En sécurité auprès de son Dieu souverain (Jonathan Edwards, 1703-1758)

Au printemps 1750, le principal sujet de discussion chez les membres de l’Église de Northampton dans le sud du Massachusetts ne portait pas sur la manière d’honorer leur fidèle pasteur pour son travail diligent pendant presque un quart de siècle parmi eux. Il s’agissait plutôt de réfléchir à la manière de se débarrasser de lui le plus rapidement possible. Fin juin, les membres ont tenu une série de rencontres, et ils ont sommairement limogé leur pasteur par un vote de 10 contre 1 (parmi les 253 membres votants, 230 ont voté pour son licenciement, et 23 pour son maintien).

Pourquoi les gens pointaient-ils le doigt, au lieu d’offrir une chaleureuse poignée de main à leur pasteur, Jonathan Edwards?

Parce que la fidélité à Dieu dévoile souvent la folie du monde.

Son monde

Nous reviendrons sur cette grande leçon de la vie d’Edwards pour nous – la manière dont la douleur peut nous adoucir et nous apaiser au lieu de nous endurcir et nous rendre insensibles. Mais d’abord, nous allons brièvement considérer le monde d’Edwards, son identité, son ministère, sa famille, et ses problèmes.

Edwards est né en 1703. Deux événements de l’année suivante, alors qu’Edwards était encore un enfant sur les genoux de sa mère, communiquent à la fois la beauté et la barbarie du monde de l’époque.

D’un côté, la première cantate de Bach a été interprétée en Allemagne en 1704. La période baroque était en plein essor, développant de manière prodigieuse la combinaison d’une mélodie et d’une harmonie avec un orchestre complet. L’élégance culturelle était florissante.

La même année, dans la partie du monde d’Edwards, les Français et les Indiens ont attaqué la ville anglaise de Deerfield, dans le Massachusetts, à 24 kilomètres seulement de la route qui menait à la maison dans laquelle Edwards était né. En tout, 44 villageois ont été massacrés (10 hommes, 9 femmes et 25 enfants), et 122 autres ont été déportés, sous 50 centimètres de neige, plusieurs mourant sur la route.

Telle était la vie au début des années 1700 en Nouvelle Angleterre. Les antibiotiques contre la variole, la diphtérie, la scarlatine, la pneumonie, la tuberculose et d’autres maladies communes n’existaient pas. Entre la violence et les maladies, 35 % de ceux qui naissaient en Nouvelle Angleterre coloniale n’atteignaient pas l’âge adulte. Si vous veniez avec de la fièvre, vous pouviez mourir en une semaine.

C’est dans cette région sauvage aux confins du monde (la population de New York était de huit mille habitants à cette époque) que Jonathan est né.

Mais qui était-il?

Son identité

Jonathan Edwards était un pasteur maigre, réservé, qui est mort avec un peu moins de 300 livres dans sa bibliothèque personnelle. Pourtant, il est considéré par les historiens, chrétiens comme séculiers, comme le penseur le plus brillant né jusqu’à présent sur ce continent (et il se trouve qu’il est aussi l’un des hommes les plus pieux de l’histoire de l’Église, et peut-être l’analyste du cœur humain le plus pénétrant qui ait jamais vécu).

Sur le plan du tempérament, Edwards était introverti. Intellectuellement, il était brillant. Physiquement, il était frêle. Avec les autres, il était en retrait. Psychologiquement, il était intensément introspectif. Spirituellement, il était enchanté par les réalités de l’Évangile.

Et, comme les historiens ne manquent jamais de nous le dire, il était un peu coincé sur le plan des relations. À certains moments de sa vie, Edwards passait 13h par jour à étudier. Mais dans l’économie de la façon dont Dieu travaille, ce sont souvent ceux qui apparaissent les plus distants et désagréables de l’extérieur qui se révèlent être les chrétiens les plus dignes et les plus charmants en réalité, alors que ceux qui semblent plus attirants de manière immédiate et facile à vivre de premier abord se trouvent être les plus frivoles et les moins fiables.

