Et si la femme samaritaine n’avait pas choisi sa condition?

J’aime la série britannique "SOS Sage Femme". L'histoire se déroule à Londres dans les années 1950, où une équipe de sages-femmes servent dans les quartiers les plus défavorisés de la ville. Dès le premier épisode, j’ai été captivée. Il y a quelque chose de si puissant à voir une femme accoucher, surtout quand on apprend à la connaître et à comprendre ses réalités.

Il en va de même avec les histoires de naissances spirituelles. On aime entendre comment des gens sont venus à la foi. Et l’un de mes témoignages préférés est en Jean 4, où l’évangéliste nous permet d’assister à un accouchement, à la nouvelle naissance de la femme samaritaine.

« Jean 4 » à la lumière du thème unificateur

Pour le situer dans son contexte, le thème unificateur de l’Évangile selon Jean c’est la vie éternelle qui ne se trouve qu’en Christ. Dans Jean 3, Jésus a un entretien avec Nicodème, un docteur de la loi. Jésus déclare: « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » (Jean 3.3). Et quelle est la nouvelle naissance? C’est le moment où un être humain, qui est mort spirituellement, se repent de ses péchés et met sa confiance en Christ pour la vie éternelle. C’est alors que sa vraie vie, sa vie spirituelle, commence. Puis, en Jean 4.1-42, l’évangéliste nous donne une étude de cas d’une nouvelle naissance.

La racine de l’animosité entre juifs et samaritains

Au début du chapitre 4, afin éviter des problèmes avec les pharisiens, nous découvrons que Jésus décide de quitter la Judée pour se rendre en Galilée. Puis dans le v.4, le texte nous dit qu’il « fallait qu’il passe par la Samarie. » Pour comprendre la portée de cette phrase, il nous faut connaître un peu d’histoire. Dans l’année 597 avant J.-C, les Babyloniens avaient envahi le royaume du nord et avaient emmené en exil la majorité de la population. Ils n’ont laissé que les plus démunis, puis ils ont importé des captifs d’autres régions du royaume pour repeupler le territoire. Ces peuples païens se sont unis par mariage aux juifs qui y demeuraient, et ont créé un peuple distinct avec une religion syncrétiste, un mélange du judaïsme et du paganisme.

Donc, les Juifs contemporains de Jésus se considéraient comme les gardiens de la loi et du temple de Dieu, et ils détestaient les samaritains parce qu’ils les jugeaient comme étant une race impure qui commettait les pires sacrilèges.

Pour illustrer jusqu’à quel point allait cette animosité, la route la plus directe entre la Judée et la Galilée obligeait les gens à passer par la Samarie. Mais, les juifs étaient prêts à faire un long détour vers l’est et traverser le fleuve Jourdain via Pérée pour éviter de se souiller les pieds en marchant sur la terre maudite des samaritains.

La question que ce passage soulève pour le lecteur contemporain est la suivante: qui est le Samaritain dans ma vie? Qui sont les personnes que nous ferions tout pour éviter? Que ces préjugés soient socio-économiques, ethniques, politiques, à propos du genre, ou autres, ce sont les barrières mêmes que Jésus est venu abolir. Car, quand le v. 4 dit qu’il fallait que Jésus passe par Samarie, ce n’est pas parce qu’il n’y avait pas de route alternative. Ce qui contraint Jésus à aller là où aucun Juif ne souhaitait se rendre, c’est l’amour! Car il avait un rendez-vous divin avec une femme samaritaine et les gens de Sychar.

Jésus au puits de Sychar

Fatigué de son voyage, Jésus arrive au puits pour se reposer. Il envoie ses disciples en ville pour chercher à manger. Une femme arrive, et Jésus lui demande de l’eau. Mais c’est évident qu’il y a quelque chose de plus derrière sa requête. Jésus est à la recherche d’une âme perdue. Il renvoie ses disciples pour qu’il puisse être seul pour parler avec cette femme.

La réaction de la femme est l’étonnement, car « les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains » (v. 9).

Jésus ne fait pas que lui parler. Il lui demande de boire de sa cruche. C’est impensable! Ça ne se fait pas! La femme n’en revient pas.

