Interview de David Platt: « Prenons au sérieux notre appel à suivre Jésus »

Ce n’est pas la première fois que David Platt soulève des questions polémiques. Au printemps dernier, il avait mis les dirigeants des églises baptistes du Sud des Etats-Unis au défi de repenser leur utilisation de la « prière de conversion ». Deux ans plus tôt, il avait publié le bestseller Radical où il critiquait sévèrement le matérialisme et l’auto-complaisance que l’on trouve dans l’église américaine. Maintenant, David Platt, pasteur de l’église de Brook-Hills à Birmingham, Alabama (Etats-Unis), nous encourage dans son nouveau livre, Suis-moi: un appel à mourir, un appel à vivre (BLF Editions), à nous attacher à Jésus et à reconnaître ce qu’exige la vie de disciple.

Jeff Haanen, écrivain free-lance et administrateur scolaire, a interrogé David Platt au sujet de l’étendue du « christianisme culturel », de la place de l’enfer dans l’évangélisation et de ce qu’implique réellement de suivre Christ à notre époque. (Katelyn Beaty, rédactrice en chef de Christianity Today[1] a également rencontré David Platt à l’occasion de la conférence Urbana Student Missions qui s’est tenue il y a peu, et certaines parties de son interview ont été intégrées ici.)

Dans Radical, vous avez critiqué le rêve américain. En quoi Suis-moi est-il différent?

Dans Radical, j’avais pour objectif de mettre en lumière des valeurs et des idéaux propres à notre culture mais contraires à l’Évangile. Je me suis par conséquent concentré sur ce que nous devions abandonner pour suivre Jésus. Dans Suis-moi, je n’aborde plus ce que nous devons abandonner mais ce à quoi nous devons nous attacher en tant que disciples de Jésus. Je ne me concentre pas sur le poids des choses que nous avons abandonnées mais sur la grandeur de celui que nous suivons et la véritable signification de suivre Jésus quotidiennement.

Après avoir lu Radical, beaucoup se sont demandés: « Bon, qu’est-ce que je dois faire maintenant? Vendre la maison? Adopter des enfants? Partir m’installer dans un autre pays? » Voilà ma réponse: « Adresse-toi à Jésus. » Il n’y a pas de schéma prédéfini, sa réponse ne sera pas identique pour tous. Le bon plan, c’est: « Abandonne-toi à Christ. Abandonne toutes choses, ta vie entière, entre ses mains. Signe le chèque en blanc et ne pose aucune condition. » Tout est là. Abandonne tes rêves, tes projets, tes ambitions qui sont davantage tournés vers le monde que vers la Parole, et dis: « Je ferai ce que tu voudras, j’irai où tu voudras, je donnerai ce que tu voudras ». Accroche-toi à Jésus et agis selon ce qu’il te conduira à faire.

david-platt-sa-familleCe qui est merveilleux, c’est qu’il en conduira certains à adopter; d’autres, à vendre leurs maisons et à traverser l’océan pour s’installer à l’étranger. Nous avons vu des hommes et des femmes vendre leur maison pour s’installer dans des quartiers dangereux. Nous en avons vu d’autres garder leur maison, former des disciples chez eux et mettre leur foyer au service de l’annonce de l’Évangile, que ce soit au niveau local ou national.

Nous aimerions avoir une simple liste de choses à cocher: j’ai fait ceci et cela, ça y est, je suis un « radical »! La solution, c’est que tu t’accroches à Christ et que tu te poses sérieusement la question de savoir ce que signifie vraiment suivre Jésus et faire des disciples.

Vous commencez par critiquer certaines « formules conventionnelles de l’église » telles que « Demande simplement à Jésus d’entrer dans ton cœur » et « Invite Jésus dans ta vie ». Qu’est ce qui ne va pas avec ces phrases?

Je pense que si nous ne prenons pas garde, nous adoptons ces formules et domestiquons les paroles exigeantes de Christ dans les Écritures. Suivre Jésus ne se résume pas simplement à faire une prière, à dire certaines paroles ou même à adhérer à certaines vérités. En nous appelant à le suivre, Jésus nous appelle à perdre notre vie. Jésus est bien plus qu’un Sauveur qui nous supplie de le laisser entrer dans notre cœur. Il est le Roi à qui revient toute l’adoration et qui mérite que nous lui abandonnions notre vie.

