jacques et Joseph; et Marie l’épouse de Clopas (qui aurait pu être le frère de Joseph de Nazareth). Ajouté à cela, il y a Joanna (dont le mari, Chuza, était le maitre de maison de Hérode Antipas) et Salomé (probablement la mère des apôtres Jacques et Jean).

Alors que vous prêchez sur Pâques, ne contournez pas le témoignage de ces femmes en le considérant comme un détail sans incidences. Dans les premiers siècles, on n’autorisait pas les femmes à donner un témoignage dans une cours de justice juive. Josèphe disait que même le témoignage de multiples femmes n’était pas accepté « à cause de la légèreté et de l’effronterie associées à leur sexe. » Celsus, le critique théologique du second siècle, a mis en dérision l’idée que Marie Magdala fût soi-disant témoin de la résurrection, étant donné son côté « hystérique… manipulateur… trompé par la sorcellerie. »

Ce contexte de l’époque est important car il met le doigt sur 2 vérités cruciales:

  1. Il s’agit d’un rappel théologique que le Royaume du Messie va à contre-courant du système établi dans le monde. Dans cette culture juive, Jésus a clairement démontré la pleine dignité des femmes et la valeur incontestable de leur témoignage.
  2. Ensuite, il s’agit d’un rappel apologétique puissant de l’exactitude historique des événements liés à la résurrection. Si elles avaient relaté des « fables habilement conçues » (2 Pi 1.16), les femmes n’auraient jamais été présentées comme les premiers témoins oculaires de la résurrection de Christ.

5. Ne vous concentrez pas sur les souffrances de Jésus au détriment de la gloire de la Croix dans et au travers de la Résurrection.

Certaines traditions chrétiennes tendent à se concentrer presque exclusivement sur les souffrances de Jésus sur la croix, l’atroce douleur qu’il a dû endurer, son humiliation et sa séparation avec Dieu. Cela peut se voir dans des scènes cinématographiques de La Passion du Christ de Mel Gibson, dans la reconstitution du Chemin de croix catholique romain sur le Via Dolorosa [le Chemin de la tristesse], dans les stations de la Croix, et dans de nombreux messages que vous et moi avons entendu dans les églises évangéliques que nous avons fréquentées (sans parler de beaucoup de nos cantiques favoris).

Bien entendu, les quatre évangiles et en particulier, Matthieu, Marc et Luc, s’entendent pour dire que Jésus a souffert énormément pour nous en nous offrant sa vie pour notre salut afin que nous puissions être pardonnés de nos péchés.

Et cependant, il existe un autre aspect de l’histoire de Pâques. Le passage qui résume le mieux cet aspect se trouve dans l’évangile de Jean qui nous dit que Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, et ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, mit le comble à son amour pour eux (Jn 13.1). Pour introduire non seulement la scène du lavement des pieds mais aussi toute l’histoire de la Passion, Jean écrit ce qui suit: « Jésus, qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains, qu’il était venu de Dieu, et qu’il s’en allait à Dieu, se leva de table… » (Jn 13.3-4 cf. Jn 14.28).

En d’autres termes, Jean se donne beaucoup de mal pour montrer que la Croix n’était pas une impasse pour Jésus mais un arrêt incontournable sur le chemin de retour vers le Père! Voilà pourquoi il décoche une note triomphale dès le début de la narration de la crucifixion: Le Père avait donné toutes choses entre les mains de Jésus, et Jésus allait retrouver la gloire dont il jouissait auparavant auprès du Père (Jn 17.5, 24).

C’est comme ce que nous dit l’auteur de l’épître aux Hébreux: Jésus, « en échange de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l’ignominie, et s’est assis à la droite du trône de Dieu. »

Durant ces fêtes de Pâques, assurons-nous de ne pas négliger le côté « gloire » lorsque nous racontons l’histoire des souffrances de Jésus. Sans l’ombre d’un doute, la croix fut glorieuse en soi parce qu’elle démontre l’obéissance parfaite de Jésus, l’amour de Dieu pour l’humanité, et l’œuvre parfaite d’expiation accomplie par Dieu pour les pécheurs. L’œuvre terrestre de Jésus est bel et bien « achevée » (Jn 19.30), mais son œuvre glorieuse qui consiste à dominer, régner et intercéder continue jusqu’à ce jour.

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A propos des deux auteurs:

Andreas Köstenberger est professeur de recherche sur le Nouveau Testament et de la théologie biblique à Southeastern Baptist Theological Seminary, en Caroline du Nord.

Justin Taylor est vice-président et éditeur chez Crossway.

Köstenberger et Taylor sont co-auteurs du livre The Final Days of Jesus [Les derniers jours de Jésus: La semaine la plus importante de la personne la plus importante qui ait jamais vécu]. L’article a été traduit avec l’aimable autorisation de Christianity Today. Les liens dans l’article sont en anglais et étaient dans l’article original. Merci à Timothée Kapitaniuk pour la traduction!

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