Une vision biblique pour l’apprentissage des langues

La Bible enseigne que, que nous mangions ou buvions, que nous fassions quoi que ce soit, nous devons tout faire pour la gloire de Dieu (1 Co 10.31). Ma passion de longue date pour l’apprentissage des langues m’a appris que cela est tout aussi vrai dans ce domaine de la vie. Permettez-moi de vous donner un aperçu de ce parcours et de quelques leçons importantes que j’ai apprises en cours de route.

Mon parcours dans l’apprentissage des langues

Espagnol

En tant qu’enfant d’immigrants colombiens aux États-Unis, j’ai appris l’espagnol avant même d’apprendre l’anglais. Je suis par ailleurs allée dans un jardin d’enfants bilingue anglais-espagnol. Mais, dès que j’ai commencé l’école primaire, mon enseignement est passé presque exclusivement à l’anglais.

Français

Ma première aventure dans l’étude formelle d’une langue étrangère a eu lieu à l’âge de 13 ans, lorsque je suis entrée au lycée et que j’ai commencé à apprendre le français. J’en suis immédiatement tombée amoureuse et je voulais le pratiquer dès que j’en avais l’occasion. Les rares fois où je rencontrais un francophone, je le harcelais, le suppliant de me permettre de pratiquer ma nouvelle langue préférée avec lui.

J’ai étudié le français pendant mes quatre années d’école secondaire. J’ai même été présidente du club de français de l’école pendant la moitié de cette période! Après mon diplôme, j’ai pris une année sabbatique pour faire un voyage missionnaire en France et au Sénégal. L’école était bilingue, anglais et français, mais j’ai rapidement noué des amitiés étroites avec des camarades français qui parlaient à peine l’anglais. Cela m’a motivé à améliorer encore mon français. En vivant avec le même groupe d’amis pendant six mois, il était très important pour moi de pouvoir communiquer dans leur langue maternelle.

Italien

Quelques années plus tard, j’ai passé deux mois à Rome pour étudier l’italien dans une école de langue appelée « Torre de Babele ». Une fois de plus, j’ai été immergée dans la langue et la culture et j’étais très motivée pour apprendre, surtout pour approfondir les relations avec mes nouveaux amis de la Chiesa di fratelli (Église de frères) que j’ai commencé à fréquenter. 

Portugais

L’année suivante, j’ai fait une année de cours de portugais pour hispanophones et, bien que je n’aie pas été immergée dans la culture comme je l’avais été lors des autres expériences d’études à l’étranger, j’ai rapidement appris et je me suis beaucoup intéressée à la langue. 

Swahili

Pendant que je préparais ma maîtrise en études africaines à l’UCLA, j’ai pris deux années de swahili, qui se sont terminées par une école de langue de six semaines à Zanzibar, en Tanzanie. Là encore, les avantages de vivre dans une famille d’accueil, en immersion dans la culture locale, ont été un énorme bonus.

Grec koinè et hébreu biblique

À la faculté de théologie, j’ai suivi deux années de grec koinè et l’équivalent d’une année d’hébreu biblique. Mais au lieu d’apprendre l’hébreu sur les bancs de la fac comme le reste de mes camarades de classe, j’ai eu le privilège de fréquenter une école de langue en Israël où l’on enseignait « l’hébreu biblique vivant ». Grâce à des sketchs, des chansons, des danses, de nombreuses excursions et une écoute active, l’hébreu a pris vie pour moi d’une manière que je n’aurais jamais imaginée pour une langue « morte »! C’était bien plus intéressant que les cours de grec rébarbatifs, où l’on mémorise et régurgite les temps des verbes et les déclinaisons des noms en-dehors de tout lien significatif avec la vie quotidienne des personnes réelles.  

Wolof

Ma dernière aventure dans l’apprentissage des langues a eu lieu lorsque mon mari et moi avons déménagé au Sénégal et avons commencé à apprendre le wolof. Là encore, le fait de baigner dans la culture locale a été un atout pour progresser dans la langue. Mais plusieurs années après notre arrivée au Sénégal, un événement m’a permis de comprendre l’importance d’avoir une vision chrétienne de l’apprentissage des langues. Avec quelques collègues de notre mission, j’ai participé à un cours immersif d’apprentissage des langues de deux semaines qui utilisait une méthode appelée « Growing Redemptive Participator Approach ». 

