3 astuces pour rendre vos prédications plus claires

Trop de prédicateurs parlent en langues. Non, je ne parle pas des langues dont parle Paul dans 1 Corinthiens 14, quand il encourage les premiers chrétiens à avoir des interprètes pour que tous soient édifiés. Autant que je sache, il n’y a pas de mouvement de pasteurs qui se tienne devant l’assemblée pour lancer des phrases délirantes. Mais je me demande si, dans un sens, nous ne serions pas également en train de parler en langues. Je veux parler du jargon religieux.
Voici une question que nous devrions nous poser: Notre utilisation de concepts et formules bibliques empêche-t-elle leur compréhension par des non-initiés? Dit autrement, est-ce qu’un inconverti ou un croyant peu habitué à la Bible est capable de comprendre l’idée principale du message que vous prêchez? Si ce n’est pas le cas, alors c’est comme parler dans une langue étrangère.

Le besoin de compréhension

 

Je trouve fascinant que la préoccupation de Paul pour les Corinthiens vienne de son désir que toute personne présente soit édifiée. Quand il modère l’utilisation des langues de cette église, il semble justifier son conseil par le besoin d’une instruction biblique compréhensible:
Et maintenant, frères, de quelle utilité vous serais-je, si je venais à vous parlant en langues…? (14.6)
De même vous, si par la langue vous ne donnez pas une parole distincte, comment saura-t-on ce que vous dites? Car vous parlerez en l’air. (14.9)
Si donc je ne connais pas le sens de la langue, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera un barbare pour moi…recherchez abondamment l’édification de l’Église (14.11-12)
Dans l’Église, j’aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d’instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue. (14.19)

Je reconnais que j’étends l’application de ce passage au-delà de sa signification originelle. Dans 1 Corinthiens, Paul compare le don de prophétie et le don des langues, et déclare que le signe miraculeux des langues est un signe pour les non croyants, et que la prophétie est un don pour l’édification des croyants.

Mais je me demande s’il n’y a pas là une application pour ceux qui veulent être de fidèles prédicateurs de la Parole de Dieu dans un contexte différent. Après tout, la raison de fond de la préoccupation de Paul à propos de la situation à Corinthe est que les gens ne sont pas capables de comprendre le message, et du coup, qu’ils ne sont pas édifiés. En tant que théologien missionnaire, l’apôtre Paul voulait que les gens écoutent et comprennent la Parole de Dieu. Tout ce qui va dans le sens de la compréhension et de l’édification (même les dons miraculeux) doit être entrepris. Le message doit être compréhensible.

Être compréhensible pour les gens en recherche

 

L’évangélisation et l’édification n’ont pas besoin d’être en opposition l’un l’autre. Dans son commentaire sur ce passage, Tim Keller écrit :

[Paul] insiste sur le fait que les chrétiens devraient changer leur comportement afin que le service de louange soit compréhensible pour des non-croyants… Mon idée est que l’équipe de louange de la semaine peut être très efficace dans l’évangélisation des non-chrétiens et dans l’édification des chrétiens si elle ne se centre pas sur elle mais sur l’évangile, annoncé dans une langue compréhensible.

Tim Keller, Center Church, p 302

Cela ne veut pas dire que notre service de louange doit être conçu pour les gens en recherche, mais nous devrions toujours essayer d’être compréhensible pour eux. C’est ce qu’Ed Stetzer lie à la « prédication contextuelle »:

Au cœur d’une prédication efficace, il y a une perspective missiologique solide. Communiquez-vous avec des mots qui transmettent réellement les vérités bibliques à votre audience? Ou bien est-ce que votre prédication rentre par une oreille de votre auditoire et sort par l’autre parce que vous n’êtes pas « sur la même longueur d’ondes »?

Ed Stetzer

Il n’y a pas longtemps, j’ai été invité à prêcher quelque part. J’ai envoyé à l’avance mes notes au pasteur pour voir s’il avait des suggestions. Lui et son équipe pastorale les ont annotées et renvoyées, en ajoutant toutes sortes de nuances à mon langage. Leurs suggestions ne modifiaient pas les points bibliques que j’annonçais, mais elles affectaient leur forme. Cet exercice me fut énormément bénéfique. Ça m’a fait prendre un temps pour me demander comment les gens de l’assemblée pourraient « entendre » le message ou rater son idée principale à cause du jargon religieux. Je ne l’avais pas réalisé.

 

Être compréhensible

 

Dans son livre Preaching to a Post-Everything World (Prêcher à un monde post-tout, non traduit à ce jour), Zack Eswine propose quelques moyens pratiques pour être compris par les croyants et les incroyants. Voici deux de ses suggestions:

1. Ne considérez pas que les gens ont l’habitude de la Bible. Aidez les gens à trouver le passage biblique.

« Regardez avec moi sur la droite », « Trouvez le nouveau Testament, puis allez au quatrième livre », ou « trouvez la page 567 dans la Bible sur vos chaises » sont des phrases utiles.

 

2. Parlez comme si des non-chrétiens étaient présents

Les chrétiens ont besoin de voir comment un disciple de Jésus parle aux non chrétiens. Les non chrétiens ont besoin de comprendre ce qu’est un disciple de Jésus qui parle en son nom. Utilisez des phrases comme « Peut-être que vous êtes là ce matin mais vous ne savez pas bien quoi penser de Dieu », ou « Parfois, les gens qui ne vont pas à l’église sont frustrés de voir le manque d’amour de ceux qui vont à l’église. Jésus a ressenti la même frustration » ou « Même si vous n’êtes pas un disciple de Jésus, vous savez ce que c’est de se sentir coupable, d’avoir des regrets, d’aspirer à une guérison » ou « Si vous n’êtes pas chrétien et que vous m’écoutez, ce que je vais dire pourrait vous paraitre bizarre. Mais ce que je vais dire pourrait aussi vous aider à comprendre pourquoi les chrétiens pensent ainsi sur tel sujet ».

J’ajoute une suggestion supplémentaire, de Tim Keller:

 

3. Montrez toujours du respect et de l’empathie, même lorsque vous lancez des défis ou des critiques

Dire des phrases comme « Je sais que plusieurs d’entre vous vont être troublés… » montre que vous les comprenez. Soyez ce genre de personne qui leur permettra de conclure, même s’ils ne sont pas d’accord avec vous, que vous êtes quelqu’un avec qui ils peuvent parler du sujet.

Dans la même idée, mieux vaut utiliser « nous » que « vous » lorsqu’on prêche. Si vous utilisez toujours « vous », vous pouvez donner l’impression qu’en tant qu’orateur, vous êtes irréprochable et que vous donnez aux autres des ordres qui ne s’appliquent pas à vous. L’utilisation de « nous » implique que tout le monde (y compris le pasteur) a besoin de croissance spirituelle.

Et vous? Comment êtes-vous parvenu à être plus compréhensible pour les croyants et non-croyants?

Trevin Wax

Editeur chez Lifeway. Il dirige le projet The Gospel Project, un matériel d'enseignement pour les églises. Trevin est marié et papa de trois enfants.

Articles pouvant vous intéresser