La Bible utilise les termes suivants pour définir le processus par lequel on devient un disciple de Jésus: repens-toi, crois, détourne-toi du péché, détourne-toi de toi-même, crois que Jésus est ton Sauveur et ton Seigneur. Il s’agit d’un changement de vie à 180°. Si nous ne prenons pas garde, nous affirmons certaines vérités et énonçons certaines phrases sans même mentionner le changement qui doit avoir lieu dans le cœur.

Pensez-vous que l’on retrouve fréquemment ce type d’attitude en dehors du Sud des Etats-Unis qui est de « culture chrétienne »?

Oui. Je ne peux pas généraliser et parler pour toutes les cultures et tous les contextes, mais même en me rendant dans d’autres pays du monde, qu’il s’agisse de l’Inde ou de certains pays d’Asie, j’ai assisté à des rassemblements où suivre Jésus se résumait à: « incline la tête, prononce les mots suivants, lève les mains, et ça y est, tu es un disciple de Jésus ». S’agit-il d’une pratique habituelle dans le Sud des USA? Tout à fait. Mais je ne pense pas que minimiser l’impact de suivre Jésus soit une attitude propre au Sud uniquement.

Le christianisme culturel va se manifester de différentes manières selon les pays. La Jamaïque est l’un des exemples cités dans Suis-moi. Je prie pour la Jamaïque en ce moment, à travers le livre de prière Operation World (Opération monde). D’après les données du livre, c’est un pays où la population est presque exclusivement chrétienne et on y trouve davantage d’églises par km2 que presque partout ailleurs dans le monde. La population est chrétienne à 90% environ. Mais la plupart des habitants de ce pays ne vivent pas conformément aux enseignements de Jésus ou ne sont pas membres d’églises locales. Il y a clairement un décalage. La plupart des gens sont chrétiens, mais ne suivent pas les enseignements de Jésus – ça ne colle pas.

Je ne vise pas particulièrement la Jamaïque, pas plus que je ne tente de critiquer gratuitement le Sud. Je pense que nous sommes ici face à un problème de supercherie spirituelle. C’est ce que Jésus met en lumière en Matthieu 7: « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » En tant que pasteur, je considère que ces paroles de Jésus figurent parmi les plus terrifiantes. Bien des personnes, et pas uniquement des habitants du Sud des Etats-Unis, seront abasourdies d’entendre Jésus leur dire: « Je ne vous ai jamais connus. »

[Tweet « «Beaucoup seront abasourdies d’entendre Jésus leur dire: « Je ne vous ai jamais connus. »» @plattdavid »]

Vous dites que de nombreux chrétiens se bercent « d’illusions dangereuses » à propos de ce que signifie véritablement être chrétien et que « beaucoup d’hommes et de femmes sont aujourd’hui persuadés d’être sauvés de leurs péchés alors qu’ils ne le sont pas ». Comment peut-on déterminer qui est véritablement chrétien et qui ne l’est pas?

La Bible nous fournit de nombreuses indications qui permettent de déterminer si quelqu’un est ou non un disciple de Christ. Néanmoins, je ne suis pas en train de dire qu’il nous faudrait accomplir certaines actions pour être sauvés ou pour gagner la faveur ou l’amour de Dieu. Ce serait dévier complètement du message central du christianisme. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu consacrer le début du livre, notamment le deuxième chapitre, à la grâce qui se trouve au cœur du christianisme: ce que Dieu fait pour nous et que nous n’aurions jamais pu accomplir pour nous-mêmes.

Lorsque la grâce est à l’œuvre, le Dieu de l’univers s’abaisse vers nous et vient toucher notre âme au plus profond, pardonne nos péchés et nous remplit de son Esprit. En conséquence, notre vie sera radicalement différente. Notre manière de penser sera différente. Ce que nous désirons sera différent. La façon dont nous vivons sera différente.

david-platt-tabouretBien sûr, il s’agit d’un processus. Personne n’est parfait. Le processus ne sera jamais achevé jusqu’à ce que notre vie prenne fin et que nous soyons glorifiés avec Dieu au ciel. Mais le processus est bel et bien en route. C’est de cela que parle Jésus en Matthieu 7. Il parle des fruits qui se manifestent dans notre vie. Un bon arbre porte des bons fruits, un mauvais arbre porte de mauvais fruits. En 2 Corinthiens 13.5, Paul nous exhorte à nous examiner nous-mêmes, à nous éprouver nous-mêmes pour voir si nous sommes dans la foi. L’auto-évaluation revêt une place importante dans nos vies. Néanmoins, le danger de l’illusion spirituelle est tel que nous tournerons les choses à notre avantage. Il n’est pas étonnant que l’ennemi utilise la tactique de la tromperie pour convaincre des personnes qu’ils appartiennent au royaume de Dieu alors que cela est faux.

