Ne laissez pas la société éduquer vos enfants

Notre famille aime bien regarder les Jeux Olympiques. Mais, ces dernières années, nous avons été frappés par certaines évolutions d’un évènement à l’autre. Chaque publicité semble contenir de plus en plus d’images avec un drapeau arc-en-ciel, deux hommes se tenant la main, ou un individu qui ressemble à une femme, mais qui est barbu. Cette forme de sexualité vous saute littéralement aux yeux. C’est comme si elle existait depuis toujours et que c’était génial. Cela m’a fait réfléchir aux ressources dont dispose notre société pour nous endoctriner.

Quelles que soient les limites de temps d’écran que vous imposerez à vos enfants, dans la mesure où ils baignent dans cet environnement visuel, ils se feront forcément endoctriner. Cela ne se passe pas de manière directe, où le monde poserait des questions puis donnerait les réponses pour que les enfants les mémorisent. Ce serait bien plus facile dans ce cas, car vous n’auriez qu’à leur dire simplement: « N’écoute pas ce que le monde t’inculque. »

Mais au lieu de cela, ces injonctions passent par la publicité, la musique, les mèmes1, les clips sur YouTube. Pour David Wells, la mondanité est « tout ce qui rend le péché normal et la justice étrange »2. C’est bien ce que fait notre société. Elle ne donne pas d’arguments rationnels, donc il faudrait simplement accepter ce péché.

Ce que la société fait en revanche, c’est normaliser ce péché. C’est une forme de catéchèse (mot qui signifie « formation », « discipulat » ou « instruction »). La question n’est pas de savoir si nos enfants sont catéchisés ou pas. Il s’agit de savoir si nous allons leur faire le catéchisme nous-mêmes, ou si nous allons laisser la société le faire. Même si vous faites l’école à la maison ou si vous envoyez vos enfants dans une école chrétienne, ils recevront inévitablement la catéchèse que propose le monde. Nous devons donc nous efforcer de leur présenter un catéchisme qui est vraiment bon, vraiment beau, qui change vraiment la vie, qui sauve et qui glorifie Dieu.

Il nous faut comprendre que la culture dominante marche dans une seule et même direction. Que vous regardiez une chaîne de sport, les films Avengers, ou les Jeux Olympiques, vous marcherez dans cette seule et même direction. La culture environnante ne va pas vous éclairer sur la Bible ou faire de vous un fidèle quant aux préceptes bibliques, surtout en ce qui concerne les questions liées au sexe et au genre.

Vivre dans une bulle?

Où se situe la frontière entre, protéger nos enfants de cet endoctrinement culturel, et les abriter naïvement dans une sorte de bulle chrétienne? Ce qu’il faut comprendre avant tout, c’est qu’un enfant a le droit d’être un enfant. Mon enfant de 8 ans devrait pouvoir être un enfant de 8 ans, sans qu’on lui impose les problèmes des jeunes de 18 ou 28 ans. Ce genre de bulle est une bonne chose, surtout quand ils sont plus jeunes. Je veux que mes enfants aient l’impression que le monde est relativement sûr et qu’il a un sens. Je veux qu’ils vivent dans cette bulle pour pouvoir vivre comme des enfants.

En revanche, lorsque les enfants deviennent adolescents, je voudrais qu’ils puissent interagir avec les meilleures idéologies non confessionnelles dans l’espace sécurisé de leur Église et de leur famille. Mon fils de 18 ans va obtenir son baccalauréat et entrer à l’université; il va devoir se confronter à toutes ces questions. Je veux que mes enfants sachent qu’ils entendront des paroles dures sur le christianisme. Il faut donc être très clair à ce sujet. L’idéal est qu’ils aient déjà entendu certaines des critiques les plus virulentes à propos de leur foi avant d’y être confrontés en dehors de leur cercle chrétien.

Aujourd’hui, les questions portent moins sur la fiabilité de la Bible ou la résurrection de Jésus-Christ que sur l’éthique du christianisme. Autrefois, les gens disaient: « Les chrétiens sont des crétins. Ils ne croient pas en la science. » Aujourd’hui, on va plutôt dire: « Les chrétiens sont pénibles. Ils sont détestables et intolérants. Ils n’ont pas d’amour pour les non-chrétiens. »

Déconstruire le monde

Je pense que les Églises et les familles chrétiennes proposent un assez bon enseignement à nos enfants, avec des conclusions correctes. En revanche, nous nous y prenons très mal pour justifier ces conclusions.

Supposons que mes enfants sortent de l’école chrétienne et quittent la maison, et qu’on leur a enseigné que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme. Ils ont la bonne définition, mais ils n’ont pas l’argumentaire pour étayer cette définition. On ne leur a pas présenté les objections à cette opinion, ou on ne les a pas préparés à rencontrer des opposants. Ils iront dans le monde, s’en tiendront à la vérité biblique pendant un certain temps, mais celle-ci cohabitera difficilement avec la vision du monde qui leur aura été inculquée par la société. Finalement, lorsqu’il s’agira d’un enseignement biblique face à un millier d’hypothèses culturelles, ces hypothèses culturelles risquent bien de l’emporter.

