Dans cette seconde prédication sur Matthieu 26, nous nous arrêtons sur la figure de Judas et sa trahison. Ce texte nous confronte au danger de côtoyer la lumière du Christ, d’entendre sa sagesse et de voir ses miracles sans jamais lui abandonner réellement notre cœur. À travers l’échec de cet apôtre, nous découvrons comment la souveraineté de Dieu utilise même l’infamie humaine pour accomplir précisément son plan de salut.
Introduction
Judas
L’art s’est saisi du personnage de Judas, pour faire de lui l’archétype du traitre:
Plus récemment, on a fait beaucoup de bruit sur la redécouverte du fameux "l’évangile de Judas". Ce récit nous apprend que Judas était en fait un sage qui avait compris avant l’heure que la trahison de Jésus était nécessaire, et qu’il avait accepté de Jésus le soin de le faire, au prix de grandes souffrances personnelles. Irénée, l’évêque de Lyon du 2ᵉ-3ᵉ siècle écrit:
[Les Caïnites] déclarent que Judas, le traître, était bien avisé de ces choses, et que lui seul – connaissant la vérité comme aucun autre – a accompli le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé "l’évangile de Judas".
Ce faux évangile présente un dialogue fictif où Jésus dit que Judas deviendra supérieur à tous: “Tu surpasseras tous les autres, car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’habit.” La grande idée de cette phrase, c’est que selon la pensée gnostique, le corps, mauvais, gardait captif Jésus. Il fallait donc libérer l’âme en tuant le corps.
L’évangile de Judas a été rédigé au sein d’une mouvance gnostique, dite des Canaïtes:
Les partisans de cette doctrine honoraient tous ceux que l’Ancien Testament avait condamnés: Caïn, Ésaü, Koré, les Sodomites; ils les regardaient comme des enfants de la sagesse et des ennemis du principe créateur. Dans leurs livres saints, comme l’évangile de Judas et le récit de l’ascension de saint-Paul, les Caïnites avaient inséré des choses horribles. Ils prétendaient que la perfection consistait à commettre le plus d’infamies possible. D’après Théodoret (+ vers 453/458), ils affirmaient que chacune des actions infâmes avait un ange tutélaire qu’ils invoquaient en la commettant.
Bien d’autres versions de Judas ont été créées dans l’imaginaire des auteurs:
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La préface de la pièce de Marcel Pagnol sur Judas écrit la chose suivante, comme s’il y avait un mystère étranger:
Pourtant, c’est un fait historique qu’il conduisit les soldats jusqu’au campement de son maître, qu’il le dénonça par un baiser, et qu’il reçut, pour prix de ses services, trente deniers.
Puis, après la réussite de sa trahison, il jette le prix du sang, et va se pendre. Du point de vue policier, des spécialistes (dont un juge d’instruction) m’ont dit:
“C’est une affaire qui ne tient pas debout, et il doit y avoir autre chose.”
Judas entre en scène dans l’Évangile et son entrée me fascine. Comment un homme que Jésus a nommé, qui a vu tant de miracles, vu tant de détresses soulagées, entendu tant de sagesse, a-t-il pu devenir progressivement celui qui lâche Jésus, pour quelques pièces d’argent?
Ce que nous allons voir me montre l’immense danger qu’il y a à s’approcher de la lumière de Christ sans y céder. Quand c’est le cas, le moment vient toujours où l’on retourne sa veste.