Comment peut-on avoir l’assurance du salut sans tomber soit dans le christianisme culturel, soit dans un christianisme « confortable »?

La première épître de Jean nous fournit des réponses claires au sujet de l’assurance du salut. Croyons-nous en la vérité énoncée par Christ? Vivons-nous l’amour de Christ? Marchons-nous selon les paroles de Christ? Voilà les questions que la Bible nous encourage à nous poser.

J’essaie de montrer ce qui se passe lorsqu’une personne devient un disciple de Jésus. Comment cela se manifeste-t-il? Dans ce livre, je tente d’analyser pas à pas la transformation intérieure qui débute au moment où nos péchés sont pardonnés et que nous sommes remplis du Saint Esprit. Nous commençons à penser différemment. Nous commençons à désirer différemment. Nous commençons à vouloir ce que Dieu veut. Nous commençons à vivre différemment. C’est une bonne chose, puisque nous croyons que Jésus sait ce qui est le meilleur pour nous. Nos relations commencent à changer elles-aussi. Nous réalisons à quel point la communion avec ceux qui croient est importante, à quel point l’église est essentielle. Et nous manifestons une volonté grandissante d’annoncer l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas Christ.

Ce sont là tous les effets domino qu’engendrent le pardon de Christ et son Esprit qui vient habiter en nous. Cela s’applique à tous les chrétiens, pas juste à des chrétiens d’exception. Voilà ce que signifie être un chrétien, un disciple de Jésus: cela passe par la transformation de nos pensées, notre cœur, nos désirs, notre volonté, nos relations et le sens de notre vie.

Vous vous êtes rendus plusieurs fois en Inde et en avez conclu que « 597 millions d’hindous, de musulmans, de bouddhistes et de sikhs autour de [vous] iront en enfer s’ils ne mettent pas leur confiance en Jésus ». Quelle importance la doctrine de l’enfer devrait-elle revêtir lors de l’annonce de l’Évangile?

platt-indeLa doctrine de l’enfer sous-tend toutes choses. L’évangélisation est la proclamation nécessaire de l’Évangile parce que les gens sont perdus sans Christ, qu’ils sont séparés de Dieu et qu’ils ont besoin d’un Sauveur qui les rachète, c’est une réalité. Notre éternité dépend de ce que nous faisons du salut que Dieu nous offre par Jésus Christ. Chaque être humain sur cette terre se retrouvera soit en enfer pour l’éternité, soit au paradis pour l’éternité. Si cela est vrai, nous voudrons sans aucun doute que les personnes autour de nous le sachent. Nous ne voudrons pas cacher cette réalité, éviter d’en parler ou en avoir honte.

La doctrine de l’enfer ne devrait toutefois pas être la seule chose qui nous pousse à évangéliser. Notre motivation ultime, c’est la gloire de Dieu. Dans le nord de l’Inde, on adore toutes sortes d’autres dieux. Je crois en la Bible, et je crois qu’il n’y a qu’un seul Dieu qui est digne d’adoration. Plus que tout, je veux annoncer à cette population combien Dieu est bon et grand afin que toute la gloire lui revienne, sachant que Dieu se glorifie également en sauvant les pécheurs.

[Tweet «  »Notre motivation ultime à évangéliser, c’est la gloire de Dieu. » @plattdavid »]

Il n’est pas nécessaire que l’enfer soit notre fil rouge lorsque nous annonçons l’Évangile. Certaines situations peuvent l’exiger, mais lorsque j’annonce l’Évangile, je cherche toujours des moyens de bâtir des ponts entre les personnes que je rencontre, leur vie et leur vision du monde, et la réalité de qui est Dieu, qui est l’homme et qui est Christ, le seul chemin vers le salut.

Dans votre livre, beaucoup des illustrations sont tirées du Moyen Orient où suivre Jésus est illégal et dangereux. Pourquoi choisir tant d’exemples de là où il y a la persécution, plutôt que de vous inspirer d’évènements d’Amérique?

