Doit-on se préoccuper de l’écologie?

Quelle est la vision biblique de l’écologie? Comment ne pas tomber dans les travers du consumérisme ou de la politisation stéréotypée? Écoutez Raph et Matt échanger 50 nuances de green.

Thématique

Dans cet épisode, Raph et Matt répondent aux questions suivantes:

  • Quand on parle d’écologie, on parle de quoi?
  • Quelle est la vision biblique de l’écologie?
  • Quelles sont les dérives qu’on constate parmi les chrétiens?
  • Comment vivre dans ce monde avec sagesse (du point de vue du rapport à la nature et notre consommation)?

Synthèse MM #10

Ce travail de synthèse est fait par un auditeur attentionné. Il ne retranscrit pas les propos exacts de l’épisode, mais vise à présenter le contenu.

Introduction

De manière générale, l’écologie n’est pas forcément le sujet qui nous préoccupe le plus dans la théologie.

Définition: l’écologie, c’est la gestion des ressources naturelles.

Selon Wikipédia, on définit l’écologie comme le rapport triangulaire entre les individus d’une espèce, l’activité organisée de cette espèce, et l’environnement de cette activité. C’est le rapport que l’on a sur notre environnement et l’influence de notre manière de vivre sur notre environnement. C’est l’impact de l’humain sur la terre.

Souvent, le monde aborde la question de l’écologie de la planète, de sa postérité à venir et de la façon de la gérer, avec un bon angle politique mais il y a rarement de voix biblique sur le sujet.

Dans une réflexion Memento Mori, on souhaite vivre dans le présent, dans une création qui a ses limites, ses ressources, que Dieu a fixées. Et on vit dans ce cadre particulier mais on ne peut pas vivre comme si la terre était simplement le fruit du hasard, car c’est le fruit d’une création. On doit donc avoir une vision biblique de l’écologie qui est très liée à la question du mandat culturel. Notre vision de Dieu doit impacter notre manière de vivre au quotidien dans le monde.

Notre doctrine de la création et notre eschatologie vont articuler cette vision. Suivant la position eschatologique que l’on adopte, on va avoir un rapport à la création qui sera en général complètement différent.

Pourquoi la question de l’écologie est-elle importante?

Dans le cadre de la création, on vit 3 types de relations avec Dieu:

  • la relation entre les hommes et Dieu (créateur),
  • la relation entre les hommes (créatures),
  • la relation entre les hommes et la terre (création).

Il s’agit d’aborder la création sous l’axe de la théologie biblique, c’est-à-dire les étapes du plan de la rédemption (création, chute, rédemption, glorification). La création nous dit des choses par rapport à l’écologie, la chute impacte cette écologie, et avec la rédemption, par le fait de pouvoir être reconnectés à Dieu par l’œuvre de Christ, nous pouvons vivre un nouveau rapport et nous devons être amenés à avoir un autre regard que celui que l’on pouvait avoir sur la création.

Dans le cadre de la création, notre relation à Dieu était bonne. La création était un acte de Dieu seul qui a créé la terre sans nous mais qui nous a placés sur terre pour que l’on poursuive son acte de création.

Dieu nous a créés et nous a placés sur terre pour que l’on puisse vivre à son image et poursuivre une œuvre sur terre de gestion de cette création, de l’entretenir, de faire développer toutes les ressources qu’elle recèle pour pouvoir continuer à être à l’image de Dieu. (Walter)

La terre sur laquelle se tenaient Adam et Ève appartenait bel et bien à Dieu.

Ps 24.1: « A L’Éternel la terre et ce qui la remplit, le monde et ceux qui l’habitent! »

Ps 115.16: « Les cieux sont les cieux de l’Éternel, mais il a donné la terre aux êtres humains. »

Il est créateur, cela lui appartient mais il nous délègue et nous confie la culture, l’agriculture, le développement, etc. Dans le cadre de la création, nous sommes les intendants et non les propriétaires de cette création.

