L'antisémitisme est bien présent dans notre société. Qu'en est-il de l'Église? Devrait-on nous en préoccuper? Florent est accompagné de deux amis pour en discuter.
Un pasteur vous répond: le podcast de Florent Varak qui t’aide à mieux comprendre la Bible une question à la fois.
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La question de cet épisode, c’est moi qui la pose: les chrétiens sont-ils concernés par l’antisémitisme?
C’est un thème important, solennel, que je voudrais aborder. Je voulais l’aborder depuis la sortie du livre sur l’antisémitisme publié chez Excelsis sous la direction d’Étienne Lhermenault, un excellent ouvrage que je vous encourage à lire et à consulter. Et hélas, nous allons le voir, l’actualité, très régulièrement, nous rappelle cette réalité. Et c’est une réalité qui concerne les chrétiens, c’est en tout cas ma conviction.
Je suis accompagné de deux amis qui se sont penchés sur cela à plusieurs reprises. Ce sont des amis qui étaient membres de l’Église dont j’ai été le pasteur pendant de nombreuses années. D’un côté, je suis heureux de vous présenter Vincent Réveillé-Borgelat, médecin à la retraite. Sur ce podcast, il a publié deux livres aux éditions Clé: l’un sur la mort et l’autre sur l’éthique, un excellent ouvrage, Petit manuel d’éthique. Il est allé en Israël à plusieurs reprises et est passionné par le thème, à la fois théologique, éthique et sociétal, lié à la vie d’Israël et à la vie des Juifs.
François Blaume est également avec moi sur ce podcast, un ami de longue date également. Il est à la retraite après une carrière efficace dans le monde des finances et de l’entreprise. François est également membre du Comité européen de Juifs pour Jésus et je suis très heureux de vous accueillir tous les deux sur le plateau de Un pasteur vous répond. Bonjour!
Florent: Alors, je sais que le thème est solennel, et on va rentrer directement dans cette thématique avec, pour toi François, cette question: la question de l’antisémitisme revient régulièrement dans les médias. Faut-il s’y intéresser, et pourquoi y a-t-il une résurgence de l’antisémitisme et une progression? François, toi la parole pour répondre à ta question.
François: Florent, Je vais utiliser les résultats d’une enquête réalisée par l’IFOP très récemment, et publiée le 26 janvier 2022 par le journal Le Parisien, qui dresse un constat chiffré et glaçant sur l’ampleur de l’antisémitisme en France aujourd’hui : blagues sur les Juifs, agressions physiques et verbales, insultes, profanations de cimetières, atteintes aux personnes jusqu’à l’assassinat.
Et encore récemment, malheureusement, au milieu du mois de mai à Lyon, une personne âgée de 90 ans a été balancée du 17e étage par son voisin musulman.
Les stéréotypes à l’égard des Juifs sont toujours aussi présents aujourd’hui dans notre société. Presque un Français sur trois pense que les personnes juives sont plus riches que la moyenne. Et pour renforcer ce constat, un Français sur quatre pense que les citoyens juifs sont trop présents, et plus présents que tous les autres, dans les médias et la finance.
Et tout cela est particulièrement faux, puisque la population juive française n’est statistiquement absolument pas différente du reste de la population : pas plus pieuse, pas plus riche, et on pourrait dire, aussi tout aussi pauvres que les autres.
64 % des Français, en général, estiment que l’antisémitisme est un sentiment répandu, et 71 % que c’est un phénomène répandu. Les deux mots ont une nuance différente, mais ce sont deux chiffres élevés qui démontrent la banalité de ce sentiment, de l’antisémitisme en France.
Et le premier des lieux où sont vécues les insultes et signes antisémites, c’est l’école. 18 % des parents révèlent que leur enfant a été agressé physiquement à cause de sa confession juive. Et dans plus de 60 % des cas, les insultes antisémites sont vécues au collège, au lycée ou à l’université. Et on pourrait dire, à l’université, que les mouvements du wokisme et le racialisme, aujourd’hui, ne sont pas étrangers à ce phénomène de l’antisémitisme dans les universités.