Jésus et l’eau vive

En réponse à la femme, Jésus déclare: « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive » (v. 10).

Pour comprendre l’image de l’eau vive, nous devons chercher à comprendre comment Jean a employé ce terme dans le reste de son œuvre. Selon Jean 3.5, « Jésus répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »

Dans Jean, l’eau représente le moyen par lequel nous sommes lavés et purifiés de nos péchés. Et celui que Jésus donne pour nous purifier de nos péchés, c’est le Saint-Esprit. L’imagerie ne provient pas de Jean, car Ésaïe dit:

Car je répandrai des eaux sur le sol altéré,
Et des ruisseaux sur la terre desséchée;
Je répandrai mon Esprit sur ta race,
Et ma bénédiction sur tes rejetons.

Ésaïe 44.3

Le prophète emploie un parallélisme ici, ou bien, deux façons de dire la même chose: que Dieu répandra des eaux, c’est-à-dire, son Esprit.

Péché ou honte

La femme, cependant, peut-être pas familière avec les subtilités du langage figuratif, prend Jésus au pied de la lettre et lui demande comment acquérir sa propre réserve d’eau gratuite pour la vie. 

Jésus veut lui offrir bien plus qu’un rafraîchissement physique. Il veut lui offrir sa liberté spirituelle. Il lui dit, donc, d’aller chercher son mari.

À ce stade, peut-être que vous vous souviendrez avoir entendu que cette femme était particulièrement pécheresse, et que Jésus devait la confronter à sa propre culpabilité afin de la conduire à la repentance. Moi-même, j’ai enseigné ce passage avec cette supposition à son sujet.

Mais que faire si la Samaritaine n’était ni adultère, ni fornicatrice? En raison des recherches récentes, je soupçonne maintenant qu’elle avait plutôt enduré la perte de six maris. Certains d’entre eux sont peut-être morts. Et certains (la plupart) auraient pu la quitter. L’infertilité aurait pu être une des raisons principales. À l’époque, les femmes n’avaient généralement pas le droit de demander le divorce de leur mari. Surtout pas à cinq d’entre eux. Comment une telle femme pourrait-elle manger si elle faisait cela? Non, ce sont généralement les hommes qui prenaient l’initiative du divorce (voir Mt 19.3-12 et Mc 10.2-12).

Elle a donc probablement été abandonnée et/ou endeuillée de son mari cinq fois. La sixième fois, il est probable qu’elle ait dû se contenter d’un arrangement polygame pour ne pas mourir de faim. Ce scénario convient mieux à une société où les femmes étaient traitées comme de la marchandise.

Je ne prétends pas qu’elle était sans péché. Mais, au fil des siècles, nous avons eu tendance à voir le péché sexuel caché dans les placards de beaucoup de femmes dans la Bible. Et à la lumière de ce que nous savons du contexte culturel, en particulier dans ce cas, je pense que nous avons besoin d’un autre regard.

Si, en effet, Jésus ne confrontait pas cette femme sur ses péchés sexuels, mais faisait plutôt preuve d’empathie, qu’est-ce que cela pourrait nous apprendre sur la sagesse d’évangéliser par des confrontations sur le péché en premier? 

Revenons à notre récit pour voir ce qui se passe par la suite.

Le vrai péché au cœur de ce récit

Quant au sujet de la foi authentique, Jésus ne mâche pas ses mots. « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas » (v. 22). S’il avait voulu être aussi direct à propos de son prétendu péché sexuel, il aurait pu l’être. Mais il parle de son passé avec beaucoup plus de subtilité que de sa fausse religion. C’est là son vrai problème: elle n’adore pas en esprit et en vérité. C’est le vrai problème de tout pécheur. Tous les autres péchés ne sont que le résultat de ce péché.

Il faut que Jésus dise la vérité quant à sa religion idolâtre. Pour qu’elle puisse mettre sa confiance dans le vrai Dieu, il faut qu’elle comprenne d’abord que son Dieu est faux. Mais il ne s’attarde pas sur ce point. Au lieu de se focaliser sur ce qu’elle croit d’erroné, il la pointe vers ce qui est vrai.

