Haroun, Internet etc

Matt et Raph ont regardé le dernier spectacle d'Haroun "Internet etc". Ils discutent ensemble des thèmes qu'ils ont aimé, notamment sur les "influenceurs", les réseaux sociaux, et ses liens avec une vision biblique du monde.

Thématique

Dans cet épisode, Raph et Matt répondent aux questions suivantes:

  • Présentation du style de l’humoriste
  • Quelles sont les thématiques de son spectacle « Internet etc »? Qu’est-ce que tu as aimé particulièrement?
  • En quoi trouves-tu son analyse, de tout ce qui touche de prêt ou de loin au net, pertinente avec la vision biblique du monde?
  • Le spectacle d’Haroun

Synthèse MM #16

Ce travail de synthèse est fait par un auditeur attentionné. Il ne retranscrit pas les propos exacts de l’épisode, mais vise à présenter le contenu.

Dans cet épisode, on va parler du dernier spectacle de l’humoriste Haroun. Son humour n’est pas juste un humour pour faire des blagues mais il fait également réfléchir. Sa posture y est pour beaucoup. Il fait des blagues énormes mais ne rigole pas et demeure impassible.

Présentation du style de l’humoriste

Il a un style très sérieux et minimaliste et lui-même joue de ça. Il dit qu’il n’a pas un style d’humoriste. Il y a juste un pied de micro et un tabouret avec un verre d’eau posé dessus. Il y a peu d’effets, c’est simplement lui, posé derrière un micro, comme un puriste du one man show à l’ancienne, et il fait des blagues. C’est également un humour très fin, ce n’est pas du comique de répétition. Ce n’est vraiment pas un comique de répétition. Ce n’est pas un comique de répétition mais un humour fin, et non un humour de comique de répétition.

Quelles sont les thématiques de son spectacle « Internet etc »? Qu’est-ce que tu as aimé particulièrement?

Raph: Il utilise l’humour de manière non conventionnelle pour parler de ce qui ne va pas et pour révéler et mettre en lumière des décalages. Il parle d’Internet, et avec l’explosion des nouveautés que cela apporte, son but est de prendre le temps d’y réfléchir. J’ai beaucoup aimé les caricatures sur les startups. Il commence d’ailleurs son spectacle par cela. Tout le monde aujourd’hui est soit dans une startup, soit connaît un ami dans une startup; et il dit que la spécialité de l’immense majorité des startups est de créer des objets qui ne servent à rien mais qui ont un port USB dessus. La caricature du startuppeur est celui qui est sorti de l’entrepreneuriat mais qui travaille avec un t-shirt Star Wars et sur un pouf au lieu d’un bureau. Certains ont créé des applications smartphone qui nous aident à nous passer de nos smartphones. Cela montre à quel point on est dans des raisonnement abscons et que l’on est envahi par cela.

Matt: Une des premières choses qu’il dit dans le spectacle est « on a plus le temps pour réfléchir ». Cela montre que le spectacle humoristique est un temps que l’on prend pour se décaler de la société et apporter un autre regard. Il le dit et le fait. Ce qui est fort, c’est qu’il force à peine, et on voit le ridicule et l’absurdité de ce qui nous entoure mais qui nous paraît normal. Une autre chose qui m’a marqué est le sujet des influenceurs, avec notamment les Kardashian où l’on voit la vacuité du problème. « Pourquoi Kim Kardashian est influenceuse? Parce qu’elle s’appelle Kim Kardashian. » C’est l’influence à partir de rien. Cela m’a frappé car en tant que blogeurs et podcasteurs, on influence du monde, même si on influence très faiblement à l’échelle du monde, mais on a cette place qui est rendue possible avec Internet. Auparavant, des personnes comme nous n‘auraient eu aucune influence. Entre la posture de dire que l’on ne veut pas être influenceur, alors que de fait on est lu et on est influenceur, et l’autre posture qui dit que l’on est influenceur et que l’on a du poids alors que ce n’est pas vrai, il y a l’espace de la responsabilité.