L’auteur de cette étude, Dominique Régnier, a ajouté: quel contraste entre le discours sur l’école et sa fonction d’intégration, de partage des valeurs, et cette réalité où l’école est un endroit dangereux pour les enfants juifs! C’est réellement un échec politique.
Quand on va au-delà, 68 % des Français juifs déclarent avoir subi des moqueries et des vexations, et 20 % de la communauté juive déclarent avoir été victimes d’agression physique. Un constat qui explique pourquoi près d’un Français juif sur deux garde secrète sa religion juive lorsqu’il est dans un cercle social, que ce soit l’entreprise ou amical.
Ce pourcentage augmente à 63 % lorsque la personne en question a subi une agression.
Quand on va au-delà de tout cela, 44 % des Français interrogés ne se souviennent plus des attentats antisémites qui se sont passés en France durant les 15 dernières années: l’attentat de Toulouse de mars 2012, où trois enfants juifs, dont deux avec leur père, de la famille Sandler, ont été assassinés par un islamiste — 44 % ne s’en souviennent plus. 50 % n’ont jamais entendu parler de l’affaire Mireille Knoll, cette vieille dame qui a été assassinée à Paris par son voisin musulman alors que la police était derrière la porte: elle n’est pas intervenue. Et qu’en est-il de Ilan Halimi, qui a été torturé pendant trois semaines? Ou Sarah Halimi, cette vieille dame qui a été assassinée et balancée par la fenêtre de son appartement? Et qu’en est-il des clients de l’Hyper Cacher, attentat qui a eu lieu le lendemain de l’attaque du Bataclan?
53 % des Français interrogés ne se sentent pas personnellement préoccupés par l’antisémitisme en France, et ça, c’est le chiffre vraiment catastrophique.
Et dans la conclusion de cette étude, les chercheurs veulent rappeler qu’entre un quart et un tiers de nos citoyens partagent ces préjugés antisémites. Cette nouvelle radiographie de l’antisémitisme confirme sa persistance au cœur de la société française.
Et pour en venir plus précisément à nos frères chrétiens, qu’en est-il dans nos églises? J’ai vécu personnellement une discussion avec un frère de notre assemblée, malheureusement, qui m’a un jour dit — pas si éloigné — que les Juifs avaient pour objectif de dominer le monde et qu’il ne fallait que voir l’influence, par exemple, de la société Goldman Sachs au travers de tous les conseils financiers qu’elle peut donner.
L’affirmation de ce frère trouve son origine probablement — mais même certainement — dans le Protocole des Sages de Sion, qui est un pamphlet antisémite des années 1920, qui a inspiré naturellement Hitler et qui inspire aujourd’hui l’Iran dans sa haine antisémite.
Pour contredire l’affirmation de ce frère en ce qui concerne Goldman Sachs: Goldman Sachs est une entreprise comme les autres. Elle emploie des personnes très diverses, que ce soit au titre de leur couleur de peau, de leur religion, de leur origine géographique et de leur genre.
Et donc, c’est l’idée qui se perpétue même au sein de nos églises potentiellement. C’est très grave.
Et la question qui se pose alors pour nous, chrétiens croyants évangéliques, c’est de répondre à la question: sommes-nous concernés, préoccupés, inquiets de ce triste phénomène séculaire qui perdure en France aujourd’hui? Et comprenons-nous que les chrétiens évangéliques pourraient être la cible suivante de ceux qui s’attachent à détruire le peuple juif aujourd’hui?