Cela constitue une première clé de lecture dans la question de l’écologie. Le chrétien ne peut pas adopter une posture de retrait, ni intellectuelle, ni théologique, à cause de cette posture de l’intendance. Dieu nous a confié le soin de la création. Cela enlève la possibilité de ne pas se soucier de l’écologie. Nous pouvons discuter sur les degrés d’investissement mais nous ne pouvons pas dire que cela ne nous intéresse pas. Le fait de ne pas y réfléchir peut être un péché.

La nature a été créée pour être dominée par l’homme, à comprendre dans le sens « gérée » par l’homme. Dieu nous a créés pour travailler sur la terre et la dompter. Certains voient l’homme comme une aberration sur terre en affirmant que « la nature n’est belle que si elle n’a pas la marque de l’homme ». Mais c’est une vision très dualiste de l’homme. Dieu a voulu que la Terre soit remplie par l’homme. Et par ce qu’il y fait, produit et construit, il reflète la gloire de Dieu. Le Ps 8 le montre bien: Dieu a placé l’homme sous lui et la terre sous l’homme.

La gestion de la terre, c’est aussi prendre soin des animaux créés par Dieu. Mais on élargit la question de l’écologie au souci des autres êtres humains. Dans notre contexte occidental, on produit beaucoup de déchets et il y a des parties du monde qui sont un peu la « poubelle » de l’Occident (pays du tiers-monde, Chine, Inde…) et ne pas se soucier de l’écologie, c’est ne pas se soucier d’autres êtres humains créés à l’image de Dieu. C’est un déni du prochain.

On vit tous sur la même terre et on partage tous les mêmes ressources, ce qui conduit à un rapport pervers à l’écologie car du fait de notre place, quand l’humain dysfonctionne, il peut détruire toute la terre. On peut voir l’impact que l’on a sur cette création qui témoigne des effets de la chute: on est dans un monde où le péché a tout contaminé, notamment notre considération de la nature, notre relation à elle et la manière dont elle fonctionne. La création est belle mais peut être dangereuse voire hostile, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Le destin de l’homme est lié au destin de la terre. Dans Rm 8, on a cette association entre l’homme et la création où l’ampleur du péché a atteint l’homme mais aussi toute la création. On partage avec la terre le même destin.

A grand échelle, détruire l’homme c’est détruire la terre, et détruire la terre, c’est détruire l’homme. Il y a une interdépendance entre l’homme et la création. Cela a un impact sur notre eschatologie. On ne peut réfléchir notre eschatologie sans une écologie de la nouvelle création.

Quelles dérives constate-t-on par rapport à l’écologie?

On observe 2 extrêmes: d’un côté les panthéistes qui font de la nature Dieu, en affirmant que la nature est parfaite sans nous, qu’elle se suffit à elle-même, qu’elle existe en elle-même, qu’elle est la vie, qu’elle est Dieu. D’un autre côté, on a les consuméristes qui se croient entièrement autonomes, qui ne pensent ni à l’avenir, ni aux générations futures, qui consomment à fond toutes les ressources et qui ne prennent pas soin de la création, comme s’ils pouvaient s’en passer ou croyant qu’ils peuvent trouver une autre solution pour continuer à suivre leur train de vie. En somme, il y a ceux qui considèrent la nature comme Dieu et ceux qui la négligent totalement.

On peut ajouter une nuance à cela en réfléchissant en tant que chrétien sur les postures extrêmes entre lesquelles on navigue. Il y a celle de la domination extrême selon laquelle on doit absolument gérer la création, mettant en premier plan le mandat culturel, puis l’autre posture extrême serait de penser que puisque Dieu est complètement souverain, on n’a pas à s’en occuper, on laisse la terre se débrouiller par elle-même et on oublie le mandat culturel que Dieu nous a confié.