Son ministère

Jonathan Edwards a toujours été plus attiré par les mots que par les gens, et sa vie s’est déroulée en conséquence: il a étudié le langage et l’histoire avec son propre père (un pasteur), il a été admis à l’université de Yale en premier cycle à 14 ans, et il a obtenu une maîtrise là-bas avant d’avoir 20 ans.

Après avoir été brièvement pasteur à New York et dans le Connecticut (1722-1724), Edwards a passé 3 ans comme « tuteur » à Yale (1724-1726): il était une sorte de professeur junior et de doyen des étudiants, s’occupant à la fois d’enseigner et de faire respecter la discipline.

Pendant ces années en tant que pasteur et tuteur, Edwards a expérimenté une avancée spirituelle vitale qui allait asseoir sa théologie et son ministère pour le reste de sa vie. Une avancée particulièrement significative a été de croire à la souveraineté de Dieu. Mais ce n’était pas simplement une question de conviction intellectuelle à propos de la souveraineté divine. Ce point de théologie a plutôt explosé dans son horizon mental en en faisant résulter une joie profonde – et la manière dont il décrit cet épisode est la raison pour laquelle un grand nombre d’entre nous ne peuvent en avoir assez des écrits d’Edwards.

« Dès mon enfance, mon esprit était habitué à être plein d’objections concernant la doctrine de la souveraineté de Dieu, choisissant qui il veut pour la vie éternelle, et rejetant les autres; les délaissant éternellement pour la perdition, les laissant éternellement tourmentés en enfer. Cela m’apparaissait comme une doctrine horrible. Mais je me souviens très bien du moment où il m’a semblé être convaincu, et pleinement satisfait, de cette souveraineté de Dieu et de sa justice en disposant éternellement des hommes, en accord avec son souverain plaisir. […] La souveraineté absolue de Dieu, et sa justice, pour ce qui est du salut et de la damnation, est ce dont mon esprit semble rester assuré, tout autant que tout ce que je vois de mes yeux; du moins, il en est ainsi par moments.

Mais depuis cette première conviction, j’ai souvent eu une autre sorte de compréhension de la souveraineté de Dieu, et que j’ai conservée depuis. J’ai souvent non seulement eu une conviction, mais une délicieuse conviction. Cette doctrine m’est très souvent apparue comme extrêmement plaisante, brillante et douce. La souveraineté absolue est ce que j’aime attribuer à Dieu. »


Jonathan Edwards, Récit personnel[Eng], italique ajouté

En 1726, Edwards a été appelé à travailler auprès de son vénérable grand-père de 83 ans, Solomon Stoddard, qui était pasteur de l’Église de Northampton depuis 56 ans à cette époque. Si vous vous imaginez être le petit-fils de John MacArthur, et être appelé à lui succéder à 23 ans, vous pouvez vous faire une idée de ce qu’Edwards allait expérimenter en rejoignant le leader chrétien le plus influent dans la vallée du Connecticut à cette époque.

Edwards allait passer 24 ans dans cette Église, expérimentant un réveil local en 1734-1735 tout en prenant part au grand réveil transatlantique en 1740-1742. Son Église a été visitée par le grand évangéliste britannique George Whitefield, avec lequel il s’était personnellement lié d’amitié. Il prêchait consciencieusement semaine après semaine, écrivait des livres comme il le pouvait, visitait ses ouailles, et endurait toutes les adversités typiques du ministère pastoral – et plus encore.