Comme cela était pendant la Shoah, entre 1939 et 1945, si nous ne faisons rien, rien ne nous protégera. Et j’aimerais rappeler à ce titre ce qu’a dit le pasteur Niemöller, qui est un pasteur de l’Église protestante allemande au moment du nazisme, qui s’est opposé au nazisme, et qui a dit: lorsque les socialistes ont été arrêtés, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas socialiste; lorsque les syndicalistes ont été arrêtés, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas syndicaliste; lorsque les Juifs ont été arrêtés, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas juif; mais lorsqu’on est venu m’arrêter, il n’y avait plus personne.
Et donc, j’aimerais terminer sur cette phrase d’Albert Einstein: le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.
Florent: La litanie est dure à entendre. Elle place la réalité devant nos yeux. Merci François d’en avoir balayé un peu les éléments les plus saillants. Alors, après, ce qu’on peut en faire, on va regarder cela plus à la fin de ce podcast.
Mais Vincent, moi j’aimerais que tu nous expliques un peu quelle est la responsabilité, ou comment l’antisémitisme s’est manifesté au cours de l’histoire de France. Parce que notre histoire est compliquée et complexe: il y a eu des belles choses, il y a eu des mauvaises choses, comme l’histoire de toutes les nations. On a une tradition antisémite dans notre pays.
Vincent: Alors, la question est intéressante. J’ai commencé par répondre aussi par une citation de Churchill qui a dit: « Un peuple qui oublie son histoire est obligé de la revivre. » Et on peut se poser la question, en français: y a-t-il eu de l’antisémitisme en France dans notre histoire? La première réponse, oui, probablement, c’est la Deuxième Guerre mondiale. Mais c’était la responsabilité des nazis…
Enfin, quand on regarde ce qui s’est passé, on s’aperçoit que très rapidement après l’institution de l’État français, c’est-à-dire le gouvernement qui a fait suite à la Troisième République après la défaite de juin 40, il y a eu des lois antijuives qui ont été promulguées avec ce qu’on appelle la définition du statut des Juifs, dès octobre 1940.
Par exemple, c’était l’exclusion des Juifs de la fonction publique. Les Juifs ne pouvaient pas être employés dans l’armée ou être enseignants, et ceux qui l’étaient étaient révoqués. Quelques mois plus tard, on a étendu ça à d’autres professions, par exemple l’interdiction d’exercer une profession libérale, une profession industrielle. Et ça, c’était des décrets du gouvernement français.
Et deux éléments encore dans cette histoire récente, qui est peut-être encore de la mémoire des gens: le port de l’étoile jaune, qui a été demandé par les nazis mais qui était appliqué par l’État français; et puis, peut-être, ce qui est une des taches les plus sombres de l’Histoire de France, et dont on va commémorer cette année, en juillet, les 80 ans, c’est la rafle du Vél’ d’Hiv, avec quasiment 15 000 Juifs arrêtés en deux nuits, sur décision de l’État français et avec la participation de la police française.
Donc l’antisémitisme, avec l’expulsion de Juifs du territoire, la déportation de Juifs qui vont mourir en déportation, n’est pas le fait simplement des nazis: c’est aussi le fait du gouvernement français.
C’est vraiment un peu plus de l’histoire. Je ne suis pas certain que les gens se rappellent d’autres phénomènes. Alors, je vais simplement citer, par exemple, l’affaire Dreyfus, qui remonte à 1894, où un officier français, Alfred Dreyfus, est condamné pour haute trahison et envoyé au bagne à Cayenne alors qu’il n’était pas coupable. Mais il avait quelque chose qui le désignait comme coupable: le fait qu’il était juif.
Et quand il a été dégradé en place publique, il y a eu dans la foule des gens qui ont crié: « Mort aux Juifs! » Et il faut savoir que c’est en entendant cette réaction de « mort aux Juifs » que Théodore Herzl s’est dit: l’intégration des Juifs en France ou en Europe n’est pas possible; il faut un territoire spécifique pour les Juifs. Et ce qui, quelques années plus tard, donnera la création de l’État d’Israël.