Une autre posture serait de dire: puisque le sort de l’homme est attaché à la terre, et que l’on veut hâter le retour du Christ, détruisons la terre. Nos présupposés eschatologiques vis-à-vis du sort de la planète et selon la compréhension que l’on a de ce que Dieu va faire, influencent beaucoup sur notre position. Au jour du jugement, Dieu va juger toute la création, et un acte de recréation va être réalisé. Certains comprennent cet acte de recréation comme un acte de destruction de ce qui existe (le texte biblique en jeu est 2 P 3.1), et une création toute neuve totalement différente de celle que l’on connaît sera érigée. Ainsi, puisque l’on va vers cette destruction, on se fiche de ce que va devenir la terre et on se fiche de la question de l’écologie.

Une autre question à se poser est la question de l’espérance. Dans les films post-apocalyptiques, le destin de l’homme est lié à celui de la terre mais le destin de l’homme n’est lié qu’à la Terre. Ainsi, la Terre doit être sauvée sinon les hommes meurent; si la Terre est condamnée, il faut alors s’enfuir et aller ailleurs. Et on rejoint alors la philosophie d’Elon Musk. C’est l’idée selon laquelle il faut s’affranchir de ce lieu entre la Terre et l’homme pour pouvoir vivre ailleurs et continuer de vivre. L’espérance se fonde dans la capacité à transcender ce lieu qui existe entre la Terre et l’homme afin de trouver un autre habitat.

Les questions à se poser sont: quelle place y a-t-il pour le soin de la terre, parce que cela fait partie du mandat culturel et de la création à l’image de Dieu? Que dit-on du renouvellement de la terre qui est au bénéfice de l’œuvre de la croix, du fait qu’un jour, la terre sera affranchie du péché et que ce renouvellement peut commencer par l’action culturelle de l’homme? Que sait-on de l’espérance humaine qui est liée à l’œuvre de Christ et non au fait que l’on puisse continuer à vivre sur terre?

Une mauvaise compréhension de la rédemption est de croire qu’elle ne concerne que l’homme et qu’elle ne s’étend pas à toute la création. Voir la terre comme étant vouée à la destruction, c’est voir la terre comme étant mauvaise à la base. Alors que le but de la rédemption n’est pas de détruire tout ce qui est et de recommencer, mais de purifier ce qui a été abîmé, afin de montrer davantage la gloire de Dieu et comment il se glorifie au travers de la rédemption, comme il a su se glorifier au travers de la création.

La première création était nécessaire pour qu’il y ait la rédemption. On voit le parallèle entre création et nouvelle création également à la nouvelle naissance (1 Co 5.17).

Il est dommage de constater que l’écologie est devenue otage de la politique. Les chrétiens l’ont mise de côté ou bien ils la voient comme quelque chose de coercitif. On ne voit pas cela d’un œil positif en parlant notamment de décroissance. Mais c’est contre-nature car l’homme a été créé pour la croissance, le problème n’étant pas la croissance mais la mauvaise croissance. La question de la gestion n’est pas synonyme de privation. On retrouve cela dans le soin du corps. Quand on parle de régime alimentaire, on va tout de suite penser à ce dont on va se priver. Mais dans la question du régime, il s’agit de savoir ce que je mange et non ce que je ne mange pas. La question du budget n’est pas ce que je n’achète pas mais où j’investis mon argent.

On a trop souvent tendance à aller chercher uniquement ce que l’on ne peut faire mais jamais du côté de la responsabilité. La liberté chrétienne est avant tout une question de responsabilité. Quelle est ma posture en positif par rapport au monde dans lequel je me trouve? Ce n’est pas se dire ‘Qu’est-ce que je dois arrêter de faire?’ mais plutôt ‘qu’est-ce que je dois commencer à faire?’

Comment peux-tu prétendre aimer Dieu, être disciple de Jésus et maltraiter la terre qui appartient à Dieu? (John Stott)

Comment peux-tu voir la terre maltraitée autour de toi et ne pas te sentir concerné? Pire encore, contribuer par ton mode de vie, non caractérisé par la rédemption ou partir dans des considérations extrémistes? Dieu veut que notre souci pour la création soit le reflet de notre amour pour lui.