Sa famille

Le plus grand héritage du ministère d’Edwards a peut-être été sa famille. Lui et sa femme, Sarah, ont eu 11 enfants, et le raz-de-marée de bénédictions qui a coulé à travers Jonathan Edwards et sa descendance ne peut être véritablement quantifié. Des historiens et le biographe d’Edwards George Marsden nous parlent d’un célèbre projet de recherche publié en 1900, qui a retracé 1200 descendants d’Edwards et les a comparés avec les descendants d’un criminel tristement célèbre qui a vécu pendant la même période de l’histoire. Voici ce qu’écrit Marsden concernant les descendants du criminel bien connu:

« [Lui et ses enfants] ont laissé un héritage incluant plus de 300 “indigents professionnels”, 50 femmes de mauvaise réputation, 7 assassins, 60 voleurs multirécidivistes, et 130 autres criminels convaincus. La famille Edwards, par contraste, a produit de nombreux hommes du clergé, 13 présidents d’établissements d’enseignement supérieur, 65 professeurs, et de nombreuses personnalités aux accomplissements notables. »


George Marsden, Jonathan Edwards: A Life, p. 500-501

Nous avons un aperçu du rôle d’Edwards comme source d’un tel arbre généalogique dans un écrit d’un journal de sa fille Esther, après une visite de son père pendant une période pénible d’hostilité grandissante des Français et des Indiens dans la région.

« Hier soir, j’ai eu une discussion libre avec mon père. […] Je lui ai ouvert mes difficultés très librement et il m’a librement conseillée et orientée. La conversation a enlevé certains doutes pénibles qui me décourageaient beaucoup dans mon combat chrétien. […] Quelle grâce d’avoir un tel père! Un tel guide! »

L’héritage spirituel d’Edwards, mis en évidence dans le journal intime d’une de ses propres filles, montre la puissance et l’importance de mettre le ministère privé envers sa famille avant le ministère public envers l’Église et le monde.

Ses ennuis

Son Église n’était pas remplie de fans de Jonathan Edwards, avec des étoiles plein les yeux. Bernard Bartlett, membre de l’Église de Northampton, a distribué une brochure en 1735 assertant que son pasteur était « un grand instrument tel que le Malin en a de ce côté de l’enfer pour amener des âmes en enfer ». Edwards avait ses détracteurs, comme cela lui avait été promis (Jean 15.20). En effet, l’Église à Northampton était rongée par des luttes politiques de pouvoir dues à un réseau complexe de liens de familles élargies.

Edwards a dû lutter contre la solitude. Les seuls vrais amis qu’il avait en dehors de sa famille étaient ses jeunes protégés, comme Joseph Bellamy ou David Brainerd, et une poignée de pasteurs en Écosse avec qui il s’était lié d’amitié par correspondance.

Un autre ennui était l’apathie spirituelle de sa congrégation. On pourrait penser aux prédications d’Edwards comme étant constamment fascinantes, mais cela est loin d’être la réalité. À un moment donné, Edwards s’est plaint de la manière dont ses paroissiens s’étendaient sur le banc pour dormir alors qu’il prêchait. L’ennui timide et le fait d’être ignoré est sans doute encore plus déchirant pour le cœur d’un pasteur fidèle que ne l’est le rejet pur et simple.

Sa destitution

Les ennuis d’Edwards à l’Église sont arrivés à un point culminant en 1749-50. La problématique litigieuse portait sur un désaccord théologique concernant la Sainte Cène, bien que l’expert d’Edwards, John Gerstner, pensait que la dispute doctrinale n’était qu’un écran de fumée couvrant une antipathie plus profonde de la part de membres charnels de la congrégation envers le portrait implacable qu’Edwards faisait d’un Dieu suprêmement beau (portrait enchantant pour les régénérés, mais menaçant pour les mondains).

Ainsi, Edwards s’est retrouvé licencié à la suite de plusieurs réunions en juin 1750. Le témoignage d’un pasteur compatissant dans la région, le révérend David Hall, saisit le cœur de ce que Jonathan Edwards a à nous apprendre aujourd’hui.