L’approche Growing Redemptive Participator (GRPA)

Les créateurs de la méthode GRPA sont Greg et Angela Thomson, des missionnaires expérimentés du Canada. Le principe de leur méthode est que les relations sont au centre de l’apprentissage des langues. Ainsi, le but de l’apprentissage d’une langue devrait être de connaître et de grandir avec les autres. Cette approche s’oppose à celle qui consiste à mémoriser et à régurgiter le plus de vocabulaire possible, tout en se confinant dans un bureau stérile au lieu de passer du temps à développer des relations dans la culture d’accueil.

Les Thomson utilisent l’image de l’iceberg pour décrire la façon dont le langage fonctionne dans notre cerveau. Les mots situés à la pointe de l’iceberg sont ces mots, proportionnellement peu nombreux, que nous savons bien utiliser en parlant. Mais sous la surface de l’eau sont enfouis énormément plus de mots de vocabulaire que nous connaissons lorsque nous les entendons, ou que nous pouvons deviner dans un contexte. 

L’objectif n’est donc pas de consacrer d’innombrables heures à mémoriser des listes de mots que nous pourrons placer au sommet de l’iceberg. Ils recommandent plutôt de se consacrer à l’écoute active, afin d’ajouter beaucoup plus de mots à notre lexique, juste sous la surface. Dans le premier cas, il s’agit généralement de passer du temps seul dans son bureau à étudier des fiches, alors que dans le second cas, il s’agit plutôt de passer du temps avec d’autres personnes, de s’engager dans la culture de son pays d’accueil et de pratiquer ses capacités d’écoute. 

L’objectif de l’apprentissage des langues

Selon les Thomson, le but de l’apprentissage d’une langue est d’entrer dans le monde d’autrui et de mieux le comprendre. Greg Thomson dit ceci:

Ce n’est pas une langue à apprendre mais une vie à partager.

Plus que l’acquisition d’une langue, il s’agit de vivre les histoires des gens avec eux. Après tout, c’est exactement ce que Jésus a fait dans son incarnation. Il est devenu comme nous à tous égards, mais sans péché. Philippiens 2.1-11 nous appelle à suivre l’exemple de Christ dans son humilité, et l’un des domaines dans lesquels nous pouvons le faire est la manière dont nous apprenons une nouvelle langue, en particulier dans le but d’exercer un ministère. Cela ne s’applique pas seulement aux missionnaires, mais aussi aux croyants qui s’installent dans un nouveau pays pour leur travail et qui doivent s’intégrer dans leur culture d’accueil afin d’être sel et lumière dans le monde. 

Pour quiconque n’a jamais vécu dans une culture autre que la sienne, sachez que les paroles de Philippiens 2 sont un rappel nécessaire. En effet, il est si facile d’être orgueilleux, impatient, de juger notre culture d’accueil quand elle n’a pas de sens pour nous. De manquer de compassion, de tendresse et de joie. De conclure que leur langue n’a aucun sens, qu’elle est stupide, que le monde serait simplement meilleur si tout le monde parlait ma langue et que je n’avais pas à m’embêter avec toute cette histoire d’apprentissage linguistique.

Cela peut donner l’impression d’une telle perte de temps! Je parle honnêtement, parce que la plupart des gens qui ont passé beaucoup de temps à l’étranger sont confrontés à toutes ces réactions et émotions négatives. Plutôt que de céder à la négativité qui peut tenter tout apprenant en langues, je propose six qualités à cultiver pour ressembler davantage à Christ.

6 qualités d’un apprenant en langues à la manière du Christ

Humilité

La Bible a tellement à dire sur l’humilité. Lorsqu’il s’agit d’apprendre une langue, nous devons être assez humbles pour avoir l’air stupide, pour faire des erreurs, pour être la risée de tous, pour tomber sur la tête. Parce que si nous ne le faisons pas, nous ne pourrons jamais apprendre et grandir.

Il accorde, au contraire, une grâce plus excellente, c’est pourquoi l’Écriture dit: Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. – Jc 4.6

Caractère d’enfant

Cette caractéristique va de pair avec l’humilité. Voulez-vous connaître la raison pour laquelle les enfants apprennent si bien les langues (et beaucoup d’autres choses)? Parce qu’ils sont plus enclins à essayer de nouvelles choses et ne se soucient pas autant de leur statut et de sauver la face. Il est certain que les médias sociaux affectent de plus en plus nos enfants, de sorte que, de plus en plus tôt, ils se soucient de leur image et de leur identité. Mais en général, ce qui est vrai du royaume de Dieu pourrait aussi être dit d’un apprenant de langue qui réussit:

Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point. – Lc 18.17

Enseignable

Ce trait de qualité est similaire aux deux premiers. Est-ce que je viens en tant qu’apprenant ou en tant qu’expert? Mes diplômes et mon acuité intellectuelle me rendent-ils moins disposé à apprendre de ceux qui ne sont pas comme moi? Les missionnaires et les gens d’affaires qui traversent les frontières font souvent partie des personnes les plus instruites de l’Église. Cela peut créer une sorte d’élitisme.