Pourquoi? Parce qu’effectivement, depuis la Révolution française, en 1791, les Juifs étaient intégrés en France, et d’autres pays ont suivi en Europe, parce qu’avant ils n’étaient pas intégrés. J’ai bien dit 1791: or la Révolution française date de 1789, et pendant deux ans encore, les Juifs étaient des citoyens de seconde zone, et ça n’a pas choqué au début nos révolutionnaires.
Et pourquoi il y avait cette mise à l’écart des Juifs? Parce que toute l’histoire depuis la création de la France — on peut partir de Clovis à peu près — est remplie de mises à l’écart des Juifs, soit par une stigmatisation avec l’obligation de porter des signes distinctifs: un chapeau, ou en France la rouelle. Et ça, ça avait été décidé par un concile de l’Église.
Et en France, on a choisi Saint Louis. Saint Louis, c’est un saint, a priori. Eh bien non: il a demandé que les Juifs portent un rond jaune devant et derrière leurs vêtements pour rappeler que c’étaient des Juifs.
D’autres marques de stigmatisation, c’est l’interdiction de pratiquer certaines professions, en particulier d’être agriculteurs, d’être artisans, même de posséder des biens. Ça rappelle tout ce qui s’est passé en 40: ce que je viens de dire — l’étoile jaune, la rouelle, interdiction des professions — ce qui fait que les Juifs du Moyen Âge et du début de l’ère moderne étaient cantonnés dans les professions plutôt intellectuelles: médecins, financiers. Et après, on leur a reproché… mais ce n’était que la conséquence des décisions prises par les rois de France, très influencés par l’Église.
On s’aperçoit aussi qu’un certain nombre de massacres… régulièrement, les Juifs ont été massacrés. Alors d’abord, on se rappelle peut-être qu’au moment de la première croisade, prêchée à la fin du XIe siècle, comme pour mériter d’aller jusqu’à Jérusalem, les croisés pouvaient commencer par tuer des Juifs en France, et sur l’ensemble du trajet de croisés, il y a eu des meurtres de Juifs régulièrement.
On accusait les Juifs de tous les maux de la société. On a brûlé leurs livres parce que c’étaient des livres démoniaques, ce qu’on appelle les autodafés. On les a accusés d’être responsables de la peste, alors qu’il faut savoir que beaucoup moins de peste que chez la population générale. C’est pour ça qu’on les accusait d’être responsables de la peste: parce qu’eux se contentaient d’appliquer les règles d’hygiène de la Bible.
Et puis il y a eu, par moments, quand il fallait, pour unir une population, désigner des boucs émissaires: eh bien on brûlait en place publique des Juifs. On ne les brûlait pas un par un: c’étaient des massacres de plusieurs centaines de Juifs, à Bordeaux, à Toulouse ou ailleurs.
Donc voilà: la position des Juifs a longtemps été d’être une population qui était méprisée, persécutée.
Et autre signe de cette persécution: ce sont des expulsions régulières du royaume de France. L’expulsion avait deux intérêts pour le pouvoir: il se débarrassait des Juifs pour faire plaisir à la population, et récupérait l’argent. Les spécialistes estiment que de 613 à 1724, il y a eu 13 expulsions et spoliations de Juifs dans le royaume de France.
Donc vous voyez: on voit bien que l’histoire de la relation du peuple juif avec le peuple français est parsemée de situations dramatiques.
On peut se poser la question: est-ce que c’est spécifique à la France, à cette période? Alors, si on cherche bien dans l’histoire, on s’aperçoit que, dès la Bible, il y a un épisode où il y a une volonté de génocide, de détruire le peuple juif: c’est dans le livre d’Esther, avec Haman. On sait bien qu’Antiochus Épiphane a aussi voulu faire disparaître le peuple juif.
Mais quand on voit l’histoire de la France, ou l’histoire de l’Europe en général, on s’aperçoit que les décisions politiques prises étaient souvent l’application pure et simple de décisions de conciles de l’Église.