« Je n’ai jamais vu le moindre symptôme de mécontentement sur son visage de toute la semaine, mais il apparaissait comme un homme de Dieu, dont la joie était hors d’atteinte pour ses ennemis, et dont le trésor n’était pas seulement un Dieu futur mais un Dieu présent, contrebalançant tous les maux imaginables de la vie. »

Edwards a été expulsé hors de son Église, bien qu’il soit revenu prêcher parce que la congrégation avait du mal à trouver une relève adéquate derrière la chaire dans les mois qui ont suivi. Il a passé les sept années suivantes dans une partie encore plus reculée du Massachusetts, prêchant et exerçant un ministère chez certains Indiens et quelques familles blanches. En 1758, il a accepté à contrecœur la présidence de l’université du New Jersey (actuellement Princeton University), mais il est mort quelques mois après son arrivée.

Son parcours de vie

À la lumière de l’adversité à laquelle Edwards a été confronté, je voudrais finir avec une question. Qu’est ce qui, pour Jonathan Edwards, était le résultat de l’équation suivante?

La souveraineté de Dieu + ma souffrance = …?

De la froideur envers Dieu? Du fatalisme?

Voici la réponse et le secret d’Edwards pour affronter le rejet catastrophique avec une joie hors de portée des circonstances: Edwards était joyeusement niché dans la conviction que l’univers entier et toute l’histoire humaine – jusqu’au flottement particulier d’une feuille tombante ou au pas d’une fourmi en dehors de sa maison à Northampton – étaient le développement inexorable d’une loi et d’un plan céleste si global qu’ils ne connaissent ni limite ni frontière.

Mais pourquoi n’est-ce pas simplement le destin?

Parce que le destin est impersonnel, alors que la souveraineté divine est personnelle. Et la personne contrôlant toute chose est l’Amour lui-même. L’existence même de l’univers est, selon Edwards, le débordement d’amour joyeux au sein de la trinité, un amour trop grand pour être restreint à Dieu lui-même, surabondant, créant un monde pour que les humains puissent être emportés dans cet amour. Nous sommes devant l’être unique, qui dirige providentiellement toutes choses, petites et grandes.

Ainsi, quand sa fidélité ordinaire lui valut le rejet par les membres de son Église au lieu de leur étreinte, Edwards n’a pas sombré dans un effondrement psychologique. Il avait déjà une étreinte plus profonde, maintenue par celui dont Edwards savait qu’il décidait toutes choses. Quand 230 personnes ont voté pour le licencier, Edwards savait que c’était Dieu qui le congédiait de l’Église de Northampton. Pourquoi être amer envers les gens? Un esprit plus grand ordonnait sa vie. L’amour de Dieu était en train de travailler à travers leur haine.

Et pourquoi? Pour le mener à Stockbridge, où il rédigera plusieurs de ses traités les plus durables, à l’apogée de ses capacités intellectuelles. Voilà pourquoi. Pour le mener à accomplir les desseins plus profonds de Dieu pour sa vie. Et un millier d’autres raisons que nous ne connaîtrons pas avant le ciel.

Edwards ne savait pas quelle direction sa vie allait prendre alors qu’il était assis là en train d’être licencié fin juin 1750. Mais il avait établi son cœur dans la conviction tranquille que de la perspective du ciel, tout se déroulait comme prévu. Ainsi, il apaisait son esprit. Il se soumettait calmement. Il cédait à la souveraineté de Dieu.

La souveraineté divine ajoutée à nos souffrances est égale à la tendresse revigorante de la soumission et de la confiance. La souveraineté divine, étant donnés l’amour et la beauté de Dieu, nous rend plus doux.

Dane Ortlund est vice-président des éditions de la Bible à Crossway. Il est également auteur de plusieurs ouvrages, dont l’un traite d’Edwards et de la vie chrétienne.

Merci à Pierre-Yves Koenig pour la traduction de l’article.
Article traduit avec autorisation. ©2018 Desiring God Foundation. Site web: desiringGod.org

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