Mère de famille, un ministère inefficace?

« Un petit de deux ans ça prend tout ton temps », disait-elle. C’était mon premier et je ne pensais pas qu’être mère pouvait prendre autant de temps et susciter autant d’émotions. L’énergie et le temps passé à tendre vers l’éternité étaient maintenant remplis par le ministère inutile de la mère de famille. J’ai repensé à cette phrase pleine de sagesse de ma grand-mère, pris une grande inspiration et réduit mes attentes en conséquence.

Notre rôle de mère exige tellement de temps que cela m’exaspère parfois. Préparer un repas chaud (sans compter qu’ils réclameront à manger dans moins de deux heures), acheter et laver les vêtements, lire des histoires, planifier et faire faire les devoirs, écouter les aventures extraordinaires de constructions Lego, donner le bain, instruire et mener toutes sortes d’autres tâches. Pour celles d’entre nous qui avons de très jeunes enfants,nous avons aussi à nettoyer des murs peinturlurés au marqueur…, être maman occupe la majeure partie d’une journée que nous aurions pu dédier à un autre ministère. Une mère au foyer peut effectivement avoir l’impression que Dieu la met au placard, sans un véritable ministère.

Mais n’avons-nous pas quelque chose de semblable dans les évangiles? Des adultes qui rejettent des enfants qui s’interposent dans leur travail bien plus précieux pour le royaume? Et lesquels Jésus a-t-il corrigé? A-t-il corrigé les petits aux doigts maladroits, ceux qui sont de vrais moulins à paroles? Les a-t-il corrigé parce que leur esprit papillonne en tout sens ou qu’ils n’arrêtent pas de gigoter? A-t-il repris les fillettes à cause de leurs doigts tout poisseux ou parce qu’elles sont enfantines? 

« Des gens lui amenaient des petits enfants afin qu’il les touche, mais les disciples leur firent des reproches. Voyant cela, Jésus fut indigné et leur dit: « Laissez les petits enfants venir à moi et ne les en empêchez pas, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. Je vous le dis en vérité: celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera pas. » Puis il les prit dans ses bras et les bénit en posant les mains sur eux. »

(Mc 10.13–16)

Au lieu de réprimander les petits qui ne vous laissent aucun répit, Jésus a réprimandé les adultes qui ne leur octroient pas suffisamment de temps.

Jésus a blâmé ceux qui excluent l’un de ces petits et veulent plutôt participer à la construction d’un ministère en pleine expansion. Il était indigné par l’attitude des disciples qui ne réalisaient pas que l’œuvre du royaume était suffisamment vaste pour pouvoir englober certains jours – quelques jours seulement – où il passerait beaucoup de temps avec des enfants. Et tout le monde sait ce qu’il en retourne de s’occuper d’un enfant! Mais Jésus a placé les enfants près de lui, les a touché et a pris du temps pour eux.

Quelle inefficacité, Seigneur.

Qui allons-nous imiter? 

Dans le royaume de Christ, s’élever c’est souvent s’abaisser, non? En général, Dieu prend plaisir à agir sur ceux qui imitent Jésus. Ceux qui déposent leur vie à l’ombre de sa croix. En effet, le fruit réel de la vie spirituelle passe par une tension extrême, par un anéantissement. Nous sommes cachés par ensevelissement. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra et celui qui déteste sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle. » (Jn 12.24–25).

Comme Dieu a été miséricordieux envers les femmes! Il les a choisi pour être à la ressemblance de Jésus dans cette humble tâche auprès des plus jeunes des agneaux à laquelle elles dédient leur vie! Aux mères de ces bouts d’homme, à toutes les mères chrétiennes qui acceptent de passer leur temps auprès des plus tendres, impressionnables et démunis d’entre nous, nous avons choisi la bonne part, celle qui ne nous sera pas enlevée. Nous mourons à nous-mêmes, marchant avec confiance dans cette tombe, car Dieu nous fait la promesse formelle que, comme Jésus, nous porterons beaucoup de fruit. 

Mais ce service-là pour le royaume ne semble t-il pas ordinaire et pesant à notre chair? Oh, je peux imaginer d’innombrables services bien plus efficaces pour le royaume qu’être mère de famille, gérer la garde d’enfants, ou s’occuper de mon groupe préféré, les trois-quatre ans de l’école du dimanche. Je pourrais proposer des moyens bien plus performants pour faire grandir l’église que le camp d’été biblique, une école du dimanche adaptée aux porteurs de handicaps, des mères en train de remplir des gourdes d’eau ou de préparer les couches du dimanche matin. Je pourrais trouver des solutions plus propices au déploiement du royaume que d’enterrer les talents, les dons et l’énergie d’une mère qui se donne entièrement à ses enfants.