Adorer en esprit et en vérité

Il lui parle de l’importance d’adorer le Père en « esprit et en vérité » (v. 24): « en esprit » veut dire ne pas être limité à un endroit, c’est-à-dire le temple. « En esprit » signifie aussi adorer par la puissance du Saint-Esprit. Et « en vérité » parle d’une adoration basée sur la révélation que Dieu nous donne de lui-même. Et quelle est la révélation de Dieu disponible à nous aujourd’hui? Sa parole!

Le verset 26 est vraiment étonnant. Tout au long de son ministère, Jésus voile son identité. Il dit souvent aux gens qu’il vient de guérir de ne le dire à personne. Mais ici, Jésus lui déclare ouvertement son identité, il révèle le secret qu’il est le Messie à cette femme rejetée. C’est merveilleux!

Plus important qu’un pique-nique

Ce qui se passe ensuite est tout aussi fascinant. Les disciples reviennent avec leurs boîtes à lunch, prêts à s’asseoir pour un pique nique avec Jésus. Mais, à leur grande surprise, ils le trouvent en train de parler avec une femme. Jésus ne se soumet pas à des mœurs inutiles. Au contraire, par son propre exemple, il invite ses disciples à sortir des sentiers battus.

Et lorsqu’ils lui offrent la nourriture qu’il les avait envoyés se procurer, il leur répond que sa nourriture est de faire la volonté de celui qui l’a envoyé. Cela a dû être tellement déconcertant pour ces pauvres gars! Eh bien, l’entrée en scène des disciples est l’occasion pour la femme samaritaine de sortir. Mais pas pour longtemps. Cette nouvelle croyante est en mission! Elle a trouvé la source de l’eau vive! Elle a enfin rencontré le Messie! Et elle ne peut pas garder la bonne nouvelle pour elle-même.

Le réveil à Sychar

Elle est tellement convaincante, qu’un groupe sort de la ville et vient à Jésus pour vérifier si ce qu’elle dit est vrai. Elle n’est probablement pas une personne instruite. On ne sait pas si elle est éloquente. Peu importe. Ces gens croient en Jésus sur la base du témoignage d’une femme brisée. Et ces premières conversions de Samarie sont les prémices de ce qui sera une grande moisson, à partir d’Actes 8.

Ce qu’ils retiennent de plus précieux est que Jésus est vraiment le Sauveur du monde (v. 42). Je me demande si, en tant que samaritains, ils ont saisi cette réalité avant même les disciples. Car même après la Pentecôte, les disciples ont de la peine à comprendre que Jésus est venu, non seulement pour sauver la nation d’Israël, mais aussi pour se racheter une multitude de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. Si les apôtres eux-mêmes avaient du mal à reconnaître les préjugés qui les empêchaient d’accueillir les non-circoncis, nous ferions bien de tirer des leçons de leurs erreurs dans l’église contemporaine.

Le Sauveur du monde

Ce que j’aime dans des passages comme celui-ci, c’est qu’ils servent de rappel à la grande et universelle œuvre rédemptrice de Christ. Oui, Jésus était le Fils de David tant attendu. Il était le Christ qui a accompli toute la loi et les prophètes. Mais il était aussi le Sauveur du monde.

Alors que nous nous préparons à célébrer la naissance de notre précieux Sauveur en cet Avent, louons-le pour la nouvelle naissance qu’il a effectuée en nous. Et que cette déclaration avec toute son ampleur résonne dans nos cœurs: « Nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde. » (Jean 4.42).


3 ressources pour aller plus loin:

Angie Thornton

En équipe avec son mari Daniel, Angie a servi le Seigneur au Sénégal pendant 10 ans, dans la formation des leaders. Installés à Montréal avec leurs 2 filles depuis août 2017, ils servent à l'Église Baptiste Évangélique Emmanuel et dans l'AEBEQ. Angie est titulaire d'un MDiv de Moody Theological Seminary.
Depuis mai 2021, elle coanime le podcast Chrétienne, avec Aurélie Bricaud.
Découvre également sa chaîne YouTube par ici.

Articles pouvant vous intéresser

>