- S’approcher de Jésus
- Venir à l’église
- Chanter des chants de louange
- Être témoin des conversions
- Entendre l’enseignement de la Parole…
- et ne jamais clairement prendre position pour Christ…
Lecture: Matthieu 26.14-25
14 Alors l’un des douze, appelé Judas Iscariot, alla vers les principaux sacrificateurs, 15 et dit: Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Et ils lui payèrent trente pièces d’argent. 16 Depuis ce moment, il cherchait une occasion favorable pour livrer Jésus. 17 Le premier jour des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus: Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque? 18 Il répondit: Allez à la ville chez un tel, et dites-lui: Le Maître dit: Mon temps est proche, c’est chez toi que je célébrerai la Pâque avec mes disciples. 19 Les disciples firent ce que Jésus leur avait ordonné et ils préparèrent la Pâque. 20 Le soir venu, il se mit à table avec les douze. 21 Pendant qu’ils mangeaient, il dit: En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera. 22 Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire: Est-ce moi, Seigneur? 23 Il répondit: Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c’est celui qui me livrera. 24 Le Fils de l’homme s’en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux vaudrait pour cet homme n’être jamais né. 25 Judas qui le livrait prit la parole et dit: Est-ce moi, Rabbi? Jésus lui répondit: Tu l’as dit.
Judas et les attentes trompées (Mt 26.14-15)
14 Alors l’un des douze, appelé Judas Iscariot, alla vers les principaux sacrificateurs, 15 et dit: Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Et ils lui payèrent trente pièces d’argent.
Que savons-nous de Judas?
- C’est un fils de Simon (Jn 6.71)
- Il porte le même nom qu’un autre apôtre
- Son surnom d’Iscariot est compris différemment. Il était peut-être originaire de Qeriyoth (ce qui indique peut-être qu’il n’était pas Galiléen).
- Certains ont conjecturé que son nom pouvait peut être refléter qu’il était un sicaire, un zélote, c’est-à-dire faisant partie des mouvements d’insurrection contre Rome.
- Les trois premiers évangiles le mentionnent chaque fois dans la liste de ceux que Jésus choisit.
Pendant trois ans, les apôtres vont suivre Jésus et à un moment donné, ils se convertiront. Comment le savons-nous?
Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux.
Luc 10.20
Jésus lui dit: Celui qui s’est baigné n’a pas besoin de se laver sauf les pieds, car il est entièrement pur; et vous êtes purs, mais non pas tous.
Jean 13.10
Déjà, vous êtes émondés, à cause de la parole que je vous ai annoncée.
Jean 15.3
Tous, sauf un: Judas. Comment sait-on qu’il n’est pas sauvé?
Lorsque j’étais avec eux, je gardais en ton nom ceux que tu m’as donnés. Je les ai préservés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Écriture soit accomplie.
Jean 17.12
Judas va cheminer avec Jésus, entendre sa sagesse, voir les miracles… observer aussi le ministère extraordinaire de ses co-apôtres. Et il reste sur la touche. Qu’est-ce qui nous permet de comprendre son attitude?
Avez-vous remarqué? Le texte commence avec un "alors". Matthieu organise son contenu pour nous révéler des thèmes majeurs et des idées importantes. L’histoire qui précède, c’est celle de Marie qui brise un flacon de parfum de grand prix, équivalant à une année de salaire et le répand sur Jésus. Un acte émouvant d’adoration, et qui montre qu’elle a bien compris l’identité de Jésus et sa mission.
Les disciples s’étaient emportés contre ce qu’ils considéraient comme du gaspillage, et notamment Judas. L’Évangile selon Jean nous rapporte cette conversation:
Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers pour les donner aux pauvres? Il disait cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait.
Jean 12.5-6
C’est vraisemblablement l’un des facteurs de la trahison de Judas. Mais en même temps, on ne peut pas imaginer que ce ne soit qu’une question d’argent, car la trahison de Jésus ne lui rapporte pas grand-chose; les sacrificateurs ne lui payent que “trente pièces d’argent”.
- Cela correspond à peu près à une trentaine d’euros…
- Dans la Loi de Moïse, c’est le coût du dédommagement à un esclave blessé par un taureau.
- Pour quelqu’un qui volait dans la bourse, c’était probablement bien moins que ce qu’il avait dérobé.