Le monde est toujours en train de déconstruire le christianisme. À notre tour, nous devons déconstruire le monde. Dernièrement, j’ai fait une conférence dans la chapelle d’une école, à propos du slogan « l’amour est amour ». Beaucoup de gens émettent des messages contradictoires à ce sujet. Ils vont dire qu’ils croient en quelque chose, mais quand vous regardez leur page Instagram, ils aiment tout ce que le monde aime, ce qui contredit ce qu’ils disent croire. Nous devons donc décrypter des idéaux culturels tels que « l’amour est amour ». Mais qu’est-ce que notre société entend par là? Qu’est-ce qui est vrai? Où se situe la mystification qui sous-tend tout cela?

Poser des questions dans un environnement sûr et chaleureux

Nous voulons que nos enfants sachent qu’ils auront les meilleures réponses directement auprès de leurs parents. Nous espérons qu’ils pourront faire plus confiance à leur mère et à leur père, qu’à une recherche sur Google. Mais cela ne sera possible que s’il règne dans le foyer familial une atmosphère d’amour, de confiance, de respect et de joie.

J’ai été cet enfant qui se posait des questions existentielles, et je les posais à mes parents. Ce que mes parents pensaient de moi était important à mes yeux. Lorsque des influences extérieures m’entraînaient dans une certaine direction, une part de moi-même me disait toujours: « Je sais que mes parents m’aiment, et ce qu’ils pensent compte pour moi. » Ce n’est pas à cause de leurs actes que je pensais cela. On ne faisait pas de catéchisme tous les soirs. Mais ce qui m’a fait avancer, c’est l’effet cumulatif de leur amour l’un pour l’autre et pour leurs enfants qui se manifestait dans la vie de tous les jours.

Comment créer un environnement favorable à un discipulat et à un catéchisme engagés? Tout d’abord, il faut prévoir des moments privilégiés pour un culte en famille. Chez nous, nous parlons de notre journée à table. Nous nous encourageons mutuellement. Nous prions ensemble. Nous lisons des livres. Nous faisons tout cela. Mais je mentirais si je disais que nous avons un culte familial formel tous les soirs. Nous ne l’avons pas. C’est compliqué pour nous d’y arriver, mais nous essayons d’avoir un culte familial régulier. Par exemple, chaque soir, nous prions avec nos enfants avant le coucher.

Deuxièmement, soyez prêt à évangéliser à n’importe quel moment. Souvenez-vous du vieil adage selon lequel « on attrape plus qu’on n’enseigne ». Surtout quand vos enfants sont adolescents. Vous ne pourrez pas planifier le moment où vous aurez une conversation approfondie sur l’Évangile. Vous devez être sur le pont. Cela peut se produire au beau milieu de la nuit ou pendant une partie de basket devant la maison. Ce peut être lors d’une conversation en voiture. À un moment donné et de toute façon, ils vous poseront l’une de ces questions. Ce que vous pouvez construire chez votre enfant, c’est un sentiment de confiance. J’ai confiance en mon père et ma mère, je les aime et je sais qu’ils m’aiment.

Enfin, la meilleure habitude que vous puissiez donner à vos enfants est d’aller à l’Église tous les dimanches. Nos enfants ne devraient pas nous demander: « Est-ce qu’on va à l’Église ce matin? » Ils devraient savoir que la famille y va chaque dimanche. Bien sûr, on peut avoir des raisons exceptionnelles de ne pas aller à l’Église, mais nous devons faire passer un message clair à nos enfants sur nos priorités. Si nous transmettons implicitement à nos enfants que le football est plus important que l’Église ou que le sport dominical passe avant tout, et que l’on va à l’Église quand on peut, c’est là un message fort que nous leur envoyons.

Il n’est pas question de faire du catéchisme. Mais en enseignant ces valeurs-là à vos enfants, vous leur transmettrez une catéchèse solide.

1Définition de « mème » d’après Richard Hawkins qui a été le premier à introduire ce mot: “Un élément de langage reconnaissable et transmis par répétition d’un individu à d’autres”.
2 David F. Wells, Losing Our Virtue: Why the Church Must Recover Its Moral Vision. Grand Rapids, Eerdmans, 1999. P.4.

Merci à Christine Davée pour la traduction de cet article, adapté de The Crossway Podcast: If You Don’t Catechize Your Kids, the World Will.

Pour aller plus loin:

Kevin DeYoung

Kevin DeYoung est le pasteur de l'église University Reformed Church. Auteur de nombreux livres dont Et si Dieu voulait autre chose pour moi…, il écrit régulièrement sur le blog DeYoung, Restless, and Reformed .

http://www.thegospelcoalition.org/blogs/kevindeyoung

Articles pouvant vous intéresser