L’exemple avec cela est la demi-sœur de Kim Kardashian, Kylie. Elle a fait un tweet à propos de Snapchat en disant que l’application Snapchat n’est pas terrible. Son tweet a été retweeté 1,2 million de fois et l’action de l’entreprise a chuté drastiquement en une journée. A côté de cela des personnes ont travaillé pendant 5 ans et ont étudié le marché; et elle fait tout chuter par un simple message. Aujourd’hui, quelqu’un qui a de la visibilité a de l’influence, mais ce n’est pas synonyme de compétence et d’expertise et c’est une dérive qui est bien en place avec les réseaux sociaux. Et Haroun le dit bien: « Aujourd’hui, tout le monde a un avis sur tout et personne n’a raison sur rien. »

Avec Internet, il y a eu un glissement de l’autorité à l’influence. Auparavant c’était l’autorité qui définissait ce qui était suivi et entendu mais aujourd’hui c’est l’inverse. C’est ceux qui sont suivis qui font l’influence et qui ont « l’autorité », mais ce n’est que de l’influence pure parce qu’il n’y a rien derrière. Kim Kardashian est influenceuse seulement du fait de son nom. Il suffit qu’elle porte un vêtement pour que les gens fassent pareil. Il y a un corollaire à cela c’est que les gens sont des influençables. Cela pousse à réfléchir. Le produit dans l’histoire, c’est nous. On est des cibles de marketeurs qui utilisent ces personnalités et qui ont bien compris leur impact sur la société. On nourrit une bête avec cela et c’est très pervers.

En replaçant cela dans le cadre de l’église locale, nous (TPSG) sommes des « influenceurs » pour le meilleur et pour le pire. Nous demandons à Dieu de nous donner la sagesse et à vous de prier pour nous parce que l’on reconnaît cette influence relative mais réelle. Mais l’autorité ce n’est pas nous, c’est votre église locale et ses responsables. A l’ère d’Internet, il y a une dissociation de l’autorité dans l’église où les membres vont chercher l’autorité et se nourrir ailleurs, notamment pour trouver des personnes qui sont d’accord avec eux et qui ne vont pas les remettre en question. Quand quelqu’un nous écrit un mail, on les invite d’abord à s’adresser à l’église locale et à se référer à l’autorité de l’église locale. Dans le livre de Daniel, lorsqu’il interprète le rêve du roi au chapitre 2, le roi affirme: « C’est certain, c’est votre Dieu qui est le Dieu des dieux et le Seigneur des rois, et il dévoile les secrets, puisque tu as pu dévoiler celui-ci. » (Dn 2.47) Lorsque le roi regarde le ministère de Daniel, il ne lui dit pas qu’il est très intelligent, qu’il a un don extraordinaire, mais il rend gloire à Dieu. En tant que chrétiens, lorsque l’on a de l’influence, ce n’est pas pour attirer à nous mais pour tourner les regards vers Dieu. C’est cela être des lumières du monde, chercher à montrer la beauté de Dieu et non la nôtre.

Sa remarque sur les réseaux sociaux où tout le monde a un avis sur tout est également très pertinente lorsque l’on voit à quel point cela peut dérailler. Il suffit de suivre n’importe quel commentaire sur n’importe quoi: lorsque 2 personnes ne sont pas d’accord, cela part très rapidement en insultes et on arrive à un temps record au point Godwin, où l’on en vient à comparer l’autre à Hitler. Cela montre comment le comportement d’une personne derrière un écran n’a rien à voir avec la personne dans la vie réelle. Il y a une hystérisation, une polarisation et une incapacité à nuancer dans la façon d’exprimer ses points de vue.

C’est très paradoxal lorsque des personnes dénoncent le système dans les commentaires YouTube alors que YouTube appartient à Google et que c’est précisément eux qui dominent le système.

Lorsque l’on n’est pas en face de quelqu’un, on se permet de dire des choses qu’on ne lui aurait jamais dites en face. En tant que chrétien, on se permet de dire, de faire, de penser des choses comme si Dieu n’était pas présent, alors qu’il l’est. Et un jour, on devra rendre compte devant lui de tout ce qu’on a dit, pensé, y compris sur les réseaux sociaux. On pourrait se dire que dans nos milieux chrétiens, on pourrait s’attendre à un minimum de respect alors que certains jettent le discrédit sur d’autres, critiquent, et agressent gratuitement.