Nous avons beaucoup à apprendre de nos frères et sœurs dans le monde. Par la grâce de Dieu, en Amérique nous pouvons louer Christ librement. Nous ne sommes par emprisonnés pour notre confiance en Christ, et il n’y a pas de menace de perdre nos biens, notre famille, ou notre vie.

Cela dit, au milieu du confort dont nous jouissons, nous pouvons aussi nous retrouver assez éloignés de l’exemple du Nouveau Testament où suivre Jésus était coûteux. Alors pour comprendre comment être chrétien selon le Nouveau Testament, je pense qu’il est judicieux d’apprendre de nos frères et sœurs dans le monde qui savent que suivre Jésus a un coût.

Nous ne sommes pas dispensés du renoncement à soi et des sacrifices. Bien sûr, la situation est différente dans nos vies et dans cette culture puisque nous ne sommes pas en danger de mort. Cependant, l’Évangile nous appelle à considérer différemment nos biens. Certes, personne ne nous les ôte sous prétexte que nous suivons Christ. Mais l’Évangile nous convainc de les délaisser pour la gloire de Christ. Nous donnons nos vies pour faire connaître l’Évangile à ceux qui ne l’ont jamais entendu. Et ça implique des sacrifices.

Ces dernières semaines, mon église a envoyé des équipes dans des pays à risque. Je pense que le Seigneur appelle beaucoup de gens de nos églises qui sont dans une situation confortable à faire cela. Pas tous, c’est sûr, soyons clairs. Il est possible d’obéir à Christ et de vivre une vie pour lui ici même, et j’essaye dans mon livre d’en donner plusieurs exemples aussi. J’aime voir comme Dieu, dans sa glorieuse créativité, prend sa Parole et son Esprit, et nous conduit dans tous types de lieux. Certains restent ici, et d’autres déménagent à l’autre bout de monde, mais tous ont un même but. Nous voulons faire des disciples de Jésus.

[Tweet «  »Nous avons tous le même but: nous voulons faire des disciples de Jésus. » @plattdavid »]

Vous citez fréquemment les chrétiens persécutés comme des modèles de discipulat. Les chrétiens occidentaux devraient-ils rechercher ce genre de persécution?

peuples-non-atteints-pecheNon, je ne pense pas que les chrétiens occidentaux – ni aucun chrétien – devraient chercher la persécution. Cependant, les chrétiens devraient chercher Christ, en sachant que la persécution adviendra.

Cela prendra différentes formes selon où l’on est. 2 Timothée 3.12 dit que quiconque veut vivre pieusement en Christ sera persécuté. Comme le dit Jésus, « ils m’ont persécuté, et ils vous persécuteront également. » Le fait est que, littéralement, nos vies seront davantage en danger à mesure que nous approfondissons notre relation avec Jésus.

Bref, il serait bête de chercher la persécution juste pour la persécution. Ça n’a rien à voir. Mais nous annonçons activement l’Évangile aux nations. Et il y aura des défis, il y aura des épreuves, il y aura des difficultés, il y aura de la persécution. Il faut s’y attendre, mais pas le rechercher. Nous proclamons l’Évangile, et en le faisant la persécution viendra.

Dans un chapitre sur l’évangélisation, vous écrivez « nous avons des frères et sœurs dans le monde qui sont emprisonnés, battus, persécutés, et tués chaque jour non parce qu’ils servent avec le sourire, mais parce qu’ils annoncent verbalement l’Évangile. Mais si l’appel de quelqu’un est de « servir avec le sourire », est-ce moins valable que l’appel d’un évangéliste?

L’appel des gens à servir Christ à leur manière est-il valable? Absolument. La question ne se pose pas. Que vous travailliez dans une usine, une école, une église, où que ce soit, peu importe votre appel.

Oui, nous vivons pour la gloire de Dieu et Dieu nous a donné différents dons en termes d’arrière-plan, d’expériences, et d’éducation.

Mais pour chacun de nous, il y a un commandement qui est de faire des disciples de Jésus. Ça, ce n’est pas négociable, quel que soit votre appel ou vocation. Il est au centre de nos vies et au centre de l’Eglise. Ça se passe différemment pour moi qui suis pasteur ou pour un prof, ou pour n’importe quelle vocation comme par exemple ma femme qui reste à la maison avec les enfants. Elle a le même commandement au centre de sa vie.