Je me dis que livrer un homme pour le prix d’un repas au restaurant, relève d’un énorme mépris. Il ne s’agit pas uniquement de cupidité, mais de l’extrême déception de ne pas avoir encaissé suffisamment aux pieds de Jésus!
- Judas est profondément déçu. Je crois qu’il attendait que Jésus lui donne plus. Et il n’a pas reçu grand-chose. Alors, il se dit que, maintenant, il ne sert plus ses intérêts.
- Judas est si profondément dégoûté de ce que Jésus termine sa carrière si prometteuse dans cette opposition qu’il veut en finir avec lui.
- Il est vraisemblable que lorsque la foule a voulu couronner Jésus après la multiplication des pains, il s’est dit: “On est bien parti! Jésus guérit tout le monde, donne à manger à tout le monde, calme la tempête - aucun doute, Jésus sera roi et moi, je serai le ministre de l’Économie, et riche à ne plus savoir compter…”
- Mais l’histoire ne se termine pas très bien… Jésus manque de doigté politique… il gâche tout…
Écoutez bien! Les personnes qui deviennent les plus dures, les pires adversaires de Christ ou de son église, ce sont de faux membres; Ceux qui se sont approchés de Jésus, et ont fait un pas avec l’Église, qui ont entendu la Parole de Dieu, mais qui, à un moment donné, ont trouvé que Jésus faisait obstacle à leurs inclinations personnelles. Et plutôt que de se repentir, ils ont dit: “Ça suffit, je reprends tout.” Leur mépris est devenu si grand qu’ils expriment avec violence le rejet de Jésus…
Jésus est l’obstacle sur le chemin de Judas. Et plutôt que d’accepter sa souveraineté, il devient amer, puis traitre.
Lorsqu’on attend de Dieu:
- qu’il nous donne tout ce qu’on attend de la vie et qu’il ne le fait pas,
- qu’il nous guérisse vite de tout ce qui nous encombre et qu’il ne le fait pas,
- qu’il valide des choix immoraux alors qu’il veut au contraire nous conduire à la repentance,
- qu’il incline les événements de la providence pour notre succès,
- qu’il fasse de nous l’ami de tous,
→ on se prépare à une chute douloureuse…
Certains ne suivent plus Jésus. Et je crois fondamentalement que c’est la raison qui conduit Judas à tourner la page sur ce personnage qu’il juge maintenant inintéressant. Ce n’est d’ailleurs pas un personnage très profond. Il prend la décision de trahir Jésus, mais en même temps, il n’imagine pas que cela tournera si mal, puisqu’il tente de rapporter l’argent plus tard… Comme quoi, on ne sait jamais comment tourneront nos péchés. Ils engendrent parfois des conséquences inimaginables. “Nul ne peut calculer d’avance les suites d’un péché qu’il nourrit dans son cœur.”
Ce qu’il devait ignorer c’est qu’en acceptant 30 pièces d’argent, il accomplissait ainsi une prophétie de l’Écriture.
Lisez Zacharie 11:
11 Elle fut rompue ce jour-là; [l’alliance de grâce] et les plus malheureuses des brebis, qui prirent garde à moi, reconnurent ainsi que c’était la parole de l’Éternel. 12 Je leur dis: Si vous le trouvez bon, donnez-moi mon salaire; sinon, ne le faites pas. Ils pesèrent pour mon salaire trente [pièces] d’argent. 13 L’Éternel me dit: Jette-le au potier, ce prix magnifique auquel ils m’ont estimé! Je pris les trente [pièces] d’argent, et je les jetai dans la Maison de l’Éternel, pour le potier.
Il y a ici un terrible paradoxe:
- Judas vend Jésus pour 30 euros… pour le créateur et la source de toute richesse.
- Judas démontre ainsi que Jésus est l’Éternel en personne annoncé par le prophète.
J’aimerais souligner comment la souveraineté de Dieu se manifeste dans les cœurs des hommes:
- Dieu règne dans la trahison de Judas.
- Et Judas est profondément heureux d’accomplir ce qu’il a lui-même mûri.