Une autre réflexion de l’humoriste, c’est que Google a remplacé la religion. Avant on se tournait vers les prêtres, les curés quand on avait des questions existentielles, et maintenant on demande à Google. Ce qui est hallucinant, c’est que Google peut savoir si on a un cancer avant nous avec les symptômes qu’on lui cite.

Haroun pointe une idée très juste avec cette réflexion en le plaçant sur le terrain de l’omniscience. Et on peut presque aller sur l’omniprésence, avec le fait de voir d’autres endroits, franchir les barrières spatiales en parlant avec quelqu’un qui est dans une tout autre région du monde. Des questions que l’on peut se poser: dans quelle mesure on en prend conscience? Qu’est-ce qui serait intéressant à creuser en termes de réponse à cela?

Il parle aussi de l’algorithme de la médiocrité: lorsque l’on écrit quelque chose dans un commentaire et que notre avis est critiqué, plus il y aura de commentaires, plus on sera mis en avant, plus on aura de la visibilité (on sera dans les premiers commentaires) et plus la critique suit derrière. Ce n’est pas constructif. Quand on fait des recherches, avec les différentes intelligences artificielles qui gèrent la pertinence, les premiers articles sont considérés comme ceux qui font foi et qui ont autorité car on cherche à être référencé correctement en écrivant un article. Il y a un empire du vide puisque tout le monde peut écrire, et si on comprend bien les algorithmes on peut bien se positionner mais il n’y aura rien qu’un titre accrocheur; comme tous les articles sur le « lifestyle » où c’est essentiellement du vide et du creux. Et cela porte du discrédit à ceux qui font un vrai travail et qui apportent de vrais conseils. Cela met tout le monde au même niveau face à l’information et le défi pour nous n’est pas de trouver de l’information mais d’avoir de la sagesse et de l’analyse, ce que Google n’a pas et ne peut pas nous apporter. On ne peut que se responsabiliser soi-même face à la recherche d’informations.

Lorsque Haroun parle de la religion, il dit aussi que si Jésus revenait aujourd’hui, on ne le verrait pas parce qu’il n’aurait pas Snapchat; ou s’il faisait le miracle des pains, les gens râleraient parce qu’il n’aurait pas fait du pain sans gluten. La technologie n’est pas neutre, ce n’est pas qu’une question d’usage, c’est un canal et elle a été créée pour générer un comportement prémédité. Si l’on passe notre temps à procrastiner, certains ont bien compris comment capter notre attention et l’attirer sur des choses qui ne sont pas essentielles. Et quand le Fils de l’homme reviendra sur terre, trouvera-t-il quelqu’un qui a encore la foi?

On observe soit un très grand scepticisme, où l’on condamne toute technologie en devenant comme les Amish, soit un très grand optimisme en pensant que la technologie ne présente pas de danger. La position d’Haroun est assez réaliste. Il est assez cynique, mais on l’est forcément si l’on n’a pas d’espérance. Pour nous chrétiens, dans notre usage et notre conception de la technologie, rappelons-nous que la technologie n’est pas neutre en soi parce qu’elle induit des comportements et des usages particuliers, et qu’elle est créée par des hommes qui ne sont pas neutres. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elles sont intrinsèquement mauvaises mais elles sont potentiellement dangereuses.

En quoi trouves-tu son analyse, de tout ce qui touche de près ou de loin à l’internet, pertinente avec la vision biblique du monde?

Ce que l’humoriste pointe du doigt, c’est que ces nouvelles technologies apportent un éclatement de la sphère privée. Prenons par exemple le selfie: maintenant la façon dont on prend des photos est radicalement différente par rapport au passé. Avant on prenait des photos de paysages et maintenant c’est nous qui sommes au premier plan parce que l’on veut la partager et que l’on veut se mettre en avant. C’est nous qui sommes au centre de tout. Cela est très révélateur de notre égocentrisme et de notre narcissisme. On fait exploser la sphère privée et on n’a aucun problème avec cela. Cela ressort dans la question de la collecte de données. Une réaction à cela est le fait de dire que si l’on n’a rien à se reprocher, on s’en fiche. Mais ce que l’on ne comprend pas, c’est que si l’on peut donner des avis gratuitement, on est aussi gratuitement utilisés par des firmes pour mieux nous cibler, nous conditionner et nous formater. Un adage célèbre dit: « si c’est gratuit, c’est toi le produit. »

On a ce désir de s’exposer en montrant une image de soi mais toujours sous le meilleur angle. On veut montrer ce qui est bon de nous, ce qui est parfait en mettant des filtres, des belles positions. En faisant cela, on ne se montre pas tel que l’on est et c’est très hypocrite.

