Pourquoi vous devriez lire « Réjouissez-vous et tremblez » de Michael Reeves

La crainte de l'Éternel est souvent un enseignement négligé à notre époque moderne. Nous supposons à tort que le contraire de l'amour est la crainte, et que nous ne pourrions pas avoir les deux dans une relation avec Dieu. Michael Reeves dissipe la confusion de ce paradoxe en emmenant ses lecteurs dans un voyage à travers la Bible. Son but est de nous faire découvrir que l'Évangile nous libère de la peur, tout en nous apprenant la crainte de l'Éternel. À tous ceux qui ont lutté avec ces deux concepts, ce livre est pour vous.

À propos de l’auteur 

Le Dr Michael Reeves est président et professeur de théologie à l’Union School of Theology, au Royaume-Uni. Je l’ai découvert pour la première fois grâce à son ouvrage fondamental, Le Dieu inconcevable: entrer dans l’intimité du Père, du Fils et du Saint Esprit. D’une manière simple et pastorale, Reeves présente à ses lecteurs la doctrine de la Trinité. Bien que cet article ne soit pas une critique de son livre le plus connu, je le recommande vivement à toute personne désireuse de mieux comprendre et d’entrer dans une communion plus profonde avec notre Dieu trinitaire. 

Une ère de peur

Reeves commence son livre en ancrant le concept de la peur dans notre contexte culturel. Il affirme que cette génération est marquée par la peur. Les politiciens en tirent profit et les éducateurs quant à eux, créent des « espaces sûrs » pour protéger les étudiants des points de vue opposés ou des critiques. L’augmentation des niveaux d’anxiété, plutôt que de pousser les gens à se tourner vers Dieu pour trouver des réponses, nous a conduits à médicaliser la peur.

S’inspirant du puritain John Flavel, il affirme:

« L’anxiété croît le mieux dans le sol de l’incrédulité. Elle se fane au contact de la foi. La foi, quant à elle, est nourrie par la crainte de Dieu. » p. 25

Définition de la crainte

Ensuite, Reeves explique la différence entre la crainte que Dieu désire de son peuple, et la crainte de Dieu qui est un péché. Il compare la crainte que Martin Luther avait de Dieu avant sa conversion, qui se traduisait par la haine, à la crainte de Dieu qui s’est avérée être un réconfort après sa nouvelle naissance.

À la base, la crainte pécheresse considère Dieu comme un juge vengeur plutôt que comme un ami et un père compatissant. Le remède consiste à rejeter la crainte qui nous fait fuir loin de Dieu et à embrasser plutôt la crainte extraordinaire qui nous gagne et nous attire vers Dieu.

L’auteur discute ensuite des termes courants que les chrétiens utilisent comme synonymes de la crainte du Seigneur: émerveillement, respect, révérence. Selon Reeves, bien que ces termes définissent tout ce que signifie « craindre Dieu », ils ne parviennent pas à saisir la plénitude de ce que signifie « craindre l’Éternel », selon l’Écriture. Il suggère qu’une réponse appropriée à Dieu, produise une crainte qui s’accompagne d’amour et de joie:

Car la nature du Dieu vivant signifie que la crainte qui lui plaît n’est pas une crainte rampante et rétractée. Il n’est pas un tyran. C’est une extase d’amour et de joie qui sent à quel point Dieu est bon et magnifique, bon et vrai, et qui s’appuie donc sur lui dans une louange et une foi stupéfiantes. – p. 67

Craindre le Créateur vs. craindre le Père

S’inspirant de la distinction faite par Jean Calvin dans son Institution, entre la connaissance de Dieu Créateur et la connaissance de Dieu Rédempteur, Reeves fait une distinction similaire entre la crainte de Dieu Créateur et la crainte du Dieu Rédempteur en Christ.

La première ne peut produire de la joie sans la seconde. En effet, la contemplation de la création à elle seule révèle la puissance du Créateur, ce qui entraîne la crainte, l’émerveillement, et l’effroi. Mais seule la contemplation du Rédempteur peut nous libérer d’une telle terreur, et nous conduire à la crainte et à la joie pieuses et filiales de notre Créateur.    

Si l’identité essentielle de Dieu est celle du Créateur, du Souverain, alors il a besoin d’une création à gouverner pour être ce qu’il est. Mais Dieu existe pour l’éternité, sans même avoir été créé. Il existe en toute autosuffisance et ne dépendant de rien pour être ce qu’il est… Et dans ce cas, soutient Athanase, nous ne pouvons pas parvenir à une véritable connaissance de qui est Dieu en lui-même, simplement en le regardant en tant que Créateur.

Nous devons écouter la manière dont il s’est révélé, et il s’est révélé dans son Fils, faisant connaître cette révélation dans toutes les Écritures. Notre définition la plus fondamentale de qui est Dieu découle du Fils qui le révèle… Par le Fils, nous voyons derrière la création l’identité éternelle et essentielle de Dieu. C’est comme si, par Christ, nous entrions par la porte d’entrée de la maison de Dieu pour voir qui il est, au travers de ce qu’il fait. – p. 93

La crainte filiale enracinée dans la justification

Au cœur de la crainte filiale se trouve une bonne compréhension de la justification. Thomas d’Aquin enseignait que la crainte filiale impliquait la crainte d’être séparé de Dieu et de perdre notre salut. Les réformateurs, cependant, ont enseigné que le croyant ne peut pleinement embrasser la crainte et l’amour du Père que lorsqu’il est saisi par la crainte de perdre, non pas son salut, mais plutôt sa communion intime avec lui. Et c’est une crainte de Dieu que le Fils lui-même partage avec nous (És 11.1-3):

La crainte filiale que le Fils partage avec nous est bien différente de la peur de Dieu et de son châtiment, qu’éprouve le pécheur. C’est une adoration de Dieu qui craint le péché lui-même, et pas seulement son châtiment, car il en est venu à chérir Dieu et donc à détester tout ce qui est impie. Comme le dit Calvin, « l’esprit pieux » se retient de pécher, non pas par la seule crainte du châtiment, mais parce qu’il aime et révère Dieu comme Père, il l’adore et le vénère comme Seigneur. Même s’il n’y avait pas d’enfer, il frémirait à l’idée de l’offenser, lui seul. – p. 103

Recherchez la crainte de l’Éternel

J’ai pris plaisir à lire Réjouissez-vous et tremblez. Il a surtout apporté de la clarté à un sujet que j’ai toujours embrassé, mais que je n’ai pas toujours bien compris. Il m’a rappelé l’amour et la joie que nous trouvons en Christ lorsque nous recherchons une crainte appropriée de l’Éternel. Si vous voulez en savoir plus sur cette crainte et la façon de la cultiver dans votre vie, je vous recommande ce livre sans réserve.

Vous le trouverez ici au Canada et ici en Europe.

Pour aller plus loin:

Angie Velasquez Thornton

En équipe avec son mari Daniel, Angie a servi le Seigneur au Sénégal pendant 10 ans, dans la formation des leaders. Installés à Montréal avec leurs 2 filles depuis août 2017, ils servent à l'Église Baptiste Évangélique Emmanuel et dans l'AEBEQ. Angie est titulaire d'un MDiv de Moody Theological Seminary. Depuis mai 2021, elle coanime le podcast Chrétienne, avec Aurélie Bricaud. Elle est également Responsable du ministère féminin de SOLA (TGC Québec).
Découvre également sa chaîne YouTube par ici.

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