Judas et la providence divine (Mt 26.16-19)
16 Depuis ce moment, il cherchait une occasion favorable pour livrer Jésus. 17 Le premier jour des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus: Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque? 18 Il répondit: Allez à la ville chez un tel, et dites-lui: Le maître dit: Mon temps est proche, c’est chez toi que je célébrerai la Pâque avec mes disciples. 19 Les disciples firent ce que Jésus leur avait ordonné et ils préparèrent la Pâque.
Ayant pris sa décision il est maintenant à la recherche du bon moment… Mais le bon moment n’aura lieu qu’au temps fixé par le Seigneur en personne. Et c’est fascinant…
Nous sommes le 14 Nisan, le jour de Pâques. Dès ce jour, il fallait se débarrasser du levain (Ex 12.18) pour que la fête des pains sans levain commence le lendemain et pour sept jours (Lv 23.6 et Nb 28.17). Au matin, les apôtres s’inquiètent des préparatifs de la Pâque:
- Il faut trouver une résidence libre - en pleine période de fête!
- IL faut préparer tout un tas d’ingrédients: un bol d’eau salé, du pain sans levain; acheter du vin; des herbes amères (notamment du raifort), et le charoset, une sorte de purée de fruits et de céréales qui rappellent le mortier fabriqué en Égypte.
- Et bien sûr, l’agneau. L’agneau a été sélectionné le lundi - d’ailleurs, c’est probablement le jour de l’entrée triomphale, mais certains ont une vue différente sur la question). Quatre jours plus tard, il faut le sacrifier. La Bible dit qu’il doit être sacrifié entre les deux soirs (15h et 18h).
- Il faut vous imaginer 200 000 agneaux sacrifiés en trois heures de temps… Le sang coulait à flots… Cela devait être un spectacle inoubliable et troublant… L’odeur et la vue du sang, la foule immense des gens qui faisaient la queue avec un agneau sur l’épaule vivant et qui repartaient avec un agneau mort…
- Ce n’est pas une mince affaire tout ceci…
200 000 agneaux sacrifiés, alors qu’il fallait être au moins 10 personnes pour en manger, cela faisait bien 2 millions d’individus dans Jérusalem et ses environs. Un chaos indescriptible partout!
Je me dis que les apôtres ont dû être inquiets à la pensée de trouver une pièce pour organiser la Pâque! Et en plus, observez bien ce que Jésus demande, il y a un détail intriguant: “Allez à la ville chez untel, et dites-lui…”
Il leur répondit: Voici: quand vous serez entrés dans la ville, un homme portant une cruche d’eau vous rencontrera; suivez-le dans la maison où il entrera.
Luc 22.10
Il envoya deux de ses disciples et leur dit: Allez à la ville; un homme portant une cruche d’eau vous rencontrera; suivez-le, et là où il entrera, dites au maître de la maison: Le maître dit: Où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples? Et il vous montrera une grande chambre haute, aménagée et toute prête: c’est là que vous nous préparerez (la Pâque). Les disciples partirent, arrivèrent à la ville, trouvèrent les choses comme il le leur avait dit, et préparèrent la Pâque.
Marc 14.13-15
Littéralement, c’est vraiment “chez un tel”… Un nom non descriptif. Va chez M. X, et Marc précise, un homme portant une cruche d’eau vous y conduira! Il y a des centaines de milliers de personnes en ville, et Jésus dit à quelques-uns de ses disciples de trouver M. X qui porte une cruche d’eau!
- C’est comme si Jésus disait, lors de la fête des lumières: “Va sur la place Bellecour, et suis un Monsieur qui porte un chapeau de laine.”
- Il est vrai que c’était plutôt les femmes qui portaient les cruches d’eau, et qu’il était plus rare de trouver un homme le faire.
- Néanmoins cela devait leur paraître de l’ordre de l’expression populaire: “Trouver une aiguille dans une meule de foin”
Pourquoi cela? Pourquoi?