Si je veux apprendre de mes nouveaux amis dans mon nouveau monde, je dois avoir la posture d’un apprenant. Ce sont eux les experts. Ils connaissent leur monde. Et je suis complètement dépendant de mes nouveaux amis en général et de mon partenaire de langue en particulier, pour m’aider à ouvrir les portes de la compréhension de ce monde en étant mon allié, mon défenseur, mon compagnon privilégié. 

Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée. – Jc 1.5

Dieu ne répond-il pas souvent à ces prières en nous envoyant des hommes et des femmes dotés de la compréhension qui nous manque? Louons Dieu pour cela! 

Pérséverant

Dans la formation des missionnaires, on parle souvent de la phase de lune de miel où tout est rose. Mais la phase deux est caractérisée par l’hostilité! La frustration survient lorsque les résultats ne sont pas aussi rapides que nous le souhaiterions, et nous commençons à tout comparer à la « meilleure » façon de faire les choses chez nous.

Les phases suivantes sont l’ajustement progressif, suivi de l’adaptation. À travers toutes ces étapes, nous devons crier à l’Éternel pour qu’il nous aide à persévérer. La ténacité face aux épreuves liées à l’adaptation culturelle est essentielle pour apprendre une nouvelle langue. Dans nos moments de découragement, nous devons nous rappeler le but de notre étude: aimer davantage Jésus en faisant des disciples. Nous ne pouvons y parvenir sans apprendre la langue des gens parmi lesquels nous vivons, que nous soyons immigrants ou missionnaires. 

Ne nous lassons pas de faire le bien; car nous moissonnerons au temps convenable, si nous ne nous relâchons pas. – Ga 6.9

Prompt à écouter

L’apprentissage d’une langue exige énormément d’écoute. Cela ne signifie pas que je doive me contenter d’allumer la radio et d’espérer que je vais comprendre ce qu’ils disent. Cela signifie plutôt que mon attention doit se concentrer davantage sur la compréhension de ce que disent les autres que sur la recherche de la façon de dire ce que je veux dire. Parce que si nous sommes honnêtes, souvent nous écoutons pour répondre, et non pour comprendre. Ou, dit autrement, quand nous parlons, nous nous servons nous-mêmes; quand nous écoutons, nous servons les autres.

Sachez-le, mes frères bien-aimés. Ainsi, que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère. – Jc 1.19

Lent à juger 

Il est si facile de mal interpréter ce que nous voyons lorsque nous ne comprenons pas ce qui est dit. Nous venons d’une culture différente, où les gestes, le langage corporel, les expressions faciales, les traditions et les normes sont différents. Mais si nous ne réalisons pas que nous portons des lunettes à travers lesquelles nous voyons le monde, il nous sera très facile de voir quelque chose qui est dit ou fait différemment et d’en conclure « C’est mauvais » plutôt que « C’est différent. » 

Le premier qui parle dans sa cause paraît juste; vient sa partie adverse, et on l’examine. – Pr 18.17

Un dernier mot pour ceux qui accueillent des apprenants de votre langue

Si votre Église ou votre ville accueille des apprenants de langues provenant des quatre coins du monde, vous avez l’occasion de refléter Christ en faisant preuve de patience alors que ces nouveaux arrivants progressent dans leur apprentissage de la langue. Il peut être difficile d’écouter quelqu’un avec un fort accent, d’essayer de comprendre ce qu’il dit lorsque son vocabulaire est si limité. Mais le fait de manifester une gentillesse et une hospitalité dignes de Jésus-Christ à l’égard de ces apprenants peut être l’occasion de bénir d’autres frères ou sœurs ou de toucher les personnes perdues avec l’amour de Jésus.


Découvrez l’épisode de notre podcast, en lien avec cet article:

Pour aller plus loin:

Angie Velasquez Thornton

En équipe avec son mari Daniel, Angie a servi le Seigneur au Sénégal pendant 10 ans, dans la formation des leaders. Installés à Montréal avec leurs 2 filles depuis août 2017, ils servent à l'Église Baptiste Évangélique Emmanuel et dans l'AEBEQ. Angie est titulaire d'un MDiv de Moody Theological Seminary. Depuis mai 2021, elle coanime le podcast Chrétienne, avec Aurélie Bricaud. Elle est également Responsable du ministère féminin de SOLA (TGC Québec).
Découvre également sa chaîne YouTube par ici.

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