[Tweet «  »Le commandement de faire des disciples n’est pas négociable, quel que soit votre vocation. » @plattdavid »]

C’est pourquoi, alors que nous accomplissons notre appel, nous utilisons chaque lieu et opportunité, là où nous travaillons, pour amener des gens à Jésus et leur montrer en pratique à quoi ressemble une vie avec Christ.

Je veux donc faire attention de ne pas simplement dire que l’évangélisation est seulement pour les évangélistes. Non, faire des disciples et montrer comment suivre Christ, voilà le commandement qui anime tous les chrétiens, quelle que soit leur vocation.

Et que dire, par exemple, d’un ouvrier d’usine qui aime Jésus et veut le suivre, mais qui travaille énormément pour pourvoir aux besoins de sa famille? Comment le conseilleriez-vous?

C’est un très bon exemple. Je dirais à ce frère en Christ: « Tu as été créé pour la gloire de Dieu parmi toutes les nations. C’est pour ça que tu respires, pour que sa gloire soit connue dans toutes les nations. Et comment le faire ? Eh bien d’abord en aimant et soutenant ta famille, en l’amenant à aimer Jésus. C’est évident. Ne pas prendre soin de sa famille est complètement anti-biblique. Ce serait être pire qu’un incroyant.

« Ne pas prendre soin de sa famille est complètement anti-biblique. »

Dieu t’a mis dans cette usine pour accomplir son plan. Il y a des personnes autour de toi qui ont besoin d’entendre parler de Jésus. Dieu est glorifié dans ton travail, et il te donne des occasions d’amener des personnes à Christ.

Jésus n’a pas fait le tour du monde. Il a passé la plupart de son temps dans une zone géographique assez restreinte, avec 12 hommes. C’est ainsi qu’il changeait le monde, alors fais ça dans ton usine. Consacre toi à quelques personnes, partage l’Évangile, amène les à Christ, montre leur comment le suivre et comment faire de même avec d’autres personnes. C’est un principe de multiplication. C’est comme ça que ta vie est en lien avec les nations.

En même temps, saches que pour ceux qui suivent Jésus, il y a une perspective plus grande encore: être disciple, c’est aussi prier pour les nations, prier pour les peuples non-atteints. Car nous avons reçu le commandement de faire connaître l’Évangile parmi tous les groupes de peuples de la planète. Ta vie peut jouer un rôle, même en te mettant à genoux chaque jour. Prie, donne, regarde comment tu pourrais offrir en sacrifice tes ressources. Regarde comment diminuer le luxe et les excès dans cette culture qui dit « il faut toujours plus, toujours mieux ».

Puis vas là où le Seigneur te conduit. Peut-être as-tu une occasion de partir ponctuellement dans des missions à court terme? Peut-être que le Seigneur t’amènera un jour à aller au-delà des frontières? Ou peut-être pas. Mais dans tous les cas, prépare-toi à cette éventualité. » C’est ce que je dirais à cet ouvrier d’usine, afin que chaque semaine il vive une vie pour la gloire de Dieu parmi toutes les nations.

Vous avez sûrement remarqué que discipliner les chrétiens est devenu impopulaire dans beaucoup d’églises, parfois même complètement ignoré. Comment pensez-vous pouvoir bien développer la discipline d’église dans des villes où les chrétiens n’ont qu’à changer d’église?

Pratiquer la discipline d’église est un réel défi. On l’a vu ici même, à Brook Hills [NDT : l’église où Platt était pasteur jusqu’en 2014]. Je pense que pour arriver à une discipline d’église, il faut montrer clairement ce dont il s’agit au sein du corps du Christ. Puis il faut de bonnes relations entre les églises locales d’une même dénomination. Il nous est arrivé d’avoir des personnes venues à Brook Hills pour échapper à une procédure disciplinaire dans leur église. Dès que nous l’avons su, nous avons dit « bien, nous voulons encourager la réconciliation avec cette autre église. Peut-être le Seigneur vous amènera à rester là-bas, et peut-être qu’il vous amènera à la quitter », mais nous allons favoriser la réconciliation entre cette personne et son église.

Nous avons aussi des gens dans un processus disciplinaire dans notre église – je pense à un cas en particulier – et la personne va dans une autre église tout en ne se détournant pas de son péché. Nous communiquons avec l’autre église pour qu’ils puissent l’aider.

