Interview de Tim Keller sur l’argent et la générosité

Le thème de la générosité nous embarrasse, n’est-ce pas? Nous nous faisons tout petits car nous sommes loin d’être aussi généreux que ce que nous pourrions être, et même que ce que nous devrions être. Nous vivons donc sans cesse avec une certaine culpabilité que nous étouffons, quand nous ne l’ignorons pas tout simplement.

Puis un article remet le sujet sur la table, et vous y voilà confrontés à nouveau.

Mais selon Tim Keller, la générosité dépasse la simple question de l’argent. Elle traite également du pouvoir, des relations, de l’hospitalité, du ministère, et par-dessus tout, de la grâce. L’Église presbytérienne du Rédempteur (dont Keller est le pasteur) a publié en anglais un kit intitulé La générosité: répondre à la grâce radicale de Dieu dans la communauté et qui contient un guide d’étude, une série de prédications sur DVD et un livret de méditations en 20 jours. Avec son programme de 7 études, ce kit est idéal pour les Églises et les responsables de petits groupes à la recherche d’une ressource solide sur ce sujet vital mais parfois délicat.

J’ai correspondu avec Keller, pasteur de cette Église et vice-président de la Gospel Coalition, à propos de la dîme, des idées fausses et de la manière dont les pasteurs devraient savoir ce que donnent les membres de leurs Églises, et bien plus encore.

Quel est le lien entre la dîme dans l’Ancien Testament et le don tel qu’il est pratiqué dans nos Églises aujourd’hui?

Jésus souligne la fidélité des Pharisiens dans leur versement de la dîme et dit néanmoins qu’ils ont négligé la justice et l’amour de Dieu (Lu 11.42). Il dit alors qu’ils devraient en effet continuer leur pratique, mais sans négliger le reste. Jésus semble partir du postulat que les croyants doivent donner la dîme.

Mais si nous devions réfléchir à notre relation à la dîme de l’Ancien Testament, je dirais ceci. Il est certain que nous sommes plus bénis que les saints de l’Ancien Testament. Pourquoi, donc, devrions-nous nous attendre à être moins généreux? Ainsi, les chrétiens devraient voir la dîme dans l’Ancien Testament comme une sorte de pourcentage minimum de leur revenu à donner.

Comment les pasteurs font-ils pour que les plus grands donneurs de leur communauté n’aient pas d’influence excessive sur la manière dont l’Église est gérée?

Vous ne devriez pas savoir qui sont les plus grands donneurs dans l’Église. J’ai toujours délibérément refusé de savoir combien donnent les gens de mon assemblée, et je ne veux pas non plus que mon équipe le sache (sauf ceux qui tiennent les comptes, bien sûr). De cette manière, vous n’êtes pas tentés de vous référer à eux. Je peux certes apprendre qu’un individu a fait un don généreux. Mais puisque je ne regarde pas les noms des donneurs et les montants, je ne sais pas quelle est l’ampleur de ce don par rapport aux autres.

De votre point de vue, quelle est l’erreur la plus commune que font les pasteurs quand ils abordent le sujet de la générosité?

Je crois que je ne connais pas assez la manière de procéder des autres pasteurs pour parler largement sur ce sujet. Me concernant, je pense que je n’ai pas suffisamment parlé de générosité. J’ai souvent hésité à aborder le sujet, même si la Bible en parle beaucoup.

L’autre aspect pour lequel j’ai souvent échoué est le fait de lier la générosité à la vision pour le ministère et le service des autres. Je pense que j’ai souvent parlé de générosité de manière trop abstraite (par exemple: « Voilà ce que vous devez à Dieu chaque année »).

Après plus de 40 ans de ministère pastoral, quelle est l’idée fausse ou la faiblesse que vous avez perçue parmi ceux que vous accompagniez lorsque vous abordiez le sujet d’une vie généreuse?

C’est le problème de la grenouille dans la marmite. Les Américains d’il y a 40 ans seraient choqués de voir ce que les chrétiens d’aujourd’hui considèrent comme des nécessités. Mais nous voyons les choses de cette manière parce que nous considérons le « nécessaire » à la manière de la culture capitaliste de consommation qui nous pousse à en faire de tel, c’est-à-dire à toujours rechercher plus et plus vite.

Les pasteurs devraient-ils être conscients de l’étendue des dons de leur assemblée et tenir les membres pour responsables?

Bien sûr, en tant que responsables d’un corps, d’une communauté. Je peux en général savoir ce que font les gens de mon assemblée et combien ils donnent. Je peux ensuite parler à ma communauté dans son ensemble et la tenir responsable de donner plus. Mais c’est assez compliqué et finalement inefficace d’essayer de le faire individuellement avec chaque famille, sauf dans le cadre d’un suivi pastoral ou d’une préparation au mariage.

Comment devrions-nous évaluer nos vies à la lumière d’exemples historiques de vies marquées par la « simplicité radicale » comme celle de John Wesley ou John Newton?

Bien pauvrement.

Matt Smethurst est rédacteur en chef de la Gospel Coalition. Il est également Ancien dans une Église baptiste aux États-Unis. Lui et sa femme ont trois enfants.
Article traduit avec autorisation. Merci à David Steinmetz pour la traduction.

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