Dt 10.14: « Voici, à l’Éternel, ton Dieu, appartiennent les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qu’elle renferme. »

Paroles de La Fin de leur monde, Shurik’n:

Et finalement conscient qu’ici, on est que locataires

Tu parles d’une location, regarde un peu ce qu’on en a fait

Quand le vieux fera l’état des lieux, on fera une croix sur la caution.

Dieu nous demandera des comptes sur la manière dont on aura vécu sur sa terre en tant que peuple racheté qui participe à cette rédemption et qui manifeste ce qui sera parfait quand on sera avec Dieu.

Quelles sont les pistes concrètes pour vivre dans ce monde avec sagesse par rapport à la question de l’écologie?

Le monde a eu une prise de conscience, en voyant la croissance exponentielle du nombre d’êtres humains. En tant que chrétiens, on doit avoir la sagesse de vivre la simplicité et le contentement. En Occident, ce n’est pas parce que l’on a les moyens qu’il faut forcément les épuiser. Nous devons utiliser nos ressources à la gloire de Dieu, sans excès.

On ne peut pas vivre en dehors du système mais on doit en éviter les excès, pas en faisant moins mais en faisant bien. Par exemple, on peut très bien renouveler notre garde-robe tous les ans en achetant de nouveaux vêtements. Mais ce n’est pas parce que l’on peut le faire que l’on doit le faire. Il faut veiller à une consommation responsable.

Une autre chose très caractéristique de notre société est que l’on ne sait plus réparer, mais on ne sait que remplacer. Aujourd’hui, la plupart des objets sont conçus pour être remplacés. Il y a beaucoup de choses qui dépendent de notre environnement. Par exemple, les paniers légumes hebdomadaires. Cela contribue à l’économie locale. Cependant, ce n’est pas une chose que l’on peut trouver partout.

Un point important est la question de la conscience. Il s’agit d’éveiller notre conscience à la théologie de la création et à notre rôle d’intendant. Il faut se rendre compte que l’on ne peut pas ne pas se poser de questions, et on ne peut pas ne pas se demander ‘que peut-on mieux faire?’

Il ne s’agit pas de se demander ‘que dois-je faire?’ car la réponse diffère selon notre environnement et les étapes de notre vie, mais plutôt ‘quelle est la première chose à faire?’ Lorsque je regarde ma manière de vivre, quel est le plus évident à faire? Est-ce un problème de surconsommation? Est-ce un problème personnel de responsabilité dans le recyclage par exemple?

Le premier pas à faire est d’examiner ce qui dans notre cas particulier peut être fait. C’est lié à notre façon de consommer et l’environnement dans lequel on vit. La vision biblique du monde nous aide à considérer la planète et à aller au-delà du discours que certains adoptent à titre apologétique en disant que la beauté de la création montre qu’il y a un Dieu mais qui, dans leur façon de vivre, prouvent tout l’inverse.

Le chapitre 7 de l’Engagement du Cap traite de notre relation avec la nature:

Un tel amour pour la création de Dieu exige que nous nous repentions de la part que nous avons prise à la destruction, au gaspillage et à la pollution des ressources de la terre et de notre complicité à l’idolâtrie toxique du consumérisme. Au contraire, nous nous engageons à la responsabilité […], et nous soutenons les chrétiens dont l’appel missionnel particulier est tourné vers le plaidoyer et l’action en faveur de l’environnement, ainsi que ceux dont le mandat est de pourvoir au bien-être et aux besoins de l’humanité par l’exercice responsable de la domination et de la gestion.

Merci à Victor Hui pour son travail de synthèse.

Pour aller plus loin

Dans cet épisode on a parlé de:

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Memento Mori

Memento Mori, c'est le podcast hebdomadaire de Raphaël Charrier et de Matthieu Giralt, qui parle du présent en prenant la fin comme point de départ.

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