Maintenant, c’est moi qui vais te poser une question, Florent: cet antisémitisme, qui apparaissait, qui semblait être des décisions d’Église, nous pose la question: est-ce que l’Église, dans son histoire, ou sa théologie, a une responsabilité sur le fait même de l’antisémitisme et sa prolongation jusqu’à nos jours?
Florent: Oui. Alors effectivement, tu mets le doigt sur quelque chose qui est absolument odieux et tragique dans l’histoire de la chrétienté: il y a une immense responsabilité de la chrétienté à l’égard de cette attitude vis-à-vis des Juifs.
Parce qu’il faut bien réaliser qu’au début de l’ère chrétienne, la foi chrétienne est juive: Jésus est juif, les milliers des premiers disciples sont juifs. Et d’ailleurs, les relations sont compliquées, parce que le judaïsme de l’époque est fracturé, comme il est d’ailleurs aujourd’hui, mais fracturé en différentes factions: certaines très traditionnelles, qui veulent défendre une tradition orale, une manière de voir la foi telle qu’eux l’ont codifiée.
Et Jésus vient renverser cela dans son propos, dans son exemple. Il vient aussi confronter l’hypocrisie des religieux — il le ferait des pasteurs aujourd’hui. Il n’y a en cela aucun jugement qui ne peut pas être, de toute façon, de l’antisémitisme, puisque lui-même est juif.
Il faut réaliser aussi que le christianisme sera persécuté par Rome et par les autorités diverses tout au long de ces premiers quatre siècles d’existence. L’Évangile s’est propagé sans armes, sans coercition, sans quoi que ce soit, au travers de la population juive, et ensuite au-delà de la population juive, par le témoignage de l’amour, la proclamation de l’Évangile, et par le témoignage de vie — et je voudrais souligner cela: sans qu’il y ait la moindre poussée militaire, coercitive, policière, jusqu’au IVe siècle.
Et à partir du IVe siècle, la chrétienté de l’époque s’est profondément modifiée, et je crois que cela a permis l’émergence de l’antisémitisme. Et je voudrais souligner trois raisons fondamentales de cette émergence.
Premièrement, au fil des siècles, l’Église a cessé de prêcher une foi personnelle rayonnante, pour une religion d’appareil, de pouvoir. Elle a cessé de réfléchir bibliquement, pour remarquer avec la Bible que l’on ne naît pas chrétien, mais que l’on le devient. Ce n’est pas parce qu’on a été baptisé à partir d’un pays, d’un État, que l’on est chrétien, mais que cela doit être un choix de repentance personnelle, de conviction de péché, et de conviction que Jésus est mort pour soi.
Et petit à petit, ces discussions qui avaient lieu entre une foi qui se veut universelle — Jésus est le Messie de toutes les nations — il y avait des discussions un petit peu envenimées parfois avec les autres philosophies, spiritualités, religions, y compris avec la religion juive.
Et petit à petit, alors que le christianisme devient politique, il ne devient plus possible d’avoir des opinions différentes, et le christianisme va imposer la foi chrétienne… la chrétienté va imposer la foi chrétienne sous peine de confiscation de ses biens. L’édit de Thessalonique, en 380, va imposer des vagues de conversion ou de persécution. Et c’est un énorme renversement de la théologie biblique.
Deuxième influence: grosse transformation théologique. L’Église a cessé de se voir comme un projet nouveau greffé sur le judaïsme — distinct du judaïsme — mais plutôt à se voir comme le remplacement d’Israël. Et avec ce glissement, l’Église n’était plus le rassemblement de disciples, mais le miroir chrétien d’Israël: un peuple qui vivait sur un territoire, avec un dieu, une théocratie.
Et puisque, dans la théocratie de l’Ancien Testament, il fallait punir ceux qui adoraient les idoles, la perception a été d’incorporer cette notion à la chrétienté devenue donc un État politique.
