Faut-il être réaliste ou idéaliste dans nos prédications?

Prendre en compte « l’anatomie de l’âme« 

Jean Calvin a dit un jour que les Psaumes sont « une anatomie de toutes les parties de l’âme » (Commentaire sur le Livre des Psaumes, livre VII) : ils parlent de la vie chrétienne sous trois angles différents: l’idéalisme, le réalisme et l’optimisme. De manière plus générale, c’est toute la Bible qui fait cela. Il est donc important que le prédicateur le fasse aussi!

Si vous prêchez seulement l’aspect idéaliste de la vie chrétienne – du type Romains 8 et son ton triomphant: vous marchez par l’Esprit et vous êtes transformés à l’image de Christ – alors l’amour de Christ devient palpable dans votre cœur. Il se fait plus concret et vous savez que rien ne vous séparera de son amour. C’est un idéal merveilleux.

Créer une tension

Or, si vous enseignez uniquement cela, en oubliant l’aspect réaliste de la foi (la lutte contre le péché, du type Romains 7), alors les croyants qui sont tourmentés par leur propre péché vont se dire: «Je ne pense pas être sauvé; cette victoire qu’on me décrit, je ne peux pas la vivre. La barre est trop haute.»

À l’inverse, si vous prêchez seulement cet aspect réaliste de la vie chrétienne en oubliant le côté idéal, les croyants vont se mettre à penser : «C’est comme ça. Je ne peux rien faire de plus. Ce combat contre le péché durera de toute façon jusqu’à la fin. Je n’ai pas de mal à m’identifier à ce que le prédicateur me dit.»

En effet, avec une prédication qui oublierait l’idéalisme, le croyant n’est plus sollicité ; il ne met pas en pratique cette parole de Paul: «Oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ.» (Philippiens 3.13-14). Il ne recherche plus à grandir en sainteté. Il devient défaitiste ; il se contente de ce qu’il vit, sans comprendre qu’il y a plus à vivre, à découvrir.

Enseigner le réalisme dans l’espérance

Le croyant a aussi besoin d’entendre depuis la chaire un message optimiste sur la vie chrétienne : un jour, je serai saint comme Jésus et lié à lui pour toujours! Je serai son épouse et nous vivrons les noces dans le ciel. Là-bas, au ciel, l’idéalisme glorieux sera rendu parfait par un optimisme éternel.

Si cette vérité n’est pas enseignée, nous pourrions en arriver à rester coincés dans cette vie-ci. Nous planterions nos tentes trop profondément dans le sol en pensant que cette terre est tout ce qu’il y a. La prédication optimiste à propos du futur, elle, nous enseigne que cette vie n’est que l’introduction d’un livre, alors que l’éternité est le livre lui-même. Nous vivons toujours avec un œil tourné vers l’éternité.

J’ai profondément besoin de ce point de vue optimiste sur ma destinée éternelle, pour savoir que Dieu accordera toutes choses en ce grand jour ; oui, j’entrerai dans la joie du Seigneur!

Voilà pourquoi, en tant que prédicateur, je dois enseigner ces trois choses : le réalisme, l’idéalisme et l’optimisme.


Merci à Cédric Jung pour la traduction de cet article.

Joel Beeke

Joel R. Beeke est Président du Puritan Reformed Theological Seminary, où il est également professeur de théologie systématique et d'homiléthique. Il est également pasteur de l'Eglise Heritage Reformed Congregation à Grand Rapids (Michigan) et Rédacteur en chef de Banner of Sovereign Grace Truth.

https://www.crossway.org/authors/joel-r-beeke/

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