Découvre cette prédication de Matthieu Giralt sur le chapitre 22 du livre de la Genèse, célèbre récit de la foi d’Abraham, tournant décisif de sa vie et de celle de sa descendance.
Ce matin, nous arrivons à une montagne particulière, à un moment particulier dans la vie d’Abraham. Je veux lire avec vous le chapitre 22 de la Genèse.
1 Après cela, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit: «Abraham!» Celui-ci répondit: «Me voici!» 2 Dieu dit: «Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac. Va-t’en au pays de Morija et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai.» 3 Abraham se leva de bon matin, sella son âne et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l’holocauste et partit pour aller à l’endroit que Dieu lui avait indiqué. 4 Le troisième jour, Abraham leva les yeux et vit l’endroit de loin. 5 Il dit à ses serviteurs: «Restez ici avec l’âne. Le jeune homme et moi, nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous.» 6 Abraham prit le bois pour l’holocauste, le chargea sur son fils Isaac et porta lui-même le feu et le couteau. Ils marchèrent tous les deux ensemble. 7 Alors Isaac s’adressa à son père Abraham en disant: «Mon père!» Il répondit: «Me voici, mon fils!» Isaac reprit: «Voici le feu et le bois, mais où se trouve l’agneau pour l’holocauste?» 8 Abraham répondit: «Mon fils, Dieu pourvoira lui-même à l’agneau pour l’holocauste.» Et ils continuèrent à marcher tous les deux ensemble. 9 Lorsqu’ils furent arrivés à l’endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham y construisit un autel et rangea le bois. Il attacha son fils Isaac et le mit sur l’autel par-dessus le bois. 10 Puis Abraham tendit la main et prit le couteau pour égorger son fils. 11 Alors l’ange de l’Éternel l’appela depuis le ciel et dit: «Abraham! Abraham!» Il répondit: «Me voici!» 12 L’ange dit: «Ne porte pas la main sur l’enfant et ne lui fais rien, car je sais maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils unique.» 13 Abraham leva les yeux et vit [derrière lui] un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. 14 Abraham donna à cet endroit le nom de Yahvé-Jiré. C’est pourquoi l’on dit aujourd’hui: «la montagne de l’Éternel il sera pourvu.» 15 L’ange de l’Éternel appela une deuxième fois Abraham depuis le ciel. 16 Il dit: «Je le jure par moi-même – déclaration de l’Éternel –, parce que tu as fait cela et que tu n’as pas refusé ton fils unique, 17 je te bénirai et je multiplierai ta descendance: elle sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel, pareille au sable qui est au bord de la mer. De plus, ta descendance possédera les villes de ses ennemis. 18 Toutes les nations de la terre seront bénies en ta descendance, parce que tu m’as obéi.» 19 Abraham retourna vers ses serviteurs. Ils se levèrent et repartirent ensemble à Beer-Shéba. En effet, Abraham habitait à Beer-Shéba. 20 Après cela, on annonça à Abraham: «Milca a aussi donné des fils à ton frère Nachor: 21 Uts, son aîné, Buz, son frère, Kemuel, le père d’Aram, 22 Késed, Hazo, Pildash, Jidlaph et Bethuel. 23 Bethuel a eu pour fille Rebecca. Voilà les huit fils que Milca a donnés à Nachor, le frère d’Abraham. 24 Sa concubine, appelée Réuma, a aussi mis au monde Thébach, Gaham, Tahash et Maaca.»
Comme je disais, ce passage est le point culminant de l’histoire d’Abraham. Toute la vie d’Abraham l’a conduit à ce moment. Tout ce qu’il a traversé l’a préparé pour ce moment. Et cet événement, c’est le creuset à partir duquel Dieu va raffiner la foi d’Abraham.
Et au fond, ce texte nous aide à répondre à une question qui sera la question que l’on se pose ce matin:
À quoi ressemble la vraie foi?
Et dès le début, on est mis au courant, regardez avec moi le verset 1.
Dieu mit Abraham à l’épreuve
Abraham ne le sait pas lorsqu’il vit cela, mais nous, nous le savons lorsque nous lisons cette histoire. Et c’est à la lumière de cette information que nous devons lire le reste du récit. Ce récit est une mise à l’épreuve. Une mise à l’épreuve de quoi? De la foi d’Abraham.
On retrouve ce mot, on retrouve cette idée de mise à l’épreuve un petit peu plus loin dans la Bible, dans le livre de l’Exode, où l’on lit que Dieu met le peuple à l’épreuve pour voir s’il marchera ou non dans ses voies. Il le fait ici avec Abraham, il le fera plus tard avec le peuple d’Égypte à la sortie de l’Exode, et il le fait aussi avec nous. Dieu nous met à l’épreuve pour mesurer la valeur de notre foi.