Et troisième influence, qui a suscité — et je crois que tu l’as citée, ou l’un ou l’autre, je ne sais plus — la fausse doctrine qui accuse les Juifs d’être le peuple déicide, c’est-à-dire le peuple qui a tué Dieu. Rien que ça.
C’est une erreur, une folie: personne ne peut tuer Dieu, d’abord. Et puis, deuxièmement, la Bible est explicite: le psaume 2 annonce, dans la bouche de David, que ce sont toutes les nations qui se sont liguées contre le Messie. Ce n’est pas la nation d’Israël qui s’est liguée contre son propre Messie: ce sont toutes les nations — Rome autant que les Juifs de l’époque, la nation juive de l’époque, pas « les Juifs ».
Et d’ailleurs, en faisant cela, ils ont accompli un plan qui était millénaire. C’est pour ça que la notion de peuple déicide est absolument stupide et théologiquement insensée.
Genèse 3.15 annonçait qu’un enfant naîtrait d’une femme, et que cet enfant écraserait le diable, mais que celui-ci lui mordrait le talon: donc cet enfant devait mourir.
Ésaïe 53 l’annonce également: c’est un prophète du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, et il dit à propos du Messie qui viendrait: « Certes, ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé… » — une prophétie qui annonce précisément que c’est l’intention de Dieu que ce Messie meure, qu’il meure pour la nation juive et pour toutes les nations, pour tous ceux et toutes celles qui lui feraient confiance, pour le pardon des péchés.
D’ailleurs, le Nouveau Testament s’éloigne totalement de cette notion de peuple déicide: les apôtres prient à un moment donné et disent: « En vérité, contre ton saint serviteur Jésus, à qui tu as donné l’onction, Hérode et Ponce Pilate se sont ligués dans cette ville avec les nations et avec les peuples d’Israël, pour faire tout ce que ta main et ton conseil avaient déterminé d’avance. » Actes 4.27-28.
Donc il y avait un plan: que le Messie meure. Il devait mourir en sacrifice pour les péchés, lui, le Messie d’Israël, le Serviteur souffrant, qui viendrait un jour régner pour apporter la paix tant attendue.
Et je voudrais souligner, parce que ce sont ces trois raisons qui expliquent l’antisémitisme que l’on trouve régulièrement dans la chrétienté… Moi, mon père, parce que je suis juif de par mon père: mon père, quand il était enfant à l’école — et ça l’a profondément marqué contre le christianisme, on peut le comprendre — s’est entendu dire par la maîtresse: « Nous avons dans notre classe le fils de la nation qui a tué notre Seigneur Jésus-Christ. » Et tous les regards se sont tournés vers lui, qui n’était absolument pour rien dans cette affaire.
Il a connu une honte immense, et il ne savait même pas qui était Jésus. Il était dans une école catholique, mais il ne savait même pas qui est Jésus. Et plutôt que d’être attiré par lui, il a été profondément éloigné de lui.
Donc oui, il y a des causes à placer sur le dos de la chrétienté, mais certainement pas sur le dos du Nouveau Testament et des premiers chrétiens qui étaient — comme je voudrais le souligner — tous juifs.
Florent: Par rapport à ce que tu viens de nous dire, pourquoi est-il aujourd’hui plus particulièrement important de parler de l’antisémitisme à des croyants chrétiens évangéliques, et quels problèmes l’antisémitisme nous pose-t-il en tant que croyants?
Parce qu’en réalité, ce que je comprends, c’est que c’est le combat des siècles: Dieu a aimé Israël, il en a fait son peuple élu. Et si je comprends bien Romains 9 à 11 — donc Romains, c’est une lettre du Nouveau Testament, chapitres 9 à 11 — Dieu a toujours un plan pour Israël, et ce plan se réalisera.
S’opposer aux Juifs, les haïr ou les tuer, c’est s’opposer au Dieu qui les aime et qui a un plan pour eux. La haine des Juifs et d’Israël est profondément satanique. Donc ça nous intéresse et ça doit nous intéresser en tant que croyants évangéliques.