- Parce que le timing est essentiel.
- Et que ce timing n’est pas entre les mains de Juda. Ni dans les mains du diable ni dans les mains de Pilate…
- Et je pense qu’il cache délibérément le lieu de leur dernier repas à ses disciples, afin que Judas ne profite pas de cette occasion pour livrer Jésus avant l’heure.
Jésus désire ardemment (selon Luc 22.15) manger cette ultime Pâque avec ses disciples. Et il protège ce projet de la malice malveillante de Judas et de ses partenaires de crime. Ce sera le dernier repas. Les synoptiques nous disent que tout avait été préparé. Et Jésus y adresse ses dernières exhortations (5 chapitres entiers de l’Évangile selon Jean).
J’aimerais que vous suiviez avec attention ce qui va suivre - c’est géant.
- Jeudi 14 du mois de Nisan. Les agneaux sont sacrifiés, et le soir, on mange la Pâque, et c’est le 1er jour de la fête des pains sans levain, qui fait partie intégrale de la fête. Et alors seulement il sera arrêté, au petit matin du 15 Nisan. Il mourra à 15 h ce jour-là.
- Mais il y a un problème qui nous vient de Jean 18.28: le vendredi matin (le jour qui précède le Sabbat), très tôt, lorsque le souverain sacrificateur demande à Pilate de condamner à mort Jésus, il ne rentre pas chez Pilate “afin de pouvoir manger la Pâque”. Ce qui a conduit plusieurs à se dire que les évangiles étaient irréconciliables: les trois premiers disent que la Pâque avait déjà eu lieu, et Jean dit que les prêtres n’ont pas encore célébré la Pâque…
Je vous passe toutes les explications avancées avec plus ou moins de bonheur. La plus forte d’entre elle est la suivante:
- Le Mishna et Flavius Joseph nous rapportent que les Galiléens comptaient leur jour du matin au matin. Pour eux, le 14 du mois de Nisan, c’était du jeudi matin au vendredi matin.
- Pour les judéens, où vivaient l’essentiel des prêtres et des sadducéens, le calendrier allait de soir en soir.
- Cela devait créer un certain désordre, mais c’était aussi une opportunité: les foules célébraient la Pâque en deux jours consécutifs: les Galiléens du matin du 14 au matin du 15; les Judéens du soir du 14 au soir du 15.
Vous êtes peut-être perdus et vous vous dites “et alors?!” Et bien voilà:
- Jeudi midi: on est le 14 du mois de Nisan selon le calendrier galiléen. Le temps de célébrer la Pâque pour les gens au nord de Jérusalem. Jésus envoie Pierre et Jean (Lc 22.7) faire sacrifier l’agneau, acheter du vin, des pains sans levain… de 15 h à 18 h intervient le sacrifice de milliers d’agneaux.
- Jeudi soir: Jésus mange cette dernière pâque avec ses disciples… Il se rend au Jardin de Gethsémané… Au petit matin de vendredi il est arrêté… puis crucifié.
- Ce vendredi-là, c’est le 14 du mois de Nisan selon le calendrier de Jérusalem. Vers 15h, Jésus crie en citant le psaume 22: “Mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné…” Et puis quelques temps plus tard: “Jésus poussa de nouveau un cri d’une voix forte et rendit l’esprit» (Mt 27.50).
- Il est peu après 15h… le vendredi 14 du mois de Nisan du calendrier officiel de Juda… Des milliers d’agneaux sont sacrifiés… Jésus meurt, lui l’Agneau de Dieu, pour la nation juive, et pour toutes les nations…
Il y a ici un second paradoxe:
- Judas cherche le moment favorable pour le livrer
- Il ne trouvera que le moment divinement choisi de toute éternité.
→ Tout le monde croit faire ce qu’il veut, mais il est réduit à accomplir précisément ce que Dieu veut.