Mais il nous faut faire la distinction: Dieu ne nous tente pas pour nous faire chuter, il nous met à l’épreuve pour nous faire grandir en raffinant notre foi. C’est exactement ce que dit Pierre dans sa première lettre, écrite aux chrétiens qui sont dans l’épreuve (1P 1.6-7). Il commence par les rassurer, en leur disant: “Vous souffrez, mais rappelez-vous que vous êtes gardés par la puissance de la foi pour un héritage glorieux qui ne se flétrit pas, pour la certitude d’être gardés par la foi pour le salut à venir.”
C’est ce qui fait votre joie, même si maintenant, puisqu’il le faut, vous êtes pour un peu de temps attristé par diverses épreuves. Pourquoi? Il explique juste après que la valeur éprouvée de votre foi, beaucoup plus précieuse que l’or, qui est périssable et que l’on soumet pourtant à l’épreuve du feu, aura pour résultat la louange, la gloire et l’honneur lorsque Jésus-Christ apparaîtra.
Le but des épreuves dans la vie chrétienne est de raffiner notre foi pour qu’elle soit plus pure et plus forte. Et comme le dit un ami: pas de croissance sans souffrance. La foi ne peut pas grandir sans l’épreuve. Elle ne peut pas grandir sans être débarrassée des impuretés.
Quelles impuretés? Tout ce qui n’est pas Dieu. Tout ce qui, dans notre foi, tout ce qui, dans notre vie, n’est pas Dieu: notre foi est polluée par ce que l’on ajoute à Dieu, tout ce qui nous fait sentir en sécurité autre que Dieu lui-même. Tout ce qui complète la phrase «je ne pourrai pas vivre sans», qui n’est pas Dieu. Tout ce qui prend la place que Dieu seul devrait avoir.
L’épreuve suprême: le sacrifice d’Isaac
Et Abraham, dans ce texte, demande… Dieu demande ce qu’il a de plus précieux. Et à ce moment du récit, on ne comprend pas. Il y a l’horreur, l’horreur d’imaginer devoir sacrifier son propre enfant. Depuis que j’ai deux fils, je n’ai pas ce texte de la même manière. Il était difficile avant, il est devenu effroyable. On ne peut pas s’empêcher de s’imaginer à la place d’Abraham à ce moment-là.
Mais ce commandement de Dieu est moins éloigné de la vision du monde d’Abraham que de la nôtre. À cette époque et dans cette région, les sacrifices d’enfants faisaient partie du culte aux divinités. En Canaan, le dieu de la fécondité avait le droit d’exiger une part de ce qui avait été produit: cela se manifestait par des sacrifices animaux, des offrandes de céréales, mais aussi par des sacrifices d’enfants.
Cela ne veut pas dire que cette demande n’est pas choquante — entendez-moi bien —, mais cela veut dire qu’elle est culturellement logique à l’époque. Dans le récit, et c’est ce que nous voulons souligner, Dieu est celui qui ne veut pas de sacrifice d’enfant. D’ailleurs, la loi le stipulera clairement plus tard lorsqu’elle sera donnée en détail au peuple d’Israël.
Encore une fois, ce récit est une mise à l’épreuve. Et Dieu demande à Abraham, verset 2:
Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va-t’en au pays de Morija, et offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai.
Abraham (verset 3) «se leva de bon matin». La dernière fois qu’Abraham se lève de bon matin, selon le texte, c’était au chapitre précédent, quand il renvoie son fils Ismaël et sa femme Agar. Et maintenant, c’est son fils Isaac que Dieu demande de sacrifier. Comment est-ce possible? Après avoir perdu Ismaël, va-t-il perdre Isaac? Comment Dieu peut-il demander la vie de celui qu’Abraham a attendu toute sa vie? Isaac, c’est le miracle d’Abraham. Pendant des années, Abraham a attendu Isaac. Après lui avoir donné l’impossible, est-ce que Dieu va lui demander l’impossible?
Isaac, le fils de la promesse, celui par qui toutes les nations de la terre devaient être bénies, sa descendance devait être aussi nombreuse que les étoiles du ciel ou le sable de la mer. Comment Dieu peut-il demander cela maintenant à Abraham?
Les serres-livres de la vie d’Abraham
Lorsque l’on lit Genèse 12 et Genèse 22, on remarque que l’appel d’Abraham et le sacrifice d’Isaac encadrent sa vie, comme des serres-livres. Au début comme à la fin, Dieu appelle Abraham à abandonner ce qu’il a de plus précieux pour le suivre dans l’inconnu.