Alors Vincent, tu as parlé de… effectivement, dans la bouche d’Haman, qui susurre au roi Xerxès — il y a 26 siècles maintenant, c’est long, il y a longtemps — « il y a un peuple à part »; je cite la Bible: « Il y a un peuple à part, ils sont partout, infiltrés parmi tous les peuples, dans toutes les provinces de ton royaume; leurs lois les distinguent de tout peuple, et ils n’exécutent pas les lois du roi; il ne vaut rien pour le roi de les laisser en repos. »
C’était il y a 2600 ans, et c’est le combat des siècles qui se perpétue: cette notion qu’il y a un peuple à part. Oui, c’est Dieu qui l’a choisi, mais qu’il serait hors des lois: c’est faux; et qu’il serait dangereux: c’est faux.
L’histoire le montre: le danger, c’est plutôt eux qui l’ont vécu.
Il y a un passage sidérant que l’on trouve dans l’Apocalypse — alors malheureusement, on n’a pas le temps de le développer, parce que le podcast est court, mais vous pouvez écouter le podcast 198 qui est consacré à cette question: « Est-ce que Marie est la femme d’Apocalypse 12? »
Mais ce texte, Apocalypse 12, est fascinant parce qu’il nous montre une femme qui accouche d’un bébé, et on voit que ce bébé meurt, il ressuscite, et il domine sur toute la terre: c’est facile à identifier, c’est Jésus, le Messie.
Et cette femme, elle est revêtue du soleil — là, je cite la Bible — la lune sous les pieds, et une couronne de douze étoiles sur la tête.
Alors là, ce n’est pas trop à quoi ça correspond: nos amis catholiques disent « ah, ça c’est Marie ». Mais une règle d’interprétation, c’est d’interpréter la Bible par la Bible. Et en parlant du soleil, de la lune et des étoiles, on se souvient du rêve qu’avait fait Joseph: Joseph, l’un des douze frères, qui donneront ensuite les douze tribus d’Israël, avec son père et sa mère, fondateurs, en quelque sorte, de la dynastie, du clan, de la famille d’Israël.
Et ce qui est intéressant, c’est qu’Apocalypse 12 nous montre que le diable cherche à détruire non seulement la descendance de ce fils — et je crois que ce sont les disciples de Jésus — mais également cette femme qui a accouché du Messie.
Et en cela, la haine des Juifs doit être comprise comme une tendance particulière du monde, d’inspiration satanique, une tendance de la chair.
Alors je ne parle pas ici d’une couverture idiote de tous les Juifs: un Juif qui est un criminel est un criminel, qu’il soit juif ou qu’il ne soit pas juif, et la question ne se pose pas. On parle de ce stéréotype que l’on a évoqué, qui donne à cette population une sorte d’aura négative.
Jésus précise: « Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis. » Tu as vraiment un plan pour Israël. Ce plan, probablement, est en train de se remettre en marche, en quelque sorte, depuis le retour des Juifs dans leur Terre sainte.
Plusieurs prophéties parlent d’un jour où leurs yeux s’ouvriront sur la beauté de la promesse qu’il aurait faite en Yeshua, le Messie. Mais là, je ne veux pas rentrer trop dans ce détail: ce n’est pas le sujet de ce podcast.
Mais pour répondre à la question que tu posais, François: je pense que l’antisémitisme concerne vraiment les chrétiens, les chrétiens évangéliques, justement parce qu’il est d’influence satanique comme toutes les formes de haine, mais celle-ci est particulière dans le sens où elle cherche à briser l’œuvre de Dieu à l’égard…
Très bien. Peut-être qu’on peut terminer: j’ai simplement une petite phrase à lire, qui a été faite et écrite par Martin Luther King, et qui dit: « Vivons ensemble comme des frères, ou nous finirons comme des fous. »
C’est une belle marque.