Il y a dans le cœur de l’homme beaucoup de projets, mais c’est le dessein de l’Éternel qui s’accomplit.
Proverbes 19.21
J’aimerais souligner encore comment la souveraineté de Dieu se manifeste dans les cœurs des hommes:
- Dieu règne dans la trahison de Judas.
- Et Judas est profondément heureux d’accomplir le projet qu’il a lui-même nourri…
Judas et le rôle de Satan (Mt 26.20-25)
20 Le soir venu, il se mit à table avec les douze. 21 Pendant qu’ils mangeaient, il dit: En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera. 22 Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire: Est-ce moi, Seigneur? 23 Il répondit: Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c’est celui qui me livrera. 24 Le Fils de l’homme s’en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux vaudrait pour cet homme n’être jamais né. 25 Judas qui le livrait prit la parole et dit: Est-ce moi, Rabbi? Jésus lui répondit: Tu l’as dit.
Nous reviendrons plus longuement sur ce dernier repas, mémorial joyeux de sa mort et de sa résurrection. Mais je voudrais encore ajouter une dernière influence sur la décision de Judas. Celle de Satan.
Cela a dû être profondément bouleversant d’entendre “l’un de vous me livrera”.
- Ils furent attristés – et insécurisés! Il y a peut-être une dose de réalisme terrible: nul ne sait ce dont il est capable avant de passer par le creuset du test. La profondeur de la corruption humaine est inimaginable, selon les occasions qu’on lui donne…
- Il est possible qu’ils aient voulu être rassurés… D’ailleurs, quelques instants plus tard ils se disputeront sur le thème “qui est le plus grand” (Lc 22.24ss), ce qui est consternant, et révèle encore une facette du péché de l’homme…
Le protocole strict d’un repas de Pâque est en filigrane dans le récit des évangiles… On en parlera plus précisément, mais on trempait du pain sans levain dans diverses sauces et bols pour représenter les aspects du séjour en Égypte et de la délivrance. Il faut s’imaginer 13 hommes allongés sur le côté de part et d’autres d’une table, et qui étendent leur main pour tremper le pain dans un plat…
Les propos de Jésus sont funestes pour Judas:
Le Fils de l’homme s’en va, selon ce qui est écrit de lui…
Il y a bien accomplissement de la volonté prophétique et souveraine de Dieu.
…mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux vaudrait pour cet homme n’être jamais né.
Matthieu 26.24 (cf. Jn 19.11)
Il y a bien une responsabilité inexcusable de Judas de trahir la vérité, la sainteté, la bonté… incarnées en Jésus. Si l’enfer éternel connaît une gradation, Judas sera dans l’expérience la plus douloureuse pour avoir goûté et touché la gloire, pour la rejeter de la manière la plus violente.
C’est Judas même qui se trahit. Il pensait poser la même question que tout le monde, manière de ne pas se faire identifier! La réponse de Jésus est d’une sagesse remarquable, comme d’habitude:
- “Tu l’as dit” - une phrase à code
- Jésus aurait pu répondre à tous les disciples de cette manière!
- Seul Judas pouvait ressentir la visée de sa réponse.
- Cela évite que les disciples un peu vifs ne cherchent à s’en prendre à Judas pour l’empêcher d’agir.
Dans cette section, j’ai écrit “le rôle de Satan”: où est-il? En fait, il vient des autres évangiles.
Dès que (Judas eut reçu) le morceau, Satan entra en lui. Jésus lui dit: Ce que tu fais, fais-le vite.
Jean 13.27
Or, Satan entra dans Judas, appelé Iscariot, qui était du nombre des douze.
Luc 22.3
C’était déjà anticipé dans Jean 6.70:
Jésus leur répondit: N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze? Et l’un de vous est un démon!
La troisième influence dans la vie de Judas, c’est le rôle personnel et direct du diable.
