Repentance ou Changement?

Parmi les questions abordées lors de la dernière séance de coordination du comité d’édition Segond 21, l’une des plus complexes a été celle qui touchait à la repentance: fallait-il conserver le mot dans la «21» ou reconnaître le bien-fondé du choix opéré par les traductions plus récentes, qui l’ont totalement ou presque totalement éliminé, ainsi que le verbe associé (Bible en français courant, Bible du Semeur, Nouvelle Bible Segond, Parole de vie)?

Qu’on se rassure tout de suite: il ne s’agissait pas de céder à un simple effet de mode ni de prétendre que l’homme n’avait rien à regretter devant Dieu!

Parmi les arguments pour la suppression du mot ‘repentance’ (en grec metanoia), le fait qu’il est signalé comme « vieilli » par le Robert et comme « littéraire » par le Larousse n’est pas le moindre. Par ailleurs, dans les deux cas, il est défini comme un «regret douloureux» de fautes, sans évocation aucune d’un changement de comportement. C’est notamment pour cela que les versions modernes ont été amenées à éliminer le terme: le mot français «repentance» induit quasi systématiquement un regard vers le passé, alors que son emploi biblique évoque un changement radical orienté vers l’avenir.

Le verbe grec correspondant, metanoein, signifie «penser après» ou «changer de pensée, changer d’avis». Dans la version grecque des Septante, il traduit généralement la racine hébraïque nchm, que l’on peut aussi traduire «se consoler, se venger» et qui a le plus souvent Dieu pour sujet.

Quelques cas où l’homme est sujet du verbe sont à signaler:

  • Job 42.6: la Septante traduit par un verbe signifiant «se liquéfier»;
  • Jérémie 8.6: la Septante utilise metanoein, dans un contexte d’abandon de la méchanceté;
  • Jérémie 31.19: la Septante utilise metanoein, dans un contexte où le regret est exprimé de façon visible.

Ce dernier exemple montre qu’on ne peut exclure la notion de regret de la repentance. Toutefois, ce terme n’évoque pas suffisamment la notion de transformation pour le lecteur moderne. D’un autre côté, il ne possède pas d’équivalent en français (même le repentir ne fait pas l’affaire) et bénéficie d’un certain ancrage culturel qui peut pousser à une réflexion (voir le témoignage ci-après)… Que faire?

Un choix que l’on pourrait qualifier de compromis a été opéré pour la Segond 21:

  • traduire par «changement / changer d’attitude» lorsque cela est possible, le terme «attitude» évoquant à la fois (1) l’intériorité et (2) le comportement extérieur de la personne (Luc 5.32);
  • traduire par la notion de «se détourner de» lorsque le texte précise de quoi il faut se repentir (Apocalypse 9.20);
  • laisser le mot repentance – avec une note explicative, puisque la définition des dictionnaires est insuffisante – lorsque cela paraît la seule traduction adéquate, et notamment lorsqu’une autre occurrence de la racine grecque dans le même passage est traduite par «changer d’attitude» (2 Corinthiens 7.9-10).

La Société Biblique de Genève espère ne pas avoir à se repentir de ce choix…

Viviane André

Née au Nigéria de parents missionnaires avant d'être élevée en partie en France et en partie en Suisse, Viviane André a grandi « entre deux pages de Bible », selon l'expression usuelle. Assez tôt, elle a voulu pouvoir vérifier par elle-même ce qu'on lui enseignait, et elle a donc fait le choix d'étudier les langues anciennes dès le secondaire et jusqu'au niveau universitaire. Elle a ensuite entamé à Vaux-sur-Seine une formation théologique qu'elle a interrompue pour travailler à la Société Biblique de Genève, puis reprise il y a quelques années. A côté de cela, elle aime transposer les textes bibliques et le message de l'évangile sous forme théâtrale avec la troupe étincelle.

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