Alors, peut-être, on pourrait se poser — je terminerai là-dessus — quelle attitude les chrétiens évangéliques peuvent avoir vis-à-vis d’une personne juive, en particulier, et de la communauté juive en général?
La première chose qu’il faudrait faire — et le faire de façon intentionnelle — c’est que les chrétiens doivent aimer les Juifs de manière pratique: saluer, offrir une carte au moment des fêtes juives, renseignez-vous sur les calendriers particuliers du judaïsme, et puis exprimer de l’affection, du respect.
Deuxièmement, les chrétiens doivent prier pour les Juifs et pour leur salut. Alors je sais, ça va susciter beaucoup de débats: il y a d’autres podcasts que j’ai faits, notamment avec Jeannette et Turnil, de Juifs pour Jésus, sur cette question. Mais on doit prier pour ce peuple, pour sa protection et pour cette réalisation du salut complet que Yeshua est prêt à apporter à son peuple.
Troisièmement, les chrétiens doivent reconnaître, renoncer et s’opposer à l’antisémitisme de manière pratique. On doit s’interdire certaines blagues qui ne sont ni édifiantes et qui véhiculent ou entretiennent une perspective d’un peuple à part, douteux, un peu comme ce que j’ai cité d’Haman. On doit reconnaître que ça existe dans le cœur, que ça existe dans l’Église, que ça existait dans notre histoire. Et on doit s’en séparer.
Toute honte à Luther, le réformateur: on doit aussi avoir ce bémol, c’est un homme qui n’avait pas tout compris et qui a fait aussi beaucoup de mal.
Et puis quatrièmement, il serait antisémite de ne pas parler de Yeshua aux Juifs, dans le sens où Jésus est le Messie qui accomplit toutes les promesses faites à Israël. Alors je sais, mes amis juifs disent: « Ah non, non, il n’y a pas la paix encore. » La paix viendra dans un deuxième temps: il y a le Serviteur souffrant, il y a le Serviteur régnant. C’est des choses que j’ai abordées dans différents repères.
Et on ne doit pas se dire, par sentimentalisme: « Alors, parce que les Juifs sont si précieux aux yeux de Dieu, on ne va pas leur parler de la Bonne Nouvelle. » Non: au contraire, parce qu’ils sont précieux aux yeux de Dieu, on va leur parler de la Bonne Nouvelle, et évoquer avec respect, dans la liberté de l’accepter ou de ne pas l’accepter, la Bonne Nouvelle qui est en Jésus.
Je me souviens: je distribuais des tracts avec Juifs pour Jésus à Lyon lors d’une fête de la ville. Il y a une femme juive qui a pris un tract, et qui m’a senti un peu… enfin, pour ce que je faisais, qui trouvait ça absolument anormal qu’on fasse ce genre de choses. Je comprends. Et je lui ai dit: « Écoutez madame, lisez Ésaïe 53 ce soir. » Elle me regarde, elle me dit: « Je ne lis pas les livres chrétiens. » Je lui dis: « Madame, c’est dans notre Tanakh, c’est dans notre Bible: Ésaïe. »
Et ça, c’est tellement triste de voir tellement de Juifs qui sont attachés à une tradition mais qui ne connaissent pas le Messie d’Israël, qui ne connaissent pas les écrits prophétiques, les écrits de la Bible. Et nous devons apporter cet éclairage avec tendresse, avec amour et avec respect.
Est-ce que ce que je dis ici vous convient, mes frères?
Merci d’avoir pris le temps d’écouter ce podcast sur un thème aussi solennel, et j’espère que ça vous donnera un peu la mesure de l’importance de ce sujet dans les églises évangéliques. Je vous renvoie sur le livre dirigé par Étienne L’Hermenault sur l’antisémitisme, paru chez Excelsis, et qui donnera beaucoup plus de détails. Merci.
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