- Le malin, le tentateur, le menteur, le meurtrier
- Cet ange parfait qui s’est rebellé contre Dieu et qui est devenu mauvais dans sa nature même…
Que gagne le diable a remplir Judas? Je vous suggère que c’est le 3ᵉ paradoxe de cet événement. En poussant Judas à trahir Jésus, il ne fait que se condamner lui-même!
Voir:
- Colossiens 2.15
- Hébreux 2.14
Et ainsi, en manifestant sa haine et sa violence, le diable ne fait que contribuer à l’œuvre de Dieu. Surprenant!
C’est la 3ᵉ et dernière ironie de cette histoire:
- Le diable pousse Judas à accomplir ce qu’il avait décidé de faire,
- mais le diable, à ce moment-là, scelle sa propre défaite.
Conclusion
Dieu règne, “avec” les méchants
C’est ironique: toute l’adversité à l’encontre de Jésus est inversée pour accomplir le plan de Dieu.
J’aimerais que vous réalisiez l’impact de ce qui se vit ici. De toutes ces oppositions, il subsiste la volonté parfaite et absolue de Dieu. C’est l’une des fenêtres les plus puissantes sur cette double réalité de la volonté parfaite de Dieu qui s’accomplit à travers les choix personnels des hommes et des anges.
- Dieu règne sur toute chose, il accomplira tout selon son dessein bienveillant
- Et en même temps, son règne permet l’expression naturelle de la méchanceté des hommes en sorte qu’elle contribue même à son œuvre sans pour autant excuser ces hommes…
Dieu règne et nos adversaires sont dans ses mains, et ils seront jugés un jour.
Dernière chance
L’histoire de Judas est l’illustration d’Hébreux 10.26-29
26 Car si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, 27 mais une attente terrifiante du jugement et l’ardeur du feu prêt à dévorer les rebelles! 28 Si quelqu’un a violé la loi de Moïse, il est mis à mort sans pitié, sur la déposition de deux ou trois témoins. 29 Combien pire, ne pensez-vous pas, sera le châtiment mérité par celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, tenu pour profane le sang de l’alliance par lequel il avait été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce!
Hébreux 10.26-29
Ni ce passage ni Hébreux 6 ne sont des mises en garde sur une soi-disant perte du salut. C’est plutôt une mise en garde adressée aux Hébreux messianiques (c’est-à-dire, à ceux qui, à cette époque, étaient issus du judaïsme et suivaient Jésus).
- Il est très dangereux de fréquenter Jésus de façon extérieure
- Il est très dangereux de recevoir la vérité
- Il est très dangereux d’être sanctifiés par la vérité (ce qui ne veut pas dire sauvé , c’est le même mot qui est utilisé dans 1 Corinthiens 7 pour dire que le mari non croyant est sanctifié), c’est à dire mis à part, en disposition d’être fait saint
- Et de le rejeter.
Si vous fréquentez les chrétiens depuis longtemps, mais vous n’avez pas accepté Jésus, c’est aujourd’hui le jour du salut… Aujourd’hui.
Parce que Jésus doit mourir comme l’agneau libérateur (Ex 12). Le serpent doit mordre le talon de la descendance de la femme (Gn 3). Les nations doivent se lier contre le Messie (Ps 2). Le Père doit satisfaire l’exigence de la justice (És 53). Mais personne n’a conscience que c’est un plan divin qui se met en marche…
7 Il a été maltraité, il s’est humilié et n’a pas ouvert la bouche, semblable à l’agneau qu’on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent; il n’a pas ouvert la bouche. 8 Il a été emporté par la violence et le jugement; dans sa génération qui s’est soucié de ce qu’il était retranché de la terre des vivants, à cause des crimes de mon peuple, de la plaie qui les avait atteints? 9 On a mis sa tombe parmi les méchants. Son sépulcre avec le riche, quoiqu’il n’ait pas commis de violence et qu’il n’y ait pas eu de fraude dans sa bouche.
Ésaïe 53.7-9