On est extrêmement naïfs face à ces données qui sont récupérées et on ne mesure pas ce qui est à perdre et les dangers auxquels on est exposés. Le fait d’accepter si facilement de donner de notre liberté et la perdre pour avoir une plus grande sécurité est très effrayant et naïf. En tant qu’Église, face à ces choses, on n’a pas tous ce discernement dont fait preuve Haroun. Avec une génération qui a grandi et qui a été plongé dans ce milieu-là sans prendre le temps de prendre du recul, on n’est pas conscient de tous les enjeux qu’il y a et de ce que certains se permettent derrière les écrans, sur le crédit que l’on apporte à certains influenceurs,… Face à cela, l’Église doit avoir un rôle prophétique, dans le sens où elle doit préparer et informer le peuple de Dieu à vivre dans la sagesse. On ne doit pas être naïfs et croire tout ce que l’on dit, sans pour autant tomber dans les théories du complot. On doit exercer un juste discernement et avoir de la sagesse. Ce sont des sujets de discussion qu’il faut avoir entre frères et sœurs et s’exhorter. Lorsque l’on voit un frère (ou une sœur) qui a un comportement qui relève d’un manque de respect, d’un péché, sur les réseaux sociaux, notre responsabilité est d’aller le voir et de l’avertir car il oublie que ce n’est pas parce qu’il y a un écran, qu’il n’y a pas une vraie personne derrière, et il est en train de la critiquer devant des centaines de personnes, chose qu’il ne se permettrait pas dans la réalité. Il est important de s’exhorter à la sainteté et à la sagesse dans notre comportement sur le net.

Dans un autre moment du spectacle, en parlant de l’intelligence artificielle qui arriverait à prévenir les meurtres comme dans le film Minority Report, il dit qu’heureusement que cela n’arrive pas avec lui car il se serait fait arrêter. Il montre le fait qu’en nous sommeille un meurtrier potentiel, que l’on a tous des envies de meurtre. Il y a un point de contact avec la vision biblique du monde car la Bible dit que celui qui insulte son frère est un meurtrier. La différence c’est de savoir ce que l’on fait de cela. Est-ce que l’on reconnaît simplement que c’est normal et on passe outre, ou est-ce que l’on reconnaît que c’est normal mais que c’est grave, que l’on a besoin de la rédemption et qu’il y a une portée éternelle?

Si l’on prend un point de vue Memento Mori sur ce spectacle, il y a une absence totale de projection au-delà de la vie. Il mesure les impacts de notre comportement dans le présent mais il n’y a pas de regard sur le futur. C’est une analyse très matérialiste et naturaliste d’Internet. Il n’y a pas d’issue et c’est pour cela qu’il est cynique, et en regardant cela on se rend compte que l’on est perdus.

Avec ces histoires de droit à l’oubli des informations et le traçage des données, l’homme s’octroie grâce à ces nouvelles technologies une mémoire infaillible de toutes les traces numériques de son passage. Tout ne reste pas visible mais d’un point de vue eschatologique, il n’y a pas de droit à l’oubli. Pour se rendre compte, on peut s’imaginer la scène suivante: on invite tous ceux que l’on connaît dans un cinéma et on projette toutes les pensées que l’on a eu dans notre vie. Comment nous sentirions-nous?

Dieu est le seul qui peut décider « d’oublier » en effaçant notre dette en l’imputant à Jésus-Christ. Dans cette terre, on doit se rendre compte qu’un jour on rendra des comptes, non seulement aux hommes, mais aussi à Dieu, de la façon d’utiliser ces outils. Cela peut être positif car en tant que chrétiens, on souhaite les utiliser pour la gloire de Dieu, mais il faut faire attention.

Merci à Victor Hui pour son travail de synthèse.

Pour aller plus loin

Dans cet épisode on a parlé de:

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Memento Mori

Memento Mori, c'est le podcast hebdomadaire de Raphaël Charrier et de Matthieu Giralt, qui parle du présent en prenant la fin comme point de départ.

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