Oui, je peux lister des manières plus efficaces pour servir Dieu – à condition, évidemment, que l’avancement du royaume s’obtienne par la chair. À condition d’accepter les mensonges du diable qui font écho au serpent ancien et aux doutes qu’il instille sur ce que dit vraiment Dieu (Gn 3.1). Et en parlant du diable, qui suivrons-nous? Suivrons-nous l’orgueil diabolique: « je ressemblerai au Très-Haut. » (Es 14.14) ou suivrons-nous Jésus qui dit: « Acceptez mes exigences et laissez-vous instruire par moi, car je suis doux et humble de cœur »(Mt 11.29)?

Donner les preuves de son excellence

Voici une vérité glorieuse! Chaque fois que Jésus utilise nos capacités improductives, il travaille le cœur de ceux qui le suivent dans cette mort laborieuse et cachée, mais centrée sur le sacrifice et la foi. Cela nous montre à nous et au monde attentif que l’efficacité et l’accomplissement viennent de Jésus et non de nous-mêmes. Quand la croissance, la résurrection, la vie et la nouvelle naissance nous auront poussé hors de ce sépulcre, l’œuvre de l’Esprit sera manifeste et nous verrons comment il s’est servi de nos ressources limitées et maladroites. Et ainsi Jésus, seul, sera glorifié.

Mais comment accompagner Jésus encore plus dans cette descente au tombeau? Être mère nous offre cette bonne terre dans laquelle nous pouvons investir et être utilisés dans une apparente inefficacité. Avec chaque moment passé auprès de nos enfants en actes insignifiants ou banals, nous nous approprions la promesse de Jésus à propos du grain de blé qui meurt et porte beaucoup d’épis (Jn 12.24). Nous avons de multiples occasions pour agir en grâce, instruire et corriger patiemment, bénir ceux qui ne peuvent nous le rendre. Être mère est notre chance de mourir à nous-mêmes et d’apprendre de Jésus pour pouvoir l’imiter.

Ne craignez pas de perdre votre vie, mères en Christ! Se soumettre à ses voies est une invitation à rejoindre le Roi dans sa mort et sa résurrection. Regardez à Jésus, les prémices. Voyez-vous vers quoi il tend? Cela semble presque trop beau pour être vrai. Nous sommes invitées à prendre notre croix sur le chemin du tombeau, à le rejoindre dans ces actes insignifiants semés le long de la route qui mène à la résurrection.

Voulez-vous vous joindre à moi, mes sœurs? Nous sommes les épis de blé! Vous connaitrez les délices de l’anéantissement qu’il a préparé d’avance pour vous: c’est le véritable chemin pour porter du fruit en abondance. Saisissez les croix pesantes et anodines que Dieu offre aux mères de famille. Pendant notre vie sur terre, ces croix ordinaires sont une invitation à participer véritablement et par la foi à l’œuvre du royaume. Notre insuffisance à réaliser cette tâche est finalement notre moyen le plus efficace pour montrer l’excellence de notre merveilleux Sauveur, Jésus le Roi.


Merci à Christine Davée pour la traduction de cet article


Pour aller plus loin:

Amanda Criss

Amanda Criss est une épouse, mère au foyer et blogueuse sur Bless Your Heart and Home. Elle et son mari, Jody, vivent à la campagne dans le Mississippi et sont membres de l'église First Baptist Mathiston.

http://www.blessyourheartandhome.com/

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  • Philippe Miguet dit :

    Je vous remercie pour cet article. Se marier, avoir des enfants est un choix. Ce choix comporte des obligations. Entre autres, celle d’élever ses enfants. Ce n’est pas un ministère, c’est une vocation. On n’est pas parent, on le devient. Et si, de plus, nous appartenons à une Eglise, nous pouvons transmettre à nos enfants, ce don merveilleux que nous avons peut-être reçu nous-mêmes: « la foi ».
    Aujourd’hui, nous voulons tout avoir. A la fois une belle famille, jouir de tous les plaisirs, et peut-être même encore, accéder au salut. Mais il faut se rappeler que nos choix nous engagent. Celui qui veut remplir un ministère pour une Eglise, doit renoncer à certaines choses. Evidemment, il semblerait que le ministère de l’apôtre Paul, par exemple, est plus glorieux que la tâche d’une mère au foyer, mais quels renoncements il demande ! il ne faut pas l’oublier. Sommes-nous prêts à consentir à ces renoncements ?
    Chères mères, si vous consacrez votre temps à vos enfants, rappelez-vous que ce n’est pas du temps perdu. Si vos enfants ne savent pas d’emblée le reconnaître, plus tard, quand ils auront eux-mêmes des enfants, ils penseront: « Quelle maman formidable j’ai eu ! »

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