Genèse 12.1:
L’Éternel dit à Abraham: Va-t’en de ton pays, de ta patrie, de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai.
Genèse 22:
Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va-t’en au pays de Morija, et offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai.
Dans les deux cas, Dieu demande: es-tu prêt à abandonner tout pour me suivre? M’aimes-tu plus que ton confort, plus que tout ce que tu as? Sommes-nous prêts à suivre Jésus pour ce qu’il est plutôt que pour ce qu’il peut nous donner?
La foi révélée et raffinée par l’épreuve
L’épreuve révèle et raffine notre foi. Lorsque Dieu, dans sa grâce et dans le mystère de sa providence, nous enlève de bonnes choses, il nous montre qu’il est encore meilleur. L’épreuve révèle ce qui fait concurrence à Dieu dans notre cœur et l’arrache pour que nous soyons attachés à Dieu seul. Nous sommes prêts à suivre Dieu pour gagner quelque chose, mais sommes-nous prêts à le suivre quitte à tout perdre?
Abraham marche pendant trois jours vers la montagne. Trois jours pendant lesquels il rumine l’ordre de Dieu, trois jours de hantise et de tension intérieure. Trois jours qui montrent que son obéissance n’est pas une simple réaction aux paroles de Dieu, mais une décision profonde. Malgré tout, Abraham va jusqu’au bout. Comment peut-il avancer avec le feu et le couteau, symbole de la mort de son fils, à côté de lui? Par la foi, une foi solidement ancrée dans la personne de Dieu.
La foi d’Abraham, un modèle pour nous
L’auteur de l’Épître aux Hébreux montre que la foi se voit, se manifeste. Hébreux 11.17:
C’est par la foi qu’Abraham offrit Isaac lorsqu’il fut mis à l’épreuve… croyant que Dieu était capable de le ressusciter des morts.
Abraham a déjà vu la puissance de Dieu: Sarah stérile a donné naissance à Isaac. Il avance avec confiance dans la puissance divine. Dieu pourvoit toujours. Lorsqu’Abraham lève la main pour sacrifier Isaac, l’ange de l’Éternel l’arrête et fournit un bélier comme substitut. Abraham a passé le test. Il a prouvé qu’il craint Dieu et qu’il l’aime pour ce qu’il est, et non pour ses dons.
Abraham nommera ce lieu «Yahvé Jireh» — l’Éternel pourvoira. La foi extraordinaire d’Abraham s’appuie sur le Dieu extraordinaire d’Abraham.
La préfiguration de Jésus-Christ
Cette histoire pointe vers un autre récit: un autre père, un autre fils, sur une autre montagne. Sur Golgotha, Dieu ne retient pas son Fils, l’Agneau parfait, pour notre salut. Tout israélite sait qu’il doit son existence à l’obéissance d’Abraham et à la grâce de Dieu. Tous chrétiens savent que nous devons notre existence à l’obéissance parfaite de Jésus et à la grâce de Dieu qui n’a pas épargné son Fils unique.
Nous ne sommes pas Abraham. Dieu ne nous demandera jamais de sacrifier notre fils. Mais ce récit nous rappelle que Dieu va mettre notre foi à l’épreuve. Et il n’y a pas de foi sans épreuve. L’épreuve révèle ce qui fait concurrence à Dieu dans notre cœur pour que nous soyons attachés à lui seul.
La foi véritable
La foi véritable s’attache à Jésus pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il nous donne. Par les épreuves, Dieu révèle et racine notre foi. Pour suivre Jésus, il faut être prêt à perdre sa vie pour la gagner. Jésus dit:
Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, qu’il me suive.
Sommes-nous prêts à abandonner nos biens, notre confort, notre vie pour suivre Christ? Sommes-nous prêts à consacrer nos vies entières pour vivre la vie en abondance que Jésus promet?
Conclusion
Dieu qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a donné pour nous tous, comment ne nous accorderait-il pas tout avec lui? Nous pouvons abandonner notre vie pour suivre Christ, car le Père a pourvu à Golgotha. Sur le chemin de la foi, nous suivons le Dieu qui pourvoit.
Père céleste, merci pour ce récit par lequel tu nous montres ce qu’est la foi. Seigneur, aide-nous à faire les choix courageux qui s’imposent, à te suivre même quand c’est difficile, à compter sur toi, sachant que ce que tu nous demandes d’abandonner n’est pas pour nous nuire, mais pour nous faire grandir. Donne-nous cette foi, ancrée en toi, confiante que tu pourvoies à tout moment. Amen.