Plus on encourage ce type de relations entre églises, plus on arrivera à une discipline d’église efficace.

Dans votre église, vous encouragez à ne pas être simplement membres mais à « partager la vie avec les autres disciples de Christ, par une redevabilité mutuelle sous un leadership biblique pour la gloire de Dieu. » Comment, dans une culture consumériste, amener les gens à un tel engagement ?

Je pense qu’au fond, tout disciple de Christ désire être en relation avec les autres, marcher ensemble, et s’encourager à aller vers Christ en étant guidé par des leaders aimants et serviteurs qui enseignent la parole et l’appliquent à leur vie. Hélas ça n’a pas toujours été le cas. Ça n’a pas toujours été l’image que nous avons montrée de l’église. Je ne prétends pas que mon église est parfaite, mais lorsque quelqu’un voit une communauté qui s’aime, qui partage ses joies et ses peines, qui avance ensemble, qui est guidée par des pasteurs-bergers qui enseignent la parole de Christ; je pense que les disciples de Jésus voient ça et le veulent aussi. C’est ce dont nous avons besoin.

platt-bleuPuis on s’est rendu compte que nos attentes ne surprennent pas les gens. Ils ont comparé le modèle des écritures et celui de l’église et ont dit « oui, c’est ce que nous voulons ». Ils ont commencé à voir le sentiment de superficialité que ça crée dès qu’on en veut moins que ce que Dieu veut. Dieu peut aussi utiliser ça pour révéler un christianisme culturel, pour révéler la préférence que certains ont pour la superficialité. Ça les remet en question et les pousse à se demander « bon, pourquoi ne pas vouloir quelque chose de différent? Suis-je bien en train de suivre Jésus? » En somme, ça peut être un processus bénéfique qui expose la tromperie de leurs propres cœurs.

Vous concluez votre livre avec de bonnes idées pour un programme personnel de discipulat, tant pour les pasteurs que pour les membres d’église. Qu’est-ce qui a changé dans votre église après avoir encouragé les gens dans ce plan de discipulat et d’évangélisation intentionnels?

Nous encourageons chaque membre à formuler un plan personnel pour faire des disciples, et de le faire dans le cadre de leur relation avec les autres. On n’impose ni la manière de faire, ni de devoir rendre des comptes à quelqu’un, mais on encourage à placer la grâce et l’Évangile au centre du processus, et à se dire « bon, quoi qu’on fasse cette année, nous voulons grandir en tant que disciples de Jésus, et donner nos vies pour faire des disciples ». Puis on encourage à mettre ça par écrit et à le partager pour encourager les autres à faire de même. C’est très encourageant! Certains disent « Je veux cultiver mon attachement à Dieu cette année, je veux remplir mes pensées de vérité; cette année je veux que d’autres connaissent l’amour de Jésus. Et ce faisant, je veux montrer l’amour de Christ aux autres au sein de mon église. Et que ce soit en priant, en donnant ou en y allant, je veux participer à ce que Dieu fait dans le monde. »

Ça m’enthousiasme de voir des membres de ce corps plonger dans ce genre de questions, et les partager les uns avec les autres. On se lance mutuellement des défis, on s’encourage, et on construit entre nous une redevabilité centrée sur l’Évangile. C’est alors qu’on réalise qu’on est à notre place. C’est ce pour quoi les disciples de Christ ont été créés. Dès que les gens mettent ça en pratique, on voit des personnes venir à Jésus et commencer à grandir dans leur relation avec Jésus. Et ils réalisent alors: « Si je vais être intentionnel dans un domaine de ma vie, je veux que ce soit pour grandir en tant que disciple de Jésus, et pour faire des disciples ».

Interview réalisée par Christianity Today. Traduit en français avec leur aimable autorisation. Un grand merci à Corinne Banziger et Laurent Huguet pour la traduction de cet article particulièrement long!

[1] NdT: revue protestante américaine qui publie de nombreuses ressources à destination de l’Église évangélique.

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One thought on “Interview de David Platt: « Prenons au sérieux notre appel à suivre Jésus »

  1. Thierry Mirone dit :

    Je viens de terminer le livre « Suis-moi » tout de suite après « L’essentiel dans l’église », 2 livres complémentaires à recommander…

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